2016

 

Pour des raisons familiales, c'est en avril, plutôt qu'en mai comme d'habitude, que j'ai repris le chemin de Mahambo, avec le désir de "bouger" le moins possible, pour vivre un 25ème séjour plus détendu et essayer de conjurer au mieux mes problèmes respiratoires (asthme bronchique et toux débilitante). Bien m'en prit : ce fut le premier séjour sans le moindre souci de santé, pas même une petite tourista, aucune chute en scooter, pas de piqûre d'abeille ou de scolopendre, seulement quelques moustiques qui agacent les chevilles au crépuscule... Hélichryse, un baume d'Homeopharma, chaîne de magasins répandus à Mada, est souverain dans ces cas-là. Quant au rat qui perturbait la belle ordonnance de mon étagère de cuisine, il n'a pas résisté plus d'une heure au poison que m'a fourni Faly : retrouvé mort au pied de mon lit, c'est mon gardien Paul qui s'en est occupé ;-)

Une info à connaître : 25 euros sont actuellement demandés à l'arrivée pour un visa de 30 jours, alors que celui-ci était gratuit auparavant.
Par ailleurs, je communiquerai avec Christiane par SMS : ils ne coûtent que 0,10 € vers la Belgique.
Sachez aussi que maintenant il faut s'enregistrer chez les opérateurs (Airtel, Orange et Telma) pour toutes les cartes SIM de téléphone portable : les Américains, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, ont obtenu cette mesure du gouvernement malgache... dommages collatéraux des odieux attentats qui frappent tant de pays dont le nôtre.

Ma vie quotidienne à Mahambo a un aspect répétitif, sujet à redites qui pourraient lasser le lecteur : je pointerai donc seulement quelques aspects et événements plus saillants.

Il avait beaucoup plu avant mon arrivée et il fallait retrousser le short pour arriver au campus Mitsinjo par le chemin le plus court. Le scooter aussi n'aurait pu franchir certains creux des pistes envahies par l'eau, m'obligeant plus d'une fois à des détours. Evidemment, dans les canaux du jardin, le tarot (sonj en malgache) est à l'aise les pieds dans l'eau; les hibiscus sont épanouis, au pied de la terrasse, pour accueillir les visiteurs, et le niaouli dans le jardin exhibe ses fleurs blanches odorantes: de la famille des eucalyptus, son écorce matelassée qui se délite est très curieuse mais permet de le reconnaître facilement. Un "oiseau de paradis" (Heliconia sp.), appelé là-bas balisier, a même franchi la haie du jardin d'Olatra...

 

tarot (sonj) hibiscus

Niaouli balisier

C'est évidemment du temps qui convient aux champignons : j'en dénombre une dizaine dans la pelouse de Véro et Paul, sur les 50 mètres qui me séparent de la plage deux fois par jour.

 

plaque champignon agaric chez Véro

Marguerite, ma gentille voisine, se fait également un plaisir de m'apporter ce qu'elle trouve près de chez elle : les grandes lépiotes (Chlorophyllum molybdites), à gauche, ne sont pas rares, car elles poussent aussi près de chez Etienne, le gardien de zébus et de la maison de Véro ; les Phallus indusiatus, à droite, sont curieux pour nous, mais fréquents à Mahambo.

lépiotes de Marguerite Phallus indisiatus

 

Chaque jour, entre midi et treize heures, je mets le cap, à pied dans la chaleur de mi-journée, sur Mitsinjo, pour la leçon quotidienne de français-anglais, sous le kiosque, à l'aide du tableau.

sous le kiosque devant le tableau

Pas tous les jours, mais quand c'est possible pour moi (je leur signale en les quittant à midi), les 17 jeunes viennent à la maison vers 19h pour une séance de cinéma d'environ 45 minutes: un long métrage est donc projeté en deux fois, et je dois dire que personne ne rouspète quand je mets fin à la projection ; tous se lèvent et repartent au campus, dans le noir, en disant poliment bonsoir. Tout comme les enfants que j'ai plaisir à recevoir sur la table de la terrasse pendant la journée : vous l'avez déjà lu, mais leur sourire vaut un rappel.

enfants sur la terrasse Zita et Sandra

Le dimanche après-midi, les élèves reviennent de chez leur famille ; rendez-vous leur est donné à la plage, pour une baignade ensemble : le léger flou de la photo n'empêche pas de voir leur entrain sur la piste qui mène à l'accès à la mer ; les garçons sont plus audacieux que les filles, moins habituées sans doute ; les triplées sont les plus craintives...

piste vers Choupie jeunes sur la plage

Dans l'eau Les triplées

Etant donné que Tantely, le professeur qui était censé loger (gratuitement) au campus, est pratiquement toujours absent, il ne pouvait assumer le petit travail de surveillance des élèves qui lui était demandé : il comprend très bien qu'il vaut mieux qu'il nous quitte ; c'est Norosoa, Fano et leurs deux petits enfants qui prennent sa place dans la plus grande maison "Marité et Marcel". Les élèves sont les mêmes qu'en novembre 2015, sauf Alisca, dont Fara a dû se séparer. Enfin, un événement "heureux" a eu lieu dans la maisonnette "André" : une nouvelle habitante du campus a vu le jour peu avant mon arrivée, et nous accueillons donc la petite Antica au sein de la famille de Lydia (maman de Fracelin et soeur de Claudis) et Etienne.

 

Lors de mon précédent voyage fin 2015, j'avais fait la connaissance du jeune pharmacien Michel, cousin de Santa, la femme de mon ami Raoul. Il m'annonce par téléphone qu'il aimerait venir passer 2-3 jours à Mahambo, "en vacances", avec sa fiancée Kanto. Ils logent à la maison et viennent à la plage avec moi.

A table avec Michel et Kanto A la plage

D'autres visiteurs, plus traditionnels, viennent profiter des excellents repas que prépare Vavrina, la soeur de mon gardien Paul : la famille de Sahamalany en compagnie de Fara et Faly ; Raoul et Santa ; ma voisine Marguerite. Ou c'est Muriel, une copine de Vavrina, ou Veny et sa nièce Alphonsine, celle-ci enceinte de 7 mois... Je n'ai pas eu cette fois le plaisir de partager de bons moments avec Gérard d'Ambatomalama, car il était absent, en vacances.

dîner Sahamalany avec Marguerite à table

Muriel et Vavrina Alphonsine

 

Une mention spéciale pour la visite de Charlin, un des fils d'Etienne, le gardien de la maison de Véro qui m'accueille sur sa plage. Ce jeune directeur anime REAMA, une petite école privée à Antsikafoka, à quelques km seulement de Mahambo. Je suis allé leur rendre une visite-surprise : Charlin et les quatre jeunes professeurs m’ont fait très bonne impression, tout comme le site de l’école, en pleine nature, propre et même fleuri. Les élèves sont 111 (71 filles et 40 garçons), depuis la classe maternelle, jusqu’à la 5ème du collège. L’écolage s'élève à 1,2 €/mois pour les plus petits, 1,5 €/mois pour les primaires, 1,8 €/mois pour les collégiens. Cela couvre le salaire des professeurs : moins de 40 €/mois chacun ! Charlin souhaiterait bien entendu un peu de soutien par des gens de chez nous… J’ai constaté que beaucoup d’élèves étaient assis par terre sur des nattes de bambous ; avec l'aide de l'un ou l'autre "mécène", il pourra en faire fabriquer une dizaine à l'occasion de mon retour en novembre. Il aimerait aussi avoir un point d’eau (un puits à creuser + une pompe à main) pour ne pas devoir aller la chercher à la rivière : voilà un autre projet envisagé pour rendre la vie de cette sympathique petite communauté moins pénible...

Ecole Reama 1 Ecole Reama - les petits

Séraphin et Charlin Classe à Reama

 

Le retour se passe sans problème, en passant par Tamatave : Titibah, la soeur de Santa, m'a réservé une place chez Cotisse (20.000 Ar. pour Tamatave-Tana) et j'ai l'occasion, après avoir logé chez elle, de faire un tour au grand bazar (bazar be en malgache) de la ville, très bien rénové. La vanille a triplé et est hors de prix (600.000 Ar./kg, c'est-à-dire 180 euros !): la presse s'en fait l'écho, et ce produit-phare de Mada n'est même plus disponible à la boutique "de luxe" de l'aéroport...

La vanille, prisée pour les glaces et confiseries, a un goût amer pour les acheteurs : son prix a triplé en deux ans et sa qualité s’est dégradée, selon des experts qui pointent une récolte décevante à Madagascar, premier producteur mondial ; en cause aussi la spéculation et le blanchiment d’argent. Madagascar, île pauvre de l’océan Indien située au large du Mozambique, assure plus de 80% de la production mondiale. En 2014, le kilo de vanille à Madagascar se vendait environ 60 dollars, avant de passer à quelque 135 dollars en 2015, puis atteindre 220 dollars actuellement. La vanille est devenue tellement chère que dans certains supermarchés de la capitale Antananarivo, les gousses ne se trouvent pas au rayon épices mais près des caisses, pour dissuader les voleurs. (AFP du 08.05.16)

A Tana, je suis gentiment hébergé chez les parents de Kanto, la fiancée de Michel venue avec lui à Mahambo. Ils me véhiculent jusque l'aéroport où attend l'airbus habituel de Corsair. A Paris, mon ami René est absent, mais je retrouve ma petite voiture sagement garée le long du trottoir. Etait-il raisonnable de rentrer dans la foulée, pendant la nuit ? En tout cas, le soleil se lève quand j'arrive à la maison... Prochain séjour prévu en novembre, avec mon épouse Christiane cette fois.

 

*

 

Juillet 2016 : notre fils Nicolas, son épouse Cécile et leurs 3 enfants (Julie, Antoine et Simon) ont choisi Madagascar comme lieu de vacances-découvertes. Nicolas m'avait accompagné, ainsi que notre autre fils, François, en mai 2015. Ceci, c'est une tout autre expédition : ils ont embauché Tô, le même chauffeur-guide que nous avions en 2004, mais avec une camionnette, car la vieille Peugeot 505, qui existe toujours (!) aurait été trop petite pour 6 personnes et tous leurs bagages. Comme nous, ils ont tout d'abord découvert avec plaisir la fameuse route N7, qui s'étend sur près de 1.000 km entre Tana et Tuléar. Les paysages sont variés et de nombreux points d'intérêt touristique ponctuent tout le trajet (journal-de-bord/2004). Comme nous aussi, ils ont pris ensuite la N2 vers Andasibe, Tamatave et... Mahambo.

 

Famille Nico à Olatra Bixa orellana chez Raoul

J'aurais été triste si mes petits-enfants n'avaient pas pu découvrir ma maison OLATRA et le "paradis" de leur papy ! En trois jours, ils n'ont évidemment pu que s'initier à quelques aspects de la vie de Mahambo, faire la connaissance de mes gardiens Paul et Vavrina, rencontrer mes amis Fara et Faly, Raoul et Gérard, qui les ont invités chez eux pour un repas.

Simon et colliers Simon et le solitaire

 

Je suis content qu'ils aient eu l'occasion de faire visite au campus Mitsinjo, même en l'absence des élèves puisque c'était les grandes vacances, mais en y rencontrant quand même le mari de la gardienne, et les deux familles qui habitent sur le site, avec leurs enfants encore très petits.

entrée de Mitsinjo pompe du campus

 

groupe au campus

La plage et le jeu de pétanque en face d'Ylang Ylang ont été aussi de bons moments pour toute la famille.

La plage de Mahambo jeu de pétanque

 

 
*

 

Christiane était avec moi pour mon 26ème séjour à Mada. Elle n'avait pas encore vu la nouvelle maison reconstruite en plus solide après l'incendie accidentel de fin 2014 (voir journal-de-bord/2014).

nouvelle Olatra

 

Voici, en images souvent plus parlantes que les mots, le récit de ces trois semaines de novembre. Il faut d'abord signaler que le visa touristique de 30 jours maximum coûte actuellement, acheté à l'aéroport, 27 euros. La navette blanche est encore à 10.000 Ar.(3 euros) pour aller d'Ivato à Tana même. Le minibus de Cotisse à la gare routière d'Ambodivona ne coûte que 20.000 Ar. pour le trajet Tana - Tamatave. On part à l'heure, on est bien assis, mais il y a deux sérieux bémols: les mille virages de la route et, surtout, les clips incessants et assourdissants sur la TV (le chauffeur prétend qu'il a besoin de ce niveau sonore pour... ne pas s'endormir !). Nous prenons le Mercedes Sprinter de 20h30', pour arriver à Tamatave vers 4h30', un peu avant l'aube et le départ des premiers taxis-brousse à destination de Fénérive.

A chaque arrivée, je me demande quel problème "technique" nous devrons affronter, heureusement avec l'aide de l'ingénieux Faly qui ne les craint guère : la pompe du jardin ? le système électrique avec les panneaux/batteries/convertisseurs ? Le congélateur/frigo ? Le scooter ? De fait, le petit congélateur ne fonctionne plus, et doit donc être mis en réparation, mais il sera aussitôt remplacé par mes amis d'Ylang Ylang par un modèle vertical performant, qui nous donnera pleine satisfaction. La pompe a été réparée... mais mon gardien Paul a abandonné fin août son poste, sans préavis! Heureusement, sa soeur Vavrina est bien présente et d'une efficacité remarquable. Quant au scooter bleu, Raoul m'annonce qu'il est hors service. Impossible de rester sans moyen de transport, pour aller, par plus de 30°, au marché, à la plage, etc. Il faut en racheter un "nouveau" (ce sont toujours des reconditionnés!) et c'est à Tamatave qu'il y a le plus de choix à prix correct.

