2012-Suite

C'est toujours émouvant pour moi quand quelques amis m'attendent à l'arrivée du taxi-brousse. Pourtant, il faut agir dès la montée des escaliers: Antoine s'est coupé au bras avec sa borzina (machette) et il faut déjà faire appel à la doctoresse Toky. Le soir, cinéma pour les volontaires, sur le mur du living. Comme il a plu toute la nuit, le bain matinal est impossible, et c'est plutôt frustrant. Néanmoins, c'est bien agréable de voir Marguerite et Leodevine arriver avec leur cadeau de "bonne année", une persienne pour la terrasse, et de constater que Françoise et ses enfants ont mis en route des plantations dans le jardin: ananas, maïs, manioc, taro, brèdes, et même du riz dans les parties humides du terrain; il y aura bientôt à nouveau des bananes.

Paul Rabesolo, le fils aîné de Françoise, a accepté d'être le nouveau gardien et de loger dans la maison prévue pour lui, sur un nouveau matelas acheté au village. Quant à Nancia, dont le mariage avec Rémy est prévu en mars, elle accepte d'être embauchée pour m'aider au ménage, notamment à la cuisine.

Le nouveau gardien et sa famille Nancia en cuisine

Divers petits travaux - il y en a toujours dans une maison - sont accomplis prestement par Faly, pendant que Zoe passe dire bonjour avec sa petite Mirindra: elles apportent des mangues, des bananes et... du riz ! C'est très touchant pour un vazaha de recevoir du riz de la part de Malgaches dont c'est le "pain quotidien".

En fin d'après-midi, la baignade est possible et c'est à nouveau du plaisir à l'état pur, aux Orchidées comme d'habitude bien sûr. A La Pirogue, je ne trouve malheureusement pas Jeanne, qui a perdu son emploi et donc le logement qu'elle occupait sur le terrain de l'établissement. Elle a trouvé refuge chez sa fille Lydia, à côté de qui elle a commencé la construction d'une petite maison, pour elle et Stéphanie. Repas du soir à Ylang Ylang chez et avec mes amis Fara et Faly. C'est le moment de l'échange des nouvelles du village depuis mon précédent séjour.

La nouvelle maison de Jeanne en construction Nouvelle sous-terrasse

Comme Faly a profité des travaux de restauration de l'habillage du sous-sol de la maison (on a remplacé le falafa détérioré par du bambou plus solide) pour prévoir une porte d'accès et de protection, je peux à présent y rentrer le scooter: c'est bien plus aisé que de le hisser dans le living par les escaliers !

Le cyclone, qui a surtout fait des ravages entre Brickaville et Moramanga, a définitivement mis les voiles, et la mer est belle très tôt le matin; le poisson est au rendez-vous, y compris des camarons. Les amis passent dire bonjour et je ne cesse de préparer du thé pour tout ce monde: ce que les Malgaches aiment par dessus tout, c'est... le pot de sucre fin à leur disposition sur la table de la terrasse; c'est, avec l'huile, un produit cher ici, bien plus que le rhum ! Il ne fait "que" 30° dans la maison, mais la chaleur est supportable. Pas de réseau à cause des dégâts du cyclone : impossible d'être contacté par Christiane, ni de contacter qui que ce soit...

Le cyclone a tout désorganisé et l'essence n'est pas facile à trouver, mais on a le moral : les visites se succèdent, les enfants colorient sur la terrasse, je rédige mon journal de bord sur le notebook (le panneau solaire donne à fond la caisse), bref tout est "normal"... et il y a de superbes noix de coco sur le cocotier qui accueille les visiteurs. Comme c'est la pleine période des mangues (on peut en acheter une vingtaine pour l'équivalent d'un euro), c'est l'occasion de faire un gros pot de confiture: il y aura des amateurs pour des tartines !

Thé sur la terrasse Magazines et coloriages

Je me répète: un événement assez fréquent me permet de manifester ma solidarité avec les habitants de Mahambo: un décès est toujours vécu collectivement, d'autant plus que les "familles" sont à prendre au sens large; on donne traditionnellement un peu d'argent pour les frais des funérailles. Comme le défunt repose à Antsikafoka, c'est l'occasion de pousser jusque chez Raymond et Juliette, dont le café est devenu une tradition pour moi. J'en repars avec un sobika (panier) de grenadelles, de beaux fruits de la passion dont la plupart feront une excellente confiture. Je suis incapable de rester longtemps car il fait très chaud à Sahamalany et je me rends compte à quel point il fait plus frais dans ma maison de béton ! Le soir même, j'ai plaisir à rencontrer à Ylang Ylang un groupe de professeurs d'un lycée protestant privé de Tamatave; le prof de maths est en même temps pasteur de l'église FJKM, occasion de parler de champignons, mais aussi de la mentalité malgache et de divers aspects de la foi chrétienne. Des rencontres de ce type ont lieu ici sans difficulté et sont enrichissantes, aussi bien avec des autochtones que des vazaha.

Le dimanche matin, La Pirogue fait buffet pour le petit déjeuner à volonté: pour 15.000 Ar., c'est royal. Le dimanche aussi, j'ai pris l'habitude de participer à une partie d'un office religieux, auxquel la plupart des Malgaches sont très fidèles; à l'église catholique, c'est un service sans prêtre (il y a pénurie même là-bas!); à l'église protestante (FJKM), la chaleur sous les tôles est dissuasive et je n'ai pas le courage d'attendre la fin pour participer à la vente aux enchères de produits de bouche : les fidèles donnent à la communauté des fruits, des légumes, et même un poulet pour aider aux frais de l'église. Le dimanche, c'est aussi le jour d'un petit cadeau (sucre, huile, viande) pour les familles-amies, et de la visite d'Emile de Foulpointe, qui vient régulièrement manger ce jour-là au Vanilla Café.

Ma voisine Marguerite m'a proposé de faire une petite excursion aux alentours de Fénérive, où elle a de la famille, et nous partons en scooter jusque chez une cousine qui nous pilotera sur le site qu'on ne peut atteindre qu'à pied. Il s'agit d'une ancienne demeure du roi, dont il ne reste aujourd'hui qu'un terrain rond sur la hauteur, entièrement envahi par la végétation et deux paisibles zébus. Le paysage est beau, car on surplombe Fénérive, puis on en profite pour aller saluer les habitants d'un petit hameau voisin, des gens souriants et des enfants intrigués par le passage inhabituel d'un Blanc...

