Préambule

A l’association Mitsinjo (inauguration 02.02.05 – avec les guides 25.01.06)

 

 © 2006 Association Mitsinjo
Andasibe, Madagascar
Texte et photos : Paul Pirot
Page de couverture : Laccaria sp.

 

Série Biodiversité d’Andasibe-Périnet (Madagascar) N° 1 

 

OLATRA
CHAMPIGNONS

Paul Pirot

 

 

avec la collaboration de : Tô Ramaherinjatovo

Editeur de Série:
Rainer Dolch

Association Mitsinjo
Lot 104 A Gare
Andasibe 514
MADAGASCAR
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PRÉFACE DE L’EDITEUR

Madagascar est un pays d’une richesse naturelle exceptionnelle. Véritable haut-lieu de la biodiversité, la Grande Ile abrite surtout des espèces de flore et de faune endémiques, c’est-à-dire qui n’existent qu’ici.

Diversité fascinante, il reste difficile pour le non-initié d’embrasser cette opulence d’un coup d’oeil. Malheureusement, de moins et moins de Malgaches connaissent la flore et faune de leur propre pays. Les changements sociaux à Madagascar, par suite de l’exode rural et de l’urbanisation croissante, ont abouti à une perte progressive de la connaissance de la nature. Même parmi la population rurale, l’ignorance de la nature et des relations écologiques est prépondérante. La dégradation des écosystèmes naturels de Madagascar en est une des conséquences.

D’autant plus surprenant est le fait que les publications illustrées concernant la biodiversité malgache sont extrêmement clairsemées. Malgré l’existence de nombreuses recherches scientifiques, les résultats de ces recherches ne sont publiés que dans des revues et périodiques spécialisés. Pour le grand public, ces résultats restent souvent incompréhensibles, voire inaccessibles.

Organisation qui oeuvre pour l’intégration du développement durable et de la conservation de la nature, l’Association Mitsinjo vise à populariser la biodiversité fascinante de Madagascar. Ayant son siège à Andasibe, l’Association Mitsinjo s’engage, entre autres, dans les domaines de l’éducation environnementale et de l’écotourisme. Elle gère la Station Forestière d’Analamazaotra en zone tampon du Parc National d’Andasibe-Mantadia, et est responsable pour la mise en oeuvre du plan de gestion du Site Ramsar de Torotorofotsy. Ces trois endroits – qui constituent la renommée d’Andasibe comme destination écotouristique principale – peuvent être visités avec les guides professionnels de l’association.

L’Association Mitsinjo se propose comme objectif de faciliter la découverte de la biodiversité remarquable de Madagascar (et plus particulièrement celle de la région d’Andasibe) avec l’édition de la série Biodiversité d’Andasibe-Périnet (Madagascar). Cette série ne revendique aucun statut académique. Elle vise plutôt à faire comprendre au lecteur intéressé l’abondante variété des êtres vivants malgaches. Le fascicule que vous tenez en vos mains est le premier de la série.

Il pourrait sembler bizarre que le premier fascicule de la série traite précisément des champignons. Au premier coup d’oeil, les champignons paraissent peu spectaculaires. Dans la majorité des cas, le visiteur – dont l’intérêt est nettement préoccupé par la recherche des lémuriens – passe à côté des champignons sans leur prêter attention. Parfois, les champignons accrochent l’attention du visiteur à cause de leur valeur culinaire présumée. Pourtant, tous les champignons méritent notre attention à cause de leur biologie et de leurs formes fascinantes. Ce fascicule se propose de faire sortir de l’ombre les champignons malgaches, et de montrer que la biodiversité de Madagascar comprend plus que des plantes et des animaux.