Comme c'est la saison des litchis, on pense, Faly et moi, revenir avec un petit camion affrété par Fara pour ce commerce intense mais purement saisonnier. Un imprévu m'amène à prendre la décision de revenir au guidon de l'engin, en plein midi, avec une chemise à manches courtes et sans crème solaire, sur 100 km exactement : il faut 3h, c'est-à-dire à peu près le même temps que pour les taxis-brousse sans cesse ralentis par les trous de la route. Mes bras tout rouges me brûleront pendant tout le séjour; heureusement, Faly connaît BIAFINE, qu'il me ramène de la petite pharmacie du village: cette lotion efficace me permettra d'adoucir le feu de mes avant-bras...

Même avec notre nouveau véhicule, les déplacements seront périlleux: la côte Est n'a pas reçu de pluie depuis longtemps et les canaux du jardin de ma maison sont à sec ! Les pistes sont donc très ensablées et difficiles à emprunter en scooter, à deux surtout.

Comme le gardien Paul m'a abandonné, il faut, selon Faly, en embaucher un autre qui sera essentiellement voué à la surveillance de nuit: il y a, semble-t-il, de plus en plus de délinquance dans la région (Christiane se fera d'ailleurs voler son appareil photo dans son sac, en plein coeur du marché de Fénérive!)... Faly me présente donc Nirina, un jeune homme de 24 ans, originaire d'Antsirabe et qui cherche du travail en plus du petit boulot qu'il a trouvé certains jours au Vanilla Café en tant que jardinier. Il dit manquer de tout et la première chose à faire est de lui donner à manger et de meubler son logement qui jouxte celui de Vavrina dans le jardin (lit/matelas/table/étagère/tabouret + équipement de cuisine). Le dimanche, il nous apparaît tout différent, avec une belle chemise et même une cravate: c'est pour se rendre à "L'assemblée de Dieu", dont il est fidèle adepte, y animant spirituellement un groupe d'enfants.

Le nouveau scooter Nirina et Christiane

 

Dès le vendredi après-midi de notre arrivée, quelques élèves du campus sont là pour savoir si nous comptons aller avec eux nous baigner le dimanche en fin d'après-midi, quand ils reviennent de leur village. Rendez-vous est pris. Les premiers visiteurs arrivent dès le samedi: Alphonsine vient présenter son petit garçon, né juste après mon départ en mai: Maeronna a déjà 6 mois et est en pleine forme. Les vêtements pour bébé font merveille...

vers la plage groupe avec Maeronna

 

Christiane prend plaisir à faire les courses au marché et à l'épicerie Dimla ; elle se plaît aussi sur la terrasse, toujours ombragée, et devient vite la complice de Vavrina en cuisine: partage de recettes, boulettes et frites à la belge, confitures de litchis (reçus en cadeau car il n'y en a qu'une dizaine sur l'arbre de mon jardin, encore trop jeune pour être chargé comme ceux des voisins), camarons frits, bananes (un demi-régime, provenant du jardin, pendait au dessus des escaliers à notre arrivée) flambées au rhum, rien que des bonnes choses. Pendant ce temps, Nirina est à la pompe et Arliny, la fille de Vavrina, sur la petite table de la terrasse, très appliquée au dessin et au coloriage.

Christiane sur la terrasse camarons frits

 

en cuisine Christiane sur la table de la terrasse

 

Nirina pompe Arliny dessine

 

Au campus, nous allons chaque midi faire une petite leçon de français/anglais. Les élèves sont... 25: il y a eu tant de demandes que Fara en a accepté le plus possible. C'est un grand maximum, car toutes les maisonnettes (12) sont occupées, y compris l'ex-bureau d'accueil. Sans oublier les 3 familles qui sont hébergées sur le site... et qui se sont encore agrandies depuis avril: Un petit Stanislas est né de Chantal, la très jeune fille de Lydia. Ce qui porte à 5 le nombre d'enfants tout petits, et à 7 le nombre d'adultes qui partagent la vie communautaire des élèves. On se croirait dans un petit village !

La maison Christiane sur le kiosque

Leçon au kiosque Christiane au kiosque

11 nouveaux à Mitinjo

A ces 11 nouveaux pensionnaires de Mitsinjo il faut ajouter les 14 qui étaient déjà là pour l'année scolaire 2015-2016 : Angelot, Catherine, Claudis, Efania, Maurice, Olivier, Prisca, Rody, Ronaldo, Sandrina, Sergine, Seriane, Serienne et Sylvestre (voir journal-de-bord/2015).

 

Nous avons plaisir à recevoir les amis du coin: Emile de Foulpointe avec sa jeune compagne Adeline; Raoul et Santa; Claudine et Noëlson arrivés de Tamatave, en compagnie de Bertine la sœur de Noëlson; la famille de Juliette et Raymond de Sahamalany. Sans oublier, bien entendu, l'accueil toujours aussi chaleureux des fidèles Fara et Faly à Ylang Ylang : nous y rencontrons, juste avant leur départ, des représentants du groupe d'Ardéchois qui ont jumelé leur commune de Labastide de Virac avec Mahambo - voir journal-de-bord/2015 - et de Gérard d'Ambatomalama, l'ami breton indispensable pour la logistique.

repas avec Emile Raoul et Santa

Claudine et Noëlson Avec la famille de Sahamalany

 

Avec Raymond et Juliette, Christiane apprend à dépecer les énormes jaques (Artocarpus heterophyllus) qui pendent orgueilleusement au tronc de l'arbre de mon jardin. On utilisera les parties comestibles pour faire du rhum arrangé, au goût curieux, vraiment très original ... L'ombre de cet arbre est bien agréable pour faire un peu de lessive, tout près l'escalier qui mène à la terrasse, enguirlandé (au sens propre!) par des bougainvilliers. Je dois avouer que je préfère encore pouponner...

Jacquier du jardin gros jacques

dépeçage d'un jacque intérieur d'un jacque

Christiane lessive la nappe Paul avec Maeronna

 

Quelques autres moments forts du séjour. Dominique Bos nous reçoit à nouveau dans son jardin aux multiples essences tropicales (voir journal-de-bord/2015). On est toujours séduit par la rose de porcelaine (Nicolaia elatior, de la grande famille des "gingembres"), mais aussi par les Heliconia, ou encore une sorte de liseron sans nom mais d'une couleur fascinante...

 héliconias liseron chez Bos

 

Raoul nous présente le journaliste Alexandre Poussin, son épouse Sonia et leurs deux enfants, Philaé (12) et Ulysse (9) qui ont fait halte chez lui. Ils font le tour de Madagascar... à pied, avec une charrette tirée par 4 zébus où ils entreposent tout le matériel nécessaire pour filmer leurs aventures: vous pouvez faire leur connaissance en tapant "Madatrek" sur YouTube. C'est aussi grâce à Raoul que nous avons rencontré Eric Millet, qui élève 800 poules pondeuses non loin de Foulpointe; enfin, Jean-Pierre Garbit, petit neveu d'un ancien gouverneur de la Grande Ile, nous ravit d'une conférence-débat-repas sur l'époque de la guerre 14-18 vécue par des Malagaches qui y ont participé au côté de la "mère patrie", la France. Etonnant et instructif. Et délicieux repas préparé par Santa.

Garbit chez Raoul Raoul et le menu

 

Nos contacts avec les jeunes du campus Mitsinjo ont été réduits en raison de la 16ème fête de la francophonie, qui a eu lieu fin novembre à Tana: une nouvelle route y a été construite pour faciliter les déplacements des VIP (notamment le président français François Hollande) venus de tous les pays francophones. Conséquence inattendue: les écoles publiques ont congé pendant toute une semaine! On a vraiment le sentiment que toute occasion de ne pas faire cours ou de faire la fête passe avant le souci éducatif des élèves - on aurait plutôt imaginé une semaine d'école où le français serait plus à l'honneur, avec, pourquoi pas, l'aide des vazaha francophones du coin. Nous avons donc du temps pour la visite de la petite école Reama à Antsikafoka (voir plus haut le compte rendu d'avril), et finaliser ma promesse de bancs supplémentaires et d'une pompe pour disposer d'eau près des bâtiments des classes. C'est l'occasion d'une petite leçon de français avec les plus âgés, élèvece quis de 4ème. Trois élèves sortent manifestement du lot, osant poser des questions en français: Jodicaël voudrait devenir serveur de restaurant, Vanessa sage-femme, et Joanna journaliste... politique ! Nous sommes agréablement surpris et nous nous demandons s'il ne faudrait pas concentrer nos efforts d'aide aux jeunes pour de tels élèves qui semblent prometteurs. Bien sûr, on appelle cela de la méritocratie. Charlin, le jeune directeur, a déjà assemblé 9 nouveaux bancs avec les matériaux achetés ensemble à Fénérive dès notre arrivée, et il pense en réaliser encore autant avec les planches qui restent. Quant à la pompe, le puisatier amené sur place est sceptique: l'école se trouve sur une colline et il serait très difficile, dit-il, d'aller chercher le précieux liquide sans creuser énormément. Un autre puisatier pense que ce sera quand même possible dans les limites du budget prévu: l'argent est prêt et nous attendons des nouvelles...

Ecole Reama 1 classe à Reama

regards d'enfants avec Charlin

 

Le samedi 19 novembre, c'était grande fête à Ambatomalama: Gérard avait décidé de fêter sa nouvelle maison en s'inscrivant dans la tradition malgache: tuer un zébu très tôt le matin, bénir le nouveau bâtiment, organiser un banquet avec les amis et les Malgaches qui ont travaillé à son projet. Il y a foule quand, juste avant midi, la cérémonie a lieu devant la maison, avec le Tangalamena (un ancien, sorte de prêtre du village) et le Fokontany (chef du village): les longs discours sont précédés par un Notre Père et un Je vous salue Marie. Il y a visite et bénédiction des principales pièces avec de l'eau, du rhum et du betcha betcha : plus doux que le rhum, c'est aussi une boisson plus légère, extraite de la canne à sucre. Les gens s'installent autour des grandes tables sous les arbres de la plage à quelques mètres de l'océan. La quantité de riz cuit est impressionnante, naturellement, et le zébu non consommé sera partagé entre les Malgaches qui ont mangé à même le sol, sur des nattes ou l'herbe.

Discours à Ambatomalama Gérard et le Tangalamena

Bénédiction de la maison gros chaudron

Tables sur la plage Malgaches assis par terre

groupe de femmes à Ambatomalama partage du zébu

 

La fin d'un séjour à Mahambo est toujours un peu agitée: il faut faire la recension de ce qui restera dans les deux coffres, en plus des bagages qui doivent être fin prêts pour le mercredi très tôt: c'est avec Gérard que nous partirons dès 7h à Tamatave pour monter dans le minibus Cotisse de 10h. A l'arrivée à Tana, nous retrouvons, comme à l'aller, le pharmacien Michel qui nous a réservé une chambre à l'hôtel Tiana, pour nous reposer avant les deux dernières étapes: les 11h d'avion jusque Paris, puis, après une nuit bienvenue chez l'ami René, les 4 h de voiture jusqu'à la maison... où nous arriverons le vendredi en début d'après-midi... la tête pleine de souvenirs.

Vue depuis l'hôtel Tiana Chantal et Stanislas

 

Christiane aux litchis

 

Annick de Comarmond a obtenu le prix littéraire GEO du voyage extraordinaire, avec son roman "Loin sous les ravenales" , 2010, Ed. J'ai Lu n° 10454. Elle raconte l'histoire, très vraisemblable, d'une jeune femme qui a hérité inopinément d'une mine de graphite à Berano, non loin de Moramanga et donc près d'Andasibe (voir suivez-le-guide/andasibe). Elle y passera plus de 10 ans et je me suis régalé chaque fois qu'elle évoque des aspects de la vie et de la mentalité malgaches qui me sont familiers et me rappellent toutes sortes de souvenirs...

