2017

Pour ce 27ème séjour (du 22 avril au 15 mai), je suis parti… en catastrophe, puisque je n’ai décidé d’utiliser mon billet d’avion que la veille du départ, sur avis positif du pneumologue. Quand je suis arrivé à Mahambo, après un voyage harassant dans sa deuxième partie (de Tana à Mahambo), mes amis là-bas ont pu constater en quel mauvais état de santé j’étais, en raison d’une conjonction entre une hernie hiatale et des crises d’asthme. J’ai d’emblée annoncé que ce serait un séjour de repos et que je ne bougerais guère, y compris pour aller au campus donner les habituels cours de français/anglais pendant le temps de midi. Gérard m’a prêté un fauteuil avec repose-pieds qui a fait merveille sur la terrasse à l’ombre. De longues nuits et une grande sieste l’après-midi m’ont fait beaucoup de bien ; couplé avec la nage matinale et vespérale, chaque jour plus performante, ce « régime » a permis à mon état d’évoluer positivement au fil des jours. Sans oublier une pollution quasi nulle, une alimentation très naturelle et d’excellents repas préparés par Vavrina… et, élément très important, un climat de bonne ambiance : les jeunes passent dire un petit bonjour, par petits groupes (ils savent qu’ils recevront leur photo, prise en novembre, un bic et un chokotoff), et viennent montrer leur bulletin de Pâques : globalement, les résultats sont en progrès par rapport à ceux du 1er trimestre et c’est donc encourageant  ; les gens sont bienveillants et souriants ; pas de stress. Par exemple, je reçois presque chaque jour l’un ou l’autre petit cadeau, notamment des parents des élèves de Mitsinjo : cela va du poulet (vivant, bien sûr) à des avocats, des grenadelles, des citrons, un pot de confiture, des goyaves rouges, ou… plus de 100 plants d’ananas que les jeunes viennent installer dans mon jardin à l’arrière de la maison !

poulet reçu en cadeau plantation d'ananas dans le jardin

Nombreuses invitations aussi, chez Gérard, Dominique, Raoul, à Ylang Ylang ou chez moi : ce sont des moments de convivialité qui valent leur pesant d’or. Les habitué(e)s viennent dire bonjour, et il y a parfois des surprises: Thonia surgit un matin; elle s'appelait Neny au moment où j'ai fait la connaissance de sa famille à Sahamalany: c'est elle qui était en couverture verso de la brochure "OLATRA" réalisée en 2006; elle est devenue l'amie de Vavrina. Il y a longtemps que je ne l'avais pas revue, depuis qu'elle avait quitté le campus Mitsinjo; elle habite à présent à Fénérive.

 

Alphonsine et le petit Maeronna Thonia en visite

La vie ici et au village est paisible, mais l’insécurité est, paraît-il, grandissante, et Faly m’oblige à embaucher un gardien de nuit : Tida sera là chaque soir à 18h jusqu’au lever du jour.

Mon scooter, qui refusait obstinément de démarrer après plus de 5 mois d’inutilisation, est pris en main par Faly puis Gaston, le « spécialiste » du village, qui fait des miracles. Comme je suis arrivé avec  une capacité respiratoire limitée, ce petit véhicule m’est vraiment nécessaire pour faire des courses au village, aller chercher des bidons d’eau potable à la mairie, rejoindre la plage et rendre visite à mes amis. Et cela même si des pousse-pousse en vélo ont fait leur apparition à Mahambo, à tarifs très raisonnables.

Le temps est beau et le climat très supportable : on est au début de la saison « froide », mais le soleil est là chaque jour : je ne connaîtrai que quelques heures de pluie, et celle-ci a souvent la bonne idée de tomber pendant la nuit ! Les pistes sont en tout cas praticables. Fait remarquable à signaler: au bout d’une dizaine de jours, j’avais déjà fait quatre visites mortuaires : une sœur (38 ans et 6 enfants) de la maman du petit Jean-Claude, le frère (36 ans) de Thierry, mari d’Amélie la gardienne de Mitsinjo et papa de la petite Vola, mais aussi deux adolescents : une fillette de 13 ans chez Martha ma voisine, et le frère (18 ans) d’un des jeunes du campus (Mahéfa Jean), à Sahamalany, apparenté à la famille de Juliette et Raymond. Comme chaque fois, pour manifester ma solidarité, je fais une visite à la mortuaire, avec une enveloppe pour aider concrètement la famille en ce moment difficile.

