2025
C'est au printemps que j'ai remis le cap sur Mahambo, du 29 avril au 22 mai. Pour rappel : il faut prendre patience pour rejoindre ma maison malgache. Départ en voiture puis train normal TER de Sedan à Champagne-Ardenne, puis TGV de Champagne-Ardenne jusque Charles de Gaulle terminal 2B (52 €). En effet, en raison d'une grève annoncée en Belgique, j'ai réussi à faire annuler et revendre (45 €) mon billet de TGV Bruxelles midi - aéroport CDG. Départ à 19h’00, vol UU0974 avec Air austral. Arrivée à St Denis (Réunion) le 30 avril à 8h10’. Départ vers Toamasina vol UU0555 à 9h20’, arrivée à Tamatave à 10h10’. C'est la première fois que les vols s'enclenchent aussi bien. Taxi brousse vers Mahambo après un repas à la cafétaria de l’aéroport. Arrivée chez moi vers 17h, après un trajet très fatigant, toujours à cause de l'état de la route. Vavrina, ma gardienne, est à l'accueil.
Comme un problème est survenu sur mon petit PC Notebook, où j'ai noté les souvenirs de mon séjour, c'est de mémoire que je dois faire ce compte rendu.. Pas de nouvelle chute, en tout cas, et le scooter a bien marché, ni de problème de santé. Les moments saillants furent :


* Deux visites au cimetière des vazaha, pour saluer la tombe de Gérard Bonizec, avec Faly et Elysé d'abord, puis avec un petit groupe à l'occasion des funérailles d'un autre vazaha, Denis Maire, en présence de sa fille.


Il faut aussi avoir la permission d'un des "tangalamena", figure traditionnelle chez les Betsimisaraka de la côte Est de Madagascar, anciens du village qui forment un groupe de sages, pour pouvoir accéder au cimetière : on doit se plier aux habitudes des gens du lieu, selon l'adage bien connu: "When in Rome, do as the Romans do".


Par ailleurs, Raoul me partage aussi sa déception en ce qui concerne l'héritage de Gérard. Celui-ci ne m'avait jamais parlé de sa "famille" : manifestement (et malheureusement), il n'avait pas prévu ni préparé son décès ; son gardien Jimmy me partage aussi son amertume, en me montrant la lettre de licenciement reçue du frère de Gérard. Celui-ci nous avait pourtant dit qu'il souhaitait que Jimmy et sa famille soient ses héritiers, mais il n'avait pas fait de testament holographe pour rendre officiels ses désirs. Quand on n'a pas d'enfant, il faut le savoir... Il n'avait pas non plus laissé d'instruction concernant les jeunes qu'il aidait personnellement, à Mitsinjo et ailleurs (Fénérive, Antsiranana, Tamatave où un ancien de Mistinjo avait commencé des études post-bac).
* Le règlement du problème suite à l'expulsion, par le propriétaire du terrain où ils avaient leur maisonnette, de Kamisy et Evariste, ce dernier avec femme et bébé. Ce sont les fils de Françoise, dont j'aide la famille (Vavrina, Norosoa, Paul mon ancien gardien,...) depuis de nombreuses années. C'est Fara qui m'avait présenté cette famille du temps où elle était gérante des Orchidées (hôtel devenu Hibiscus et maintenant abandonné). Faly me trouve un petit terrain, pour 5 millions d'ariary, dont je paie l'acompte (2/5) à deux dames. Cela ne pourra cependant avoir lieu et l'argent est transféré sur une autre parcelle, près d'un puits de l'ALM et non loin de la piste principale venant du dispensaire et du boulanger Eddy. Par Fara, je reçois le 20 juillet les photos de la construction (structure) de la nouvelle maison de Kamisy.





* Tout va bien au campus : j'aurai l'agréable surprise, après mon retour, de découvrir que, pour la première fois, tous les élèves ont réussi leur année scolaire, le BEPC inclus (en fin de 3ème, la 4ème et dernière année du collège). Pour les candidats au BAC de juillet, c'est moins sûr, mais sait-on jamais ? En tout cas, le travail de Felana et Elysé avec les jeunes porte ses fruits : je ne regrette absolument pas de les avoir engagés. François et Geneviève non plus, qui ont doublé leur salaire grâce à NAMAKO. Ce sont eux aussi qui ont financé les nouvelles toilettes.