* Elle a d'abord dû affronter, pour obtenir les autorisations de reprendre l'exploitation de l'entreprise, l'administration d'un pays où les "papiers" et les "cachets" ont une importance inversement proportionnelle à la situation politique et économique:
"Il fallait tout d'abord régler les premières formalités administratives. Je commençai les démarches avec une belle énergie, mais les jours passèrent et il fallut me rendre à l'évidence: rien n'avançait... Chaque soir, je rentrais vidée sans la moindre énergie et sans avoir avancé d'un pas. Le responsable était parti quand j'arrivais, arrivait quand je partais pour un autre rendez-vous. Je le soupçonnais d'avoir un miroir sans tain quelque part, et de passer ses journées avec quelques collègues à se divertir à mes dépens. Dans un autre ministère, le fonctionnaire qui avait laissé sa veste sur le dossier de sa chaise à 8 heures pour bien montrer qu'il n'était pas absent, réussissait à la récupérer avant la fermeture des bureaux le soir sans que je ne me sois aperçue de rien et pourtant j'avais les yeux vissés sur cette chaise. Oui, c'était le pays de la sorcellerie, le pays des mirages, des hallucinations." (pp. 95-96)

* Elle évoque ici l'état des taxis à Tana, où les Renault 4L et les 2CV sont encore légion, toutes de couleur jaune paille:
"Hier, j'ai pris un taxi qui m'est apparu rapidement comme le plus redoutable de tous ceux que j'avais connus jusqu'à présent: il avait dû, dans une vie antérieure être un bateau, car il fallait trois tours de volant pour enfin amorcer une courbe et au moins quatre très rapides pour redresser la situation. La rouille, extrêmement vorace sur les embarcations, avait dévoré les bords des vitres, ainsi que le plancher ajourés comme de la dentelle. Le moteur hoquetait. Quant aux poignées intérieures, elles étaient cassées, si bien que je dépendais du chauffeur pour descendre." (p. 100)

* L'héroïne se rend vite compte qu'il est difficile, voire impossible, d'imaginer une relation égalitaire franche entre vazaha (blancs) et Malgaches:
"La terreur qu'inspirait le vazaha se mesurait aussi à la grossièreté des mensonges débités, du moins était-ce la conclusion à laquelle j'en étais arrivée. Chaque jour quasiment, je fus en bute à ce problème: les machines tombaient en panne simplement parce que l'utilisateur les avait regardées; le travail était mal fait alors que tout le processus avait été scrupuleusement respecté - un vrai mystère -; le marteau avait disparu sans doute parce que c'était un méchant marteau qui avait voulu mettre les ouvriers qui l'utilisaient dans l'embarras alors qu'il avait bien été reposé à sa place habituelle; quant au tournevis de la meilleure qualité qui soit, il était retrouvé avec le bout émoussé alors qu'on s'en était simplement servi pour dévisser deux vis à peine serrées..." (p. 224)

* Elle essaie de sensibiliser ses ouvriers à l'hygiène, mais ils répugnent a utiliser les WC et douches qu'elle construit, car ce n'est pas dans leurs habitudes; ici, une femme, dont l'accouchement ne s'est pas trop bien passé, a été retenue à l'infirmerie:
"En ouvrant la porte, l'odeur âcre du fatapera - brasero sur lequel on pose la marmite pour cuire le riz omniprésent - me sauta à la gorge. Les volets étaient mi-clos et la pièce baignait dans la pénombre. J'allumai donc le plafonnier: dans le lit, couverte de draps d'une propreté plus que douteuse, était allongée la femme qui venait d'accoucher; dans ses bras, le bébé; par terre, enveloppés dans des couvertures dont ils étaient en train de s'extraire, un homme, certainement le mari, une femme, sans doute une soeur, une belle-soeur ou une cousine et un enfant de cinq ans environ. Chaque mètre carré de la petite chambre me paraissait occupé. C'état sans compter le dessous du lit qui laissait encore une belle place qu'il aurait été stupide de négliger. J'en vis sortir une adolescente d'environ quatorze à quinze ans. Tout ce petit monde me regardait avec des yeux ronds. Au milieu de la pièce un fatapera fumait. Une marmite de riz cuisait et l'eau qui soulevait de temps à autre le couvercle allait mourir sur les braises dans un soupir bien caractéristique. Des écuelles étaient posées çà et là à même le sol constellé de grains de riz. Les murs, qui dans un passé tout proche avaient été blancs, étaient à présent couverts d'une pellicule de suie, et des traces de mains noirâtres étaient imprimées partout." (p. 258-259)

* Elle se pose LA question: pourquoi a-t-elle choisi ce coin perdu de brousse pour y "enterrer" sa jeunesse ?
"Il faut dire que toutes les raisons que j'avançais [pour "justifier" à sa mère sa décision de rester] étaient de vraies raisons, mais il existait autre chose qui m'attachait à Berano, autre chose qui défiait l'analyse et qui aujourd'hui encore m'échappe. Lorsqu'on a un coup de foudre pour un homme, on peut toujours énumérer à son entourage ses nombreuses qualités, mais cela ne donnera ni à soi ni aux autres la clef de l'alchimie compliquée qui a provoqué le coup de foudre. Et il en était de même pour Berano [j'écrirais... pour Mahambo]" (p. 272)

* Ici est finement analysée la psychologie des uns (les vazaha avec de jeunes Malgaches) et des autres (les filles qui les séduisent):
"Jolies la plupart du temps, petites et minces, le cheveu raide et la bouche tartinée, les yeux insolents, elles étaient silencieuses et dociles dès qu'elles étaient en présence de "leur" vazaha (p. 278). On aurait juré qu'elles étaient timides et pudiques. Quand elles se retrouvaient entre elles en revanche, elles bavardaient à perdre haleine, s'échangeant des adresses de couturière et des recettes de produits de beauté, ricanant à perdre haleine des exploits sexuels de leurs victimes et les comparant. (...) pour ces filles-là, le vazaha était l'unique chance de sortir de la médiocrité dans laquelle elles vivaient. (...) Il y avait aussi quantité d'hommes mariés qui avaient des petites amies malgaches (...) Ces filles étaient la terreur des épouses vazaha car bon nombre d'entre elles réussissaient à séduire leurs maris au point qu'ils demandaient le divorce et se comportaient de manière tout à fait déraisonnable, comme s'ils étaient sous l'emprise d'un philtre d'amour.Ils oubliaient qu'ils avaient des enfants de leur épouse; ils couvraient de cadeaux leur maîtresse; ils gobaient tout ce qu'elle leur disait; ils achetaient des biens qu'ils mettaient à son nom; ils envisageaient de se reproduire avec elle, y compris ceux qui avaient plus de soixante ans et étaient déjà grands-pères depuis longtemps.Quelquefois la fille objet de leur passion n'était même pas jolie. Elle n'avait pas la moindre culture, et certaines étaient carrément analphabètes. Les épouses vazaha n'y comprenaient rien. Humiliées d'avoir été trompées, puis abandonnées, pour "ça", elles puisaient un certain réconfort à l'idée que leur mari avaient été fanafodés [victimes d'un charme-poison, avec des plantes](...) les jeunes femmes dont je parle n'en avaient guère besoin pour rendre leur vazaha complètement dépendant d'elles. Il leur suffisait de sourire et d'approuver sans réserve tout ce que disait l'homme. Le mâle vazaha n'a plus l'habitude d'être écouté avec adoration, n'a plus l'habitude d'être admiré, n'a plus l'habitude d'être obéi. Sa femelle parle trop, rit fort, a une opinion sur tout, est cultivée a un métier qui l'intéresse. Bref, elle est épuisante et terriblement exigeante. Elle trouve que sa chemise n'est pas assortie à sa cravate; elle n'aime pas sa coupe de cheveux; elle ne supporte pas qu'il exprime des opinions contraires aux siennes; elle s'étonne qu'il n'ait jamais rien lu de Sartre; elle est jalouse si elle le surprend en train d'admirer une autre fille. (...) Et lui ne rêve que de retour(...) au temps béni où elle dépendait complètement de lui.Les femmes malgaches en quête des faveurs des Européens, rouées et intelligentes, l'avaient vite compris et distribuaient largement adoration et gratitude. Leurs yeux en amande disaient: "Je suis faible et petite, je suis pauvre et je ne sais rien... protège-moi, toi l'homme fort; nourris-moi, toi l'homme riche; apprends-moi ce que tu sais, toi l'homme savant". (pp. 278-281)

* Le passage ci dessous fait évidemment penser à la cérémonie organisée par mon ami Gérard pour "pendre la crémaillère" de sa maison, comme expliqué ci-dessus:
"Le lendemain, Eugène me rappela le promesse que j'avais faite aux ouvriers: deux zébus leur seraient offerts en guise de bénédiction de la fin de la route - qui a été construite pour atteindre un autre gisement de graphite -. Je donnai l'argent à John pour qu'il aille acheter les bêtes. Il m'avertit que la cérémonie aurait lieu le mardi suivant, selon les instructions de l'astrologue. Les ouvriers me priaient de l'honorer de ma présence. (...) J'avais accepté bien des choses pour ne pas heurter les sensibilités, toutefois assister au sacrifice d'un animal était au-dessus de mes forces. (...) Une autre clameur monta. Alors, je compris: le sacrifice commençait et tout le monde y assistait. (...) Pendant près d'une heure, j'entendis des cris de joie, des hurlements hystériques qui me rendirent à moitié folle." (pp. 337-338)

2015

C'est ici que vous lirez, en juin après notre retour, le récit des aventures malgaches que je ne manquerai pas de vivre avec mes deux fils, Nicolas (42) et François (37), en mai prochain.

Pour vous faire patienter, je vous propose l'historique de la reconstruction de OLATRA, qui a été, comme vous avez pu le voir, ravagée par un grave incendie le 2 décembre 2014 (voir "Journal de bord" de l'année dernière). Trois jours seulement après la catastrophe, qui n'a laissé en place que les éléments de la structure en béton sur pilotis, mon ami Faly s'est activé avec des ouvriers... et n'a eu de cesse, depuis lors, de faire en sorte que nous puissions entrer, lors de notre séjour en mai, dans une "nouvelle" OLATRA.

début reconstruction matériaux à Olatra

C'est grâce à Gérard d'Amabatomalama que je peux, régulièrement (grand MERCI à lui !), avoir une bonne idée de l'état d'avancement des travaux: ce sont ses photos, à partir de janvier, que vous verrez ci-dessous; s'y ajoutent quelques clichés reçus de l'ami Emile, de Foulpointe.

le 5 janvier piliers terrasse

charpente toit cimentage

toiture1 ravpounj

terrasse1 ravpounj suite

escaliers1 façade mi mars

fronton arrière mi mars

façade fin mars cuisine fin mars

Faly le 14 mars olatra au soleil

pilotis début avril Les fenêtres des deux chambres

escalier inérieur terrasse avec planches

rambarde terrasse agrandissement

façade le 1er mai terrasse habillée

habillage terrasse de l'intérieur cuisine carrelage

***

Mon 23ème séjour, du 14 mai au 4 juin, est donc marqué par la présence de mes deux grand fils, Nicolas et François, qui m'accompagnent pour la première fois.

Voyage sans problème, avec la Fiat Panda, jusque chez René à Viry-Châtillon. Nous décollons avec Corsair, comme d'habitude d'Orly Sud, où François, venu de Bruxelles en Thalys, nous a rejoints à l'heure dite.

Malgré mon impatience de découvrir ma "nouvelle" maison, j'ai organisé une halte à Andasibe, où j'ai passé tant d'agréables séjours avec les guides de l'association Mitsinjo. Nina, le frère de Tô notre chauffeur en 2014, nous attend à Ivato pour nous amener, avec nos gros bagages, jusqu'au Feon'ny Ala. Avec de nombreux arrêts-photos, pour que les jeunes puissent mitrailler (normal, quand on a tout à découvrir !), mais aussi expérimenter l'inévitable bière THB et l'Eau Vive, des fruits inconnus (goyaves, nèfles, tomates en arbre), et même un restaurant qui propose magret de canard et steak Rossini avec foie gras frais poêlé... A Moramanga, on fait encore une halte chez le frère de Nina, qui est sous-préfet de cette région. Ce qui explique qu'on n'arrive à l'hôtel qu'au moment où la nuit tombe: pour rappel, les journées sont courtes à Mada en ce moment de l'année. Dès 19h, nouvelles expériences : rhums arrangés, steak de zébu au poivre vert et yaourt-maison. Les garçons apprécient les bières malgaches, dont la Gold 8°! Nous sommes au lit tôt pour être en forme dès 6h30' !

au Feon'ny Ala association Mitsinjo

Mon ami Christin, ancien président de l'association qui gère la réserve Analamazaotra, nous a rejoints pour le petit déjeuner. Découverte des Pandanus, des Asplenium nidus-avis, des fougères arborescentes, de la diversité de la végétation tropicale, des cris des lémuriens, sans chaleur désagréable, sans insectes harceleurs: chouette ! Quelques champignons aussi, mais surtout les indris qui sont de moins en moins farouches. Déjà nos amis Brigitte et Raymond avaient pu les voir de près en 2011, mais cette fois c'est encore mieux puisqu'on peut pratiquement les toucher !

bolet sous pins petit champignon

indri peu farouche indri peu farouche (2)

Vous comprendrez pourquoi je n'ai pas hésité à mettre deux photos pour vous montrer cet instant magique, capté par les excellents appareils photos de mes fils !

lunch à Andasibe entrée du parc

Après un frugal repas très malgache, la visite du parc Mantadia, dont l'entrée est assez chère pour les vazaha, ne nous a pas apporté grand chose de plus que celle du matin dans la petite réserve gérée par Mitsinjo: une salle d'accueil pour les touristes présente certes des panneaux explicatifs intéressants, mais les animaux "bougent" moins que le matin, y compris les oiseaux, les papillons, etc. C'était cependant un moment agréable, toujours en compagnie de notre guide Christin, prenant des notes pour compléter ses déjà bonnes connaissances mycologiques.

Christin et Paul Christin explique

panneaux didactiques trio à Mantadia

Christin nous a réservé - maintenant, les paiements par téléphone sont chose courante à Mada - pour le lendemain 3 places dans un Mercedes Sprinter de la compagnie Cotisse, qui nous prend le samedi matin au carrefour de la RN2. Nous arrivons à Tamatave vers 15h, après le traditionnel arrêt-repas. Malgré la chance d'avoir bénéficié d'un taxi-brousse qui part presqu'aussitôt, nous ne sommes à Mahambo qu'au coucher du soleil.