C’est la saison des agrumes : au marché, les mandarines sont à un prix défiant toute concurrence ; elles donnent un jus pur de goût délicieux, tout comme le corossol et les grenadelles (fruits de la passion). C’est Evariste, le tout jeune frère de Vavrina, qui monte au grand coco qui salue les visiteurs à l’entrée du jardin (photo) : le lait de coco se marie très bien avec le rhum blanc ou même un filet de pastis… C’est aussi la saison des avocats ; plus ronds et plus gros que ceux qu’on peut acheter chez nous, ils sont délicieux au naturel, sans même de vinaigrette. On trouve aussi des ramboutans, que les Malgaches appellent improprement le « lychee chinois » ou « lychee poilu ». Je découvre également les vertus de mon congélateur-frigo : le filet de zébu, curieusement au même prix que le haché ou de grasses carbonades, devient tendre au bout de 2 à 3 jours. La viande reposée, c’est le secret… Les petits poissons du marché sont certes moins prestigieux que les gros qui sont vendus « au pont » par les femmes des pêcheurs, mais ils ne coûtent pas grand-chose, puisqu’on peut en avoir une friture pour 0,50 €. Parfois, des femmes passent avec un bassin de crevettes ou même une anguille… de mer : c’est une découverte, tant la différence avec celle de rivière (au menu des petites gargottes où s’arrêtent les taxis-brousse sur le trajet Tana-Tamatave) est patente ! Non loin de chez moi, un couple de Réunionnais s’est installé : Serge et Marie ont développé un élevage de volailles : on peut leur acheter des poulets de chair… tout plumés, des œufs de caille et une terrine de volaille au poivre rose : un délice que j’appelle le « foie gras » de Mahambo !

Evariste dans le cocotier Vendeuse de vêtements dans le jardin

Les grandes nouveautés de ce séjour sur le plan matériel sont un nouveau matelas bien plus confortable que les « mousses » habituels ; la distribution d’eau est maintenant disponible et Faly a raccordé la maison… avec un compteur qui mesure, comme chez nous, les m3 utilisés. Je n’ose pas la boire comme les Malgaches, mais elle est parfaite pour la douche : finie l’eau brune peu engageante ! Quant aux petits problèmes matériels qui se déclarent fatalement de temps en temps, ils sont vite résolus par Faly, mon ange gardien : c’est pratique ! Evidemment, j’ai découvert les dégâts causés dans mon jardin par le cyclone de mars : 3 hauts eucalyptus se sont abattus, heureusement sans tomber sur la maison : je leur sais gré de cette délicate attention ! Dans le jardin, les bougainvillées et les cordylines sont en fleurs.

Visite de parents d'élèves Cordyline en fleurs

A l’école REAMA d’Antsikafoka, Charlin a mis en route la reconstruction de deux locaux de classe qui se sont effondrés à cause du cyclone : quand j’arrive à l’improviste, deux parents sont en train de travailler à la toiture : il est bon de voir que, si les vazaha (Gérard et moi) financent les matériaux, les parents des élèves sont aussi partie prenante en donnant de leur temps pour la main d’œuvre.

A l'école Reama: reconstruction Visite à l'école Reama

Au bout d’une semaine, j’étais en bien meilleure forme et j’ai pu reprendre les petits cours au campus Mitsinjo, ainsi que les projections de films le soir à la maison… pour les 25 jeunes, dont plusieurs n’ont ni chaise ni tabouret. « Les vacances du petit Nicolas » ont eu beaucoup de succès ! Voici ce que j’ai écrit alors dans mon « Journal de bord » tenu chaque jour sur mon petit notebook:

« Quand je suis arrivé, il y a juste une semaine, j’étais vraiment en mauvaise santé (asthme + reflux avec toux + diabète), mais animé par l’espoir d’une amélioration suite à une prochaine opération de la hernie hiatale. Au fil des jours, grâce à la cortisone sans doute, mais aussi et surtout à cause de ma qualité de vie ici (air pur, liberté, exercices de natation, qualité de l’environnement humain, alimentation saine), mon état s’est amélioré de jour en jour. Mais il y a plus : je me rends compte que ce qui m’équilibre ici, c’est le sentiment qu’on a besoin de moi… et que je peux avoir une efficacité – grâce à de l’argent bien sûr – auprès des gens et surtout des enfants : leur offrir des vêtements, leur acheter des kappa (tongs), faire des tartines le matin est un plaisir ; sans oublier mes amis vazaha (Gérard, Raoul, D. Bos, Eric,…) et malgaches (F. et F., Vavrina, Raymond et Juliette, Joue, etc.), dans une ambiance détendue, sans aucune méfiance ni agressivité. Le sentiment de liberté est vraiment grand, et je me rends compte à quel point j’en ai besoin, et que mes deux séjours annuels me dilatent le cœur… »