De plus, ils prennent en charge quelques élèves et les maisonnettes qu'ils habitent. Enfin, ils ont offert internet par Wifi à Felana et Elysé. L'ambiance est donc excellente à Mitsinjo, et cela risque d'attirer des candidats. Pour rappel, les jeunes acceptés se voient offrir l'écolage, les frais médicaux, et le riz une semaine sur deux, car les parents doivent participer. Geneviève et son mari retourneront à Mahambo fin août, où ils occuperont ma maison avec un de leurs petits-enfants.
* Rentré à la maison, j'envoie l'argent nécessaire à la reconstruction de la maison de la gardienne Amélie, qui menace de s'effondrer. Elle et sa fille Vola ont trouvé refuge chez "Geneviève et Michel", occupée longtemps par les triplées Serienne, Serianne et Sergine. Il y aura sans doute pas mal d'autres maisons à réparer, car elles ont été édifiées dès le début du "campus". Il pleut d'ailleurs beaucoup, ce qui accélère le vieillissement de ces constructions qui datent du début de l'aventure... qui remonte à 2013, déjà oui !

Bref, un séjour agréable, sauf en ce qui concerne le temps (météo) et une dame, maman d'un gentil garçonnet, qui m'envahit. Pourquoi va-t-elle jusqu'à voler mes nouvelles claquettes ? C'en est trop, et je dois lui interdire l'accès de ma maison. Est-elle amoureuse de moi, comme certain(e)s le prétendent, ou seulement de mon portefeuille ? Même en mettant Vavrina sur le coup, je n'arrivais à rien avec la méthode douce, sans doute à cause de l'alcool auquel elle est dépendante, et c'est ce qui explique sa kleptomanie (il faut de l'argent pour acheter du rhum), dont se plaignent pas mal de gens.

Quelques dernières images pour terminer sur des points positifs :




Retour en taxi-brousse le mardi 20 mai pour arriver en fin d’après-midi à Tamatave, à l’hôtel La Véranda (près de la BMOI). Courses au bazar be tôt le matin du mercredi 21 mai : vanille, poivre et bracelets. Avion EWA UU0556 à 10h55’, arrivée à La Réunion à 13h40’. Départ de St Denis à 19h55’ (6 heures d'attente !) et arrivée à Paris Charles de Gaulle à 05h30’ le jeudi 22 mai. TGV à 8h07’ vers Bruxelles Midi, arrivée à 9h43’. Train vers Libramont puis voiture avec Christiane jusque Neufchâteau.
Prochain séjour, en principe avec Christiane, en novembre.
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Entretemps, Geneviève et Jean-François BLEU ont remis le cap sur Mahambo. Voici le récit illustré qu'ils m'ont envoyé de leur séjour entre le 19 août et le 9 septembre.
"L’année scolaire 2024-2025 s’est très bien déroulée. Fruits de l’initiative de Paul Pirot, grâce au soutien financier et matériel de Namako et grâce à l’implication de Elysé et Felana, les résultats scolaires sont en progression constante. En terminale, une élève sur trois a décroché le BAC. Tous les élèves du collège et du lycée ont réussi leur année scolaire. Ils étaient donc tous présents à la rentrée au campus, 15 jours avant la rentrée scolaire, sauf Liana qui ne désirait pas rester au campus.
Avec l’aide de l'équipe sur place, 6 nouveaux élèves ont été sélectionnés.
Cinq d’entre eux sont entrés en 6éme. Une élève, Madeleine, est entrée en seconde ; toujours première de classe, après le décès de son père, sa mère ne pouvait plus subvenir financièrement à ses études. Onze maisonnettes sur les douze existantes sont donc occupées.
Après le décès de Gérard, Namako reprend en charge la maison Marie B qu’il subventionnait. Quelques réparations ont été effectuées et de nouveaux lits et matelas ont été achetés. Depuis la rentrée, Namako prend donc en charge 2 maisonnettes, soit 4 élèves : Saïlah et Sylvannah, Hermine et Valiska ; également, hors campus, chez Fara et Faly, les jumeaux Anthonio et Sylverio et les jumelles Olina et Olizia.


Durant notre séjour, un inventaire des réparations à exécuter sur toutes les maisons a été dressé. Avec Paul, nous sommes arrivés à la conclusion que si nous voulons que le projet perdure, nous devons rebâtir les maisonnettes. Celles-ci sont construites en matériaux végétaux selon les traditions
malgaches (espérance de vie environ 10 ans, elles en ont 12).


Les nouvelles reposeront sur une chape en béton avec une élévation d’un muret de parpaings de 80cm de haut sur lequel viendra reposer la structure végétale. Cela sera le grand projet de cette année. Les travaux ont déjà commencé. Namako prendra en charge la reconstruction de trois maisonnettes.
Les 3 points "cuisine" étaient de simples pierres déposées sur le sol. Ils ont été remplacés par des tablettes de béton surélevées.