En balade près de Fénérive Vue sur Fénérive

Ce séjour m'a aussi donné l'occasion de participer à une fête d'école du cours privé Kanty à Fénérive, à laquelle son directeur, mari de la doctoresse de Mahambo, m'a invité. Il va falloir, alors qu'il fait très chaud, mettre un pantalon et des souliers... La fête a commencé bien avant l'arrivée (en retard, comme toutes les "autorités") du Chef de Région et du Directeur de cabinet. Les élèves se livrent à des démonstrations de danse en les attendant, puis on amène devant la table des personnalités la tête sanguinolente du zébu qu'on vient de sacrifier à l'instant pour le repas qui suivra l'inauguration de nouveaux locaux de classe. il se met à pleuvoir des cordes et il m'est impossible d'attraper le dernier taxi-brousse pour Mahambo. Logé par l'école dans un petit établissement du coin, je ne rentre à la maison que le lendemain, mais assez tôt pour être dans la mer dès 7h ! C'est ce jour-là que je découvrirai qu'il y a des moules à Mahambo...

Le zébu sacrifié pour la fête scolaireLa fête au cours Kanty


Parmi les surprises de fin février, la visite de Christin venu d'Andasibe pour découvrir mon petit paradis: un bon moment d'amitié partagée, de la plage des Orchidées à ma table frugale. Quant au traditionnel dîner dominical, avec les familles de Fara et Faly et de Juliette et Raymond de Sahamalany, c'est toujours un grand moment : tout est englouti, des plats de crudités avec pain à deux plaques de chocolat (gardées pour la circonstance!) après poissons, poulets et un kg de zébu; idem pour les boissons, y compris whisky, rhum et café dont les Malgaches sont friands. En bonne "maîtresse de maison", je suis flatté de constater le succès de ce repas pour mes amis.

Une activité maintenant fréquente lors de mes séjours: l'achat de matériaux (bambous, planches, tôles, etc.) pour des réparations aux maisons des familles-amies. des matériaux seulement, car la main d'oeuvre leur incombe. Cela me fait autant plaisir qu'à elles, depuis que je me suis rendu compte qu'il ne suffit pas d'aider des enfants pour leur scolarité, mais qu'il faut aussi soutenir leurs familles pour qu'elles les y envoient de bon coeur.

A chaque séjour, j'ai beaucoup de plaisir à honorer l'invitation de mon ami Emile de Foulpointe, pour partager un repas, puis acheter sur la plage de Foulpointe, à Estelle et ses amies, des colliers qui seront ramenés en Belgique, en même temps que de la vanille et un peu d'artisanat du marché de Tamatave.

Emile devant sa maison à Foulpointe Lépiotes blanches dans un parterre à Mahambo

Mon séjour touche déjà à sa fin, le 2 mars, et quelques champignons ont profité des fortes pluies pour apparaître: des coprins, des agrocybes, et même des lépiotes blanches, réputées comestibles ici - mais je n'aimerais pas m'y risquer... Les amis sont là pour mon départ, comme à l'arrivée, et c'est grâce à Raoul que je rejoins Tamatave dans son puissant véhicule. Reste un long voyage de nuit en car, puis en avion de jour, puis le lendemain en voiture, restée chez le fidèle René non loin d'Orly. A bientôt, Mahambo, en novembre au plus tard !

 

 

Qu’il est difficile de faire quoi que ce soit, même penser, par une chaleur de 30° !
Je suis entouré par une nature qui semble se complaire à être écrasée de soleil, comme ces Alamanda jaune vif qui explosent dans les haies. La solitude, en ce début d’après-midi de dimanche : les passants et les voitures se font rares sur le « goudron », à part quelques énormes Mitsubishi 4x4 de touristes vazaha inconscients… Remonte en moi la question qui me poursuit : « L’amitié authentique est-elle possible entre un Blanc, donc le vazaha que je suis, et un(e) Malgache ? ». Même si j’essaie d’avoir avec eux/elles une relation humainement riche, où en suis-je de ma réponse à cette question ?
« Donne-moi l’argent » (vola) semble être la première (et parfois la seule) expression apprise par les petits Malgaches dès le sein de leur mère !
Quand Daniel Balavoine chantait « Sauver l’amour : qui pourra remplacer le besoin par l’envie ?», je ne comprenais pas vraiment. Ici, face à la difficulté de vivre la véritable amitié, il m’apparaît évident que c’en est le secret, et pourquoi l’argent en est le poison.
Bien sûr, nous avons tous le besoin fondamental d’être quelqu’un aux yeux des autres, et d’être en (bonne) relation avec nos proches. Pourtant, à côté de ces relations nécessaires mais non suffisantes, nous cherchons à vivre quelque chose de plus pur, plus désintéressé, appelons cela l’amitié… ou l’amour vrai. Ne vaut-il pas mieux un ami authentique que 9 « amis » de type Facebook à qui nous ne voulons apparaître que sous notre aspect le plus flatteur ? Surtout ne pas déplaire, dire oui aux demandes (souvent d’ordre pécuniaire), être cool et branché, … Or, notre rêve est d’être, au-delà des apparences, « une amie à qui l’on tient, juste quelqu’un de bien » (Enzo Enzo). Et surtout être accepté tel qu’on est.
A un certain âge, on éprouve le désir de pouvoir se montrer tel qu’on est et dire ce qu’on pense et que ceux qui seront déçus parce qu’ils ne peuvent dépasser une réaction instinctive de rejet… dégagent, et bon débarras !
Sur la plage, Frédéric le gérant des Orchidées me met en garde, de façon générale, contre ma franchise et ma trop grande « gentillesse » avec les Malgaches. A-t-il entendu parler de quelque chose ? Je serais dans ce cas prêt à m’excuser et à m’amender. Non, me répond-il.
Cela me fait tout de même réfléchir… Faut-il dissimuler encore, à mon âge ? De nouveau, ce sujet repose la question de la différence de mentalité entre les Blancs et les Malgaches, à moins que je m’illusionne et que ce soit pareil pour toutes relations humaines… Dans la série télévisée Dexter III, 6, son père lui apparaît et lui dit qu’on ne connaît des autres que le regard (subjectif) qu’on a sur eux ou ce qu’ils acceptent de nous révéler d’eux-mêmes : « On ne voit que deux choses chez les gens : ce qu’on veut y voir et ce qu’ils veulent bien nous montrer ; tu ne connais pas plus Miguel (l'ami de Dexter) qu’il ne te connaît ». C’est cruel à entendre, et c’est ce qu’on espère contredire par une amitié « vraie ». Sans doute celle-ci est-elle (très) rare et ne faut-il se fier à personne d’autre ? Le fameux « on est toujours tout seul, on finit toujours avec sa gueule » serait donc vrai ? Reste une possibilité : me montrer, moi, le plus possible tel que je suis… avec le risque de le « payer » à un moment ou l’autre.
J’ai envie, non besoin, d’un ami qui m’aime moi, avec mes faiblesses et mes défauts, même quand je dis non, et pas seulement pour mon argent, ma beauté, mon intelligence, mon statut social ou le "pouvoir" que j’ai sur lui.
Quelques jours plus tard, une Malgache m’avoue, comme d’autres Malgaches lucides l’avaient déjà fait avant elle, que la plupart de ses concitoyens n’ont qu’une obsession : la recherche de l’argent (vola). Plusieurs Blancs rencontrés là-bas pensent aussi que c’est une illusion, un mirage, que de croire qu’une authentique amitié est possible entre un et surtout une Malgache et un vazaha… Ça m’a chaque fois « coupé les pattes » et je continue à me forcer à croire qu’ils ont tort…