En relisant cela, que je vous confie en toute simplicité, je me rends compte que, décidément, là est le secret le bonheur ; dire que « tout ce qui n’est pas donné est perdu » semble un fameux paradoxe, mas c’est pourtant une réalité à expérimenter. Par exemple, avec des personnes âgées, qui passent demander un médicament ou une paire de lunettes de lecture, un pansement ou un vêtement : leur satisfaction est tellement visible que j’en éprouve encore plus de plaisir qu’eux.

La pluie provoque l’apparition de champignons, surtout dans la pelouse que je traverse pour atteindre la plage. Il y a des amanites blanches, des agarics, de minuscules marasmes, des gastéromycètes aussi, mais cela n’a rien d’étonnant car ce sont des espèces qui aiment le sable.

Une dernière chose : Corsair semble avoir repris l’habitude de transiter, à l’aller comme au retour, par St Denis de La Réunion. Cela allonge de plusieurs heures le temps du voyage Antananarivo-Orly, et il faut savoir que les contrôles à l’entrée de La Réunion (c’est-à-dire en France !) sont extrêmement tatillons. Attention : n’achetez rien aux boutiques « hors taxe » de l’aéroport de Tana, car tout liquide, même emballé d’un plastique scellé, est confisqué parce que dans le bagage à main !

Amanite blanche chez VeroMamymarinette et Vavrina

Je dois signaler un livre, découvert grâce à Gérard, et commandé facilement chez Amazon : « Comprendre les Malgaches », essai et récits interculturels, est l’œuvre de Loïc Hervouet. C’est un livre qui vaut vraiment la peine, truffé de mots et d’expressions en langue locale, aussi bien pour le touriste qui se prépare à découvrir Madagascar que pour le vazaha habitué de la Grande Ile. On y apprend des tas de choses sur la mentalité d’un peuple accueillant, mais qui a aussi envie de respect et de considération pour ses traditions. En voici quelques extraits :

* Le prologue présente « Madame à Madagascar », triste histoire vraie du comportement à ne pas avoir là-bas. Ce texte fort se termine par : « Madame n’est pas faite pour les mondes des pauvres. Madame devrait veiller à ne toujours voyager que chez ses semblables et à ne toujours découvrir que ce qu’elle connaît déjà. Madame n’aurait pas dû venir à Madagascar. Voyage. Ratage. Naufrage. Dommage. »  

* Les chapitres expliquent l’importance des morts et le culte qui leur est rendu, la croyance forte dans le monde des esprits, des fady (interdits divers), l’importance du fihavanana (bonnes relations, art de vivre), la conception du temps (et le mora mora), très différente de celle des Occidentaux, de nombre d’éléments culturels spécifiques (dont la passion pour les discours), etc.

* Deux chapitres m’ont beaucoup intéressé : le premier y explique comment les Malgaches voient les vazahas, ce qu’ils ressentent à leur contact ; le deuxième s’intitule : « Vazaha, tiens-toi bien ! » et donne aux blancs une bonne quinzaine de conseils de savoir-vivre pour avoir un comportement approprié au milieu de gens qui… nous accueillent et sont chez eux !

Les parents des 4 soeursVavrina et son neveu Antonio

Quand est-on "digne" aux yeux des Malgaches ? Quand on a mangé du ravintoto (feuilles de manioc pillées) et bu du ranon’ampango (sorte de thé de riz brûlé) ; quand on ne peut pas s’empêcher de marchander ; quand on sait qu’on peut acheter (en vrac évidemment) un demi-quart d’huile ou de sucre ; quand on sait qu’un Bonbon anglais n’est pas un bonbon mais une limonade endémique, quand ont sait que la THB est une des meilleures bières du monde ; quand on sait prononcer d’une seule traite le nom entier de l’actuel président (Rajaonarimampianina) ; quand on sait que Madagascar est un pays avant d’être un dessin animé, qu’il y a des gens qui ne sont pas des lémuriens, qu’il n’y a ni lions, ni girafes, etc. ; quand on n’est pas choqué qu’un troupeau de zébus occupe toute la largeur d’une route nationale ; quand on a déjà mangé de la viande emballée dans du papier journal (j’ajoute : ou une feuille de bananier), etc. (pp. 110-113).

