Les principaux groupes

Les GASTEROMYCETES

Il s’agit de champignons qui ont leurs spores dans leur ventre (gaster en grec, qui a donné le français gastrite). C’est pourquoi la plupart du temps ils ont une forme sphérique, avec éventuellement une sorte de « pied » destiné à surélever la gléba, partie fertile où se trouvent les spores. Il y a de nombreux genres, mais les mieux représentés ici sont les sclérodermes, les lycoperdons, les pisolithes, et les phallus.

  • Les sclérodermes ont une peau extérieure (péridium) plus ou moins épaisse, pour protéger la gléba noire qui contient les spores(16). Cette enveloppe est dure et se crevasse comme de la peau d’éléphant, laissant voir des écailles typiques ; Celle -ci est très ressemblante à l’intérieur des truffes qui sont considérées comme mets de grand luxe en Europe. Mais celle des sclérodermes, à odeur de fer blanc (boîte à conserve), n’est pas comestible, malheureusement…
  • Les lycoperdons ont une enveloppe plus molle, souvent recouverte de granulations comme des perles, ou de touffes de poils en forme de pyramide ;
  • Les pisolithes peuvent être de la dimension d’une balle de tennis ; il sont surtout remarquables à cause des logettes nacrées qu’on voit dans la partie basse de la gléba, même quand le dessus est déjà devenu poussière brun olivâtre ;
  • Les phallus (évoquant un sexe masculin) se développent à partir d’un oeuf à moitié enterré dans le sol, où il est relié au mycélium par un réseau de gros cordonnets. Le pied sort alors, porteur du « gland » recouvert d’une gelée vert bouteille contenant les spores : celle-ci est très recherchée par les mouches qui en assurent ainsi la dissémination.

D’autres champignons, de la même famille, sont ornés d’un voile comme une jupe flottante autour du pied, de couleur blanche ou jaune vif, appartenant au genre Dictyophora. Il est, paraît-il, assez fréquent dans la région.

Un pisolithe, en coupe, sous eucalyptus Des sclérodermes en forêt primaire

Gasteromycetes dia karazana olatra iray manana endrika boribory ; manana kibo misy voa. Rehefa matoy izy dia mibona izany hoe vaky ny kibony amin’ny alalan’ny rivotra na biby mandalo na vorona sendra mandona azy na orana. Ny olona dia mihevitra fa ny Lycoperdon dia zavatra avoakan’ny biby mipetraka amin’ny tany any anaty ala amin’ny alalan’ny etotra.

De vieux lycoperdons : ils ont  déjà leurs spores dispersées par l’ostiole Un phalle (appelé la « dame voilée ») appartenant au genre Dictyophora

Les ASCOMYCETES

Les Ascomycetes sont surtout représentés par deux groupes : les pézizes et les pyrénomycètes.

Asques (ici avec 8 spores) et paraphyses fourchues garnissent la partie fertile desascomycètes en forme de petite coupe, ici portée par un pied court

Les pézizes ont une forme de coupe ou d’assiette, posée sur le bois ou le sol. La partie fertile, parfois portée par un petit pied, est tapissée par les asques (voir aussi dessin p. 17) qui contiennent les spores, et des éléments appelés paraphyses, cellules allongées qui servent de « bourrage » entre les asques.

Celles que nous avons rencontrées ici étaient de petite taille (genres Hymenoscyphus, Scutellinia, Ascocoryne), sauf la magnifique Phillipsia carminea, répandue dans les régions tropicales, et assez facile à identifier : posée sur le bois pourri comme une grosse pièce de monnaie, c’est une espèce qui donne l’impression d’être en plastique ou en caoutchouc, d’un très beau rose indien à violet au recto fertile, et blanche au verso. Nous avons aussi trouvé, sur place à feu - nombreuses dans un pays où on fabrique beaucoup de charbon de bois - un beau Pyronema.

Les Scutellinia bordés de cils noirs Un Ascocoryne de très belle couleur
Un Pyronema sur endroit brûlé Un Hymenoscyphus sur branche morte
Phillipsia carminea, un des plus grands  ascomycètes de la région d’Andasibe,  mesure parfois plus de 5 cm de diamètre Des petits ascomycètes ont colonisé ce gros xylaire déjà vieux

Certains champignons s’installent effectivement sur d’autres : ce « parasitisme » est-il agressif, ou les champignons « envahisseurs » sont-ils simplement des recycleurs saprotrophes d’autres déjà morts, pour accélérer leur retour à la nature ? Les mystères sont encore nombreux dans le domaine de la biologie…

Ny ascomycetes dia manana voa mazàna maniry amin’ny hazo, manana loko maro ; misy koa anefa maniry amin’ny tain’omby. Manana endrika roa izy : ao ny miendrika lovia kely misy tongony fohy ary ao ny miendrika tandroka ; ny lokon’io dia mainty ohatra ny zavatra may ireny. Raha rasaina izy dia loko fotsy toy ny voanio matoy ny ao anaty.

Les pyrénomycètes sont des champignons, comme leur nom d’origine grecque l’indique, qui semblent avoir été brûlés par le feu : ils sont souvent noirs et durs comme le charbon. Nous avons surtout vu ici des « xylaires », terme qui recouvre plusieurs genres, comme des massues noires de toutes les formes, mais aussi des « croûtes » qui colonisent les branches mortes.

Un gros xylaire mûr, en forme de massues  irrégulières ; la chair interne évoque  celle de la noix de coco dure D’autres xylaires avec des pointes grises, porteuses de spores asexuées
Encore un xylaire, ici sur  vieux caca de zébu Un Cordyceps, curieux champignon qui parasite les insectes et leurs larves

Quelle relation entre ces deux champignons apparemment si différents ? Le premier est une pézize avec un petit pied qui surélève la coupe au-dessus du support ; le second est un hypoxylon, tel un coussin affalé sur l’écorce. Ils ont en commun d’être lignicoles et tous deux appartiennent à la grande famille des ascomycètes.