 

"L'oeil du léopard", Seuil, 2012, pour la traduction française de ce roman d'Henning Mankell paru à Stockholm en 1990.
L'auteur raconte l’épopée d’un jeune Suédois parti pour un simple voyage-pèlerinage en Zambie, en vue de réaliser de façon posthume le rêve de son amie Janine. Il y passera l’essentiel de sa vie adulte, tout en restant jusqu’au bout ignorant du mode de fonctionnement mental des Noirs. « A Mada, l’Europe, tu oublies » me disait judicieusement Bernard L. à Mahambo. La rencontre d'un Congolais pessimiste quant à l'avenir immédiat du continent noir m'incite à oser vous reproduire quelques extraits du roman qui vont dans ce sens et m'ont donné à réfléchir :

(dans une crise de paludisme, Hans pense) « C’est Luka qui a tout manigancé. Il a comploté avec les bandits et c’est lui qui a coupé les fils électriques. Maintenant que je l’ai démasqué, il n’a plus de pouvoir. Je vais le mettre à la porte. Je vais le chasser de la ferme. Ils ne m’auront pas. Je suis plus fort qu’eux ». (p. 11).

« Je me suis habitué à l’Afrique. Je sais que je n’aurai plus jamais l’esprit tranquille en pensant à ce continent meurtri et blessé… Moi, Hans Olofson, je me suis fait à l’idée que je n’arriverai jamais à comprendre plus qu’une infime partie de ce continent. Mais malgré ce handicap, j’ai persévéré. Je suis resté (…) J’ai appris à supporter l’étrange condition d’être à la fois aimé et haï. » (p. 13).

D’autres blancs, Werner et Ruth Masterton, qu’il rencontre dans le train qui va à Kitwe, sont très pessimistes et confient à Hans, dès son arrivée : « Dans quelques années, il n’y aura plus de trains ici. Depuis l’indépendance, le pays se dégrade. En l’espace de cinq ans, tout a été rasé et volé. Si ce train s’arrête de façon imprévue, ce qui ne saurait tarder, ça signifiera que le machiniste est en train de vendre le combustible depuis la locomotive aux gens qui accourent avec des bidons. Les feux verts de signalisation ont disparu parce que les enfants les démontent et essaient de les faire passer pour des émeraudes auprès des touristes. Mais bientôt il n’y aura plus de touristes non plus. Les animaux sauvages sont exterminés. Ça fait deux ans que personne n’a vu de léopard. (…) L’indépendance est une catastrophe, déclare Werner Masterton en proposant du whisky à Hans Olofson. Pour les Africains, la liberté signifie qu’ils n’ont pas besoin de travailler. Il n’y a plus personne pour donner des ordres et ils estiment qu’ils n’ont pas à faire ce que personne n’exige d’eux. (…) Les Africains n’ont rien compris, rien appris.» (pp. 49-50).

« (Werner parle) (Les Noirs) nous détestent pour notre sens de l’organisation et parce que nous gagnons de l’argent. Nous avons une meilleure santé qu’eux et une espérance de vie plus longue. La jalousie est une part de l’héritage africain. Mais la raison pour laquelle il nous détestent le plus c’est que la sorcellerie n’a pas d’effet sur nous. (…) Ce n’est pas parce que tu es en Afrique que tu en sauras davantage. Plus tu crois comprendre, plus ta connaissance diminue. » (p. 67).

« Quel est le pays africain qui reçoit la plus grande aide européenne ? demande Fischer. C’est une devinette. Personne ne m’a encore donné la bonne réponse. – La Tanzanie, propose Hans. – Faux. C’est la Suisse. Des fonds destinés au développement des pays africains viennent approvisionner des comptes anomymes en Suisse, l’argent ne fait que transiter par l’Afrique… (p. 87).

(Un missionnaire) « Nous plantons nos paroles chrétiennes dans les champs de maïs. C’est ça, notre enseignement. Faire passer le message de l’Evangile est impossible si on ne lui trouve pas une place dans la vie quotidienne. La conversion religieuse est une question de pain et de santé.
– Mais le message religieux est tout de même essentiel, n’est-ce pas ? Et la conversion au christianisme implique un abandon. Qu’est-ce qu’ils abandonnent ici ?
– La superstition, la pauvreté, la sorcellerie.
– Pour la superstition, je comprends. Mais comment abandonner la pauvreté ?
– Le message inspire la confiance. La connaissance donne le courage de vivre. » (p. 98).

Un passé de colonisation prolongée a libéré les Africains de toute illusion. Ils connaissent l’inconstance des Blancs, leur tendance à remplacer une idée par une autre, en exigeant en plus que l’homme noir se montre enthousiaste. Un Blanc ne cherche jamais à connaître les traditions, encore moins à être à l’écoute des ancêtres. L’homme blanc travaille beaucoup et vite alors que l’homme noir associe l’urgence et l’impatience à un manque d’intelligence. Pour l’homme noir, la sagesse c’est de réfléchir longuement et minutieusement… (p. 206).

(Hans Olofson) Ce que je peux faire, c’est continuer à gérer la ferme comme aujourd’hui mais en évitant d’introduire de nouvelles idées qui, de toute façon, ne compteraient pas aux yeux des Africains. C’est à eux de concevoir leur avenir. Moi, je participe en produisant de la nourriture. J’ignore ce que les Africains pensent de moi. (…) Je me demande ce que Joyce Lufuma et ses filles pensent de moi. (p. 207) (…) Joyce et ses enfants acceptent mon aide et ma protection, se dit-il, elles en dépendent et ont donc toutes les raisons de me haïr. J’oublie ça trop facilement. J’oublie les vérités et les antagonismes les plus simples. (p. 211).

(Peter Motombwane, l'ami noir de Hans Olofson) « Ton cerveau blanc t’induit en erreur. Pour comprendre, il faudrait que tu aies des réflexions noires. Et je ne pense pas que tu puisses en avoir. De la même manière que je ne peux pas formuler des idées blanches » (p. 241)...

