2007-Suite

Nous sommes à la fin du moi de mai, et le temps est parfois frisquet; heureusement, il y a les excellents plats du Feon'ny Ala, notamment le steak de zébu au poivre vert avec légumes sautés.

Un must : le steak de zébu au poivre vert Champignons apportés par les ouvriers

Beaucoup de champignons cette fois encore - y compris ceux qu'apportent Zaora et les ouvriers de l'hôtel, et que je découvre au matin sur la tablette de fenêtre de ma chambre - et c'est avec le fidèle Christin que je les recense et les photographie. Mais il y a aussi la botanique, qui m'attire de plus en plus, les caméléons et autres reptiles (voir la rubrique "photos"). Tout cela en vue de réaliser un montage PowerPoint, "Biodiversité d'Andasibe" que l'association pourrait projeter aux visiteurs de la réserve qu'ils gèrent, avec un vidéoprojecteur que j'essaierai de trouver pour eux. Sur un film que les guides ont réalisé et mis sur DVD, je peux me rendre compte des ravages causés au village d'Andasibe par le cyclone du mois de mars.

Le cyclone à Andasibe Christin dans les inondations

Le vélo acheté est fragile (pneu crevé et pédale cassée rapidement) mais il me permet des balades, sur la RN2 en direction de Tamatave, et surtout au village d'Andasibe. Je serais injuste de ne pas mentionner les conversations avec le personnel du restaurant qui m'apprennent beaucoup sur la vie ici et la mentalité malgache.

Balade en vélo vers Tamatave Goyaves rouges le long de la RN2

Nombreux aussi sont les échanges avec les guides de Mitsinjo, au retour de sortie sur le terrain avec Christin, pour repérer les caractères des champignons ramenés, enveloppés dans du papier d'aluminium, dans un panier de type sobika. C'est ainsi que l'amitié progressivement se crée, par un apprivoisement patient. Le traditionnel souper au Sitraka, offert, avant mon départ, aux guides de Mitsinjo en est partie prenante...

Avec les guides sur la terrasse de Mitsinjo Avec les guides au resto Sitraka

Rainer et Paul au Sitraka Christin et Paul en forêt

Chaque jour, il est nécessaire de passer un temps important à faire le compte rendu des découvertes lors des promenades. Et mes amis de Mahambo qui m'attendent... Toujours en voiture avec Tô comme chauffeur, après un arrêt à Tamatave et une nuit au Manda Beach de Foulpointe (manifestement, Tô aime cet établissement!), où il pleut "comme vache qui pisse", nous arrivons le dimanche 27 mai, jour de la Pentecôte.

Arrivée de Jeanne et Stéphanie à La Pirogue L'heure des retrouvailles: un bonheur !

Jeanne et Stéphanie sont en bonne forme et cela me fait chaud au coeur ! Il faudra pourtant passer aux choses sérieuses: les comptes avec Fara, qui a accepté de gérer une cagnotte pour Stéphanie, et le bulletin de l'école: on voit la crainte sur son visage quand l'ancien prof se penche sur ses résultats scolaires :-) ; quant à Jeanne, elle me fait profiter de ses talents pour me confectionner un chapeau : il ne s'agit pas de rester tête nue quand on a un "toit ouvrant" au sommet du crâne !

Coup d'oeil au bulletin de l'école Séance d'essayage

On commente les photos de Belgique et d'ici

A Sahamalany, il s'agit pour moi d'une démarche de "réconciliation" avec les villageois. Excellent moment de partage de grandes bouteilles d'orangeade Klassiko et de biscuits pour les enfants; ce sera le vrai point de départ d'une amitié avec la famille de Juliette et Raymond, qui ne s'est pas démentie depuis lors... Sans doute cela justifie-t-il amplement que Neny, l'aînée des enfants (en 4ème de couverture de la brochure OLATRA) mette sa belle robe en vitesse, pour une photo craquante.