Les BOLETS

Les bolets forment un groupe assez homogène parmi les champignons ; ce sont souvent des espèces de taille moyenne à grande, caractérisées par la présence sous le chapeau d’une couche de tubes de consistance molle et facilement séparable de la chair.

Schema d'un bollet en coupe

Comme on le voit sur cette photo, ces champignons sont charnus et donc intéressants sur le plan culinaire. C’est à ce groupe qu’appartiennent le « cèpe de Bordeaux » (Boletus edulis) et ses voisins, très réputés en Europe. Malheureusement, ces champignons à la chair tendre sont souvent très vite attaqués, comme on le voit avec les galeries creusées par les vers qui s’en régalent.
Le changement de couleur de la chair de certains, au contact de l’air (quand on coupe le champignons en deux) n’est pas signe de toxicité. Mais c’est un élément intéressant qui permet l’identification de l’espèce à laquelle on a affaire. On peut toujours goûter un petit morceau de bolet cru, et recracher, bien sûr !

A Madagascar, nous avons trouvé de nombreux bolets, mais jamais en grande quantité. D’autre part, beaucoup étaient certainement immangeables, car de chair très amère. Il semble d’ailleurs que les habitants de la région ne mangent pas les bolets.

Ny bolets dia olatra manana bika lehibe matehotia. Manana nofony sy fantsona izy, ka noho izy be nofo no mahatonga azy azo hoanina ary misy kosa anefa ny tsy azo hoanina noho izy mangidy. Indrisy anefa fa na ny biby kely sy ny kankana aza mihinana azy ka raha tara ianao maka azy dia efa simba. Raha rasaina izy na kasihana dia ao ny miova loko ary ao ny tsy miova.

Voici six espèces de bolets observées et récoltées à Andasibe.

a Un bolet à couleurs lilacines et chair  douce, sous les eucalyptus b Un bolet « fiel », plus violet, à chair très amère, sous les pins

L’espèce de gauche (a) affectionne la terre nue dans les talus; nous l’avons également rencontrée dans les mêmes conditions, sous eucalyptus, le long de la route qui va de Fianarantsoa à Ranomafana. Le pied est orné de fines ponctuations lilas sur fond beige pâle; les tubes deviennent violacés au toucher. L’exemplaire a été ici photographié près des chalets de l’hôtel Feon’ny Ala.

A sa droite (b), un bolet qui semble fréquent dans la région : il se trouvait en plusieurs exemplaires dans le talus du parking de Mitsinjo. Les tubes sont de couleur beige, mais ils se tachent de noir là où les insectes creusent des galeries : il semble qu’ils ne soient pas dérangés par l’amertume de ce champignon !

c Un bolet en forêt primaire, avec pied  violet, mais à chair douce d Un bolet charnu, sous eucalyptus, à chair blanche et de très bon goût

A gauche (c), une espèce particulièrement intéressante puisqu’elle pousse dans la forêt primaire : son chapeau est brun velouté, et ses tubes, très libres par rapport au pied, sont d’un beau jaune citron ; de plus, sa chair est douce. Une question importante : s’agit-il d’une espèce autochtone, associée par des mycorhizes aux arbres de la forêt humide malgache, ou a-t-elle échappé à une « dépendance » des arbres introduits ? Des études scientifiques poussées (analyse moléculaire) permettront de le savoir bientôt.

A sa droite (d), le bolet qui ressemble le plus au cèpe d’été (Boletus aestivalis), par sa couleur et le très bon goût, un peu sucré, de sa chair en tout cas. Mais, par rapport à l’espèce européenne, il lui manque le renflement du pied et surtout le fin réseau sur ce dernier. L’allure, notamment celle du pied, de cette espèce malgache fait plutôt penser au bolet bai (Boletus badius) très répandu en Europe. Nous serions en tout cas bien tenté de le consommer si nous le trouvions en quantité suffisante…

Un petit bolet de couleur framboise,  bleuissant dès qu’on le touche Une belle surprise en forêt : peut-être un Phylloporus à tubes presque lamellés

Les POLYPORES et CORTICES constituent un groupe très riche aussi bien dans la forêt primaire qu’en dehors. Ce sont des espèces lignicoles, qu’on observe surtout où il y a du bois mort et pourrissant.

1. Les polypores typiques partagent avec les bolets la présence d’une surface fertile constituée de tubes (avec des pores, d’où leur nom), mais qui ne sont pas séparables de la chair. Celle-ci est le plus souvent coriace, et ces espèces sont donc immangeables, même longuement bouillies. Cependant, elles jouent un grand rôle dans la nature, pour recycler les gros troncs et branches d’arbres morts, avant et après leur chute au sol, et les souches. Leur taille, parfois énorme, et leur beauté méritent qu’on les salue et s’intéresse à eux aussi.

A part quelques-uns qui sont « parasites », ce sont donc généralement des saprotrophes.

Il arrive souvent qu’on ne distingue pas bien les pores sous le chapeau, sauf à l’aide d’une loupe : ces pores sont très fins, comme si on les avait fait avec une pointe d’aiguille ; parfois, ils sont plus larges, évoquant les cadres d’une ruche, en forme de labyrinthe, de dents irrégulières (on pense alors aux Tsingy !), ou même de lames… coriaces bien sûr.

Nous en présentons ici quelques-uns, avec ou sans pied (quand il y en a un, il est souvent excentré). La plupart du temps, ils sont directement greffés sur le bois, en forme de consoles ou de strapontins. Mais certains vivent aussi sur les racines, même s’ils semblent sortir de la terre. La majorité d’entre eux montrent des zones concentriques – qui font penser aux cernes du bois coupé – de différentes couleurs, qui reflètent les pousses successives. Certains peuvent en effet vivre longtemps sur le même support.