 

Quand Hans quitte la Zambie, on en conclurait volontiers qu’il n’a rien compris aux habitants de ce pays et qu’il a perdu 18 ans de sa vie. Pourtant, on le devine mûri par cette expérience rude (dormir avec un revolver en mains n’est pas banal, tout comme tuer son seul ami noir !) et c’est sans doute au milieu de ce monde tout différent de la Suède qu’il a pu faire le deuil de la perte de ses deux amis, Sture et Janine, et de la mort de son père. Un livre qui poursuit son lecteur pendant longtemps...

 

Pratiquement chaque jour, mes pensées s’envolent vers Andasive et plus encore vers Mahambo. Je ne peux m'empêcher de me faire du souci pour les familles qui me sont chères là-bas, et spécialement les enfants. Quand un ami mycologue de la région parisienne, Michel Javayon, m'a annoncé en mars qu'il partait en voyage de groupe fin avril, et que lui et son épouse Maryvonne passeraient un jour de leur voyage à La Pirogue, j'ai osé lui proposer d'aller saluer mes amis et jeter un coup d'oeil à ma maison. Il a fait bien mieux en m'écrivant, juste avant son départ:

Des visiteurs français à Olatra Paul Rabesolo et Evariste sur la terrasse

"Nous partons avec des pansements, produits pour bobos, vêtements et livres pour enfants, ballons de foot, savons, etc. Nous achèterons le reste sur place car nous atteignons déjà les 30 Kg autorisés. Je ne manquerai pas de rendre visite à tes amis et/ou « protégés » de Mahambo, d’offrir huile, sucre, d’aller voir et de photographier ta maison, de prendre nos repas chez Bernard, Ylang Ylang, Orchidées, et de faire nos achats chez Dimla, etc."

Michel et son épouse devant Ylang Ylang Jeanne devant sa nouvelle maison

J'étais donc impatient d'avoir son compte rendu, reçu à son retour, un mois plus tard, accompagné de quelques dizaines de photos, qu'il m'a permis d'utiliser comme bon me semble, et que je peux donc vous partager ici. "Ce voyage, écrit-il d'emblée, restera pour Maryvonne et moi le plus beau, le plus étonnant, le plus, le plus, le plus.....etc. que ayons jamais fait." Le ton est donné et ne m'étonne pas: la "fascination malgache" n'est pas un vain mot. Il continue: "A Mada, nous avons tout aimé, la gentillesse, l’accueil dès que nous étions dans le sud (de Fort Dauphin à Lavanano) et avons été ébahis de découvrir des habitants aussi mal logés, nourris de peu mais travaillant sans relâche dans les champs alors que les dames s’affairaient aux travaux de lessive et autres taches. Les enfants travaillant comme des grands. Etonnant de voir des couples et leurs enfants marcher sur 5, 10, 15 km pour vendre 2 ou 3 poulets ou quelques légumes/fruits et revenir avec un sac de riz posé sur le tête."

Enfants de Mahambo Jeune fille à l'hibiscus

Michel continue: "Les parcs sont magnifiques, les guides sont compétents (lémuriens, reptiles, végétation, amphibiens) mais seul ton ami Christin savait ce qu’était un champignon. (...) Au niveau de nos actions sociales, nous avons bien sûr remis huile et sucre à tes amis de Mahambo. (...) Je pourrais encore écrire des pages et des pages sur ce magnifique séjour à Mada, il restera à jamais dans nos petites têtes; Maryvonne, mes amis et moi espérons bien y retourner un jour prochain."

Merci mes amis Français !

Michel et Christin à Andasibe Mimétisme en forêt

 

Cet été, j'ai encore eu l'occasion de lire un autre roman d'Henning Mankell, « Le Chinois», Seuil Policiers, Stockholm 2008, Paris 2011 pour la traduction française.

