Introduction

A Andasibe, la plupart des champignons de la forêt tropicale primaire, originelle et préservée, sont assez discrets, du moins quant à leur taille : les petites clavaires, ascomycètes et hygrophores de couleur vive ne dépassent guère de la litière du sol. Disons de suite qu’on n’y trouve pratiquement pas les belles grosses espèces (amanites, russules, bolets,… ) qui poussent souvent en association avec les arbres exotiques, c’est-à-dire introduits pour le reboisement, essentiellement les pins et les eucalyptus(4).

Suivez-nous en cette matinée de janvier au centre d’accueil de l’Association Mitsinjo. A même le dallage du parking, nous observons tout d’abord un champignon (du genre Thelephora) qui se montrait sur les pavés et le sable des joints. En compagnie d’une graminée, il pousse dans un milieu particulièrement hostile à un végétal : ce fut un premier sujet d’admiration.

Juste à côté du centre d’accueil, en bordure de la terrasse qui surplombe le parking, à même le talus à la terre couleur de brique, des bolets ont surgi, sous un gros eucalyptus voisin de pins imposants. A la coupe, l’un laisse voir une chair rougissante comme du sang, puis qui vire rapidement au noir profond. A deux mètres de distance, un autre bolet montre, lui, des tubes rosâtres et une chair immuable. Alors que le premier a une chair douce (on peut tout goûter du moment qu’on recrache !), le second est nettement amer.

Un Telophora semble se contenter d'un milieu de vie fort ingrat  Un bolet à chair douce mais très vite noircissante

C’est l’occasion d’expliquer que le Ravinala - l’« arbre du voyageur », symbole du pays - qui avoisine les pins et le gros eucalyptus - n’a sans doute rien à voir avec ces champignons. Cet arbre endémique n’éprouve pas la nécessité de s’associer à ces champignons, alors que les pins et les eucalyptus introduits, qui sont juste à côté, ont besoin des champignons avec lesquels ils sont en étroite relation. Une explication s’impose à ce sujet, qui fait intervenir les MODES DE VIE DES CHAMPIGNONS.

4 Ce sont surtout les eucalyptus plantés pour reboiser les zones soumises à l’érosion qui sont coupés à la machette, à environ un mètre de hauteur, pour faire le charbon de bois qui reste essentiel dans l’économie malgache : les sacs gris, « bouchés » avec de l’herbe sont entreposés le long de la route où ils attendent les camions qui vont de Toamasina (Tamatave) à Antananarivo (Tananarive). Heureusement, les eucalyptus font des rejets de repousse rapide et peuvent être exploités plusieurs fois. Le palissandre coupé, lui, ne repousse pas…