Les polypores (au sens large) ont été regroupés par les scientifiques en de nombreux genres, d’après leurs caractères microscopiques. Certains peuvent devenir énormes ; d’autres poussent si vite qu’ils atteignent en un jour la taille d’un oreiller (cf. photo ci-dessous) : c’est le cas de ce gros exemplaire fidèle à l’arbre dont il colonise sans cesse le pied, au coin même du jardin de l’hôtel Feon’ny Ala – nous l’y avons observé deux années de suite. Mais il est finalement très fragile, puisqu’il disparaît presque aussi vite qu’il est venu…

Voyez sa taille par rapport au pied en haut à gauche ! Cinq jour après:quel changement! Sera-t-il encore là demain?

Pycnoporus sanguineus développe des chapeaux d’un rouge vif qui attire le regard : il est fréquent

Un magnifique « polypore » violet, avec un pied de même couleur, et des tubes blancs à pores très fins, dans la Station Forestière Analamazaotra

Un superbe Amauroderma, à chapeau sombre zoné-ridé, hyménium gris souris et fine bordure blanche ; son pied est profondément enfoncé dans le sol

Ny polypores dia mazàna misy fantsona maro eo ambanin’ny satrony mitovy amin’ny bolets, kanefa sarotra sarahina ny fantsona sy ny nofony ; io nofony io dia mafy be ohatra ny fingotra ary tsy fihinana. Mila azy kosa anefa ny natiora mba hamelona hazo hafa indray. Maniry eny ambonin’ny hazo efa maty izy matetika, indraindray misy tongony kely hipetahany, misy kosa anefa avy hatrany dia vatany no miraikitra amin’ilay hazo miendrika satroka. Mazàna misy loko mifanosona toy ny havana. Ny cortices kosa dia marokoroko ny tapony ary ny ao ambadika kosa dia malamalama.

Deux polypores, probablement des tramètes : celui de gauche est recouvert d’algues, comme c’est souvent le cas pour la tramète gibbeuse en Europe (T. gibbosa); celui de droite montre de beaux cernes de couleurs différentes, comme la tramète versicolore (T. versicolor), qui attirent l’oeil du promeneur… Le premier est directement collé à son support, tandis que le second a développé un point d’attache, semblable à un tout petit pied.

Les cortices sont appelés vulgairement « croûtes », parce que l’allure générale de beaucoup d’entre eux évoque la croûte du pain. Couchés sur leur support ligneux (on dit qu’ils sont résupinés), ils développent souvent des petits chapeaux qui se détachent alors du support, auquel ils sont éventuellement reliés par un petit « pied », qui est plutôt un simple point d’attache. A la différence des « polypores », leur hyménium (partie fertile) est généralement lisse.

Ci-dessus, deux « Stereum », à gauche avec un chapeau lisse, à droite avec un chapeau poilu

LES CHAMPIGNONS A LAMES

A. Les RUSSULES partagent avec les lactaires(17) une caractéristique qui les fait ranger dans la même famille : leur chair est de texture grenue (constituée de cellules rondes qui évoquent la frigolite) et se brise comme un bâton de craie. Il est donc assez facile de dire qu’on a affaire à une russule. Quant à lui mettre un nom d’espèce, il semble que ce soit aussi difficile à Madagascar qu’ailleurs !

17 Ce genre est abondamment représenté en Europe, par une centaine d’espèces. Ce sont des champignons à chair de même nature que les russules, mais qui en plus laissent échapper du lait (de différentes couleurs) à la cassure de la chair ou à la blessure des lames. Nous n’en avons vu aucun dans la région d’Andasibe.

Russula madecassense, est une espèce vendue sur les marchés, et le long de la route qui va d’Andasibe à Tana. Son pied est souvent lavé de violet comme le chapeau. Elle est généralement présentée pelée (voir note 15, p. 23).

Les couleurs des russules sont très variées, mais nous avons été frappé par la tendance qu’ont celles-ci à s’excorier, comme si leur revêtement était trop court pour couvrir tout le chapeau complètement déployé : c’est surtout la marge qui est ornée de squames entre lesquelles s’aperçoit la chair blanche du chapeau.

Les russules sont habituellement des champignons sans ornementation particulière ni du chapeau ni du pied. Elles sont identifiées en fonction de la couleur de leurs spores (de blanc pur à jaune intense), de leur goût, de leur odeur parfois très typée, des réactions chimiques de leur chair avec divers produits, de leurs caractéristiques microscopiques.

Presque toutes les russules sont comestibles. En Europe, on considère qu’on peut manger toutes celles qui sont de saveur douce ou seulement légèrement piquante (= âcre).

Il paraît qu’il existe des dizaines d’espèces différentes de russules dans la région d’Andasibe, mais nous n’avons pas eu la chance de les trouver en abondance, comme lors des périodes (très éphémères, semble-t-il) de forte poussée.

Par contre, nous avons eu le bonheur d’observer une russule à pied garni d’un anneau bien formé, ce qui n’est jamais le cas en Europe.

Un anneau coulissant ornait le pied rose  de cette russule gracile en forêt primaire Cette russule à la mes ocre très serrées et rougissant au froissement était d’une âcreté insupportable

Ny russules indray dia olatra tsotra ; misy tongotra sy satroka. Aty amin’ny tany Afrikanina ihany no nahitana peratra ny tongony. Mora tapaka ny nofony sy ny tongony izany hoe mora mipika raha vao voadona toy ny tsaoka. Maro karazana ny lokony ary betsaka no fihinana nefa misy koa ny tsy azo hoanina saingy vitsy.

B. Les AMANITES sont un groupe de champignons très important à bien repérer parce que c’est en son sein que se trouvent des espèces très toxiques ou même mortelles. Nous avons essentiellement vu, dans la région d’Andasibe, l’espèce présentée à la page 19, et qui correspond très vraisemblablement à Amanita robusta. Elle est bien typée par l’abondant voile farineux qui la recouvre entièrement, de façon spectaculaire chez les jeunes exemplaires.