A côté de l’aspect « roman policier », une réflexion sur l’histoire contemporaine est proposée, essentiellement sur les débats qui ont sans doute lieu en Chine aujourd’hui au sein même du Parti communiste. L’essor économique prodigieux de cet immense pays, qui a réussi à se développer à l’intérieur d’une structure politique non démocratique, pose problème car « La Chine est un pays pauvre. Le développement économique dont tout le monde parle ne profite qu’à une petite frange de la population. Si on continue dans cette direction, en laissant se creuser un tel fossé, la Chine court à la catastrophe. Ce sera un retour au chaos. Ou alors des structures fascistes se mettront en place. Nous défendons les millions de paysans qui, par leur travail, sont à la source de tout ce développement dont ils ne reçoivent que des miettes » (Ho, une Chinoise, page 544).
Face à ce constat, l’auteur imagine que « la Chine a le projet de déplacer dans plusieurs pays d’Afrique des millions de ses paysans pauvres. On est actuellement en train de bâtir des structures économiques et politiques qui rendent ces pays pauvres dépendants de la Chine » (la même Ho, p. 543), pour résumer la réunion au sommet qui est décrite dans le roman…
En effet, on voit le très puissant Ya Ru et sa sœur Hong Qiu assister à une importante réunion des responsables du régime chinois, classée top secret. Un haut fonctionnaire a été chargé par le Président de proposer un plan pour l’avenir de la Chine, dont le passé encore récent n’était que misère et souffrance pour le peuple. Mao, le Guide Suprême et le Grand Timonier, mort depuis 30 ans, avait vu juste en cherchant à « permettre au paysan le plus modeste de pouvoir rêver d’un avenir meilleur sans risquer de se faire décapiter par un infâme propriétaire terrien. » (p. 393). Certes, le Grand Bond en avant et la Révolution Culturelle avaient été deux graves erreurs. Mao pressentait cependant la venue de nouvelles luttes et des défis et menaces qui guettaient la Chine d’aujourd’hui : « le fossé grandissant entre les villes et la campagne menaçait à présent le développement » (p. 395). Comment empêcher la révolte qui risquait de tout déséquilibrer ? A part la répression aveugle, il existe une autre voie… à chercher du côté de l’Afrique !
"En Occident, on se refuse à admettre que les Africains préfèrent travailler avec nous. La Chine ne les a jamais opprimés, jamais colonisés. Au contraire, nous les avons aidés à se libérer dans les années 1950. C’est pour cette raison que nos progrès en Afrique rencontrent la constante hostilité des pays occidentaux. Nos amis africains se tournent vers nous quand le FMI ou la Banque mondiale refusent de leur prêter de l’argent. Nous n’hésitons pas à les aider. Nous le faisons la conscience tranquille, car nous sommes nous aussi un pays pauvre. Nous faisons toujours partie de ce qu’on appelle le tiers-monde » (p. 399). Cette analyse des relations entre l’Afrique et la Chine ne pêche sans doute que par l’excès de modestie de la dernière phrase…
La solution aux problèmes que vont rencontrer les Chinois avec leurs paysans pauvres ? « Ce que nous proposons aux Africains n’est pas une deuxième vague de colonisation. Nous ne venons pas en envahisseurs, mais en amis. Nous n’avons pas l’intention de reproduire les abus du colonialisme. Nous savons ce que signifie l’oppression : beaucoup de nos ancêtres ont vécu comme des esclaves aux Etats-Unis au dix-neuvième siècle. Nous avons-nous-mêmes été victimes de la barbarie du colonialisme européen. Si des ressemblances de surface peuvent prêter à confusion, cela ne signifie pas pour autant que nous soumettions le continent africain à une agression coloniale. Nous voulons juste trouver la solution à un problème, tout en assistant ces gens. Dans les plaines dépeuplées, dans les vallées fécondes le long des grands fleuves africains, nous voulons développer l’agriculture en y envoyant des millions de nos paysans pauvres, qui commenceront aussitôt à cultiver ces terres en jachère. Nous ne chassons pas des populations, nous comblons un vide, et tout le monde y trouvera son compte. Dans certains pays d’Afrique, surtout au sud et au sud-est du continent, d’immenses surfaces pourraient être peuplées par nos pauvres. Nous mettrions ainsi en valeur l’Afrique, tout en éliminant chez nous une menace » (p. 400). C’est moi qui souligne en gras les deux dernières phrases qui résument la thèse présentée par l’orateur. Celle-ci est-elle imaginable ? Les pauvres paysans chinois accepteraient-ils d’immigrer ? Les Africains les accepteraient-ils dans leur pays ?
On sait que la terre malgache ne peut appartenir qu’à des Malgaches - on a vu que l’ancien président, Marc Ravalomanana, a été destitué parce que, entre autres, il avait envisagé de « vendre » à des Coréens un vaste territoire destiné à la culture de palmiers à huile - mais ceux-ci peuvent être d’origine chinoise : c’est le cas de nombre de descendants de ceux qui furent exploités, comme esclaves, pour la construction du canal des Pangalanes, par exemple. Ils sont nés à Madagascar et peuvent dès lors, en tant que citoyens malgaches, acheter non seulement des terres mais aussi des commerces, des établissements d’hôtellerie et de restauration, etc. Et ils ne s’en privent pas. On pourrait dès lors imaginer que, avec l’aide financière de la Chine, ils achètent de vastes étendues de terre, sur lesquelles leurs « frères » de Chine seraient invités à s’installer, les enfants de ceux-ci devenant à leur tour Malgaches de plein droit. Serait-il possible que les Malgaches acceptent d’être « phagocytés » par des Asiatiques réputés plus travailleurs qu’eux, ce qui explique que des pans entiers de leur économie soient déjà aux mains de Karanes ou d’asiatiques de 2ème ou 3ème génération ? Je ne sais s’ils auraient conscience de ce risque, tant l’envie d’une condition matérielle meilleure est lancinante chez beaucoup. Ce qui peut expliquer que tant de jeunes veulent faire des études à l’étranger (pour ne plus revenir au pays après ?) et que le rêve secret ou explicite de tant de femmes soit d’épouser un vazaha, pour assurer à leurs enfants (y compris ceux qui sont nés de Malgaches qui les ont quittées) un avenir meilleur : des écoles, des soins médicaux, un confort à l’occidentale… qui pourraient peut-être se développer dans leur propre pays, grâce aux Chinois !

 

                                                                                                               *

 

Pour la première fois, j'ai choisi Air Madagascar pour ce 17ème trip vers Mada (du 7 novembre au 3 décembre). Parce que le prix était cette fois équivalent à celui de Corsair, parce que j'escomptais bénéficier d'une réduction sur le vol intérieur Tana-Tamatave (pour les porteurs d'un billet de vol international avec la compagnie du pays), mais aussi pour faire plaisir à mon ami Nary... ne lui en déplaise, je n'ai eu que des ennuis avec Air Mad, comme on le lira par la suite... Comme la compagnie aérienne malgache part de l'aéroport Charles de Gaulle à Roissy, alors que Corsair est basée à Orly donc près de chez mon ami René, je l'ai rejoint par le train: voiture jusqu'à Sedan, train ter jusqu'à Reims, train de liaison (en quelques minutes) jusqu'à la gare du TGV "Champagne-Ardenne" et seulement 29 min. pour arriver à destination. Occasion, de nouveau, de faire d'intéressantes rencontres, avec d'autres partants au loin (Tahiti, le Taj Mahal en Inde). Idem dans l'avion, cette fois avec un homme d'affaires nantais qui dirige un petit atelier de fabrication textile à Tana.

Alors que l'airbus est bien à l'heure et que Nary est à l'accueil pour la réception du gros colis de l'ISM de Neufchâteau destiné au CEG Abdon d'Arivonimamo (voir Ecoles), il est très difficile d'acheter mon billet pour Tamatave. A 198 euros pour l'aller-retour (qu'on m'a fourgué d'office alors que je comptais revenir en taxi-brousse pour m'arrêter à Andasibe), je n'ai pas l'impression d'avoir bénéficié d'une réduction quelconque... Vol sans histoires, via Ste-Marie, mais nous sommes deux à nous rendre compte, à l'arrivée à Tamatave, que notre valise n'a pas suivi: elle n'a pas été chargée dans l'avion à Tana et, alors qu'il est 8h, elle n'arrivera qu'avec l'avion de 13h25'. Une demi journée de perdue ? C'est sans compter sur le caractère liant des Malgaches: alors que je déguste une bière fraîche au snack de l'étage, une policière de l'aéroport s'avance vers moi pour faire connaissance. Andrea et ses deux collègues sont ravies que je leur offre un verre ! "Comme si tout, y compris les imprévus, était facile ici", ainsi que je l'ai noté textuellement dans mon premier compte rendu. L'aventure est déjà au rendez-vous...

Difficile de trouver un taxi-brousse non complet, et je résiste pourtant aux sollicitations des chauffeurs de taxi qui veulent me reconduire au centre ville, à la gare routière. Il faut savoir que l'aéroport en est distant de 6 à 7 km et qu'il se trouve, à la sortie de Tamatave, sur la N5 qui va vers Fénérive et donc Mahambo, où m'attendent Fara et Faly, avec le nouveau scooter qu'ils m'ont acheté, d'un bleu très chic (Faly m'a racheté le rouge à la fin de mon précédent séjour). Grâce à Andrea qui me réserve une place dans un véhicule à la gare routière, je peux enfin arriver, mais le soir tombe déjà, dans mon petit paradis... après plus de 3 heures de route, tant le tronçon Tamatave-Foulpointe est dans un état déplorable ! Mes amis, mais aussi toute la famille de Françoise, sont là avec un repas tout prêt. On échange les premières nouvelles, parfois bien tristes: Stéphanie est partie à Tana avec un copain, la vazaha Y. a mis fin à ses jours, etc. Fatigué par cette journée éprouvante, je suis bien vite au lit... sans eau potable: la nuit sera dure.