Deuxième acte: 11 jours à Mahambo, avec mes deux fils. Nous avons été accueillis chaleureusement par mon gardien Paul et sa famille, et aussi Fara et Faly, avec qui nous partageons notre premier repas ici. Evidemment, première visite de la "nouvelle" Olatra, dont le bar est fourni, délicate attention, en rhums arrangés divers... Le résultat est remarquable ; en 5 mois, mes amis ont réussi un tour de force : la maison est accueillante, avec ses trois chambres et un équipement plus que suffisant (je ne rachèterai qu'une étagère en bambou pour la salle de bains). Première baignade le dimanche 17 au matin, puis récupération des "véhicules" (le scooter et le petit vélo pliant) chez Raoul ; Nicolas panique un peu derrière le scooter auquel je dois me réhabituer après 5 mois d'absence.

avant de la maison arrière de la maison

la nouvelle cuisine la salle de bain

La simple chronologie de ce que nous avons vécu doit laisser la place aux événements saillants, étant donné que mon objectif essentiel était de faire participer les deux garçons à la vie d'ici et à celle des gens qui, au fil du temps, me sont devenus proches. Ce n'est pas du tourisme au sens habituel du terme, mais plutôt une immersion dans un type de vie tout différent de ce que nous connaissons en Europe. Ici, pas de journaux, de radio, de TV, d'internet, pour évoquer ce qui rythme souvent nos vies d'occidentaux "branchés". Bien sûr, divers petits travaux furent nécessaires pour perfectionner la maison; il a, par exemple, fallu racheter un deuxième panneau solaire pour alimenter le congélateur qui nous permet à présent d'avoir des boissons fraîches. Merveille de l'organisation malgache des transports par taxi-brousse : je décide un jour de cet achat, et le lendemain, grâce à un membre de la famille de Fara à Tana, le panneau est sur le toit !

le congélateur système électrique

Un mot d'explication: les deux panneaux fournissent au maximum 150 + 100 Watts, alimentant les deux batteries (prêtées par Gérard)de 100 ampères chacune. Le gros convertisseur 12 volts/220 volts (cadeau de Gérard), à gauche, est nécessaire pour faire tourner le congélateur branché pendant 3 à 4h en pleine journée: assez longtemps pour bien refroidir, pas assez pour congeler (ce que je veux éviter !). Quand on le débranche, vers 14h au plus tard, les batteries peuvent se recharger pour être efficaces le soir (lampes et projecteur vidéo), avec le petit convertisseur noir, à droite, qui consomme moins que l'autre. CQFD.

Nous n'étions là que depuis deux jours quand... nous avons été cambriolés, de nuit, sans rien entendre; ont été volées 5 bouteilles et une pile de linge (chemises et shorts) dans l'armoire du living. Pas grave, bien sûr, mais de quoi se ranger à l'avis de Faly qui proposait de mettre des barreaux à la fenêtre de ma chambre, puisque je ne peux dormir qu'avec les volets ouverts, vu la chaleur... Evidemment, quand je m'éveille, j'ai un peu l'impression d'être en prison !

l'armoire des barreaux dans ma chambre

En dehors des produits de première nécessité (PPN), c'est à Fénérive qu'il faut aller : c'était l'occasion pour Nicolas, qui est gynécologue, de voir les installations de l'hôpital de cette ville. Fara et Faly nous ont également amenés sur la plage où les pêcheurs vendent directement leur poisson, et au marché où on trouve beaucoup de choses ; sans oublier la boutique de la société Antsinana, dont les patrons, d'origine chinoise, sont très accueillants : ils vendent pas mal de produits qu'on trouverait difficilement ailleurs. Nous repassons par Sahamalany, où la famille de Raymond et Juliette montre vraiment de la joie à nous recevoir.

au hameau de Sahamalany groupe à Sahamalany

Comme d'habitude, nous recevons pas mal de visites, notamment des familles amies dont les enfants ont plaisir à venir dessiner et colorier sur la terrasse ; de grands cartes (du monde et d'Europe), offertes par Nicolas, permettent d'expliquer que nous venons de loin, où se trouve la Belgique, et les étapes du grand voyage pour rejoindre Mahambo. Le coin nord de la terrasse est souvent occupé, parfois par Paul le gardien, qui persévère courageusement dans son apprentissage du français. Les murs intérieurs sont décorés de photos qui retracent notre histoire ici depuis 2004 (entre les deux grandes portes du living), nos voisins et amis, l'histoire de la maison "Olatra", des photos du CEG et du campus Mitsinjo, mais aussi les photos de la famille en Belgique, avec Christiane, nos enfants et 7 petits-enfants.

la table rouge la table verte

cartes au mur photos murales

décoration avec photos Paul étudie le français

Des excursions en scooters (nous en avons loué un 2ème à Tantely) sont organisées dans la région. Le long de la route vers Vavatenina, les paysages sont variés et la route serpente dans les collines en direction de Maromitety. Arrêts très fréquents bien entendu, pour des photos de nature, de la rafraîchissante rivière qui cascade dans la vallée que suit la route : il faut être attentifs, car le revêtement est souvent fort dégradé et les taxis-brousse croisés roulent vraiment très vite ; de petits villages assoupis nous mettent en contact avec les activités locales, essentiellement agricoles: culture du riz et séchage en bord de route ; un peu d'élevage (on slalome pour éviter les poulets-bicyclette, un cochon grogne depuis un enclos surplombé par d'énormes jacquiers) ; l'épicerie d'un hameau nous permet d'acheter un peu d'essence ; on ne trouve à manger une soupe qu'à la sortie du village de Maromitety, où on décide de faire demi-tour, pour rentrer avant le coucher du soleil.

La rivière vers Vavatenina Femme au pilon

Rizières vers Vavatenina séchage du riz

Les garçons iront seuls à Foulpointe, chacun sur un scooter. Ils visiteront le Manda Fort (ruines d'une ancienne fortification, proches de la maison d'Emile) et le cimetière où repose Couillandeau de la Touche (ça ne s’invente pas !), le chirurgien du roi de France, mort en 1766. Belle atmosphère, paraît-il. Ils ont même vu, sur la plage près du Manda Beach, Estelle, pour lui acheter des colliers.

Fort de Foulpointe Tombe de Couillandeau

Une autre excursion, avec la voiture de Gérard cette fois, nous a amenés au bazar be de Tamatave: entièrement rénové et bien propre, il présente une multitude d'échoppes avec toute la palette de l'artisanat malgache, de la vanille et des épices aux paniers, en passant par les nappes brodées et les bijoux de fantaisie, etc.

Le bazar be à Tamatave Poissons au bazar be de Tamatave

Nous avons aussi l'occasion de partager plusieurs repas avec mes amis : en compagnie de Fara et Faly, de Raoul et Santa, de la famille de Juliette et Raymond, et de Gérard, bien sûr. Je dois encore mentionner un grand pique-nique, organisé du côté d'Ambatomalama, sur la plage, par Fara pour une quinzaine de convives : BBQ royal et ambiance familiale, où rien ne manquait. Un autre grand moment de gastronomie fut un repas de langoustes grillées... à gogo ! La préparation a lieu sur un des bancs du jardin, avec la borzina de mon gardien Paul, qui les fend en deux dans le sens de la longueur, alors qu'elles sont encore vivantes (photo censurée ; âmes sensibles : ne pas lire !).

Chez Gérard Photo de famille

Repas de fête à Olatra Langoustes

Chaque jour, l'océan invite à la baignade matinale et vespérale, sur la plage bien connue de la maison de Vero, malheureusement absente. Comme ils sont attendus chez eux pour leur travail, mes deux grands garçons - qui ont même pu faire du surf ! - doivent quitter avant la fin du mois, après avoir connu de multiples moments d'immersion dans une nature toute différente et une population bienveillante et toute proche: une partie de lotto sur la terrasse avec Nicolas, l'apprivoisement de la petite Fandresina (8 mois) de Norosoa, la sœur de mon gardien : deux images qui en disent long sur l'ambiance vécue à Mahambo !

Jeu de lotto Avec Fandresina

Et le campus Mitsinjo ? Resté seul pour une semaine supplémentaire, j'ai pu m'y consacrer davantage. Il fallait acheter de nouveaux matelas, mais d'abord retrouver un professeur qui serve de relais entre les jeunes et le CEG : ce fut fait avec Tantely (qui nous avait gentiment loué son scooter pour quelques jours). Ce jeune professeur d'histoire-géographie, parlant français, est le fils de Félix, ancien professeur de français au CEG, présent sur les photos du site lors de l'inauguration de la pompe et des 2 WC en 2010 (voir l’onglet « Ecoles » dans les « Infos pratiques » du site). Puisque le cinéma a repris le soir à la maison ("Paddington", "La flûte à six Schtroumpfs" et "Le domaine des dieux"), les jeunes sont venus profiter, deux soirées de suite, du magnifique "Danse-avec-les-loups" (Kevin Costner), un long film en forme de parabole sur l'amitié possible entre un Américain blanc et des Indiens à la mentalité toute différente...

Le campus Mitsinjo Tantely, chez Marité et Marcel

Cinéma à Olatra Cinéma à Olatra (2)

Le campus est certes bien entretenu et propre, mais il y a cependant une sérieuse ombre au tableau. Les résultats scolaires des 13 élèves (Dérico a quitté après le 1er trimestre) sont à pleurer. Deux seulement atteignent une moyenne de 10/20 à leur bulletin de Pâques. Ce qui correspond au pourcentage extrêmement faible de réussite au BEPC (brevet de fin de cycle). Que faire ? Je ne suis ni directeur, ni professeur, ni parent, ni Malgache... et impuissant face à cet état de fait. C'est pour moi une souffrance, mais je dois bien reconnaître que mes rêves, au moment où j'ai initié ce campus-internat, sont battus en brèche par la réalité : les jeunes ne tirent pas vraiment avantage - sauf peut-être sur le plan social - du site qui leur est offert: le temps gagné en déplacements, la bibliothèque (dans le bureau "Jacques") avec les documents pédagogiques mis à leur disposition, etc. ne sont pas mis à profit au point de justifier, sans y réfléchir, les efforts entrepris: nourriture une semaine sur deux, entretien et réparations du matériel, achat de nouveaux matelas et d'un système électrique avec ampoules (les lampes Ikea sont devenues rares!), salaire de la gardienne, frais d'écolage et de matériel pour l'école, etc. Bien sûr, il faut attendre la fin de l'année scolaire, en juillet, pour faire un bilan des deux années d'expérience du système, mais il faudra quand même oser y réfléchir sérieusement. En attendant, comme deux maisonnettes sont vides, j'ai accepté de loger une famille: Norosoa (enceinte d'un second bébé) avec son mari Fan et leur petite Fasendrina, sont déjà accueillis dans la maison "Bruno". Comme le moment de mon départ approche, il est temps de refaire une photo du groupe avec le nouveau professeur Tantely. Vous reconnaîtrez, au premier rang, de gauche à droite: Prisca, Juliot, Sylvestre, Robert, Désiré, Anita, Catherine, Jocelyn; au 2ème rang, de gauche à droite: Odon, Franky, Richard, Charles, et Tantely le professeur.

Au campus Mitsinjo Norosoa chez Bruno

La fin d'un séjour est toujours un peu chaotique : il faut faire les bagages, dire au revoir au maximum d'amis, régler divers problèmes matériels (scooter et vélo, clés, reste de vivres et linge sale), organiser le trajet de retour jusqu'à Tana. C'est Gérard qui me conduit à Tamatave où j'ai juste le temps de sauter dans le minibus Cotisse. A Tana, un taxi me conduit à une vingtaine de km de la gare routière, sur la route vers Mahajanga, jusque chez... Jacky: c'est un général de la gendarmerie malgache, fraîchement retraité, que j'ai rencontré à Ylang Ylang car il est l'ami de Fara et Faly. Nous avons pris ensemble un bon repas ainsi que le pique nique, auquel j'ai fait allusion plus haut, organisé par nos amis. Des points communs nous ont amenés à sympathiser et il m'a invité chez lui pour ma dernière nuit à Tana. J'y fais la connaissance de sa femme Pascale et de leur adorable petite fille Kaciane. Son jardin est superbe et rempli de plantes et fleurs que j'ai plaisir à découvrir... autour d'un personnage qui me laisse croire que je suis déjà rentré en Belgique: le Manneken Pis !

Chez Jacky Manneken Pis

 

Olatra au soleil

 

***

 

Vivre différemment : deux mots qui résument ce que je cherchais et ai trouvé à Mahambo à l’occasion de mon 24ème séjour à Madagascar (4 novembre – 4 décembre 2015). Un peu plus longtemps sur place que d’habitude et… en bougeant le moins possible. Je suis seulement allé trois fois à Fénérive Est pour des courses importantes : renouveler l’assurance du scooter, une grosse commande de produits Homeopharma, et des équipements pour le campus : matelas, lasure pour de nouveaux meubles, moustiquaires.