L’amanite la plus fréquente son biotope de prédilection : les talus au voisinage des jeunes eucalyptus

Dans la forêt primaire, nous n’avons vu comme espèce qu’une amanite « vaginée » (du nom de la gaine en forme de sac qui entoure la base du pied). Toutes les amanites vaginées sont dépourvues d’anneau sur le pied. Celui-ci est alors généralement élancé, atténué en haut, ce qui donne à ces champignons un aspect gracieux, « féminin »…

Une volve en sac engaine la base du pied : il faut la déterrer soigneusement pour l’identification

Ny amanites indray dia olatra mahafatifaty ; tandremo anefa fa raha misy paosiny ny tongony ambany sy misy peratra ny tongony ary ny raviny mipetaka amin’ny satrony miloko fotsy dia poizina izy izay. Lava ranjanana sy manintona izy raha toa ka tsy misy peratra ny tongony. Ny ankamaroany hita eto amin’ny faritra Andasibe misy voaly somary miloko mavo, matetika izy maniry eo ambanin’ny hazo kininina sy kesika.

C. Les LEPIOTES sont une famille de champignons à spores majoritairement blanches et à lames libres (elles ne touchent pas le pied, qu’on peut facilement séparer du chapeau). Le voile partiel (qui protège les lames avant le déploiement complet du chapeau) laisse la plupart du temps un anneau, parfois coulissant comme une bague, ou au moins une zone annulaire sur le pied. Ce sont des espèces saprotrophes.

Le mot « lépiote » vient du grec qui signifie « écaille » : le chapeau a en effet souvent un aspect écailleux, à cause des squames ou des flocons qui l’ornent. Les grandes espèces viennent d’habitude sur compost, humus riche, ou dans les prés fumés. Les plus petites, assez fréquentes dans la forêt primaire, sont très gracieuses, appartenant aux genres Leucoagaricus ou Leucocoprinus (fragiles, à chapeau très strié à la marge).

Deux chapeaux typiques du groupe des « lépiotes », montrant les « écailles » en forme de squames (qu’on peut enlever en frottant avec le doigt) ou de flocons (on peut alors les faire partir en soufflant dessus). Souvent le centre du chapeau est plus vivement coloré.

Ny lépiotes raha jerena dia olatra kely ohatra ny misy kirany, mazàna malemy ary misy peratra ny tongony ka eo ambanin’ilay peratra no misy pentina mamovoka.

Deux espèces de « lépiotes » : celle de gauche ressemblant à un Leucocoprinus, fragile, avec un chapeau très strié et un joli petit anneau ; celle de droite faisant plutôt penser à un Leucoagaricus : ce sont des espèces très difficiles à déterminer précisément, même avec un microscope…

D. Les HYGROPHORES et plus particulièrement les espèces du genre Hygrocybe sont bien représentés dans la forêt humide malgache. Il est pratiquement impossible au promeneur attentif de ne pas apercevoir leurs jolis petits chapeaux rouge ou jaune vif juste au-dessus de la litière des feuilles.

Ce sont en général de petites espèces, dont le chapeau ne dépasse guère 2 à 3 cm de diamètre. Leurs lames sont épaisses, souvent larges et espacées, un peu décurrentes, et de consistance grasse : en passant le doigt dessus, on a l’impression qu’elles s’écrasent comme de la cire (de bougie).

Non seulement ces champignons sont d’une grande beauté, mais ils vivent en relation étroite avec la forêt primaire: ils y jouent sans doute un rôle important.

Nous n’en avons pratiquement pas vu dans les plantations d’arbres exotiques (pins, eucalyptus). Par contre, ces champignons poussent aussi dans l’herbe des endroits non fumés.

On ne peut manquer de repérer ces  petits hygrocybes en forêt primaire Tout jaunes, ces hygrocybes ont les lames très écartées

Ny hygrophores dia olatra manaitra noho ny lokony mahery indrindra ny mena sy ny mavo. Olatra kely izy no matevina ny raviny ao ambany no malalaka ary matavy raha kasihana.

Les lames blanches de ces hygrocybes  à chapeau jaune s’écrasent sous le doigt Ces hygrocybes très visqueux étaient de trois couleurs : rouge, jaune, blanc

E. Les COLLYBIES, MYCENES et MARASMES

Voici une catégorie de champignons qui sont très présents en forêt humide de Madagascar : tous saprotrophes, ils passent facilement inaperçus, à cause de leurs couleurs généralement blanchâtres ou ternes, et de leur taille moyenne à petite. De plus, il n’est pas toujours facile de dire sur le terrain à quel genre on a affaire. Ils sont cependant intéressants pour les surprises qu’ils réservent à l’observateur attentif.

1. Les collybies poussent souvent isolées ou en petits groupes. Leur nom vient du grec, qui signifie « pièce de monnaie ». Leur chapeau, peu charnu, est en général plat et de la taille de la pièce d’un euro à celle de la pièce malgache de 50 Ariary (on n’en voit plus beaucoup !). Les lames sont souvent fines et très serrées. Leur pied fin et élancé est plus fragile et fibreux que celui des marasmes et des mycènes.

Un champignon à lames blanches très serrées, et poussant en solitaire ,  semblable à une collybieCollybia aurea a envahi une souche avec des touffes luxuriantes : lumineux !
« collybie » sur bois (écorce), ce qui est surprenant pour un Européen… Dans un talus près du Feon’ny Ala : collybie ou mycène ? Difficile à dire...

On le voit dans les exemples ci-dessus : il n’est pas si facile de reconnaître une vraie collybie sous les tropiques : la silhouette est plate, mais l’habitat lignicole pour certaines, la poussée en touffes et la couleur vive pour d’autres, sont inhabituelles pour les vazaha.

2. Les mycènes forment un groupe assez homogène par leurs caractéristiques : leur (petit) chapeau conique au début est très souvent nettement strié à la marge. Ce sont généralement des espèces graciles à long pied cartilagineux (qui se casse sans se briser). Il y en a de toutes les couleurs, des visqueux et des secs, sur tous types de support (terre et herbe, branches, souches, troncs moussus, feuilles et aiguilles).

De nombreuses espèces ont une odeur forte qui les caractérise, et certaines ont du lait (qu’on observe à la brisure du pied) : nous n’avons pas observé cela à Andasibe. Par contre, nous avons vu une mycène avec l’arête des lames montrant un liseré coloré (ici en orangé vif – voir photo page 52), comme on peut aussi en observer chez de nombreuses espèces non-malgaches.