Un 4ème ordinateur et 45 kilos de livres sont venus enrichir la bibliothèque et l’atelier informatique.


Achats et distribution des fournitures scolaires et tenues pour la rentrée.
Les blouses ont été cousues par Fara sur le campus, les tenues de sport ont été réalisées en France, ainsi que l’achat de tee-shirts blancs. Le lundi est un jour spécial dans les écoles malgaches, le salut au drapeau doit se faire en tenue « number one » blanc et noir. Cette année, Nénette et Sylvannah ont reçu un prix spécial qui récompense, pour l’une sa place de première de classe durant toute l’année, et pour l’autre la meilleure progression dans ses notes, de 14,19 à 16,77 en fin d’année.

Des cours préparatoires à la rentrée (français et maths) ont été donnés.

Afin de remercier les élèves pour leurs résultats et les inciter à continuer, Elysé et Félana ont organisé un voyage scolaire d’une journée, avec la visite du fort de Foulpointe, celle d’un navire dans le port ainsi que d’une algoculture (culture en masse d’algues). Piquenique sur la plage. Paul a financé le transport, et Namako la nourriture et les entrées.


A noter aussi, la création d'une équipe de football, complétée avec des garçons de l'orphelinat voisin.

Cette année encore, Namako a ramené des épices et de la vanille qu’elle vend au profit de ses actions à Mahambo. Si vous êtes intéressés, vous pouvez nous joindre au + 33.6.33 83 22 12.
Le 29 novembre à 18:00, en l’église de Saint Sauveur de Cruzières, la Chorale "Chante Béssas" présentera son nouveau récital au profit de l’association. Collations et vente d’épices seront prévues.
Nous remercions Fara et Faly pour leur engagement depuis le début de cette aventure, mais aussi Felana et Elysé grâce à qui tout cela ne serait pas possible."

Nos coordonnées : NAMAKO, 159, Chemin du Passevite, F-07460 Saint Sauveur de Cruzières, tél. +33.6.33 83 22 12. namako.mahambo@gmail.com.
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Pour ce 42ème voyage à Madagascar, du 10 novembre au 3 décembre, Christiane m’accompagne. Elle connaît les difficultés de l’aventure : la longueur des voyages A/R et la fatigue qui en résulte, mais elle sait qu’une fois arrivés, ce sera TOP ! On quitte la maison en voiture : elle est laissée à la gare de Libramont, tandis que les clés sont mises dans la boîte aux lettres de notre fils Nicolas. A Bruxelles-Midi, on prend un BlaBlacar qui nous conduit en 3h30’ au terminal 3 (gare routière) de Roissypôle. Le petit métro CDGVal nous amène au terminal 2 où se trouve Air Austral, pour l’enregistrement des deux grosses valises, pleines de matériel destiné au campus, le tout grâce à des amis du cercle de mycologie. On embarque dès l’arrivée au gate, car les distances sont longues. A l’aéroport Roland Garros de St Denis de La Réunion, il faut attendre 6 heures pour embarquer dans le petit avion à hélices de EWA, partenaire d’ Air Austral. Quand on arrive à Tamatave, deux heures plus tard, il est 17h et c’est trop tard pour faire le trajet jusque Mahambo. Une nuit à l’hôtel Fleuri, apprécié et très proche de l’aéroport, ne coûte que 13 euros. On file en tuk-tuk vers le centre ville, chez Orange, pour équiper nos deux téléphones d’une carte SIM réactivée et d’un forfait Be connect pour internet : 3 Go, valables une semaine, s’achètent 2 euros. Le restaurant Concordia, de l’autre côté de la route, est lié à l’hôtel.
Le taxi-brousse de Claudio, réservé par Elysé, nous emmène le lendemain à 9h30’, aux deux places avant, à la droite du chauffeur. La route est en réfection, mais si lente qu’il n’est pas possible d’envisager une nette amélioration de tout le parcours. Il faut encore pratiquement 5 heures pour rejoindre mon petit paradis. Vers 15h, surprise : Felana nous attend devant la maison, avec une quinzaine de jeunes du campus, dont les 6 nouveaux : Madeleine (en seconde au lycée), les autres au 6ème au collège : Noëlla , Hermine, Valisca ; Flavien et Jean-Yve. C’est très émouvant.