L'orangeade de la réconciliation Les photos sont toujours appréciées

Neny fière de sa belle robe

C'est alors que l'idée s'insinue en moi: si je pouvais acheter à Mahambo un petit terrain et y construire un modeste pied à terre ? C'est Hortense, qui m'avait permis de retrouver Stéphanie en 2006, qui la première me propose un terrain en bordure de la RN5, à la sortie du village en direction de Fénérive, près du pont où les femmes des pêcheurs vendent chaque jour le poisson. Faly aussi a une proposition, près du terrain de football, donc non loin de la plage, mais rien n'est viabilisé. Il faut réfléchir... Il est déjà temps de quitter Mahambo et tous mes amis de là-bas, mais, c'est sûr, je reviendrai.

pêcheurs sur la plage de La Pirogue Avec le personnel de La Pirogue

Après une halte de deux jours à Andasibe (comment résister à l'appel des Indris et des champignons?), le 5ème séjour s'achève à Tana, puisqu'il faut toujours repartir de Ivato, l'aéroport international, pour regagner Paris. J'ai maintenant mes habitudes à l'hôtel Shangaï, où le poisson à l'ananas est savoureux, et où j'aime à discuter avec les deux veilleurs de nuit : c'est plus agréable que de risquer de mauvaises rencontres dans l'escalier "coupe-gorge" qui descend vers la place de l'Indépendance où se trouve le Glacier, fameux pour ses soirées musicales... et autres.

Depuis les escaliers vers le Glacier Le marché de la digue vers Ivato

Mes fins de séjour sont maintenant ponctuées par quelques achats et un souper chez Héry et Nary, toujours aussi accueillants. Je me rends compte d'une évidence : à présent, je ne fais plus du tourisme, je viens voir des amis.

 

Pierre D’Ovidio, « Nationale 7. Carnet de voyage à Madagascar », Le temps qu’il fait, 2009, 162 pp.