Voici l’exemple-type d’une mycène qui ressemble à une espèce européenne très fréquente (Mycena pura), mais sans l’odeur nette de rave qui caractérise celle -ci.

La chair du chapeau des mycènes est si ténue qu’on peut voir à travers quand on le regarde contre le ciel. C’est pourquoi le dessin des lames est visible même à travers le revêtement du chapeau.

Ici, au creux d’un trou (à hauteur d’homme) dans un arbre : une petite touffe de mycènes se tachant de rose-rouge, comme le banal Mycena galericulata européen. Mais il n’avait pas son goût typique de farine… et un congénère, un peu plus loin, montrait des lames presque alvéolées (photos ci-dessous, sans doute du genre Poromycena), bien davantage que celles de M. galericulata qui sont seulement ridulées-crispées dans les sinus (« vallées » entre les lames) : ces exemples sont typiques pour faire comprendre la perplexité du mycologue amateur face à des champignons à la fois semblables à ceux qu’il connaît et suffisamment différents pour qu’il se demande s’il s’agit d’espèces différentes ou de simples variétés ou formes.

D’autres espèces de mycènes ont attiré notre attention, par leur couleur vive, ou l’un ou l’autre caractère particulier.

Deux champignons d’aspect fort proche, mais l’exemplaire de droite a l’arête des lames bordée d’orangé vif : tous deux évoquent bien l’allure des mycènes.

Deux mycènes qui collent aux doigts : leur chapeau reluit dans la lumière. Celui de gauche, tout petit, poussait en énormes touffes sur le bois des escaliers, près de la pépinière de Mitsinjo ; l’autre, colonisait un tronc d’arbre en forêt primaire, évoquant le pied, couvert d’une gangue visqueuse, de Mycena rorida.

Ny collybies, mycènes ary ny marasmes dia olatra be hitovizana ny fijery azy.
- Ny collybies dia olatra manana satroka fisaka, ny raviny aty ambony manify dia manify ary mifanety.
- Ny mycènes dia olatra maniry amin’ny hazo, manana satroka somary misy nofony ihany ary manodidina ny satrony misy tsipika, indrindra ny sisiny. Ny tongony mora tapaka fa tsy potika ary raha kasihana ny tongony dia miraikitra amin’ny tanana ohatra ny misy lakaoly.
- Ny marasmes indray dia mazàna olatra kely, mora maina izy ary maniry amin’ny hazo ihany koa.

3. Les marasmes sont des champignons de petite taille, essentiellement lignicoles, à chapeau sec, mince, souvent strié comme les mycènes, mais de consistance plus coriace. Ces champignons ont parfois la particularité de reprendre forme quand ils sont réhydratés par la pluie, car ils sèchent facilement, sans pourrir.

Un marasme bien typé par son pied noir  et poudré : Tetrapyrgos nigripes Ce marasme élégant séduit par le contraste de ses couleurs vives
Ce marasme à chapeau bordeaux évoque un parachute; ses lames sont peu nombreuses et très espacées

F. Les PLUTEES et les ENTOLOMES sont proches de par la couleur rose de leur spores mûres. Quand celles-ci ne le sont pas encore, les lames gardent leur couleur d’origine. Mais il faut noter une grande différence dans l’apparence des spores au microscope : celles des plutées sont ovoïdes, celles des entolomes sont polygonales. Comme cela ne se remarque pas à l’oeil nu (!), un autre critère sera utilisé avec profit sur le terrain.

Les plutées ont les lames libres (dessin p. 21): le chapeau et le pied sont facilement séparables, comme chez les amanites et les lépiotes ; tandis que chez les entolomes, elles touchent le pied : on dit qu’elles sont adnées (dessin p. 21). Autre différence au niveau de l’écologie : les plutées sont généralement lignicoles, alors que les entolomes sont terricoles ou praticoles.

Champignon à long pied très élancé (de 20 à 25 cm), ponctué de noir et torsadé audessus, cet entolome a un chapeau velouté nettement fibreux, surmonté d’un mamelon très pointu, en forme de papille . Bien jeune, ses lames irrégulières sont encore blanches, mais déjà avec un léger reflet rosé à un endroit où les spores commencent à mûrir.

Ici, on voit bien la sporée rose des entolomes : l ’exemplaire de gauche a été « aspergé » par les spores mûres de son voisin qui le surplombait ; à droite, les lames adnées des entolomes deviennent complètement roses.

Les plutées ont également des spores roses, mais, à l’opposé des entolomes, leurs lames sont libres (voir p. 21). Celui de gauche poussait sur le sol (ce qui n’est pas habituel), avec un chapeau velouté, orné de fines méchules de couleur gris souris. Celui de droite, à chapeau lisse et veinulé d’une belle couleur jaune orangé, pousse sur le bois, avec un pied bulbeux.

Ny plutées sy ny entolomes dia olatra manana voa, miloko mavokely ny raviny rehefa masaka ny voa. Ny plutées dia olatra maniry amin’ny hazo ary malalaka ny raviny izany hoe tsy miraikitra amin’ny tongony ; fa ny entolomes kosa dia miraikitra amin’ny tongony ny raviny, izy kosa maniry amin’ny tany sy ny bozaka.

G. Les PSATHYRELLES et les COPRINS sont des genres de champignons à lames dont les spores sont les plus sombres, de brun foncé à noir.

Les psathyrelles peuvent se trouver solitaires, mais la plupart du temps, on les observe en groupes, en troupes ou en touffes. Ce sont des champignons qui sans cela passeraient facilement inaperçus.

Beaucoup sont hygrophanes : leur chapeau change de couleur en fonction de l’humidité de l’air, et montre donc des zones de couleur différente au fur et à mesure qu’il sèche. Beaucoup ont des restes de voile à la marge du chapeau. Leur pied est souvent fragile et très cassant.