Vavrina aussi nous attend avec un gros poisson et des frites. Fara et Faly arrivent. Puis on fait les premières courses de base. La soirée est « agrémentée » par une panne du réseau, et on ne peut donc pas acheter du crédit pour Welight. C’est l’occasion de ressortir les bougies, auxquelles les Malgaches sont habitués ! Après le premier petit déjeuner, comme c’est jour de marché, Christiane achète… un pull. La chaleur est donc supportable (!), ce qui ne sera pas le cas plus on se rapprochera de la fin du séjour. Nos premières tentatives de baignade seront décevantes, car la mer est trop agitée à cause du vent : on doit renoncer ! Ce qui nous frappe, ce sont les hymnes tonitruants et les exercices de batterie de l’église voisine Rhéma, toute proche, car le pasteur a bâti à côté de Suzy. Le premier film en soirée est « Le petit Nicolas ».
Première leçon sous le kiosque au campus. On peut faire deux groupes. Christiane remporte un franc succès avec son jeu de lettres.



Pendant le week-end, les jeunes sont retournés dans leurs familles, et on en profite pour se reposer, jouer au scrabble, ou faire une promenade à pied, et aller au lit très tôt. Le dimanche, nous sommes déjà invités chez Fara et Faly, puis Christiane va à un « concours de beauté » avec Vavrina, pendant que Paul accompagne les jeunes à la mer.




« Intouchables » est le 2ème film, avec Omar Sy, apprécié par les jeunes. Elysé, qui était absent en compagnie de jeunes « missionnaires », est rentré et on lui remet ce que nous avons apporté pour les élèves : livres de science, matériel électronique (dont 4 multimètres offerts par des amis), fer à souder et accessoires. Il est ravi.
Autres moments forts : rencontre, chez Fara et Faly, puis chez nous pour un goûter, avec les ALM. Ils sont une dizaine, avec les « anciens » (Monique et Lucien, qui ont parrainé une maisonnette du campus).



Rencontres aussi avec Bernard Lallemand, qui nous rappelle nos premières journées à Mahambo (voir notre récit en 2004), puisque nous logions à La Pirogue, où il s’est définitivement installé. On le retrouve aussi chez Fara et Faly où il passe volontiers, en tuk-tuk, accompagné de soignants.

L’internat de l’Unicef pour filles, près du CEG, n’a pas été entretenu et est pratiquement en ruines. « Ratatouille » fut notre 3ème film pour les jeunes. Ce Disney est vraiment un pur chef d’œuvre du cinéma d’animation. En plus des litchis, le jardin nous offre des papayes (délicieux achards avec les poissons) et des corossols, dont le jus parfumé est une « tuerie » : occasion de rappeler que Vavrina nous gâte à tous les repas : son talent de cuisinière – elle fait même des pizzas sans four ! - n’a d’égal que sa gentillesse… et Christiane se laisse volontiers servir, comme une princesse ! Sur la N5, beaucoup de camions, de jour comme de nuit : c’est la saison des litchis, et il y en a beaucoup cette année.

La pluie ne nous a guère gênés, car elle avait lieu la nuit. Santa, Raoul et ses deux cousines sont venues manger à la maison. Gérard B. est évidemment toujours présents dans nos conversations ! On a été aussi à Fénérive, chez Jim pour des épices : il a tout ce qu’on trouverait au bazar be de Tamatave. Christiane offre à Felana et Elysé une cuvette de WC pour équiper leur maison ; on achète un matelas pour Vavisoa. On est invités chez Raoul, en même temps que des clients arrivés de Béziers. Le soir, il vaut mieux se fier au tuk-tuk que prendre des risques en scooter ! On fait la fête sur notre terrasse avec Fara et Faly, et un vin blanc ramené de Fénérive. « Tintin et le secret de la Licorne » de Spielberg a bien plu aux jeunes, de même qu’un épisode de « C’est pas sorcier » consacré au bambou, une herbe géante !


Mr Henry, ancien surveillant au CEG, est vraiment une crème d’homme : il a eu un AVC qui le paralyse un peu d’un côté, mais est d’une générosité insigne (vanille, cannelle, clous de girofle, fruits jaunes, avec noyau central : ce sont sans doute des Jamerose ou Jambose (Syzygium jambos) : nous les verrons sur l’arbre lors de notre promenade en pirogue, sur le fleuve près du pont, avec Tony, le fils d’Eric le pêcheur.




On observe bien le martin pêcheur et un joli fodi tout rouge, les fleurs et fruits de oreilles d’éléphant, le palissandre, l’anacardier (noix de cajou) en fruits, etc. Comme on n’a pas eu la prudence de prendre une crème solaire, on doit rentrer pour se traiter avec Aloe vera.

On ira encore au cimetière des vazaha, saluer la tombe de Gérard. Les 3 aînés appelés « tangalamen » sont là, attendant le rhum et la limonade apportés par Fara, qui connaît les coutumes locales. On fera tout le trajet du retour jusqu’au campus, puis à la maison, à pied sous un soleil de feu.