Le voyage, sans doute le premier à Mada, va du 28 mars au 7 mai, présumé en 2007. L’auteur approche de la soixantaine, est écrivain et part en « mission pour Madagascar acceptée par le Ministère des Affaires Etrangères ». Il est d’abord seul, à Tana puis à Nosy Be (en avion), jusqu’au 11 avril où il va chercher sa compagne Brigitte à Ivato. La découverte de la Nationale 7, pourtant objet principal de ce récit de voyage, ne commence donc qu’à la page 81, c’est-à-dire à la moitié du livre… Etrange, non ?
Les premières pages sur Tana sont les plus intéressantes, quand sa voisine d’avion, Zarina, lui confie ses impressions de retour au pays : « Alors qu’elle somnolait, elle se réveille avec un petit rire. Se penchant vers mon épaule, elle me confie : – Ils vont me passer le pinceau, après ils matraquent !... « Ils » : la famille, les frères, sœurs, cousins, cousines, oncles, tantes, neveux, nièces… Tous trouvent que Zarina et son postier n’en font jamais assez : une 4L, transportée par bateau depuis Marseille pour une sœur, un Zodiac pour un frère aîné, un minibus pour un cadet… (p. 13)… Faire quelque chose [pour sa famille], c’est, affirme Zarina, coucher avec un Vazaha (un blanc, un étranger) pour se faire entretenir puis, apothéose – et souhait de beaucoup de mères –, réussir à s’en faire épouser. Bref, assurer son avenir, celui de la famille » (…) « Il n’y a pas marqué Banque de France sur mon front », se plaint souvent le mari de Zarina. Désormais, elle l’approuve » (p. 14).
La 4ème de couverture l’annonçait : « Cet anti-guide de voyage dissipe quelques trompeuses images exotiques ». Sur la route entre l’aéroport et Tana : « … mes guides m’assurent que les choses vont de plus en plus mal. Le passage du franc malgache à l’Ariary s’est accompagné d’une inflation qui épuise la population, asphyxie l’économie de la Grande Ile. Bien qu’ils disent ne pas porter d’intérêt à la politique, leur diagnostic est évident : Madagascar s’enfonce dans la récession. Le coût de l’essence – un problème qui les concerne tout particulièrement – n’est-il pas le même qu’en France ? Un litre vaut le salaire d’une journée de travail. » (p. 18). Le ton est donné.
La description de la première sortie en rue à Tana est très réaliste : l’auteur est harcelé de tous côtés (p. 20-21). Il se réfugie dans une cabine pour téléphoner aux deux contacts qu’on lui a donnés avant son départ ; sans succès. Ses réflexions sur les « crevettes » et les « homards » - au Saka ou au Buffet du jardin - sonnent juste également : «Attablés, Jean-Pierre et moi, nous voyions affluer des Vazahas ayant dépassé – pour beaucoup et de beaucoup – la soixantaine, accompagnés de filles encore toutes proches de la vingtaine… » (…) Comme l’explique Jean-Pierre : «Des « expat’s », des retraités qui viennent s’éclater, jouer aux jeunes hommes. C’est l’Eldorado pour eux. Même avec une petite retraite, tu es le roi du pétrole, ici ! Même « RMIste », tu vis mieux qu’en France, il n’y a aucun doute. Ils naviguent entre la France et Mada, histoire de renouveler leurs visas touristiques arrivés à échéance… » (p. 28-29). « Difficile, sinon impossible d’avoir un emploi du temps précis à Madagascar, d’après ce que je devine. L’explication m’en sera fournie à maintes reprises : le commun des Malgaches n’a pour horizon et projet que le lendemain. Les toutes prochaines heures de sa vie. Un futur de survie. » (p. 30).
Le chapitre consacré au séjour de l’auteur à Nosy Be, « l’île de tous les délices et de toutes les promesses » (p. 35)… "un gigantesque bordel, très prisé des touristes" (p. 37), est moins passionnant. La raison en est sans doute que l’auteur… n’y fait pas grand-chose (il écrit dans sa chambre, chez son logeur Régis) … à part ses escapades de restaurant et de « visites » avec une certaine Patricia, « infirmière aux Comores, installée dans le bungalow proche du mien » (p. 54)… «Elle a élevé seule son gamin, Salim » … « violée à l’adolescence par son oncle, un frère alcoolique de sa mère » … « Elle s’est mariée très jeune à un petit truand toulousain, qui l’a battue « à peine j’avais la bague au doigt »… « Patricia poursuit ses confidences et me parle d’un écrivain et critique gastronomique qu’elle a rencontré peu de temps après son divorce alors qu’elle était dans la panade, élevant seule son fils. » etc. Le nombre de fois que l’auteur utilise l’expression « toujours avec Patricia » est impressionnant ; il ne rate par ailleurs aucune occasion de souligner les détails érotiques de toutes sortes… aveu d’ « obsession » qu’il ne veut ou ne peut (sa compagne Brigitte va lire son récit !) concrétiser pendant sa « mission » ou ses « vacances » - biffer la mention inutile. Qu’allait-il donc faire à Nosy Be ? Joséphine, « une des jeunes femmes qui passent leurs après-midi à l’ombre des cocotiers à coudre et à broder de larges nappes blanches en bavardant et riant » voudrait que l’auteur lui trouve un fiancé en France : « Comme je lui fais remarquer que, les hommes ne manquant pas à Madagascar, je ne comprends pas pourquoi elle n’a pas de fiancé ici. Elle dit : - Les hommes malgaches méchants. - … ? - Ils boivent et ils bagarrent ! Moi, je reste seule, je reste tranquille. » (p. 66) « Au fil du temps et des conversations, la représentation – curieusement indifférenciée – qu’ont les Malgaches des Vazahas se précise ; le Vazaha est riche, « gentil », c’est-à-dire « tranquille ». Il représente la sécurité, un avenir assuré, cela même si son pays reste étrange et froid comme les ténèbres. » (p. 69).
L’opinion générale de l’écrivain est que « Toute la scène [tentative de vente de carapaces de tortues] est consternante et témoigne de ce mélange de naïveté et de ruse qu’ont les Malgaches envers les Vazahas. L’insécurité du lendemain, la nécessaire débrouillardise et la rapacité pour des broutilles : les éléments constitutifs de ce comportement, depuis les gosses qui quémandent stylos et bonbons jusqu’aux adultes qui mendient bière, pièces d’euro et billets d’Ariary. » (p. 72). Revenons à la 4ème de couverture où on lisait : « À Madagascar, loin des hôtels de luxe et des boutiques pour touristes (l’île en compte encore assez peu), Pierre D’Ovidio est surtout sensible à la misère et à son cortège de gagne-petit, de mendiants et de marchands à la sauvette. Confronté à la rue puis à la route, il mesure la dure réalité de la vie réduite à la survie. Pays abandonné, méprisé, Madagascar – qui ne s’est jamais complètement remis des ravages de la colonisation – n’est évidemment pas épargné par les terribles effets de la mondialisation… Cet anti-guide de voyage dissipe quelques trompeuses images exotiques, pour les remplacer par d’autres, moins complaisantes et plus en conformité avec le monde et son usage ». Ce texte m’avait vraiment donné envie de me plonger dans le récit ! En le terminant, j’ai un goût amer dans la bouche, trouvant que l’auteur est passé à côté de beaucoup de choses qu’il aurait pu développer : les rapports entre Malgaches de 18 ethnies, leur rapport au travail, les relations hommes-femmes (quelques petits flashs seulement), l’école, la vision des jeunes intellectuels (à qui leurs profs d’univ' conseillent de s’expatrier !), les relations possibles entre Malgaches et Vazahas (amitié possible ?), le rôle de l’argent dans tous les aspects de la vie là-bas, etc.