Le brun domine chez les psathyrelles. Celles de gauche ont un chapeau très sombre qui, en séchant – curieusement – par le centre, change progressivement de couleur ; celles de droite, à même la pépinière de Mitsinjo, ont la marge toute ornée de restes de voile blanc.

Ny psathyrelles sy ny coprins dia olatra manana voa izay miloko matroka (volombatolalaka sy mainty)
- Ny psathyrelles rehefa maniry dia mazàna mivondrona sy mandrobona. Miova ny lokon’ny satrony noho ny hamandoana, matetika misy voaly manify ny sisin’ny satrony.
- Ny coprins indray dia olatra maniry eny amin’ny lalakely sy ny faritra volena satria mety aminy tsara eny. Maniry amin’ny hazo boboka sy taimbiby ihany koa izy.

Les coprins sont très fréquents à travers le monde entier, car ils tirent leur nom du grec kopros qui veut dire « excrément, fumier ». Puisqu’ils aiment ce type de milieu, on en trouve donc partout ! Notamment au bord des routes et des sentiers. Nous n’avons pas observé de grosses espèces comme en Europe (le coprin chevelu, le coprin noir d’encre), mais les petites espèces sont très répandues dans la région d’Andasibe, comme un peu partout ailleurs à Madagascar.

Leurs spores sont noires et, quand elles mûrissent, elles tachent les lames, qui ont parfois tendance à devenir coulantes comme de l’encre.

A gauche un coprin très grêle, à chapeau tout strié-cannelé, qui évoque un parasol ou un parachute déployé ; à droite, de petits coprins montrent le même type de chapeau, mais il reste en cloche : à la loupe, on voit qu’il est couvert de poils ras.

A gauche, des coprins qui poussaient sur de grandes feuilles pourrissantes : leur chapeau est orné d’épaisses touffes de poils très laineux ; à droite, l’espèce la plus fréquente : le coprin disséminé, comme si on l’avait semé, forme des touffes impressionnantes malgré sa petitesse. Les spores noires se voient sur les chapeaux.

VI. Les CLAVAIRES forment un groupe de champignons qui évoquent la forme d’un buisson ou encore des ramifications de corail. Y compris pour ce qui est des couleurs, qui peuvent être vives.

Ce sont des basidiomycètes dont la partie fertile est lisse : les spores tapissent les « rameaux » qu’ils tendent comme des doigts au dessus du sol. Ce sont des espèces terricoles.

Ces deux clavaires étaient isolées, l’une telle une petite serpe blanche surgissant de la mousse du talus, l’autre en forêt, attirant l’oeil par sa belle couleur vive. Ciaprès, une clavaire orangée (sans doute du genre Clavulinopsis) qui se montre en petits groupes, et une autre, d’un beau lilacin, qui fait penser à un buisson touffu.

La « clavaire jaune en buisson » que les gens de la région d’Andasibe consomment apparaît du juin à juillet. Sans doute ressemble-t-elle à Ramaria flava, qui est effectivement comestible, alors que la plupart des ramaires ne le sont pas. Ce sont de violents purgatifs, que d’ailleurs leur chair amère trahit.

Ny clavaires na ola-tsaritaka indray rehefa handramana amin’izy manta iny dia mazàna mangidy nefa misy mihinana eny amin’ny faritra Andasibe rehefa miloko mavo izy. Mitovy amin’ny lelan’ny bibilava sy akorandrika ny endriny.

Autres champignons

Vu son objet limité, nous n’avons pu évoquer dans cette plaquette que quelques groupes typiques de la région d’Andasibe. Nous avons observé des champignons appartenant à d’autres groupes et genres, mais ils étaient soit plus rares, soit de détermination plus difficile : clitocybes et omphales, inocybes, gymnopiles, etc., et divers « petits champignons bruns » qui sont un casse-tête même pour les spécialistes. Il serait cependant injuste de ne pas citer et montrer quelques espèces qui le méritent, parce qu’on les trouve quand même souvent, parce qu’elles sont consommées, ou parce qu’elles sont rares, curieuses… ou dangereuses !

Raha ny faritra Andasibe no jerena dia anirian’ny olatra tokoa ; fa ny be mpahalala dia ny sofimboalavo na ny ola-mainty fanao amin’ny lasopy na misao. Maniry amin’ny hazo ny olatra sofimboalavo ary misy ihany koa karazany hafa izay somary malemilemy ohatra ny fingotra mohaka izay tsy fihinana.

Une espèce vue plusieurs fois est un hypholome. Lignicole et poussant en touffes, c’est un champignon qu’on reconnaît à la couleur jaune verdâtre puis kaki de ses lames (quand s’y ajoute la coloration pourpre des spores mûres). Nous avons vu souvent une forme naine, jusque sur les escaliers en bois qui conduisent aux chalets supérieurs de l’hôtel Feon’ny Ala.

S’agit-il de l’Hypholoma fasciculare ? Même s’il lui ressemble beaucoup, sa chair nous a paru beaucoup moins amère ici qu’en Europe, presque aussi douce que celle d’un autre hypholome, à lames de couleur gris pâle, seul comestible du genre (Hypholoma capnoides).

Un hypholome en touffe à la base d’un  tronc en forêt primaire Dans les parterres du Feon’ny Ala : un  Lepista, tel un petit « pied bleu » …

A même la terre de parterres de fleurs, nous avons observé deux années de suite un champignon très proche du célèbre pied bleu. Il est tentant de l’appeler Lepista sordida, car il est très hygrophane, et on peut « voir à travers » quand on le regarde avec le ciel en fond. Comme les espèces de ce genre proche des tricholomes (qui semblent inexistants à Madagascar), ses lames se séparent facilement de la chair du chapeau.

Un « paxille », à pied velouté, a des  lames crème qui se séparent de la chair  du chapeau comme les tubes des bolets Si ce n’est lui, voici un sosie de Laccaria amethystina, d’un violet uniforme, alors que ses spores sont blanches !

C’est le même phénomène qu’on observe avec les paxilles, proches, eux, des bolets (ci-dessus à gauche).