Le plus dur, ce sont les deux grands voyages proprement dits, à cause de la circulation parisienne et en raison des (longs) temps d’attente dans les aéroports et pour les transports intérieurs. Même avec Cotisse, la compagnie de minibus qui respecte ses horaires, la liaison Tana-Tamatave est pénible : la route est pratiquement sans cesse tortueuse et la musique tonitruante (le chauffeur prétend qu’il en a besoin pour ne pas s’endormir !). Le fait qu’il y ait le Wifi à bord (incroyable mais vrai !) n’est qu’un incitatif commercial, car c’est un « confort » inutilisable : vu les cahots de la route, frapper sur une touche précise est quasi impossible, sans compter le mal de voiture… Ensuite, dans le taxi-brousse entre Tamatave et Mahambo, j’ai maintes fois serré les fesses : le chauffeur roulait comme un fou, traversant à fond la caisse les petits villages où des troupes d’enfants se rendaient à l’école ; il ne garderait pas longtemps son permis de conduire chez nous ! Pourtant, ces deux jours complets, à l’aller comme au retour, offrent de bons moments ; je n’ai pas honte à le dire, j’ai eu plaisir avec 4 films dans l’avion de Corsair : « La vie secrète de Walter Mitty », « Barbecue » (un groupe de copains en couples, après l’infarctus d’un des leurs), « Nos femmes » (avec un duo époustouflant D. Auteuil / C. Berry) et l’étrange « Le tout nouveau testament » de mon compatriote Jaco van Dormael. La cafétéria des vols nationaux à Ivato est recommandable : j’y passe toujours de bons moments pour un repas près de l’unique prise de courant… où je peux brancher mon notebook. Il y a aussi les rencontres : ainsi, dans la salle d’attente de Cotisse à Ambodivona, la gare routière de Tana, des retrouvailles avec Nary et Héry, qui étaient de passage dans le coin ; ou encore un échange agréable avec le directeur du lycée privé Price à Tamatave : il est bien d’accord avec moi qu’une priorité des autorités politiques doit être d’instruire et former les jeunes Malgaches !

Quand j’arrive chez moi, mes amis Fara et Faly sont là, en plus de Paul et de sa sœur Vavrina, avec un petit déjeuner prêt : le bonheur ! Comme elle ne travaille plus au récif, je vais embaucher Vavrina pour m’aider au ménage. Le premier jour est toujours un peu « perdu », car il faut récupérer du voyage et déballer les bagages, tout en recevant les premiers visiteurs qui viennent gentiment dire bonjour. Le scooter est à aller chercher chez Raoul, qui me met au courant des actualités du village. Le temps, à mon arrivée, n’est pas engageant : ciel gris et fin crachin, m’incitant à remettre au lendemain ma première baignade dans l’océan Indien. Il fera cependant beau tout le reste du séjour, et les Malgaches croiront que c’est moi qui leur ai apporté le soleil : un comble pour un wallon venu de la rude Ardenne !

Peu de soucis pendant ce séjour, aucun problème de santé – au contraire, alors que j’étais parti plein d’appréhension à ce sujet, notamment à cause d’une hernie discale découverte en septembre – mais seulement des « combats » matériels, essentiellement dus à mon système énergétique : les deux panneaux solaires, les deux nouvelles batteries et les deux convertisseurs n’ont pas fonctionné comme il aurait fallu pour que je ne sois pas stressé pour mon petit congélateur utilisé comme frigo. Quant aux ampoules-led Ikea (6W seulement pour une luminosité équivalent à 60W), elles se mettent à clignoter au bout de 10 minutes. Le scooter aussi a fait des siennes, puis il s’est repris grâce aux bons offices de Raoul. Bref, « tsi manino », ce qui veut dire en malgache « ce n’est pas grave ».

De nouvelles batteries, normalement plus performantes Premières visiteuses

Au début d’un séjour, il faut tout remettre en route en ce qui concerne les provisions usuelles et malgré la sollicitude de Fara, qui a prévu un kit de base. Fruits, légumes et viande au marché, épicerie chez Dimla, poissons près du pont sur la route vers Fénérive, autant de rituels qui vont rythmer mes journées à Mahambo.

Le boucher au marché Poissons du pont

Ce sera aussi le cas des petits cours de français et anglais au campus pour les élèves de Mitsinjo, et les séances de cinéma le soir quand ils envahissent le living… J’ai ainsi pu leur montrer, outre des films d’animation (« 101 dalmatiens », « Pingouins de Madagascar »), un documentaire de Arte sur le train de Fianarantsoa à Manakara, « Intouchables » avec Omar Sy, « Skyfall », un bon James Bond, ou encore une « bande de lancement » réalisée par le groupe français Surf4smile, venu en août pour promouvoir ce sport sur la côte près d’Ambatomalama où habite mon ami Gérard.

Les vêtements apportés sont installés sur le lit de la chambre d’amis : les familles amies qui passeront pourront choisir ce qui est intéressant pour elles et surtout leurs enfants. Il y a un lot de tout petits vêtements, qui conviennent parfaitement pour les petiots de Norosoa et Rivela chez Zoë.

La chambre d'amis La petite Fandresina

Parlons du campus Mitsinjo : y habitent actuellement 17 jeunes élèves du CEG voisin ; 16 sont dans les maisonnettes tandis que Catherine loge dans sa famille (la maison de la gardienne Amélie). Ils sont en moyenne plus jeunes que les deux années précédentes. Aucun(e) n’est en 3ème, année du BEPC, et il n’y aura pas de mouron à se faire à ce sujet en fin d’année – en effet, aucun des 5 qui se présentaient à cette épreuve nationale n’avait satisfait à la fin de l’année scolaire précédente, ce qui était plutôt démoralisant. Ces élèves, plus jeunes, se sont montrés bien plus réceptifs et ouverts aux leçons que je leur ai proposées chaque jour ; ils ont aussi assez facilement accepté de venir chaque dimanche après-midi se baigner à la mer. Bref, beaucoup de bons moments avec eux. Vous ferez connaissance avec eux en fin de compte rendu.

Le kiosque à Mitsinjo Plage de chez Coupie

Il y a aussi deux familles qui sont hébergées sur le campus: Norosoa, son mari Fano et leurs deux enfants Fasendrina et Antonio sont dans la maison « Bruno », tandis que Lydia (sœur de Claudis et mère de Francelin) et son mari Etienne habitent chez « André » : à 40 ans, Lydia est à nouveau enceinte… Ces adultes apportent au site une tonalité plutôt positive, en ce qui concerne la propreté des lieux, la surveillance des jeunes et l’ambiance tout court…

La famille de Norosoa Lydia chez André

Propreté du campus Ambiance à Mitsinjo

Une nouvelle d’importance : le gardien Thierry, qui était parti à Foulpointe, n’était donc plus là en mai-juin. Surprise : il a réintégré la maison « Serge et Christian » - avec un doigt en moins qu’il a perdu dans une scie circulaire - et retrouvé sa femme Amélie et leur fille Vola. Je l’embauche aussitôt, ce qui l’arrange bien (il pourra s’acheter un vieux scooter à rafistoler !), pour fabriquer de nouveaux lits, une table et deux tabourets, afin que chaque élève ait son lit personnel. C’est chez Dérice, le magasin à la sortie du village en direction de Foulpointe, qu’on peut acheter les matériaux divers (bois carrés, planches, clous, nouveau tapis de sol pour le remplacer là où c’est nécessaire, etc.). A Fénérive, je trouverai une dizaine de matelas, et voilà les maisonnettes mieux équipées, y compris en moustiquaires pour protéger les jeunes du palu (malaria transmise par l’animal… finalement le plus dangereux de la Grande Ile). Malgré cela, j’ai dû faire à deux reprises appel à Simonette, la sage-femme de Mahambo, qui fait très souvent office de doctoresse, y compris pour installer des perfusions, faire des piqûres, etc. Pour ma maison OLATRA, c’est Faly qui a confectionné un nouveau coffre, protégé par mon gardien Paul avec de la lasure.

Thierry à Mitsinjo Nouveaux lits

Nouveaux matelas Nouveau coffre

Nouveau tapis de sol Chez Dérice

Quelques moments plus saillants dans un séjour globalement paisible :

* J’ai eu l’occasion de faire connaissance avec un groupe de Français venus d’Ardèche : Monique et Lucien – qui m’avaient déjà contacté par mail –  ont fondé l’association des « Amis de Labastide de Virac 07 – Mahambo ». Ce n’est pas leur première visite à Mahambo ; accompagnés de 8 autres vazaha, dont Catherine l’organisatrice du voyage, ils viennent installer des latrines (24 sont prévues !) en divers points du village : c’est Faly qui coordonne ses travaux pour lesquels ils mettent aussi eux-mêmes « la main à la pâte », si j’ose dire, surtout les deux hommes, Jeannot et Lucien. Suite à leur visite du campus, à deux repas pris ensemble le soir à Ylang Ylang et à un goûter chez moi sur la terrasse, deux couples décident de faire construire par Faly deux maisonnettes supplémentaires à Mitsinjo ; ils s’engagent en outre à assumer les frais liés à l’hébergement des jeunes (ameublement, frais médicaux et de scolarité, etc.). Dans ces conditions, malgré mon souci de rester « raisonnable » pour pouvoir être fidèle à mon projet dans la durée, pourquoi refuser leur généreux don ?

Pour sceller leur action au profit de l’hygiène, ils ont proposé un jumelage entre la commune française et le village malgache : une plaque est apposée à l’entrée de Mahambo.

Ardéchois à Olatra Plaque de jumelage

* Et le CEG ? Un point positif, d’abord : il y a de nouvelles portes et volets aux locaux de classe ; par contre, la pompe installée naguère, et donc les deux WC construits dans la foulée, sont de nouveau inutilisables. D'autre part, il y a espoir de voir l’école alimentée en eau prochainement : une tranchée a été creusée tout le long de la route nationale et jusqu’au site scolaire (des ouvriers installaient de longs tuyaux pendant que j’étais là), mais le directeur m’a laissé entendre qu’ils ne pourraient sans doute pas se raccorder… pour une question d’argent ! Pourquoi la municipalité ne ferait-elle pas cadeau de l’eau à cette école publique qui relève de son administration ? Le maire actuel y fut d’ailleurs directeur jadis.

Travaux au CEG La pompe du ceg

De l'eau pour le CEG Collège privé

Pour essayer d’établir une comparaison avec ce qui est annoncé comme un « collège privé » à l’entrée de Mahambo, à droite quand on vient de Foulpointe, j’y ai fait une petite incursion un samedi : les locaux de classe ne sont pas en meilleur état, la propreté du site est même moindre, et les sanitaires… semblent démontrer que les jeunes n’en ont pas grand souci.

WC au CEG WC au collège privé

* Chaque dimanche, je l’ai déjà écrit, les églises sont remplies. La religion reste un point d’ancrage fort pour une population vivant dans la pauvreté ; en témoignent non seulement les édifices imposants, comme la nouvelle église des protestants FJKM et l’église catholique (en reconstruction), mais aussi les nombreuses sectes qui ont fleuri : Jesosy Mamonjy, l’église Rhema, l’église Flamme de Dieu, la Nouvelle Jérusalem, etc., à côté d’autres plus connues comme les Témoins de Jéhovah.

Eglise FJKM Jesosy Mamonjy

Nouvelle Jérusalem Kristy

* Plusieurs décès ont eu lieu pendant mon séjour, y compris celui d’une adolescente, élève au CEG. C’est chaque fois l’occasion pour les Malgaches de se rassembler en très grand nombre, dans et autour de la maison du défunt, pour manifester leur sympathie – traditionnellement concrétisée par une enveloppe avec un billet – à la famille éplorée. Une voisine qui n’avait pas 30 ans est morte la veille de mon arrivée : j’ai aussitôt rendu visite à ses parents et à sa sœur Hortense, car j’ai à l’égard de celle-ci une double dette de reconnaissance ; c’est elle, en effet, qui m’a permis de retrouver Jeanne et la petite Stéphanie , puis de visiter la maison à vendre que j’allais acheter en 2008.

* J’ai mis à profit le calme de ce séjour pour perfectionner mes connaissances en botanique tropicale et locale, grâce à deux ouvrages de base, mais aussi aux connaissances de Raoul et de Dominique Bos.

Deux livres vraiment recommandables : Jean-Jacques SEGALEN, « Plantes et fruits tropicaux des îles de la Réunion et de Maurice », Jade Editions, Ile de la Réunion, 2011 (superbes photographies en couleurs) ; Aline TERNISIEN et Fabrice LE BELLEC,  « Mon jardin tropical – Guide de jardinage Antilles et Réunion », Editions Orphie, 2002. C’est grâce à cet ouvrage, que m'a prêté Raoul, que j’ai découvert le nom de la fleur rampante, emblématique de mon jardin : Heterotis rotundifolia. Une autre vedette de cette région, souvent utilisée pour des petites haies, avec des tiges vertes comme du bois de crayon, a de minuscules fleurs si discrètes qu’on les remarque peu : il s’agit de Pedilanthus tithimaloides avec une toute petite fleur rose en forme de « pantoufle de Cendrillon » (j’aurais aussi pensé à une petite crevette), d’où son nom de pantouflier. Je l’ai photographiée dans mon jardin le 27 novembre.

Je dois mentionner aussi que ma voisine Marguerite, qui a mon âge, m’a gentiment offert quelques plantes à repiquer pour mon jardin, notamment un arbuste à tige carrée et feuilles duveteuses en forme de cœur, dont le port est étalé et désordonné, mais qui donne de belles fleurs violettes en grappes dressées : Tibouchina grandifolia. Elle se trouvait dans mon jardin quand j’ai acheté Olatra en janvier 2008 : c’est seulement maintenant que j’ai pu l’identifier !