Le livre se termine par « Récits et histoires vraies » qui croquent diverses situations et anecdotes qui éclairent l’un ou l’autre élément de la mentalité des gens de ce pays, chers aux yeux de l’auteur. Si chers qu’il a peu évoqué des aspects moins positifs de la vie malgache, comme le dieu « vola » (argent) ou la jalousie qui parfois déchire des familles pourtant très liées. La «sagesse des proverbes » malgaches est le dernier chapitre et il vaut le détour ! Une riche bibliographie couronne cet ouvrage fascinant., que je vous recommande chaudement.

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28ème voyage à Madagascar (du 6 novembre au 4 décembre)

Les contrôles à l’aéroport sont de plus en plus tatillons, et il est bon d’arriver bien à l’heure, c’est-à-dire environ 3  heures à l’avance, ce qui fut mon cas malgré une manifestation de forains qui bloquaient l’autoroute : bref, la région parisienne est un sérieux problème pour l’accès à Orly. Corsair est bien à l’heure et le visa pris à Ivato toujours à 25 euros (ou 80.000 Ar.) pour un maximum de 30 jours. A chaque arrivée à Tana, je vais vérifier aux comptoirs de Airtel et d’Orange si mon téléphone est encore en ordre avec la petite somme laissée sur chaque carte SIM à mon départ du pays, puis je passe chez Socimad pour changer de l’argent (cette fois, l’euro vaut 3.550 Ar.). Je file chez Cotisse à la gare routière d’Ambodivona pour acheter mon billet pour le dernier minibus, celui de 20h30’, et arriver à Tamatave le plus tard possible : les conditions d’attente y sont assez glauques, car les bureaux de la compagnie sont fermés et je suis bloqué sur le trottoir avec mes valises en attendant dans la nuit de pouvoir bénéficier d’un taxi-brousse en direction de Fénérive (N5). J’en profite pour acheter dans la foulée mon billet retour de Tamatave à Tana, cette fois pour le premier départ de la soirée parce que Michel, le jeune pharmacien rencontré en ... viendra me chercher dans la nuit pour me conduire chez ses futurs beaux-parents et me permettre de me reposer dans un lit avant l’avion Tana-Orly.

Quid de la peste, agitée comme un épouvantail par mes amis pour me dissuader d’aller à Mada pour le moment ? Comment renoncer à mon billet bon marché, qui à cause de cela ne permet pas de modification ? Sans oublier ma forte motivation pour rencontrer les élèves du campus au seuil d’une nouvelle année scolaire. J’ai obtenu de mon médecin traitant des masques médicaux et une prescription pour un antibiotique spécifique... avec lequels je suis rentré, car là-bas rien n’indique qu’il y ait épidémie, à part la fermeture des écoles pendant 3 semaines et un contrôle à la hauteur de Foulpointe : tout le monde descend du taxi-brousse et passe au test de la température, puis on remonte et… c’est tout. Au retour à Ivato, contrôle dans l’aéroport (parce qu’on quitte le pays ?) : certains prétendent que l’Etat malgache a besoin d’argent, et que l’OMS et diverses ONG vont ainsi financer… la prochaine campagne électorale présidentielle ! Si c’est avéré, c’est une honte, car les hôteliers de la côte Est ont témoigné d’annulations de réservation. Ce sont donc, comme toujours, les habitants qui trinquent.

Après un voyage long et éprouvant, tant la N2 est mauvaise (il faut maintenant 8h30' pour faire les 365 km qui séparent Tamatave de Tana), je trouve facilement un taxi-brousse qui me dépose à Mahambo après 3h de route (pour moins de 90 km !) : jamais je n’ai vu la RN5 en si mauvais état : je doute qu’une voiture normale puisse encore s’y risquer, surtout s’il a plu et qu’on ne peut savoir la profondeur des innombrables trous entre lesquels, quand c’est possible, les 4x4 slaloment.

 

Ma maison est accueillanteLe gros palmier en fruits

Quand j'arrive enfin à Olatra, Il est 8h et ma fidèle gardienne Vavrina est là, bientôt rejointe par Fara et Faly, Amélie et Gérard, Norosoa et ses deux petits. Après un réconfortant petit déjeuner (avec ce que j’ai apporté !), il faut faire les premières courses - il faut se réapprovisionner en tout, même en sel et sucre - puis affronter… ce qui ne va pas dans la maison sur le plan « technique ». Ainsi, cette fois, c’est la canalisation d’adduction d’eau qui est bouchée, mais rapidement réparée par le fontainier de la mairie, qui préfère le whisky à l’eau : heureusement, je garde toujours de petites réserves dans les deux coffres des chambres ! Après une longue première nuit réparatrice, le vie s’organise entre baignade à la mer, Raoul qui me met au courant des nouvelles du coin, Ylang Ylang, le campus, et ma maison où les visiteurs sont toujours aussi nombreux, notamment des femmes avec jeunes enfants : elles savent qu’une de mes deux valises est consacrée à des vêtements !