Même par les scientifiques, les champignons de Madagascar ont été traités en parent pauvre. Depuis 50 ans, la recherche mycologique a peu progressé à Madagascar. Dans cette perspective, je suis vraiment enchanté que Paul Pirot des Mycologues du Luxembourg Belge ait accepté l’invitation à rédiger le premier fascicule de la série Biodiversité d’Andasibe-Périnet (Madagascar). Mycologue amateur renommé, il s’est intéressé aux champignons de Madagascar depuis son premier séjour ici. Je le remercie pour son opiniâtreté à faire aboutir ce fascicule. Mes remerciements vont aussi à son compatriote Bart Buyck, qui travaille au Muséum National d’Histoire Naturelle (Paris) – il est actuellement occupé à finaliser deux livres-guides des champignons de Madagascar – pour la supervision scientifique. Les deux Belges ont été aidés par Tô Ramaherinjatovo, qui a fait la traduction des textes en langue malgache. Je remercie de manière particulière mes collègues de l’Association Mitsinjo qui s’emploient assidûment à montrer les richesses naturelles de Madagascar à leurs compatriotes et aux vazaha. Misaotra betsaka daholo !

Rainer Dolch

 

Le guide Christin et l’auteur (Andasibe, 27.01.06)

 

Préambule

Il est bien évident qu’il serait illusoire d’écrire un livre scientifique sur les champignons de Madagascar après y avoir séjourné seulement neuf semaines, même si cinq d’entre elles ont été pratiquement entièrement consacrées à leur recherche et leur récolte. Cette plaquette ne constituera donc qu’une initiation à destination des Malgaches et des touristes étrangers. 

 C’est avec mon épouse Christiane qu’en mai-juin 2004 j’ai découvert le pays pour la première fois. Ce fut le coup de foudre pour ses habitants autant que pour les beautés de sa nature. Alors qu’on était au début de l’hiver, et donc déjà en saison sèche, nous avions vu environ 80 espèces de champignons. A trois endroits essentiellement : le Parc National de Ranomafana, à 50 km au nord-est de Fianarantsoa ; les environs d’Andasibe, entre Tananarive et Tamatave; le long de la route qui va de Mahambo à Vavatenina (côte est, au nord de Tamatave).

C’est pour approfondir notre connaissance des espèces de la Grande Ile que j’ai rapidement conçu le projet de retourner à Madagascar. Là où nous avions trouvé des champignons la première fois, mais en saison humide cette fois, toujours avec Christiane, et accompagné de Patrick Laurent, président de la Société Mycologique des Hautes Vosges (F). Le mois de février me paraissait propice, au vu de photos de récoltes en Afrique tropicale 1, même si nous craignions que la chaleur nous accable... 

 Mon troisième séjour à Madagascar - toujours avec Tô, notre chauffeur devenu notre ami, et qui a rédigé les textes en malgache de cette brochure - et de nouveau à la saison des pluies, m’a permis de finaliser ce travail, en guise de cadeau au peuple malgache : au milieu d’une nature fascinante, ses habitants sont tellement attachants, ses femmes et ses enfants si beaux et souriants, qu’il fallait que je leur offre à mon tour ce modeste présent pour les remercier des moments de bonheur qu’ils m’ont donnés. Telle cette vieille dame qui, rencontrée au détour d’un chemin à Andasibe, a littéralement plongé dans le talus en entendant notre ami Tô lui demander : « Misy olatra ? », c’est-à-dire : « Y a-t-il des champignons (ici) » ? Ses mains ridées, usées par le travail, m’ont présenté quelques humbles Laccaria (photo de couverture), comme une offrande précieuse qui m’a ému au fond du coeur. C’est à elle que je dédie le fruit de mon travail…

 (1) Une photo dans « UBWOBA : Les champignons comestibles de l’ouest du Burundi » (B. Buyck, 1994) montre à la p. 15 « l’association de femmes du projet de commercialisation des champignons comestibles sauvages à Mutambara lors d’un examen des récoltes » , au début de février 1993.

 

Préface de l'auteur

Il y a lieu de distinguer le mycologue professionnel et le mycologue amateur. Le mycologue professionnel étudie les champignons pour faire progresser leur connaissance de façon scientifique et pointue : c’est son métier. Grâce à lui, les amateurs peuvent eux aussi mieux les connaître, leur mode de vie, leur écologie, les grandes familles et leurs multiples espèces. Ces amateurs sont par ailleurs amenés à faire sur les terrain des observations personnelles patientes et répétées, et à émettre des hypothèses que la science pourra vérifier. Le mycologue amateur, qu’on devrait plutôt appeler mycophile (qui aime les champignons, les regarde et les étudie par plaisir) n’entre pas en concurrence avec les professionnels qui travaillent souvent dans le cadre des universités et des programmes de recherche scientifique. Il faudrait plutôt parler de complémentarité. 