Les Laccaria sont un genre bien représenté par d’autres espèces de couleur brun rougeâtre, trouvées en plusieurs endroits du pays, et affines à Laccaria laccata. Le laccaire améthyste (ci-dessus à droite) est sans doute comestible : les chapeaux du moins, car les pieds sont particulièrement fibreux. Ce sont ces champignons que la vieille dame rencontrée le long du chemin qui mène au Vakôna Forest Lodge, nous a offerts en 2005 (voir la couverture).

«Le » champignon comestible qui vient de suite à l’esprit des Malgaches appartient aux espèces de texture molle et gélatineuse. Il s’agit de ce qu’ils appellent l’« oreille de rat » ou encore le « champignon noir ». En malgache : Sifimbaolavo.

Ces Auricularia sont des basidiomycètes, mais avec des caractéristiques microscopiques particulières (les basides ont des formes spéciales).

En Europe, les gens appellent ces champignons « oreilles de Judas » parce qu’on les trouve surtout sur le sureau noir, arbre auquel Judas se serait pendu, une fois pris de remords d’avoir trahi son maître Jésus. On parle aussi de « champignons chinois »

Deux Auricularia très différentes : celle de gauche ressemble fort à l’oreille de Judas fréquente en Europe ; celle de droite, Auricularia delicata, est assez fréquente sous les tropiques, où poussent de nombreuses espèces de ce genre.

 

Nous avons trouvé plusieurs fois d’autres « champignons tremblants » (origine du mot trémelle), de même consistance gélatineuse. En voici deux, sur bois au sol. L’espèce de droite porte bien son nom latin, qui compare sa forme avec celle d’une algue ou d’un lichen foliacé.

Une trémelle d’une couleur très proche  de Tremella aurantiaca Cette trémelle d’un blanc cristallin est sans doute Tremella fuciformis

Sous le chapeau, les fausses lames de Schizophyllum commune sont rosâtres

Curieusement, les Malgaches nous ont dit manger aussi un petit champignon, très fréquent il est vrai : Schizophyllum commune. En fait, il s’agit d’un faux champignon à lames. Répandu partout dans le monde et sur de très nombreux supports ligneux, son chapeau en forme de spatule à marge lobée-frisée est poilu-laineux. Nous n’aurions jamais imaginé l’expérimenter culinairement… tant sa chair est mince, souple mais coriace. Son nom évoque une caractéristique frappante de ses « lames » : elles apparaissent (à la loupe !) fendues dans le sens de la longueur.

Même s’ils ne font plus officiellement partie du règne des champignons, les myxomycètes ne manqueront pas d’éveiller la curiosité des promeneurs. Nous n’avons pas pu nous retenir de vous en présenter deux parmi ceux que nous avons vus à Andasibe.

Un Stemonitis, myxomycète comme un  doigt brun sur une soie noire Un Arcyria, myxomycète qui fait penser à de la barbe à papa !

L’amateur de champignons s’étonnera de quelques « oublis ». nous nous en expliquons :

Nous n’avons pas évoqué Volvariella volvacea, comestible prisé en certaines régions de Madagascar : nous l’avons vu et photographié sur la route de Vavatenina, près d’un alambic sur déchets de giroflier. Mais il semble absent de la région d’Andasibe.

Nous n’avons vu ici, près du centre d’accueil de Mitsinjo, qu’un seul exemplaire d’agaric, avec les lames roses (qui deviennent ensuite brun chocolat), le chapeau blanc orné de mèches brunes, et un anneau sur le pied, comme chez les espèces du genre. Peutêtre avons-nous manqué de chance ?

Un mycologue allemand disait « Ein Pilz, kein Pilz » (un champignon = pas de champignon). Face à un seul exemplaire, le photographe se dit : «… attendons un deuxième ». J’ai attendu… en vain !

- Les chanterelles sont très communes à Madagascar, mais plutôt rares à Andasibe, comme ici sur la photo prise le long de la route entre Moramanga et Tana. Nous n’avons trouvé non plus qu’un seul pied de mouton, grosse espèce en l’occurrence, avec des aiguillons sous le chapeau.

Des chanterelles de couleur ocre grisâtre,  sous les eucalyptus Un hydne (pied de mouton) de belle taille, mais seul, ce qui est rare en Europe

Et les champignons toxiques ?

Dans tous les cas, le vazaha s’abstiendra de faire des « expériences », surtout s’il ne connaît pas exactement les champignons récoltés. En ce qui concerne les Malgaches, ils ne récoltent que quelques espèces qu’ils connaissent bien, et qu’ils consomment depuis des générations. Il ne faudrait pas que ce petit guide les pousse à renoncer à la prudence indispensable en la matière…

Nous ne pouvons que mettre en garde contre certaines espèces vues dans ce pays : lépiotes grandes et petites, inocybes (heureusement rares), amanites surtout. Même si plusieurs sont des comestibles estimés sur le continent africain (communication personnelle de B. Buyck), c’est à ce genre qu’appartiennent des espèces très toxiques.

Lames blanches + anneau pendant sur le pied + volve en sac à la base du pied = DANGER !

Nous n’avons pas trouvé les amanites mortelles toutes blanches (A. virosa, A. verna) déjà signalées dans la littérature, mais tout de même l’amanite phalloïde (mortelle) et l’amanite tue-mouches (très toxique), ou du moins leurs sosies, dans des pins près d’Antsirabe. Ce sont des champignons qui à Madagascar sont strictement liés aux pins, c’est-à-dire à des espèces d’arbres introduites.

ATTENTION ! PRUDENCE ! TANDREMO !

Cette amanite avait tout de l’espèce  mortelle : couleur, volve, anneau (ici affaissé sur le pied) et même l’odeur ! L’amanite tue-mouches est sans doute le type même du champignon « exotique » importé avec les pins plantés

Bien observer le revêtement du chapeau : celui de l’amanite phalloïde montre des fibrilles radiales noires innées, semblables à un fin chevelu inclus dans la peau du chapeau.