Le gardien Paul avec le nouveau scooter La famille de Françoise

De fait, la journée du lendemain, je la passerai essentiellement au lit, avec un dérangement intestinal typique, à part quelques courses d'urgence: les vivres de base, du charbon de bois et de l'essence pour mon nouveau coursier. La première baignade aux Orchidées à 17h30', juste avant le crépuscule, me permet de retrouver Frédéric, Mavo et leur petite Annie: ils m'annoncent qu'ils vont quitter les lieux, abandonnant la gérance de l'établissement.

Fred, Mavo et Annie Pour la baignade deux fois par jour

La grande nouveauté au village est la possibilité d'acheter pour presque rien des bidons d'eau potable derrière la mairie où a été installée une station de pompage en grande profondeur et de filtrage de l'eau captée. D'abord sceptique (j'ai vivement acheté ce matin 6 bouteilles d'Eau Vive), je me rendrai compte que je peux la boire telle quelle et qu'elle a même meilleur goût que l'eau en bouteilles capsulées. Quelle économie (1.000 Ar. pour 20 L contre 2.000 pour 1L1/2) et quel progrès pour les gens de Mahambo qui, je le rappelle, n'ont pas l'eau courante !
Ma nouvelle garde-robe en bambous a fière allure dans le living, même si je remarque bien vite qu'elle est attaquée par des insectes xylophages : aïe!

La nouvelle armoire en bambou Suzy a mis sa belle robe

Dès le vendredi, et cela sera le cas pendant tout ce séjour, je me sens en excellente forme physique. Il est vrai que la mer est superbe car il n'y a pas eu de cyclone cette année. Skype out me permet de rester en contact avec Christiane sur mon petit téléphone portable, vieillot mais efficace. Il fait un temps splendide et les fruits du coin (bananes, mangues, ananas, pastèques) me poussent à faire ma première confiture, pendant que Faly, bricoleur né, remplace le joint de la pompe du jardin. Je reçois de ma voisine Suzy les premiers litchis de la saison. Les familles amies viennent dire bonjour et reçoivent les colis de vêtements que Christiane a préparés à leur intention: c'est le moment des retrouvailles, toujours chaleureuses, chez moi ou chez eux: le nouveau scooter démarre au quart de tour et c'est un plaisir sans cesse renouvelé de parcourir les pistes et de capter l'ambiance du village... Le soir, après ma baignade vespérale, j'ai pris l'habitude de "faire cinéma" pour les voisins: ils sont entre 12 et 15 chaque jour pour vibrer avec le Kevin Costner de Robin Des Bois, rire des grimaces de Louis de Funès dans la Grande Vadrouille, s'attendrir au film d'animation Rio, frémir avec Jurassic Park ou Tom Cruise dans Mission Impossible III, ou encore s'émerveiller des cascades invraisemblables du Retour du Cobra (une cornichonnerie qui ne présente que cet intérêt, mais bon...). En général, un long métrage fait l'objet de trois épisodes, avec un picoprojecteur qui permet une bonne image, de la taille d'un énorme téléviseur plat, sur le mur de la cuisine.

La petite boutique de Suzy, en face de chez moi L'ami Emile bien entouré

Un vieux monsieur passe me vendre des poulets, toujours vivants, bien sûr - quelques jours plus tard, je lui achèterai encore un coq, mais il rendra l'âme le surlendemain: je me doutais bien qu'il était malade, mais bon, il vaut mieux que cela m'arrive qu'à ce vieux monsieur, et je me consolerai en pensant qu'il était vraiment très bruyant dès avant 5h du matin !... Un couple de canards sera plus florissant - : les poulets feront merveille, avec une sauce au gingembre préparée par Jeanne, pour recevoir Emile de Foulpointe ce dimanche, après un saut aux églises principales du village et la distribution du cadeau dominical devenu traditionnel (sucre et huile - les PPN les plus chers) aux familles amies. Emile à OLATRA, c'est la garantie d'un apéro bien frais (bière et pastis), car il amène des glaçons dans sa boîte frigo: le pied ! On organise déjà mon retour du 2 décembre...

Avec Annette et sa petite Zakiana Didy, soeur de Nancia et maman de Camélah

Le mardi est jour de marché: Annette, qui travaillait à La Pirogue où elle m'a connu, arrive avec sa petite Zakiana, qui n'a que quelques mois: je ne me souviens pas lui avoir promis, quand elle était enceinte, un vêtement pour son futur bébé, mais bon... Arrive aussi Didy, la soeur de Nancia (partie en France avec son mari vazaha); elle habite chez Nancia, elle est accompagnée de Camélah, son petit garçon de 6 ans... qu'elle ne peut mettre à l'école pour raison financière. Comme Stéphanie a mis les voiles vers la capitale, ce petit bonhomme la remplacera au sein des enfants dont je prends en charge la scolarité avec l'aide d'amis mycologues. Nous allons, selon le désir de la maman, l'inscrire à l'école primaire catholique, chez la Soeur Charlotte. Il faut régler un an de scolarité, l'achat du tablier réglementaire, du livret scolaire, d'un cahier de dessin, d'un plumier garni et s'un cartable. Pour une quarantaine d'euros, quel bonheur de pouvoir mettre un enfant à l'école !
Malgré la pluie, il est temps d'aller voir mes amis de Sahamalany, puisque mon nouveau scooter pète des flammes. Le café de Juliette est toujours un grand moment, et Thonia a un sourire étincelant, avec les nouvelles dents que lui a installées le dentiste D.F. de Fénérive.