Je crains que l’auteur ne garde pas un bon souvenir de son voyage à Mada. La fin de son récit en « cata » ne laisse aucun doute : sa dernière soirée se passe dans un bar où son « copain » Pierre « sourit en buvant du rhum, une fille sur chaque genou » et où règne « une forte odeur de merde » (p. 160) ; il vomit et a la diarrhée suite à une imprudence alimentaire ; on lui change ses « bonnes » places dans l’avion (alors qu’il s’attendait à un traitement de faveur suite à sa renommée littéraire et la conférence donnée la veille au centre Albert Camus (!) ; il termine en écrivant : « Tôt le matin, nous atterrissons à Roissy. Le ciel est gris. Il pleut. Pluie fine, persistante. Madagascar est déjà loin. » (p. 162) Quelle tristesse ! Ce livre est finalement très démoralisant : l’auteur ne retirera pas grand-chose de sa « mission » (?), et ses lecteurs n’auront de Mada qu’une vision plutôt négative : - Il n’y a que bien peu de choses à voir là-bas. Les équipements du pays sont dans un état déplorable (par rapport au temps de la colonisation) voire inexistants. Il n’a pas tort, mais… Evidemment, s’il ne s’intéresse pas à la Nature et aux Malgaches (pas de rencontre un peu élaborée, même avec les chauffeurs et guides d’excursion) : pratiquement rien concernant la faune et la flore de l’île ; ses contacts et conversations se sont essentiellement limités à des Vazahas, vieillards pitoyables coureurs de « crevettes » ou exploitant les maigres ressources touristiques ; - Les Malgaches sont affabulateurs (les guides qui rabâchent la même soupe), voire menteurs, frimeurs en tout cas, sinon malhonnêtes ; ils donnent plus d’importance aux morts qu’aux vivants ; leurs dirigeants politiques mériteraient d’être « raccourcis »… « mais nous sommes gentils » (p. 150) ; même les Blancs (Gilles, le frimeur fou) sont grandes gueules mais… : « Que de talents, il a ce Gilles ! Y compris celui de nous tendre une addition salée qui refroidit considérablement l’enthousiasme des filles » (p. 140) - Les femmes sont maquerelles ou putes dès l’adolescence, prêtes à tout pour trouver un Vazaha… - Le touriste est sans cesse harcelé par des mendiants de toutes sortes ; la sécurité sur les routes ou alimentaire est bien faible ; la pauvreté et la pollution sont généralisées… Quant à la description de la N7 proprement dite, elle ne va pas bien loin, sauf dans le cas de l’Isalo (pour dire que le guide les a roulés sur le temps nécessaire pour arriver à la cascade) et d’Ilakaka (où, soit dit en passant, notre chauffeur Tô, paniqueur-né, n’a pas voulu qu’on s’arrête en 2004). Peu ou rien sur Antsirabe, Fianarantsoa, Ambalavao ; même les baobabs de Sakahara sont oubliés… En fait, le récit qui concerne la N7 n’occupe qu’une cinquantaine de pages, dont 15 pour raconter le voyage en train Fianarantsoa-Manakara + l’étape à Ranomafana au retour (indépendants de la N7). Bref, seul le 1/5 du livre est consacré à la N7. - Il n’y a pas grand-chose à faire pour ce pays, et ceux qui font semblant de s’en occuper profitent de leur situation de Blancs payés par les ONG : « L’aide de l’Europe au peuple malgache se bornerait-elle à permettre à un quelconque fonctionnaire ou dirigeant de se promener cravaté dans un véhicule « humanitaire ». (p. 149). Il est vrai qu’ils sont dans les 4X4, et que ce n’est pas du tout le genre des taxis-brousse ! A ce sujet, je dois dire que mon point de vue est très semblable au sien. Ce qui freine par-dessus tout le développement du pays (dans le sens d’une amélioration des conditions de vie du peuple dans son ensemble), c’est le poids des traditions, des fady (tabous, interdits), des croyances rétrogrades, et puis la corruption généralisée : les gendarmes qui arrêtent les voyageurs aux entrées et sorties des villes ne sont-ils là – c’est vrai qu’on est en droit de se le demander – que pour avoir un bakchich ? C’est vrai aussi que, comme le note l’auteur, le pays est constitué de deux classes sociales qui s’ignorent : les (très) riches, en 4x4, et l’immense majorité qui, entassée dans les taxis-brousse inconfortables, tire le diable par la queue. Pourquoi diantre ceux-ci ne se révoltent-ils pas ? Un sujet ignoré : l’importance de la nécessaire scolarisation des enfants : l’école ne préoccupe pas P. D’Ovidio. Je pense pourtant que c’est la clé de tout changement profond…
Le narrateur ne sera en tout cas pas passé par la case "enthousiasme" avant de connaître celle qui s’appelle "lucidité" voire "amertume". Et, bien entendu, le « troisième stade » vers lequel j’essaie de m’orienter avec sagesse : retourner à Mada en sachant que je n’y ferai rien sans le consentement actif des Malgaches, que ce soit pour le développement du sens de la Nature gratuite (par le biais des champignons) à Andasibe, ou pour les écoles d’Arivonimamo (avec l’association VOARA de Nary) et de Mahambo (le collège à côté d’Olatra, où j’ai déjà par trois fois rencontré des classes de jeunes collégiens). Quant aux familles fréquentées (Tô et Hasina, la famille de Nary et Héry, Jeanne et Stéphanie, Fara et Faly, Raymond et Juliette et leurs quatre enfants), il faut seulement avoir la foi que peut-être ces relations « amicales » ont du sens, et que l’essentiel pour moi est de leur donner un sens à mes propres yeux, et que cela me procure du plaisir et même du bonheur… Je ne pense pas que l’auteur de « Nationale 7 » retournera là-bas, même si son voyage est payé par les pouvoirs publics ! Et qu’aura-t-il laissé à ce peuple sinon quelques ariary et un livre qui risque de décourager les candidats au voyage-découverte ?