Raha izay ary no fehezina dia tokony hitandrina isika indrindra amin’ny olatra hoanina ankoatra ireo fihinan’ny Ntaolo. Ity boky kely ity dia manoro antsika amin’ny ankapobeny ny olatra fihinana sy misy poizina. Ny tsara indrindra dia aleo ny mividy eny antsena sy eny amoron-dalana izay ivarotan’ny olona izay chanterelles sy russules ny ankamaroany.
Mila mitandrina isika amin’ny karazany amanites indrindra ireo izay misy peratra ny tongony, misy paosiny ny tongony ambany, ny raviny fotsy = MAHAFATY.
Ny olatra mazàna tsara bika sy mahafatifaty ary tena ilaina eo amin’ny fiainan’ny natiora sy ny tontolo iainana.

Séance de détermination à l’association Mitsinjo à Andasibe

 

Epilogue définitivement provisoire…

Que le visiteur de la si belle région d’Andasibe et de ses écosystèmes découvre la variété et la beauté de ses champignons, tel est le but de cette brochure. Elle est donc destinée d’abord aux guides malgaches pour qu’ils puissent transmettre à leurs clients les connaissances de base qui permettent de s’y retrouver dans les grands groupes. Mais aussi de mieux comprendre le rôle important que les champignons jouent dans la nature.

D’autres guides, plus complets et plus scientifiques, suivront dans un avenir proche : Bart Buyck, du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, et ses collaborateurs ont accompli de nombreuses missions dans ce pays. Les amateurs pourront alors approfondir leurs connaissances mycologiques.

Y a-t-il autant de champignons endémiques à la Grande Ile que d’animaux et de plantes ? C’est possible, mais nous n’avons été que rarement déroutés par l’aspect général des groupes rencontrés. C’est surtout au niveau des espèces qu’apparaissent les différences, macroscopiques et microscopiques. Nous avons souvent été tentés - mais sans y succomber, par prudence - de penser qu’entre des espèces européennes et certaines de Madagascar, les différences macroscopiques étaient très ténues. Est-ce qu’il s’agit d’espèces particulières ou seulement de variétés et de formes ? Nous ne pouvons répondre à cette question, car nos connaissances limitées ne nous permettent pas de porter un jugement scientifique étayé. La presque totalité des champignons d’Andasibe n’existent qu’en zone tropicale ; certains, tel ce magnifique Cyptotrama asprata, ont une distribution extrêmement large, et sont signalés aussi bien en Argentine et au Brésil qu’en Inde et au Japon.

Cyptotrama asprata appartient à la  famille des Marasmiacées Ce Coltricia (?) évoque une espèce trouvée en Europe : C. perennis

Dans les deux exemples ci-dessus, on a la synthèse de ce que ressent le mycophile vazaha face aux champignons malgaches : les uns sont tout à fait déroutants pour lui, mais d’autres lui rappellent des espèces familières.

Ce n’est pas demain que les mycologues auront fini de recenser toutes les espèces, variétés et formes de la flore mycologique malgache. L’effort continuel de l’homme pour mieux connaître son environnement est sans doute à l’image de l’horizon, qui recule au fur et à mesure que l’on avance. Mais c’est une noble tâche que de faire l’inventaire de tous les organismes vivant dans la nature, avec laquelle nous sommes en étroite interaction. Nous espérons seulement que ce modeste travail aura un peu contribué à en faire prendre conscience.

 

Notre gratitude s’adresse particulièrement à Rainer DOLCH, qui consacre sa vie aux habitants de cette belle région malgache, à CHRISTIN, Président de l’association MITSINJO, et à l’équipe des guides de la Station Forestière d’Analamazaotra. Leur désir d’une meilleure connaissance du monde des champignons laisse bien augurer de leur enthousiasme à la partager avec les futurs visiteurs de la région d’Andasibe.
Paul Pirot était professeur de lettres dans un lycée en Belgique. Président des Mycologues du Luxembourg Belge à Neufchâteau, il est l’auteur du CD-rom « Des champignons toute l’année », présenté sur >http://users.skynet.be/sky77634/champi/ et ses premiers champignons malgaches sont sur le site internet créé après son premier voyage à Mada : http://www.olatra.com/
Bart Buyck est mycologue professionnel au MNHN à Paris ou il est en charge du plus grand herbier de champignons au monde. Ex-président le la Société mycologique de France, il s’intéresse pourtant surtout aux champignons africains et malgaches qu’il récolte et étudie depuis plus de 20 ans déjà. Il est mondialement connu pour sa passion pour les russules.
Dr. Rainer Dolch est un biologiste de nationalité allemande. Zanatany domicilié à Andasibe, il habite et travaille à Madagascar depuis 1992. Dans son rôle de coordinateur de l’Association Mitsinjo, il vise l’intégration du développement communautaire et de la conservation de la biodiversité dans la région.

 

Série Biodiversité d’Andasibe-Périnet (Madagascar)

© ASSOCIATION MITSINJO

N° 1 Champignons (Paul Pirot) – 2006
N° 2 Orthoptères (Yoan Braud) – à paraître
N° 3 Papillons (David Lees) – à paraître
* Guides mycologiques à paraître - © Bart Buyck et collaborateurs :
Mushrooms of Madagascar-Olatra
Ce livre réunira des illustrations en couleurs pour environ 300 champignons malgaches présentés par biotope.

Les champignons comestibles de Madagascar
Ce livre est la synthèse de plusieurs années de collaboration entre le Muséum national d’histoire naturelle de Paris et le Centre National pour la Recherche sur l’Environnement (CNRE) à Antananarivo.
Plus de 50 champignons comestibles et consommés dans les différentes régions de Madagascar sont illustrés en couleurs. Les différents caractères de ces espèces, ainsi que leur écologie et potentiel économique par une mise en culture, sont discutés en détail.


Cette brochure a été réalisée avec le concours des Mycologues du Luxembourg Belge (impression, dessins de J.M. Pirlot), du Rotary Club de Neufchâteau (impression) et des éditions Weyrich (couverture). Merci également aux Editions L'Harmattan à Paris et à l'imprimerie Corlet numérique.