Tous ces noms latins sont indispensables pour nommer scientifiquement les êtres vivants ; ils sont parfois difficiles à prononcer, mais pas plus que l’humour d’un vazaha résident à Mahambo, qui a orné son portail d’une plaque évoquant une rue de chez nous – c’est de la même veine que le nom d’une maison de campagne en Gaume (Belgique) : « Les cénobites tranquilles ». C’était la minute d’humour que, j’espère, vous ne trouverez pas de (trop) mauvais goût…

Heterotis Dominique Bos

Pedilanthus Fleur de pantouflier

Tibouchina Humour de vazaha

Dominique Bos est un vazaha qui habite un peu en dehors de Mahambo, le long de l’ancienne route qui longeait l’océan. Il a passé une bonne partie de sa vie à travailler pour une ONG. Avec sa compagne Hortence, il cultive de nombreuses plantes et a eu la patience de me faire visiter son jardin. J’y ai pris plusieurs photos, et ai pu voir quelques merveilles déjà connues, mais aussi des variétés de fleurs tropicales non encore observées, notamment un Allamanda cathartica à fleurs roses et Thevetia peruviana à fleurs jaunes.

Fleur de grenadelle Eltingera elatior

Allamanda rose Thevetia

J’ai eu aussi l’occasion de revoir Jean Girard, un Français qui a acheté un grand terrain en bord de mer tout près de mon lieu de baignade favori. Il rêve d’en faire un « eden végétal » et son projet prend forme peu à peu, avec l’assistance d’une gérante et d’ouvriers locaux. Il a complanté une allée depuis l’entrée du terrain jusqu’à la mer, notamment avec la « neigeuse » (ou encore la « lépreuse »), un joli arbrisseau à fines feuilles tachées de blanc, qui, ce qu’il dit est vrai, « éclaircissent » le bord du chemin… Ce qui éclaircit aussi un jardin, c’est le sourire des enfants, comme celui de Mirinda !

La lépreuse Mirinda à Olatra

Le long de ma plage favorite, que je fréquente chaque jour de grand matin et au crépuscule, certains arbres me sont devenus familiers : le Barringtonia asiatica et le Terminalia catappa : avec leurs grandes feuilles oblongues devenant rouges avant de tomber – comme les aiguilles des épicéas chez nous, jamais toutes d’un coup – mais leurs fruits sont très différents : ceux du premier sont plus gros qu’une balle de tennis, en forme de bonnet d’évêque ; l’autre forme des fruits semblables à des amandes un peu ailées : très dures, elles tombent vertes au sol puis noircissent assez rapidement. Certains arbres sont encore mystérieux : les locaux ne peuvent me renseigner et mes livres ne sont pas assez exhaustifs…

Le long chemin qui borde le terrain de football, je reconnais à présent facilement Stachytarpheta jamaicensis, mais n’ai pas encore pu mettre de nom sûr à une sorte de gaillet dont les petits fleurs sont rondes et blanches : tout ce que je sais, c’est que les habitants d’ici considèrent cette plante comme une « peste végétale », selon leurs propres termes…

Barringtonia Terminalia catappa

Les fruits du Terminalia Stachytarpheta

Arbre inconnu Fruits de la plage

A chaque séjour, j’ai l’occasion de prendre quelques repas chez mes amis malgaches (Fara et Faly, Raoul) et vazaha (Gérard, Emile de Foulpointe), mais aussi de les recevoir à Olatra : très souvent Vavrina, Paul et Kamisy, ou encore Marguerite, Tantély, la famille de Sahamalany, etc. C’est avec beaucoup de fierté que je leur fais découvrir la charcuterie et le fromage de chez nous, les frites à la belge, le ragoût de zébu à la bière, les spaghettis bolognaise avec emmenthal râpé ou parmesan, le chocolat pour accompagner les bananes flambées. Vavrina semble prendre plaisir à cuisiner ces mets européens, qu’elle fait précéder par un plateau de crudités à la présentation épatante. Ces repas sont toujours de grands moments de convivialité.

repas avec Gérard Gérard et Vavrina

Raoul et Santa Sahamalany

* Novembre est le mois des litchis, le fruit emblématique de la côte Est. Au jour fixé – aussi rigoureux que pour la vente du Beaujolais nouveau ! – les camionnettes passent et repassent sur la N5, jour et nuit, provoquant une circulation vraiment inhabituelle qui, jointe à la chaleur nocturne, perturbe le sommeil des riverains. Fara s’est lancée dans ce business qui met du beurre dans les épinards de leur budget familial : il leur faut, en effet, payer les études de Felana à Tana et celles de Chantal et Manjato à Fénérive Est. Grâce à mon gardien Paul et à d’autres Malgaches, je n’en achète jamais, profitant du fruit de ses petites maraudes et des cadeaux offerts par les familles amies ou les parents des jeunes du campus. La plupart sont transformés en confiture : elle est parfaite pour accompagner le foie gras des fêtes de fin d’année. Certains finissent, dénoyautés, dans du rhum blanc Dzama, pour devenir un délicieux rhum arrangé…

Litchis Mon gardien Paul

Kamisy Veny et son Gérard

La fin de mon séjour a été assez mouvementée. Alors que je quittais le mercredi 3 décembre au matin, le mardi soir il a fallu intervenir pour conduire un des élèves du campus chez Simonette, à cause d’une crise de palu. Gérard m’a amené à la gare routière bien à temps pour prendre le Cotisse de midi, qui arriva à Tana à 19h30’. M’attendait là Michel, un jeune pharmacien fraîchement diplômé, cousin de la femme de Raoul. Il souhaitait me rencontrer avant mon départ prévu le lendemain matin à Ivato. Il rêve de venir en Europe faire une spécialisation en pharmacologie. J’ai découvert avec stupéfaction ses conditions de vie dans la chambrette qu’il occupait jusqu’à présent à la cité universitaire de Tana : il m’y a hébergé, au milieu des étudiants de l’enseignement supérieur, qui ont des « sanitaires » qu’on ne tolérerait pas dans nos prisons…

Dès le lendemain matin, Michel m’a amené au centre de Tana où m’attendaient Nary, des représentants de l’association Voara  et… une délégation de la municipalité d’Arivonimamo ,le maire nouvellement élu en tête. Désireux de « jumeler » leur commune avec celle de Neufchâteau, ils m’ont remis une lettre pour le bourgmestre de Neufchâteau. L’éventuelle suite leur appartient…

Michel pharmacien Arivonimamo

Il me reste à vous laisser en compagnie des 17 jeunes du CEG qui sont logés au campus Mitsinjo du dimanche soir au vendredi. L'autre cliché associe Fara et Faly avec les trois familles qui vivent également sur le campus, toute la semaine. C’est en avril que je les retrouverai…

Le groupe des élèves Groupe complet au campus

2013-Suite

Cherchant des dates de vol à bon prix, nous devons passer 3 jours à l'île de La Réunion: en effet, Corsair proposait, il y a quelques mois, un vol A/R Paris-St Denis à un peu moins de 600 euros, et Air Austral avait une promo à 250 euros A/R pour nous emmener de St-Denis à Tamatave... 3 jours après notre arrivée. On en profitera pour faire du tourisme, en chambre d'hôtes et avec une petite voiture de location, munie de l'air conditionné (ouf!).
Petite frayeur, à Orly quand on nous annonce qu'on ne peut avoir qu'un seul bagage en soute, de 23 kg maximum. Heureusement qu'on est 3 et qu'on peut répartir dans les valises... Un seul bagage à main aussi ! A notre arrivée le mardi 29 février, on nous prévient, au comptoir d'Air Austral, qu'un méchant cyclone est annoncé et qu'il est peu probable que nous puissions embarquer le vendredi. Jouant de chance, nous pourrons quand même faire quelques visites le mardi (cascade Maniquet à 800 m d'altitude, où il fait donc bien plus "frais" qu'à la côte) et le mercredi au fil de la côte ouest "sous le vent". La houle est déjà forte, les vagues passent au-dessus de la digue de la voie express et s'écrasent sur le pare-brise: nous apprendrons par la radio qu'elle sera fermée peu après notre passage, ne laissant disponible que la route dite "de la montagne"!

description description

A St-Gilles-les-Bains (commune de St-Paul), visite agréable du cimetière marin, ses frangipaniers et la tombe du poète Leconte de Lisle. Arrêt tout aussi agréable à la belle plage de l'Hermitage, ombragée par de grands filaos, tandis que les indigènes se précipitent vers les magasins pour faire provision d'eau capsulée et de bougies, en prévision du cyclone annoncé! Au Jardin d'Eden, qui se trouve tout près, l'initiation à la botanique locale est fabuleuse: très bien entretenu, il est riche de plantes tropicales et Laurence a même l'occasion de voir son premier caméléon. Ces bons moments, encore ensoleillés, précèdent tout juste des pluies diluviennes qui ne cesseront guère pour le reste de notre séjour dans l'île Bourbon, où on n'est dépaysé que par la nature, car les routes et l'habitat font très "France": la circulation est dense, les routes sont excellentes et... le coût de la vie impressionnant (50% de plus qu'en métropole, comme on dit ici). En empruntant la N3 qui va de St-Pierre à St-Benoît et traverse toute l'île, nous arrivons au gîte "Le Rosier", à Pont d'Yves. Nos hôtes sont charmants, la chambre triple est immense et impeccable; Elisemay et Jean-Marie font aussi table d'hôte pour le repas du soir. Ici, la température est bien plus fraîche qu'au niveau de la mer. Il pleut toute la nuit et la TV annonce que l'aéroport de Tamatave est fermé. Aïe!

En fait, le cyclone passera entre La Réunion et Madagascar et nous pourrons, en profitant de courtes accalmies de la pluie battante, faire tout le tour de l'île: le Sud Sauvage est le plus beau, du côté des roches basaltiques de Manapany-les-Bains, du Cap Méchant, et des coulées de lave de la côte est. On profite de la moindre accalmie pour vite descendre de voiture, par exemple près de la "Vierge au parasol" où on peut voir les premiers recolonisateurs de la lave refroidie, en l'occurrence des lichens, donc... des champignons ! Retour par St-Benoît et la plaine des Palmistes puis celle des Cafres au milieu de trombes d'eau qui ont provoqué un éboulement sur la chaussée: il faut que les gentils patrons du gîte viennent nous chercher avec leur 4x4 pour nous permettre de rentrer à bon port...

description description

Heureusement, le vendredi matin, la liaison aérienne vers Tamatave est rétablie et nous y arrivons à l'heure prévue avec Air Austral, attendus par Andréa, la sympathique policière de l'aéroport avec laquelle j'avais fait connaissance en novembre dernier. Elle nous a trouvé un taxi-brousse qui nous dépose, 3 heures après quand même, vu l'état catastrophique de la route N5 entre Tamatave et Foulpointe, à OLATRA de Mahambo: il est 20h, et il fait noir quand nous sommes accueillis, avec un souper langoustes (!) par Fara et Faly, mais aussi par Paul le gardien et toute sa famille.

description description

La nuit du vendredi au samedi fut si chaude qu'on n'a pas le courage de se lever très tôt. Pendant que Christiane s'active au rangement des bagages, je pars avec Laurence, en taxi-brousse, chercher le scooter laissé début décembre chez l'ami Emile de Foulpointe. Achat de colliers sur la plage, puis on est pressés de rentrer à Mahambo pour la première baignade aux Orchidées. Fred et Mavo ont quitté les lieux et il n'y a plus de gérant, mais on peut accéder à la plage avec l'accord du gardien de la propriétaire qui habite en France. Premières courses au village, apéro THB à Ylang Ylang, souper à la maison avec des côtes de porc du marché. Les journées ont vite leur rituel, notamment le petit déjeuner sur la terrasse après le bain matinal.

Le dimanche, c'est un peu différent: j'aime m'associer, ne fût-ce que quelques minutes (il fait si chaud sous les tôles des toits que c'est trop dur pour moi) à la population locale qui passe une bonne partie de la matinée (quand ce n'est pas de toute la journée pour les sectes!) dans les églises catholique et protestante. Je vais volontiers rendre visite aux familles amies et leur porter huile et sucre comme petit cadeau dominical. Nous dînons au Vanilla Café, qui propose une cuisine de qualité à prix très abordable, puis partons visiter le campus MITSINJO avec Fara et Faly.

description description

Bonne surprise: le terrain acheté fin 2012 a déjà été défriché et de nombreuses plantations ont été initiées par Fara et Faly et leur équipe; du riz a même été planté dans la zone humide qui borde le chemin municipal, des rangées de manioc dépassent de sortes de taupinières, des arbres fruitiers (litchis, orangers, avocats, etc.) et ornementaux (flamboyants), mais aussi des plantes et fleurs (Allamanda, cannelle, ananas,...) cotoient les eucalyptus, les goyaves rouges laissés en place et le bel anacardier qui donnera des noix de cajou et surtout de l'ombre... Il ne reste qu'à semer des graines potagères pour essayer de faire pousser des légumes (tomates, carottes, courgettes,...) qui profiteront aux futurs élèves-internes. C'est enthousiasmant, puisque Faly me dit qu'il est prêt à commander les matériaux nécessaires à la construction des premières maisonnettes ! Il ne manque que l'argent... que j'ai bien sûr apporté, avec l'aide d'amis-vazaha-sponsors, dont le nom ornera le fronton des maisons.