La famille de Raymond à Sahamalany Le petit Jean-Claude et sa famille

Le petit Jean-Claude passe avec sa famille, les parents Marcelline et Antoine, et Claire la grand-mère. Le matériel pour les enfants est remis en route sur la table de la terrasse: crayons de couleur, cahiers à colorier, picotage, puzzle, etc.
Le 14 novembre, scooter dès 5h30' (il fait déjà bien clair, car c'est l'été ici) jusque Foulpointe d'où je pars dans la Suzuki d'Emile vers Tamatave. C'est là qu'il est possible de faire des achats particuliers : huile essentielle et baume pour les piqûres d'insectes à Homéopharma, mayonnaise et rasoirs à main au Score, objets divers d'artisanat à ramener en Belgique. A signaler: le restaurant "La Terrasse", entre Shoprite et Score, propose un délicieux menu du jour à 60.000 Fmg, avec tartelette croustillante aux crevettes en sauce blanche et épinards, langue de bœuf sauce aux petits pois et purée, vermicelle au lait. Un très bon rapport Q/P, à 5 euros avec une grande bière fraîche.
A Fénérive, en scooter avec Paul, d'autres achats pour les familles: un vélo pour mon gardien, un matelas pour la famille de Raymond à Sahamalany. Heureusement qu'il y a Aloe vera pour soigner mes coups de soleil sur les avant-bras... Alors que je  me contente souvent d'un souper léger (tartines, soupe chinoise, restes de midi), j'ai plaisir à me préparer des repas de midi de qualité en cuisinant de bonnes choses - crevettes d'Antsikafoka et crudités variées en vinaigrette, poisson frais accompagné de frites dans l'huile d'une poêle, ma foi pas mal réussies, et accompagnées de mayonnaise -  surtout qu'à Fénérive on trouve yaourt et pâtisseries...

Paul, fier de sa nouvelle bicyclette Raoul et Santa

Retrouvailles aussi avec Raoul et sa compagne Santa, chez eux, où je rencontre un Français sympa qui a acquis tout près un grand terrain de quelques hectares, avec accès direct à la mer, pour en faire, m'explique-t-i, un "paradis d'essences forestières": original ! Raoul et Santa sont très accueillants et j'ai, plusieurs fois durant mon séjour, l'occasion de partager un petit déjeuner ou un dîner nocturne en leur agréable compagnie: c'est chez eux que je découvre certains mets du coin, ainsi des escargots récoltés dans l'herbe du parc où Raoul a construit une dizaine de magnifiques maisons pour des clients vazaha, essentiellement Français ou habitants à La Réunion.

Je suis rarement seul à la maison, car il y a souvent des enfants qui viennent dessiner et colorier sur la terrasse. Il me vient alors une idée: acheter un terrain près du CEG pour y construire des petites maisons qui serviraient d'internat à des jeunes de familles pauvres, habitant loin, motivés par l'école... Mon imagination vagabonde... mais le petit terrain près de Doris a été vendu, et celui qui jouxte ma maison est beaucoup trop cher. C'est Fara et Faly qui m'apporteront l'opportunité d'initier ce grand projet. Le terrain sera mis au nom de Faly; c'est lui qui fera les démarches pour le "titrer-borner" auprès des Domaines à Fénérive, mais c'est moi qui aurai la jouissance des lieux pour les aménager et y construire des maisonnettes: on échafaude ce projet au Soafaniry, la petite gargotte où on sert de la "sakafo gasy" à quelques centaines de mètres de ma maison sur la route de Fénérive...

Confiture de litchis avec Vavrina Légumes au marché couvert

C'est la pleine saison des litchis: il faut résister à la tentation et rester raisonnable, car c'est un fruit franchement laxatif. En confiture, il est excellent et, vu sa teneur en sucre naturel, il n'en faut que peu ajouter. Tant qu'on en est à évoquer la nourriture, je dois signaler avoir conservé pratiquement 3 semaines en bon état, sans frigo, des tranches de jambon cru et de fromage belge, mis sous vide plastique: ils sont à garder, comme un bloc de parmesan par exemple, dans un sachet isotherme capitonné. On peut acheter au village, pour les en-cas: oeufs frais, spaghetti, fromage "vache qui rit", soupes chinoises, sardines. Le poisson (parfois, les femmes des pêcheurs proposent des camarons, qu'on appellerait chez nous scampis, aussi bons à mon point de vue que la langouste devenue rare et plus chère) ne manque pas, "au pont" à la sortie du village en direction de Fénérive; presque chaque jour, il y a du zébu au marché : il est meilleur haché qu'en tranches, trop coriaces parce que la viande n'est pas reposée; on trouve même du porc les jours de marché, mais je n'ose m'y risquer jusqu'à présent. La plupart des légumes sont disponibles chaque jour au marché couvert, même le dimanche matin. Pas de problème pour les boissons (bières, coca, limonades dont Fanta, Sprite et Bonbon Anglais); il y a même du pastis et du whisky; quant au rhum en vrac, il est abondamment servi au verre dans les épiceries, tout comme sont vendues les cigarettes à la pièce ou par deux... Je n'ai donc pas crainte d'inviter les familles amies à manger avec moi à la maison, car, avec l'aide de mon gardien Paul, je peux m'éclater en cuisine, mon plat de prédilection étant les légumes variés, bouillis puis sautés à l'huile (photos). Pour les fruits, pratiquement chaque jour je reçois un petit cadeau (ananas, corrosol, mangues, litchis,...), au point de pouvoir faire du "jus naturel" (fruit pressé + eau). Aller au resto ? Cela m'est arrivé seulement 4 fois sur tout mon séjour: au Vanilla café près d'Ylang Ylang (bon mais compter 5 euros avec la boisson) et au Soafaniry (correct et très bon marché).

Du zébu disponible au marché, presque tous les jours La famille de Sahamalany, avec Jeanne et Paul

Surprise: ce dimanche 18 après-midi, qui vois-je monter les escaliers? Christin, mon ami d'Andasibe. Sans s'annoncer, il vient passer un jour à Mahambo, ce qui me dispensera d'y aller expressément - où, dit-il, il n'y a de toute façon que peu de champignons en ce moment, ce qui me console - pour lui remettre un accessoire qu'il m'a commandé pour l'orgue électronique avec lequel il anime les offices à l'église FJKM. Nous profiterons bien sûr de la plage des Orchidées, des litchis qui ne poussent pas sur les Hauts Plateaux, et des rhums arrangés que je prépare "maison" (litchis et jacque). Fara en a toute une gamme, où excellent le gingembre, la cannelle, la vanille.

Christin dans le jardin de Olatra Alamanda et Hibiscus aux Orchidées

La plupart du temps, je fréquente des Malgaches au milieu desquels je me sens très à l'aise. Par exemple, je suis rarement seul pour le petit déjeuner au retour de la baignade matinale: il y a souvent déjà l'un ou l'autre sur la terrasse, venu dire bonjour. Cette fois, il m'est arrivé à plusieurs reprises de faire connaissance avec des vazaha: Jean le naturaliste, Gérard le Robinson intarissable et cultivé, Patrick le malchanceux, Marcel l'ancien militaire crack en informatique, Paul le gentil anglophone. C'est chaque fois enrichissant, tant les personnalités sont diverses, mais jamais banales, de tous ces Blancs qui comme moi sont un jour tombés sous le charme de ce pays qui exerce une véritable fascination, souvent inexplicable rationnellement. A Foulpointe, agglomération distante de 32 km, mon ami Emile me reçoit toujours festivement, et je peux aller acheter à Estelle les colliers que je ramènerai en Belgique.