Dès les premiers jours, j’inscris 3 enfants dans les écoles de Mahambo. Vavrina souhaite pour sa petite Arliny (8 ans), l’école privée de « Flamme de Dieu » : il s’agit d’une secte religieuse dont le pasteur est en même temps directeur de l’établissement. L’ambiance du lieu et les propos de Mr Haja me rassurent ; je décide de payer tout ce qu’il faut pour l’année scolaire entière, pas tellement plus chère, du moins à mes yeux, que les frais dans l’enseignement public. Il y aura aussi Kamisy, fils de Françoise, qui avait arrêté l’école sous l’influence de son frère Evariste ; celui-ci, malgré de bons résultats, n’en veut plus. Kamisy seul est réinscrit à l’EPP (école primaire publique). La 3ème inscription sera celle de Fandresina, fille de Norosoa et Fano (le jeune couple qui habite au campus la maison « Marité et Marcel »), à l’école maternelle, bien gérée et dont les frais sont comparables à ceux des écoles primaires. De plus, les enfants y reçoivent à manger le midi. Ce qui est le plus coûteux, ce sont les équipements de type vestimentaire. Outre l’indispensable petit tablier de couleur (ici, le jaune poussin), il faut une tenue de fête (jupe grenat et chemise blanche) et même une tenue pour le rassemblement du lundi (T-shirt blanc et jupe jaune poussin) ! 

 

enfants Norosoa Arliny pompe

Zoe me montre avec fierté sa « nouvelle maison » : en avril, j’avais pu constater avec Faly qu’elle était prête à s’écrouler, et j’avais décidé de remédier à cela, étant donné que la famille de Zoe (Celandry, Mirinda et Rivela + la grand’mère Todisoa) est une des cinq que je parraine depuis de nombreuses années. L’extérieur est fleuri, notamment de superbes cannas, et l’intérieur est frais et accueillant. Cela ne ressemble plus aux conditions d’hygiène déplorables d’antan, quand j’avais demandé que l’on recule la clôture pour les zébus dont les déjections souillaient le mur arrière…

maison Zoe Zoe devant sa maison

sur le sentier vers le campus Plantation de manioc

Dans la mesure du possible, je vais chaque midi au campus Mitsinjo, à pied ou, plus rarement, en scooter : le chemin est plus long car il faut passer par le terrain de football. A pied, je grimpe pès de la petite épicerie de Doris et le long d’un champ planté de manioc, puis, à la hauteur d’un anacardier en fruits (c’est la première fois que je vois la noix de cajou dans cet état), je redescends en longeant une pompe abandonnée – don « luxueux » d’une association française : a-t-elle jamais été utilisée ? -, et traversant enfin un champ à la riche terre noirâtre plantée de riz : quand il pleut, l’eau y stagne volontiers, ce qui est excellent pour la croissance du riz. Petite leçon de français et d’anglais, sans oublier un peu de calcul, à l’aide du tableau. Les 22 élèves de cette année ont reçu chacun un petit cahier où ils en notent le contenu. Les tables de multiplication et les pourcentages ne sont pas encore bien intégrés, alors que certains jeunes sont déjà en 4ème année du secondaire. Le soir, ils profiteront du « cinéma à domicile », avec des dessins animés ou des films de fiction. J’ai dû racheter 4 chaises pour que la plupart puissent être assis. J’ai repris aussi la tradition d’aller baigner avec les volontaires le dimanche à 17h, quand ils rentrent à Mitsinjo pour être à pied d’œuvre le lundi matin pour l’école au CEG voisin.

anacardier en fruits Pompe obsolète

Groupe d'élèves au campus Les familles du campus

La communication avec Christiane semble plus difficile que lors des autres séjours : les SMS ne passent qu’une fois sur deux, ce qui renforce mon impression que la situation du pays patine sur le plan matériel, et il ne s’agit pas que des routes…

Ici, je me sens en bonne santé, même si certains jours, il fait si chaud que toute activité physique est difficile : c’est alors l’occasion de profiter de ma terrasse bien ombragée et du fauteuil que me prête Gérard, pour de la lecture ; pour la nourriture, pas de problème. Il y a toujours du poisson, sinon au pont, du moins au marché, quand ce n’est pas d’une femme de pêcheur qui, me sachant intéressé, passe presque chaque jour avec son bassin sur la tête ; au marché, il y a maintenant du porc chaque jour et au moins un des deux bouchers pour le zébu. Les légumes sont abondants et suffisamment variés. A l’épicerie, je peux acheter des spaghetti, des œufs, de la farine (pour des crêpes), du lait concentré sucré, et toutes sortes de boissons, dont des bières variées.