En attendant, mon principal objectif est évidemment de rendre le plus agréable possible le séjour de Christiane et surtout de Laurence, qui a tout à découvrir. L'apprivoisement des lieux, du scooter - dont Laurence est vite devenue accro - et surtout des gens qui constituent ma grande "famille malgache" se fait au fil des jours. Ainsi, un jour elles découvriront avec moi Fénérive et son pittoresque marché local; un autre jour, elles s'élanceront, avec le scooter, vers Antsikafoka puis sur la route vers Vavatenina, qui réserve de beaux points de vue et longe par endroits la rivière torrentueuse à cause des rochers qu'elle érode.

description description

Elles iront aussi, en compagnie de Fara, cette fois en taxi-brousse, à Tamatave, notamment au Bazar bé, qui est tout de même une curiosité qui vaut le détour ! 

description description

Un des meilleurs moments de chaque journée est, je le redis, le petit déjeuner sur la terrasse, à trois ou en compagnie de l'un(e) ou l'autre qui est passé dire bonjour... Parfois, c'est à midi que notre table accueille, avec une surprise au dessert, du chocolat pour les Malgaches, ou en entrée comme ici, surprise cette fois pour nous, avec des larves de guêpes achetées par Fara à des enfants "dénicheurs" (ils le font aussi, c'est bien triste, pour les petits des oiseaux appelés martins !) et qu'elle extirpe de leurs logettes sous les yeux tout ronds de Laurence: frits à la poêle, ces espèces de gros asticots - très recherchés à La Réunion: on m'a parlé de 130 euros le kilo pour ce "mets de luxe" - ont à peu près le même goût que des chips... Qui a dit que les insectes étaient l'avenir alimentaire de la planète ?

description description

Déjà présente fin 2012, la "rano tsara" (eau potable), disponible derrière la mairie, est une véritable bénédiction: 2.500 Fmg pour 20 litres, c'est bien moins cher qu'un seul litre d'Eau Vive, et celle-ci a même meilleur goût. Nous la buvons sans aucun problème pour nos fragiles intestins de vazaha.

description description

Le samedi précédant le retour au pays de Christiane et Laurence, Fara a décidé d'organiser une grande fête à midi, dans la pelouse d'Ylang Ylang, avec toutes les familles-amies. On est donc plus de 20 pour les plats de crudités, de légumes sautés, et les... 8 poulets qui ont été sacrifiés pour le festin bien arrosé. On reçoit des cadeaux : chapeau pour Paul, colliers et lambas pour les femmes, le tout dans une très bonne ambiance.

description description

Le dimanche, c'est la visite, maintenant traditionnelle, d'Emile de Foulpointe: c'est chez lui que mon nouveau scooter se repose quand je suis en Belgique; si l'apéritif et le café se prennent à la maison, le repas proprement dit a lieu au Vanilla Café, accueillant pour nous quatre, et c'est très bon, pour un prix modéré.

description description

Le lundi 11 février, il est déjà temps pour "mes" deux femmes de reprendre le taxi-brousse vers Tamatave, d'où elles s'envoleront pour La Réunion, puis Paris et la Belgique, avec la voiture laissée chez notre ami René.

description description

Comme MITSINJO est en fait l'objectif majeur de mon séjour cette fois, c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de rester ici une semaine de plus que Christiane et Laurence. Ces quelques jours seront bien occupés par les démarches et formalités nécessaires ; ainsi, il est temps de faire découvrir le campus à Mr Charles, le directeur du CEG, et au surveillant général. Comme il a beaucoup plu, ils doivent enlever chaussures et chaussettes pour traverser le gué et arriver sur le terrain où s'activent les ouvriers embauchés par Faly: on peut dire que, comme Christiane avant eux, ils "se mouillent" aussi pour le projet ! Ils sont ravis du lieu, si proche de l'école, et de l'état d'avancement des travaux.

description description

La lettre à adresser aux autorités municipales est rédigée et approuvée par Mr Charles. La voici:

L'autorisation de bâtir est officiellement accordée deux jours plus tard, le jour où est projeté le soir le superbe dessin animé "Madagascar", qui fait la joie des jeunes Malgaches ! Je devrais aussi mentionner les bons moments passés en compagnie de Raoul, sa compagne Santa et sa soeur Fify; avec Gérard B. qui, après avoir roulé sa bosse dans divers pays exotiques, a décidé de se fixer ici: la fascination qu'exerce Madagascar sur les vazaha n'est pas un vain mot ! Après avoir visité le campus, il décidera de sponsoriser une maisonnette supplémentaire, qui recevra le nom de sa grand mère. Les matériaux arrivent régulièrement, en transit par la maison d'abord (pour éviter toute disparition, comme pour les outils, en l'absence d'un gardien), avant d'être portés à dos d'homme jusque Mitsinjo, au fur et à mesure des besoins de l'avancement du chantier: c'est un ballet incessant, qu'un peu de rhum en vrac stimule à l'occasion... C'est la fête annuelle de l'école au CEG voisin... et de nombreux enfants, voyant que je suis maintenant seul, sont à jouer (j'ai apporté des petites voitures du type dinky toys) et à colorier sur la terrasse: avant, ils pensaient qu'ils auraient dérangé ! 

description description

La pluie s'est remise à tomber, parfois pendant toute la nuit, et la chaleur du jour n'en est que plus difficile à supporter vu l'humidité qui s'élève du sol détrempé. De plus, les pistes sont devenues plus difficilement praticables, au point qu'il faille mettre pied à terre pour passer certains creux remplis d'eau, mais comment faire passer le scooter sans noyer le moteur ? C'est ainsi que je me suis méchamment blessé au pied en le poussant contre l'accotement, moteur allumé, pendant que je pataugeais dans l'eau: un mauvais geste et le petit véhicule bondit... et il ne s'agit pas de le lâcher ! Il me faudra longtemps, après mon retour, pour me débarrasser des plaies infectées de mes orteils...

Mon amie Nancia (voir 2012), à présent mariée, n'a pas supporté de rester en France... où elle avait froid ! Avec Rémi son mari, ils sont revenus à Mahambo, où ils ont acheté un terrain pour construire. Nous visitons nos chantiers respectifs : c'est sur le chemin de sa maison que je rencontre un cousin à elle, tout récemment arrivé de Tamatave et... cherchant travail et logement: Anderssen et sa jeune épouse Angelina ont une petite fille de 14 mois. Ils acceptent d'être embauchés à l'essai en tant que gardiens de Mitsinjo, où il faudra leur construire une maison plus spacieuse que les maisonnettes destinées à accueillir les étudiants du CEG. En attendant, ils pourront être logés chez "Raymond", la première maisonnette terminée, et Andersen pourra aussi travailler avec Faly à la construction des autres... puisqu'il y en a une dizaine (au moins) de prévues.

description description

Le lundi 18 février, dès 6h je suis à Mitsinjo pour prendre les dernières photos avant mon départ, dans le 4x4 de Raoul, à 7h30', en direction de Tamatave. On prend également le scooter, qui est arrimé solidement à l'arrière du pickup et sera déchargé à Foulpointe chez Emile. Mes amis Fara et Faly sont là, de même que la famille de Françoise, et même l'un ou l'autre voisin : le moment du départ m'émeut chaque fois davantage, car je n'échappe pas à cette pensée sous forme de question: pourrai-je revenir, et quand ?

Le retour sera long, mais les trois jours (pour attendre le vol Corsair du 21 février) passés sur l'Ile de la Réunion, chez Anna et Jean Hurpin rencontrés en 2008 à la Pirogue, seront très agréables, pimentés d'excursions en leur compagnie dans les plus beaux endroits de l'île: cette fois, plus de cyclone comme à l'aller, et les paysages de ce qu'on appelait l'Ile Bourbon sont merveilleux: on se croirait sur la lune près du Pas de Bellecombe, un site en contraste total avec ceux du fabuleux cirque de Mafate, près du Maïdo. Et pique-niquer en montagne, sous les Tropiques, est une expérience très chouette.

description description

Comme Anna est passionnée de botanique et collectionne les graines des végétaux, c'est un régal pour moi de partager avec elle mes questions sur une végétation qui me laisse la plupart du temps perplexe. Et on trouve même quelques champignons ! Grâce à Anna, je peux aussi trouver dans les librairies de St-Denis des livres de référence qui me permettront de progresser dans le domaine.

description description

Le départ de St-Denis vers Paris est à temps et heure, mais ce voyage de retour ne sera pas facile... à cause du froid : air conditionné dans l'avion, bus, métros aux couloirs comme des frigos, quais de gare éventés à Paris puis Bruxelles; le mauvais temps qui sévit sur la France et la Belgique - et durera cette année jusque fin mars - sera fatal à mon organisme bousculé par le passage brutal de + 35° à - 5°: il m'a fallu des semaines pour enrayer une méchante sinusite qui aurait eu besoin d'un peu de soleil pour mieux évoluer... Mais ai-je le droit de me plaindre, après un si beau voyage ?

*** 

Mon 19ème séjour (du 17 juin au 10 juillet) est presqu'entièrement consacré à Mitsinjo.

Comme d'habitude, j'ai repris Corsair, la compagnie aérienne qui m'a toujours satisfait et dont les prix, du moment qu'on s'y prend bien à l'avance, sont démocratiques (cette fois encore, j'ai trouvé un billet à 800 euros). Il faut cependant souligner que les conditions ont assez fortement changé en ce qui concerne les bagages: un seul bagage de 23 kg maximum est autorisé en soute, et le bagage à main ne peut dépasser 10 kg. Les conditions à bord sont excellentes: repas tout à fait correct, petite télévision personnelle avec de nombreux films récents, boissons soft et snack disponibles tout au long du voyage...

Une vignette à Ivato Ticket navette aéroport

Dès mon arrivée à Tana le 19 juin, je constate que le visa est encore gratuit, mais que je devrai payer, comme tous les voyageurs quittant Ivato, une taxe "pour l'amélioration de la sécurité de l'aéroport": de 37.200 Ar. à mon arrivée, elle sera passée à 38.100 Ar. (13 euros) à mon retour. Le taux de change est bon pour le vazaha : 2.900 Ar. pour un euro.
Il est tout de même énervant de devoir acheter, même si ce n'est pas cher, une nouvelle puce Airtel pour mon petit téléphone portable, un ZTE bas de gamme et vieux, mais qui me permet de rester en contact avec Christiane : c'est toujours elle qui m'appelle, très régulièrement, en utilisant "Skype out" à partir de l'ordinateur de la maison. Je reçois donc, chaque fois que je suis resté plus de 3 mois absent, un nouveau numéro... qu'il faut faire parvenir en Belgique.
Pour ne pas arriver trop tôt à la station des cars Vatsi, où mon ami Nary m'a réservé une place (16.000 Ar.) pour le départ de 17h30' vers Tamatave, je profite de la cafetaria dans le hall des vols nationaux, pour le repas de midi. Il s'y trouve une prise de courant, rare ailleurs! La navette de l'aéroport (passée de 10.000 à 14.000 Ar.) ne peut, en raison du marché qui se tient chaque mercredi dans le quartier d'Ambodivona où se trouve la gare routière, me conduire jusqu'à ma destination, et je dois prendre un petit taxi (5.000 Ar.) pour la fin du trajet. A cause des embouteillages terribles, Nary ne pourra m'y rejoindre à temps... Je comprends pourquoi quand je constate que le car met plus d'une heure à quitter le centre embouteillé. Il pleut tout au long du parcours et on n'arrive à Tamatave qu'à 4 h du matin.

Avec un taxi brousse matinal, j'arriverai à Mahambo - il faut quand même pratiquement 3 heures, tant l'état de la route entre Tamatave et Foulpointe reste plus que déplorable - avant 10 h : quel  bonheur de retrouver ma maison et d'y être attendu, avec un petit déjeuner, par Fara, Paul mon gardien, et la famille de Françoise!

Malheureusement, les averses qui se succèdent m'empêchent d'aller dès ce jour chercher mon petit scooter bleu en dépôt chez Emile à Foulpointe...
Il me faut toujours un petit temps d'adaptation pour déballer mes bagages et retrouver mes marques. Première visite de Mitsinjo, avec Faly, où je suis très agréablement surpris par l'état d'avancement des travaux: les 10 maisonnettes sont terminées et la maison du gardien Thierry également. La pompe donne une eau de belle qualité et la toilette "sèche" est opérationnelle dans un coin du terrain. Impossible cependant d'aller me baigner à cause du temps gris et pluvieux et... il fait déjà tout noir à 17h30': ici, c'est l'hiver malgache et j'aurai l'occasion de découvrir que ce n'est pas un vain mot !

La pompe de Mitsinjo Le WC de Mitsinjo

Le lendemain d'une nuit en pyjama, sous une couverture, et avec les volets fermés (difficile à croire, mais vrai), je pars en taxi-brousse pour récupèrer mon scooter en parfait état, batterie rechargée par Emile. C'est le moment des premières courses au village, car il faut se réapprovisionner en tout: du sel à l'huile, en passant par les légumes, fruits et boissons. Pas beaucoup de fruits en cette saison, sauf les bananes, mais les corossols sont parfaits pour faire du "jus naturel" avec l'eau potable (rano tsara) disponible près de la mairie.
Mes premiers visiteurs arrivent: Zoë et Mirindra sont accompagnées de la petite nouvelle: Rivela, née fin mars, va avoir 3 mois, et elle est adorable! Christiane a préparé un colis de vêtements pour elle...

La petite Rivela La famille de Rivela

Ma première baignade est toujours un grand moment de plaisir, à mon endroit habituel, grâce à la bienveillance d'Etienne le vieux gardien qui me laisse passer par la propriété de Vero et Paul, puisque je suis "persona non grata" pour le nouveau gérant des Orchidées.