 

 

*

 

Mon 6ème séjour à Mada eut lieu la 2ème quinzaine de novembre 2007. Comme Tô n'était pas libre, c'est Ndretsa, le fils de Nary, et Héry qui m'ont amené jusque Andasibe. Une pensée m'est venue spontanément, dès mon arrivée, sans doute à cause du pur bonheur de retrouver tous mes amis de là-bas, de Rainer, Christin et sa famille, les guides de l'association, au personnel du Feon'ny Ala, en passant par Zaora et les ouvriers de l'hôtel : "C'est en aimant les autres qu'on s'aime soi-même".

Zaoura avec Calumma parsonii

Petite balade en vélo, souper avec un excellent tilapia grillé, et nuit paisible... jusqu'au cri d'accueil des lémuriens dès 5h30' le lendemain. A Mitsinjo se concrétisera le montage PowerPoint projeté en mai, avec toutes les belles photos disponibles, dont celles de Christin (il a maintenant un Coolpix et un pied photo comme les miens !), de Goran Safarek, et de Jonathan Fiély, un stagiaire américain qui passera de nombreux mois avec l'équipe, et grâce au vidéoprojecteur d'occasion offert par le cercle des Mycologues du Luxembourg Belge à Neufchâteau. Et pourquoi pas une petite dégustation de Lentinus sajor-caju ? C'est un champignon comestible, luxuriant sur un gros arbre couché à l'entrée de la maison du parc Mantadia géré par l'ANGAP, mais vraiment trop coriace, car on dirait du cuir en bouche.