Parmi les visites, des femmes âgées qui demandent des lunettes de lecture, ont besoin d’un pansement ou d’un médicament, de désinfectant type iso-bétadine ou encore d’une pommade pour soigner les brûlures. Un des élèves de Mitsinjo avait suffisamment de fièvre (plus de 38°) pour que l’infirmière de Simonette, la sage femme du village, présume une attaque de paludisme ; il a fallu faire des piqûres avec diverses petites fioles achetées à la pharmacie locale, sans oublier seringues et aiguilles ! J’ai même dû apporter le désinfectant nécessaire pour les injections ; et le traitement a eu lieu dans un local que vous ne pouvez imaginer… Une autre fois, c’est une grand’mère qui passe avec le petit Agostino ; au dispensaire, la doctoresse diagnostique de l’asthme bronchique : je me sens tout d’un coup solidaire de ce petit garçon et, comme j’ai avec moi les médicaments qui conviennent, je les confie à Fara qui les gérera (encore cela en plus, la pauvre !) par la suite, quand ce sera nécessaire. 

Parfois, un orage terrible, surtout pendant la nuit, laisse des flaques d’eau sur la piste. Curieusement, le lendemain matin vers 6h30’, la mer peut être très calme et le plaisir de la natation est total, tant la température est délicieuse. Quand le soleil est au zénith et donne à plein régime, je sens mes panneaux solaires se trémousser et les batteries supportent sans peine que le congélateur (vertical, c’est nécessaire) soit en marche pendant environ 5 heures par jour, suffisamment pour avoir toujours du frais à l’intérieur. C’est surtout pour les boissons que c’est grandement appréciable, mais aussi pour la viande qui, maintenant reposée, est bien plus tendre, sans oublier le poisson excédentaire et mes petits apports européens.

Le kapok de riz (mesuré avec une boîte de lait concentré) coûte à présent 500 Ar. Une semaine sur deux, j’assume 10 kapoks pour chacun des 22 élèves qui ont ainsi leur nourriture de base du lundi au vendredi ; le week-end, ils rentrent en famille et sont assumés par leurs parents. Le midi, au retour de l’école, ils préparent chacun leur nourriture, après avoir récolté et fendu du bois, allumé le feu (oui, Johnny), épluché les quelques légumes qu’ils ont ramenés de chez eux ; puis ils font leur vaisselle, en nettoyant l’extérieur de leur casserole avec leur pied nu et du sable : cela fonctionne très bien !  Ils profitent aussi d’un ballon donné par Nicolas et regonflé par Faly : Chryno admire particulièrement le N° 10 de l’équipe d’Argentine : vous connaissez sûrement Messi.

kapok de riz Tri du riz

cuisine à Mitsinjo Quenio prépare son repas

Le litre d’essence coûte, au village, 4.000 Ar. le litre, un peu plus cher (200 Ar.) qu’à la station service de Fénérive, mais Jean Connelle s’est pris d’affection pour son client vazaha, et c’est un plaisir d’aller acheter régulièrement 3L d’essence. Pour la majorité des Malgaches, c’est trop cher d’entretenir même un petit scooter comme le mien. 

scooter au campus Visite de parents

Je reçois de temps en temps des parents des élèves du campus, avec qui je partage du thé et qui m’apportent un petit cadeau : 3 citrons, un ananas, des litchis,… J’invite aussi, le midi ou le soir, mes amis Fara et Faly, Raoul, Gérard, la famille de Sahamalany (dont la fille Thonia, celle qui est sur la couverture de la brochure OLATRA (2006) attend un bébé pour très bientôt), et j’ai l’occasion, en allant partager un repas avec d’autres vazaha, d’apporter chez Dominique Bos un plat de champignons : ces gros bolets noirs, récoltés près de chez le gardien de Véro où je vais me baigner chaque jour, sont proches de notre cèpe appelé « tête de nègre » ; après les avoir testés en petite quantité (avec Raoul et Faly), ils sont décrétés comestibles, car Vavrina les a même trouvés délicieux. Elle m’affirme qu’ici personne ne les connaît ni ne les mange, ce que semble corroborer le fait que Rakotu, le gardien de Vero, ne les récote pas. C’est tout un plat qui est partagé ici, un samedi midi, cuits dans l’huile à la poêle, au naturel. A Foulpointe, mon ami Emile me reçoit à « La Cigale », un nouveau restaurant chic de Foulpointe.