L’auteur de ces pages se considère comme un mycophile amateur. De même que le scientifique utilisera toutes les ressources que lui offrent les avancées techniques de son époque2, l’amateur fera un « travail » qui pourra servir aux spécialistes. 

 Le mycophile est celui qui, un jour, a été séduit par le monde des champignons, peut-être d’abord par leur intérêt gastronomique : ils interviennent souvent comme condiment de luxe dans l’alimentation ; puis il s’est émerveillé de la beauté et de la variété des formes et des couleurs ; il a daigné accorder de l’attention à des tout petits, avec une loupe ; enfin, il s’est posé des questions : comment s’appellent-ils ? comment les reconnaître ? à quoi serventils, quel rôle jouent-ils dans la nature ? Ce désir de mieux comprendre le monde qui nous entoure, de pénétrer à l’intérieur du mystère de la nature par le biais d’un de ses domaines, fait vraiment partie du rôle que l’homme doit tenir par rapport au reste du monde vivant. Nous sommes nés pour admirer, réfléchir, essayer de comprendre…

(2) Les grandes découvertes dans le domaine furent, après celle de la loupe, l’invention du microscope optique, puis celle du microscope électronique à balayage, et aujourd’hui la révolution introduite par la biologie moléculaire, qui permet de lire le code génétique de chaque organisme vivant. Cette entrée dans l’intimité même des champignons risque de remettre en question leur classification traditionnelle.

Share what you know, learn what you don’t : cette devise anglaise, « partage ce que tu sais, apprends ce que tu ne connais pas », traduit l’effort perpétuel de l’amateur passionné d’échanges qui font avancer les choses. A côté du travail de recherche, il en existe donc un autre, de nature didactique, qui nécessite l’utilisation d’un langage pédagogique plus simple destiné à mettre les connaissances à la portée du grand nombre. Car les textes scientifiques sont, c’est normal pour chaque métier spécialisé, truffés de vocabulaire technique souvent rébarbatif pour les non initiés. Ce travail de vulgarisation, au sens noble du terme, est nécessaire dans un pays comme Madagascar, où la connaissance des champignons est encore à ses débuts.

Partager ses connaissances au milieu d’une nature exubérante, telle celle qui caractérise la région d’Andasibe, est un plaisir pour un ancien professeur de lycée. Avoir l’occasion, comme ce fut le cas un matin de janvier au sein de l’association Mitsinjo, d’expliquer à ses guides les principaux genres de vie des champignons, fut pour moi un grand moment de bonheur.

Ce petit ouvrage n’ira donc pas plus loin que les capacités et connaissances de son auteur lui permettent : il restera pratiquement toujours au niveau des genres3, laissant aux experts le soin de nommer rigoureusement, après des recherches exhaustives, les espèces déterminées validement par leurs auteurs. Si les guides écotouristiques de la Grande Ile pouvaient déjà expliquer aux visiteurs malgaches et étrangers les notions de base de la connaissance des champignons de leur pays, un pas important serait accompli.

(3) Comme tout être vivant, chaque champignon porte un nom double, en latin pour la commodité du partage scientifique. Le genre (avec une majuscule) correspond à un classement de nombreuses espèces (avec une minuscule), censées capables de se reproduire entre elles, à l’exclusion des voisines.

Lors de mon premier voyage en 2004, les guides eux-mêmes m’avouèrent qu’ils ignoraient pratiquement tout en ce domaine, non seulement à Andasibe, mais également aux autres destinations du naturaliste à Madagascar.

En effet, les touristes malgaches et les « vazaha » sont venus pour entendre, et si possible voir, grâce aux guides locaux, les lémuriens qui sont l’attraction principale d’Andasibe. Sans oublier les paisibles caméléons et les séduisantes orchidées. C’est que les champignons passent pratiquement toujours inaperçus aux yeux, levés vers le haut, du visiteur de la forêt d’Andasibe.