De beaux champignons lignicoles à l'ANGAP Dégustation de Lentinus sajor-caju

Le dimanche, j'ai l'habitude d'aller passer un moment à la fois chez les catholiques et à l'église protestante (FJKM) où Christin tient l'orgue électronique qui accompagne les chants. Particularité supplémentaire: ici, comme à Mahambo, on met aux enchères, après l'office, des vivres offerts par les fidèles et vendus au profit de la communauté ecclésiale. C'est ainsi que j'ai pu acheter de la koba, une galette de mie de pain avec des amandes, du sucre et un peu de confiture, le tout enveloppé dans une feuille de gingembre; c'est bon, mais "bourratif".

Vente aux enchères à l'église FJKM d'Andasibe Messe catholique en plein air à Andasibe

L'après-midi, pourquoi ne pas aller encourager les employés du Feon'ny Ala qui jouent dans l'équipe de foot du village: Jean de Dieu, Patrice, Marcellin et d'autres de la cuisine du restaurant du Feon'ny Ala. Libres pensées: "Au pays de Christin, les mandarines ont des pépins; c'est sans doute pour cela qu'elles sont si bonnes"; "ce qui me plaît le plus chez les Malgaches du genre de Patrice, c'est leur sourire si facile par rapport au caractère coincé et assez sinistre de tant de vazaha".

L'équipe de foot d'Andasibe

A Mahambo, tout est en place. C'est en me promenant à pied avec Tô que je remarque un petit panneau "à vendre" accroché à la fenêtre de l'étage d'une maison que je considère comme une des plus belles du village. Pourquoi ne pas la visiter ? C'est Hortence, qui habite en face, qui me fait l'honneur des lieux de cette maison appartenant à un entrepreneur malgache "handicapé", me dit-elle, qui habite à Tana et n'y vient plus que de temps à autre. J'irai le rencontrer avant mon retour : sait-on jamais ? Lunch ou même barbecue sur la terrasse de la chambre 1 à La Pirogue, avec Jeanne (qui apporte l'indispensable riz) et Stéphanie à son retour de l'école. Le soir, au resto de l'hôtel, le patron n'hésite pas à mettre la main au royal repas de poissons qu'il propose à ses clients.

Lunch sur la terrasse de la chambre numéro 1 Souper-poissons à La Pirogue

A Sahamalany, Raymond, Juliette et Zintia sont tout sourires. Les deux aînées, Neny et Posy, ne sont pas encore rentrées de l'école.

Le hameau de Sahamalany Raymond, Juliette et Zintia

Quand tout le monde sera là, quel plaisir de "slurper" une noix de coco offerte par Paul, papa de Raymond et vieux chef du village !

Paix et noix de coco


Avant de quitter Mahambo, toujours à regret, il faut marquer le coup pour l'anniversaire de Stéphanie, et ne pas oublier de rapporter au pays les colliers vendus au coeur du village, faits de graines de plantes diverses et de coquillages.

Bon anniversaire, Stéphanie ! Les colliers de Maurizia

La campagne des litchis bat son plein quand je reprends avec Tô la route pour Tamatave : c'est l'embouteillage monstre et on doit cuire et consommer de suite - il fait 44° dans la Peugeot coincée parmi les camionnettes - des camarons achetés à Foulpointe. Après Andasibe, où on met le point final à "Biodiversité d'Andasibe", c'est le retour sur Tana, où je rencontre Doda, propriétaire de ce qui sera bientôt mon petit paradis malgache, début 2008. Vous devinez la suite : un souper très convivial chez mes amis de Tana, avec d'énormes "cuisses de nymphes" (grenouilles), puis une "bavette" avec mes copains veilleurs de nuit à l'hôtel Shanghaï. A bientôt, Mada !