gros têtes de nègre repas chez D. Bos

cuisson des bolets Fataper à Mitsinjo

La saison des litchis commence : ils sont en retard cette année, et il y en a moins, un seul pour tout dire dans l’arbre du jardin, planté en 2010, mais défavorisé dans sa croissance par le jacquier trop proche qui était déjà là quand j’ai acheté la maison en 2008. J’en recevrai cependant suffisamment pour faire de la confiture et du rhum arrangé. Les litchis sont un fruit très sucré et acide à la fois, donc savoureux ; leur seul inconvénient, c’est que la circulation sur la route est décuplée : c’est un incessant charroi de camions et camionnettes, y compris la nuit. 

coleus au jardin Grosses fleurs blanches

Alors que je surprends la petite Arliny faisant le geste, machinal pour les enfants malgaches, de casser les fleurs d’un beau « vieux garçon » (sorte d’ortie rouge du genre Coleus), je dois me dépêcher de photographier une autre fleur, comme un gros lys blanc qui risque de subir le même sort ; les Allamanda de la haie poussent plus en hauteur et sont moins exposés au vandalisme. Quant à vavrina, je découvre son amour pour les fleurs quand elle me fait la surprise d’avoir garni deux pots qui ornent les escaliers extérieurs. L’excellent livre de Jacques Segalen, « Plantes et fruits tropicaux des îles de la Réunion et de Maurice », me permet de progresser dans la connaissance de la végétation locale à chaque nouveau séjour. 

Allamanda cathartica Sur les escaliers

Vavrina dans le jardin régime de bananes

Il m’a fallu aller deux fois en ville, à Fénérive, pour renouveler l’assurance de mon scooter et acheter des épices « chez Jim ». A l’aller comme au retour, le taxi-brousse est tombé en  panne : comme on n’était pas loin du centre, j’ai pu achever la route aller avec un pousse-pousse, et au retour (1h pour 15 km, à cause de l’état de la route et du véhicule, sans compter les fréquents arrêts), ce fut… à pied. Un « détail » d’importance à préciser : j’avais entre les jambes le bidon servant de réservoir d’essence, relié par un mince tuyau au moteur sous le capot. On se sent vivre ! 

Ardéchois au campus 4 soeurs pour une maison

Container des Ardéchois Container des Ardéchois (distribution)

Les Ardéchois de Labastide-de-Virac, qui sont venus installer des latrines dans le village, sont arrivés et mangent à Ylang Ylang. Je les rencontre et les invite au campus et à la maison, comme l’an dernier. Surprise : ils m’annoncent avoir envoyé tout un container avec des livres, des vêtements, etc. destinés aux gens de Mahambo et notamment aux jeunes du campus et aux familles que je parraine. C’est après mon départ qu’ils ont pu récupérer le contenu du container à Tamatave, avec le maire du village et la précieuse Fara, qui a dû, tâche délicate, procéder à la distribution : Gérard m’a envoyé des photos.

Fara au gros bolet Pycnoporus sanguineus

Mon scooter a vaillamment tenu jusqu’à la fin de mon séjour ; il me lâche 3  jours avant mon départ, mais l’ingéniosité des petits réparateurs malgaches est prodigieuse : il s’agit du carburateur, qui se bouche ; je suis reçu en urgence en fin d’après-midi – le mécanicien avait déjà fini sa journée -  en une demi-heure et pour 3 €, c’est démonté et nettoyé, puis remonté et… je peux repartir tranquille. A la fin de chaque séjour, on fait les comptes Fara et moi. Elle est très méticuleuse pour tenir son cahier de dépenses à jour, et me garde toutes les factures (achats, réparations, médicaments,…). Je prends une nouvelle fois conscience de tout le travail qu’elle assume quand je suis absent et de ma dépendance d’elle pour tout ce qui concerne ma maison, les salaires (ma gardienne, la gardienne du campus), l’achat et la distribution du riz au campus, les problèmes médicaux, les papiers administratifs nécessaires, etc.) ; quant à Faly, c’est l’homme précieux pour l’entretien de ma maison, du matériel indispensable pour mes séjours (gaz, panneaux solaires, congélateur, scooter, etc.) : efficace et compétent. Merci, mes amis de Mahambo !