Un gros bolet semblable à notre Boletus aereus Des volvaires au pied d'un bananier du jardin

Et les champignons ? Il y en avait peu, mais j'ai pu revoir, outre les inévitables Pycnoporus sanguineus, le plus fréquent des lignicoles là-bas, des agrocybes, des panéoles, un très gros bolet noir qui fait aussitôt penser à notre cèpe bronzé (on n'ose plus dire "tête de nègre"!) et, à même mon jardin, au pied d'un bananier, une volvaire comestible, jadis observée sur déchets de girofliers ou à même le sable de la plage de La Pirogue. J'ai eu la chance d'observer plusieurs fois un très bel oiseau endémique, un pigeon de couleur verte magnifique, Treron australis, dans les arbres des Orchidées. Il faut cependant dire que l'oiseau le plus fréquent est Acrodotheres tristis, le Merle des Molluques, ici appelé Martin.

Mr Charles est, depuis un an, le Directeur du CEG voisin. Il faudra déboucher un des deux WC construits, penser à d'éventuels panneaux de basket à fixer à des poteaux de béton armé (l'école a reçu en cadeau des sacs de ciment):  l'un ou l'autre devis serait évidemment bienvenu !

Il y a parfois des pluies torrentielles, mais elles ne durent pas longtemps et le soleil revient vite, sinon le jour même (j'ai connu un jour fort gris, où la température ne dépassa pas 24°, oufti!), du moins dès le lendemain. Ce vendredi 23, il pleut à seaux pendant la nuit et le matin. Impossible de partir à la plage avant 7h15'; quand j'y arrive, il pleut de nouveau "comme vache qui pisse". Qu'importe, je me baigne quand même: c'est une étrange sensation nouvelle, car la pluie crépite sur la mer assez calme, les gouttes rebondissant avec fracas tout autour de moi qui suis évidemment le seul baigneur (mais c'est déjà le cas habituellement!).

Une partie assez conséquente de mes journées se passe à faire des achats pour les familles aidées. Cette fois, j'achète un vélo à Paul, mon gardien dont je suis satisfait. Ce cadeau sera cependant pour lui, à côté d'une joie non feinte, source de tracas tant le matériel chinois - on ne peut trouver que cela - est fragile: très vite, il faut remplacer un pneu ou encore les pédales... quand on en trouve qui conviennent, chez l'artisan du village ! Le sac de riz de 50 kg coûte 22 euros: le sucre cristallisé frôle l'euro pour un kg, alors que l'huile, bien nécessaire en cuisine (il n'y a pas de beurre ici et la margarine coûte trop cher pour les Malgaches), vaut 1,5 euro.

Chez le marchand de pneus, déjà! L'heureux papy Faly, à Ylang Ylang

C'est quelque jours avant mon retour que j'ai l'occasion d'acheter un grand terrain de 80 ares, bien situé entre le dispensaire, le terrain de football et... le collège: l'affaire est conclue avec le sympathique proprio, qui trouve que mon projet est chouette. Il sera mis au nom de Faly, puisque seul un Malgache peut être pleinement propriétaire dans ce pays, mais c'est moi qui en aurai la libre utilisation, pour y construire des maisonnettes pour les élèves les moins favorisés du CEG voisin, distant de 3 min. à pied. Dès le lendemain de l'accord oral, nous nous retrouvons à la mairie et au Fokontany (chez le "chef du village") pour les formalités administratives en ce qui concerne l'acte de vente, l'acte de prêt, le paiement des taxes locales et du droit de mutation. Tout est mené assez rondement, par rapport à la tendance au mora mora des Malgaches ! On appellera ce campus scolaire... MITSINJO, du nom de l'association d'Andasibe pour laquelle j'ai réalisé le travail sur les champignons (OLATRA). Je rappelle que ce mot malgache signifie "regardons vers l'avenir" : tout un programme !

Un terrain pour le futur MITSINJO Fara et Faly près du terrain acheté

Un gros arbre au milieu du terrain De futures pensionnaires à Mitsinjo ?

Il neige sur Neufchâteau quand je me mets en route pour un voyage de retour qui n'aura rien d'une sinécure. Emile est venu me retrouver à la maison puis au Vanilla café: c'est dans sa voiture que mes bagages voyageront jusque Foulpointe, que je rejoindrai, après mes "au revoir", avec le scooter que je laisserai dans son garage jusqu'à mon prochain séjour. Le lundi 3 décembre, Emile me dépose à l'aéroport de Tamatave où il va faire ses courses diverses. Personne et tout semble clos, mais comme il n'est que 8h je ne m'en étonne pas d'abord... D'autres vazaha arrivent, perplexes comme moi. On apprendra bien vite que l'avion vers Tana, prévu à 10h20'... est reporté à 15h50': la compagnie a envoyé un mail pour prévenir, mais je ne le trouverai, sur mon PC, qu'en rentrant à la maison ! Par contre, j'ai la joie de revoir Nancia, qui, de retour au pays, vient d'arriver dans sa famille à Tamatave. Quand Andrea vient prendre son service, nous avons tout juste le temps d'aller manger ensemble non loin de l'aéroport. Dans le petit avion à hélices où tous les sièges sont occupés, je fais la connaissance de Jean-Claude R., de Clermont-Ferrand. Il me sera d'un grand secours et réconfort pour la fin du voyage, qui se révèlera encore plus chaotique...
A Ivato, Nary est là - on devait se voir à midi à la gare de Tana, mais c'était impossible - avec le gros colis (mon sac de sports n'y suffit pas!) de lettres et cadeaux des élèves du CEG d'Arivonimamo pour leurs correspondants belges.
L'avion partira avec 45 min. de retard: elles ne seront jamais rattrapées et je rate le TGV de 7h30' pour Reims. Il faut acheter un nouveau billet (malgré une attestation d' Air Madagascar, l'autre ne sera pas remboursé par Europe Assistance, auprès de qui j'avais acheté une assurance annulation, qui n'intervient que quand l'avion a eu "une panne ou un accident", c'est-à-dire quand on est mort!) pour le TGV suivant qui quitte Charles de Gaulle à 12h48'!
Heureusement, je peux prévenir Christiane de mon arrivée à Sedan à 15h17'... ce qui ne sera pas le cas en raison d'une grève à la SNCF: avec l'aide du chef de gare de Charleville, on pourra la prévenir de continuer sa route pour venir me rechercher là, et nous ne rentrerons à Neufchâteau qu'à la nuit tombée...