nid de guêpes-remorque Orchidée près de la terrasse

Enfants avec Alphonsine Veny et 3 enfants

Me voilà déjà à la fin de ce 28ème séjour, reparti vers Tamatave avec la voiture de Gérard, qui y fera ses courses à l’occasion. On a remonté le scooter dans le living et je partage le reste des vivres périssables entre Faly, Vavrina, Norosoa et ses enfants. En prévision de la froide Europe, Il faut réenfiler un long pantalon, des chaussettes dans des souliers, et fermer les deux coffres où je laisse certains objets personnels, car ma maison sera louée à une famille malgache pour les fêtes de Noël. « Partir, c’est mourir un peu » se vérifie chaque fois que, ému, je quitte mon petit paradis que, peut-être, je ne reverrai plus. Quelques courses au « bazar be » de Tamatave, avant le minibus Cotisse de 19h ; il sera 3h45’ du matin quand Michel, le jeune pharmacien de Tana, viendra me chercher à la gare routière. Je peux dès lors me reposer chez ses futurs beaux-parents en attendant de gagner l’aéroport en début d’après-midi. Vol Corsair vers La Réunion, puis Paris Orly. Après 48h, je suis à la maison.

Les deux amies: Zoe et Vavrina La famille Ravalison

 

 

Je vous livre ici ce que j'ai écrit dans mon journal de bord du 22 novembre:

Malgré un léger mal de dos (que je soigne deux fois par jour dans l’eau de mer), je suis très heureux ici, parce qu’en bonne santé (pollution quasi nulle et nourriture bio) et avec le sentiment d’être chez moi et… utile. J’ai déjà inscrit, après 10 jours, 3 enfants à l’école (Arliny, Kamisy et Fandresina) ; ma pharmacie est sollicitée quasi chaque jour. Sans oublier les bons moments passés avec nombre de vazaha et Malgaches : Gérard, Fara et Faly, Raoul et Santa, Eric et Bénédicte, Emile et son Adeline, Vavrina (qui, quand elle ne chantonne pas, rit volontiers quand je blague), Zoe, Alphonsine et la chaleureuse Vény, même Josiane la brûlée à qui j’ai pardonné son « incartade » avec le dentiste. Sans oublier Rakotu, le nouveau gardien de Véro, Jojo l’enthousiaste de Chartres ; même le revendeur d’essence, Jean Connelle est sympa. Je vois passer sur la route les gens qui se précipitent dans les églises et les sectes : l’esprit critique ne règne pas ici, c’est vrai, mais c’est un peuple pacifique, comme les neo-chrétiens décrits par Douglas Kennedy dans « Au pays de Dieu ». C’est quand même autrement mieux que les « fous d’Allah », qui s’en prennent de façon indifférenciée à des innocents ! Ce 22 novembre, j’ai vraiment pris conscience, comme rarement, de la chance que j’ai de passer ici quelques jours de bonheur intense. Même si c’est un sentiment subjectif plutôt qu’une réalité mesurable, je me sens très heureux, en vivant intensément chacun de mes gestes matinaux (même boutonner ma chemise), en entendant chanter les oiseaux et le bruit de la mer sur la plage, en profitant de tout ce que je vois (le parterre de pervenches de Madagascar, près de chez Rakotu), entends, sens (les bouses des zébus, les odeurs de feu), touche (un vieil Astraeus hygrometricus les pattes en l’air) gratuitement, ayant la jouissance des choses sans en avoir les contraintes si j’en étais propriétaire ; je me ressens comme Job : aurais-je son courage de dire « Dieu soit loué », si tout cela venait à disparaître ? Je nage bien, maintenant, ménageant mes efforts. Il fait bon et je ne transpire pratiquement plus. Mon scooter démarre au quart de tour, je me réjouis des Asystasia gangetica qui parsèment la pelouse de Véro au milieu des « atafa » des Terminalia catappa, des litchis sont là sous me yeux ou donnent leur parfum acidulé à mes papilles, les mangues au marché sont délicieuses, Vavrina est une cuisinière hors pair, les enfants sont beaux, je lis un roman agréable, les Ravenala de mon jardin sont d’une orgueilleuse santé, les palmiers bruissent dans le vent et le soleil réapparaît sans cesse… Je n’en reviens pas de toute la beauté qui m’entoure.