Etienne, le gardien de Vero Mon arbre à la plage

L'établissement, non encore ouvert, a changé de nom, mais son accès ne fait pas vraiment penser au fameux "Welcome": la barrière sera toujours fermée ou entrouverte sur... une chaîne avec un sens interdit: décidément, l'armée et l'hôtellerie sont deux métiers différents.

L'entrée d'Hibiscus Panneau le long d'Hibiscus

Dès le samedi, la terrasse est pleine de visiteurs pour m'accompagner pour le petit déjeuner: thé et tartines de confiture de myrtilles de Belgique défilent pour les nombreux enfants venus dire bonjour... C'est un rituel de chaque jour, et je me suis rendu compte que, de tout mon séjour, je n'avais pris un petit déjeuner en solitaire... qu'une seule fois !

Des enfants sur la terrasse Les enfants dessinent sur la terrasse

Avec Fara et Faly à Ylang Ylang, on met au point la stratégie des prochains jours pour ce qui reste à faire pour le campus-internat MITSINJO. Chez Raoul, j'apprends qu'il est d'accord de prêter son matériel de sciage et rabotage pour confectionner tables, lits, et tabourets: c'est la valse des planches et bois carrés nécessaires: Thierry, le gardien du site, est lui-même menuisier et assistera celui de Raoul, avec Paul, le gardien d'Olatra qui pourra ainsi apprendre un peu le métier.

La maison du gardien à Mitsinjo Thierry devant la maison du gardien

A propos d'Olatra, il y en a dans les pelouses - pas étonnant, vu les averses intermittentes - des collybies, des lycoperdons, des petites lépiotes, et même un entolome tout bleu, évoquant l'espèce européenne E. euchroum, mais avec le chapeau velouté  et pointu d'un Nolanea plutôt que celui, ombiliqué, d'un Leptonia de la section des Lampropodes: les amateurs me comprendront ! J'ajoute, à leur intention, que l'arête des lames en dents de scie très érodées et irrégulières, est un peu noirâtre par endroits, et que ce champignon, sans odeur, verdit à manipulation, surtout le pied.

Collybies proches de distorta Entoloma cf. euchroum

Chaque soir, vu le temps et l'obscurité rapide, le cinéma à domicile ravit les enfants: aujourd'hui, c'est Madagascar 2 qui les enchante!

Le dimanche, je l'ai déjà signalé, j'aime participer à un bout d'office avec les habitants de Mahambo, à l'église catholique (il y a un prêtre cette fois-ci) ou chez les protestants (F.J.K.M.) dont l'église est bien rénovée et fraîchement peinte. Je suis maintenant vacciné des petites "sectes" (Flamme de Dieu, Jesosy Mamonjy, etc.) dont les prédicateurs intarissables sont tonitruants, pour ne pas dire terrifiants, et n'ont qu'un mot à la bouche: vola (argent). Mais je ne sais pas comment, en malgache, on dit "enfer"... Je préfère faire la tournée des familles-amies, à qui j'apporte le cadeau du dimanche: 1kg de sucre et 1L d'huile, produits de première nécessité et... chers pour eux ! Ma journée à moi est illuminée par l'amitié de Fara et Faly, qui m'invitent à faire la fête avec eux, à Ylang Ylang dont ils ont repris la partie resto. Il y a même ce jour du vin rouge des "Côtes de Fianar", qui me paraît d'autant meilleur qu'il est rare ici, et me fait donc vraiment honneur !

Thierry, menuisier au travail Thierry confectionne les lits

Grâce à la vieille Peugeot 404 "pick up" de Faly, à présent restaurée, on transporte les matériaux, bois et 40 m de tapis de sol de chez Dérice à chez Raoul, puis sur le site de Mitsinjo, où Thierry s'attaque à la fabrication des tables, lits et tabourets. Pour que les "hommes" aient de quoi manger à midi, nous préparons à la maison, Vavrina et moi, le repas de midi pour leur porter: l'inévitable casserole de riz, bien entendu, mais aussi des légumes, avec la vaisselle et la boisson; les Malgaches adorent le Bonbon anglais, une limonade très sucrée. C'est alors que Raoul m'annonce qu'il met à ma disposition gratuitement son ouvrier et sa machine (y compris le gasoil pour le groupe électrogène) ; il veut ainsi participer aussi à ce projet d'internat pour les jeunes du CEG : quel cadeau ! Je lui en suis particulièrement reconnaissant, ainsi que de son amitié et celle de sa compagne Santa.

Raoul et Santa, toujours accueillants Fara est tout sourire devant sa petite boutique d'Ylang Ylang

La rencontre avec Mr Charles, le Directeur du CEG, et son bras droit Mr Henry l'adjoint au Maire, me met au courant des réticences que nous risquons de rencontrer de la part des familles de jeunes élèves: ils craignent, me disent-ils, "l'isolement - pourtant le campus est à peine à 3m de marche du CEG ! - et... le trafic d'enfants": j'en reste interdit, mais je dois, une fois encore, me persuader que la mentalité malgache est bien différente de la nôtre et qu'il me faut absolument en tenir compte. Les craintes vis à vis des vazaha n'ont pas encore vraiment disparu, même si la décolonisation a plus de 50 ans. Pourtant, cette rencontre est positive et me permet de repréciser le projet et ses objectifs. En pratique, on va faire un pont sur le passage inondable, il y aura 5 petits coins cuisine, au moins une famille (par ex. une grand-mère et ses petits enfants) comme garante morale des mineur(e)s; le Directeur va s’occuper de mettre au courant les « autorités hiérarchiques », point qui semble très sensible ici ; il souhaite également que je construise une maison supplémentaire pour un professeur de l’école qui y habitera avec sa famille et servira aussi de garant moral et d’intermédiaire pour les questions de pédagogie et de matériel pour aider les élèves : il ne sera pas rémunéré mais sera logé gratuitement. J’accepte et ils semblent rassurés. Raoul me conseille de rédiger une convention écrite à ce sujet. Ce sera fait et signé juste avant mon départ. (scan de la convention)

La convention signée avec les professeurs du CEG Un pont pour aller du CEG à Mitsinjo, à pied sec

En allant annoncer ces bonnes nouvelles à Fara, j'apprends que Faly a passé sa journée avec des ouvriers à construire le pont sur une digue de terre sablonneuse : il est pratiquement terminé ! On le baptise au rhum, qui ne sert pas qu’à ça ...
C'est le premier séjour où je n'ai pas encore transpiré ! Le matin, comme il fait souvent gris et frisquet, un KW prêté par Faly me vient bien à point, et le soir il est bon d'avoir un fin pull (eh oui!) à portée de main... Disons qu'il y a de temps en temps une petite éclaircie, mais je dois changer de chemise 4 fois pendant la matinée. Comme c'est demain la fête nationale (26 juin), l'école est déjà fermée ce mardi  et le restera jusqu'au lundi suivant : on dirait que tout est bon pour que les jeunes n'aillent que peu à l'école. Les grandes vacances durent trois mois, et chaque fête est une occasion d'école buissonnière organisée. Evidemment, ma terrasse est bien occupée par des enfants qui aiment colorier !
Le mardi, c'est jour de marché au centre de Mahambo, et j'y passe une bonne partie de la matinée à faire des courses pour les familles de Zoë et Françoise. La nouvelle Doctoresse, très sympathique, s'appelle Marthe: c'est l'occasion d'une visite au dispensaire pour me présenter et lui recommander mes familles-amies.
Ce soir, Fara et Faly ont le projet d'emmener toute la troupe des enfants à Fénérive pour voir le feu d'artifice. Après ma baignade vespérale, je passe chercher Mirindra, qui est déjà fin prête, sur son 31. On sera 22 dans le pick up, et encore... on a raté les enfants de Sahamalany, qui, lassés d'attendre au carrefour d'Antsikafoky, sont repartis vers leur hameau dans le soir déjà tombé. Il y a un monde fou dans la ville de Fénérive, en bord de mer près de la mairie, et je suis étonné de constater que ce feu d'artifice n'a rien à envier à ceux de chez nous: il dure même près de deux fois plus longtemps !

Même quand le ciel est gris et plombé à 6h30', je décide d'aller nager et très souvent bien m'en prend, car la mer est calme et de bonne température, du moins pour le nordique que je suis, car je suis seul à la plage. Les filles qui vont défiler avec le T-shirt de l'école se préparent dans la cour du CEG, sous la houlette de Mr Charles qui sera dans la tribune des autorités devant la mairie. Il me fait visiter un nouveau bloc pour des classes et me confirme la situation de l'école : ils sont 22 membres du personnel, dont 5 de staff administratif (avec le gardien) et 17 profs, qui ont 600.000 Fmg de salaire mensuel, dont la moitié est prise en charge par les parents : les élèves paient un forfait de 36.000 Ar. en début d’année, pour leur écolage global. Face à la mairie, les différentes associations de Mahambo dansent pour le Maire qui y va, bien sûr, de son discours de circonstance.

Groupe dansant pour la fête nationale Fête nationale devant la mairie

A midi, puisque c'est jour de fête (nationale), je reçois toute la famille de Françoise, avec un gros morceau de viande de zébu achetée au marché hier; pour une fois, elle est tendre, sans doute parce qu'elle a reposé un jour... On est 9 à table et tout est englouti ! Leur plaisir me donne chaud au coeur. Ce soir, je me risque à goûter les collybies orangées récoltées chez Raoul: elles sont de fait comestibles, mais j'aurais dû les récolter plus soigneusement, car le sable qui s'est glissé dans les lames fait crisser les dents. Après le cinéma domestique (Madagascar 3), les grand(e)s partent au bal poussière au centre de Mahambo, mais avec les volets fermés pour cause de froid, cette fois je n'entends rien... et je préfère ma petite tablette avec Dexter ou un roman.

Qu'il est agréable de récolter un régime de bananes de son jardin ! Elles mûriront doucement pendues à la mezzanine, et je pourrai en "arracher" quelques-unes au fil des besoins, notamment pour les poêler et flamber au rhum Dzama.

Récolte de bananes au jardin Paul au sommet du cocotier

Bananes du jardin Bananes après quelques jours

Aujourd'hui, le soleil brille enfin et il fait un temps splendide. Comme chaque jour, je recharge les appareils qui en ont besoin, notamment le picoprojecteur pour les séances vespérales, le téléphone et ma tablette, mais aussi les lampes solaires IKEA. Je peux même travailler sur le notebook dont la batterie est out. En raison de la fête, il y a pénurie, même de bananes, et l'essence pour mon scooter est introuvable... sauf à un prix prohibitif (plus de 2 euros le litre), mais je n'ai pas le choix. Un couple de clients de Fara et Faly passe pour visiter ma maison: je suis chaque fois très fier d'en montrer les commodités, en rappelant que mes 4 principaux besoins sont satisfaits: une pompe pour avoir de l'eau sanitaire (WC, douchette, évier de la cuisine), un réchaud à gaz avec une bonbonne (pour préparer rapidement un oeuf sur le plat, du thé ou du café soluble), le panneau solaire, mon petit scooter pour me déplacer. En fait, il s'agit chaque fois d'énergie !
A Antsikafoky, c'est la fête, et la famille de Sahamalany n'est pas au logis, mais perdue dans la foule qui encombre tout le carrefour et la rue principale du bourg. Je les retrouve quand même pour les inviter à la maison dimanche prochain, en compagnie de la famille de Fara et Faly. J'ai acheté deux poulets (vivants) qui profitent (encore un peu) du jardin...

Des tabourets pour Mitsinjo Mitsinjo aile gauche

A Mitsinjo, Thierry est vaillamment à la tache, confectionnant les tabourets, car il en faudra un par élève hébergé. Les pancartes bleues qui ornent le fronton de chaque maisonnette rappellent le nom du copain qui m'a aidé pour les construire. Avec Hortense, qui travaille à Ylang Ylang, je pars en scooter, par la route de l’EPP et du Fokontany, vers le petit hameau de Ambinany Maresaka. Un pont impressionnant donne le vertige ! Mme veuve Philomène est avec toute sa famille dans 4 mètres carrés, tandis que de l’autre côté de la rue, on bat le riz avec une machine : seraient intéressés un garçon de 17 ans (Héry) et une fille de 15 ans (Clara). Je reçois deux cocos en cadeau de Philomène qui viendra visiter le campus demain.

Philomène et Hortense Philomène avec Fara à Mitsinjo

Avec Fara, Hortense et Thierry, Philomène visite Mitsinjo le samedi 29 juin. Il y aura dans la maison « Bruno » la grand-mère Célimène avec ses petits-enfants  : Jodickaël qui est en secondaire mais encore à l’EPP (la 6ème et 5ème sont sur le même site que l'école primaire publique), et Joicka, qui est à l'école primaire chez les Sœurs catholiques. Deux filles du CEG (Clara + une copine du même hameau) seront dans la maison « Francine », en face. Je donne ce qu'il faut à Faly pour l’achat des matériaux nécessaires à la construction d’une petite cuisine près de « Bruno », très vite, afin que les premiers occupants puissent s’installer dès lundi. R.V. est pris pour demain dimanche après-midi pour accueillir la grand-mère et les enfants. Au retour à « Olatra », le jus naturel de corossol  coule à flot, pour fêter ce bon début.

Petite cuisine à Mitsinjo Clémence à Mitsinjo

Clara devant la maison Francine Thonia sera chez Raymond

Le dimanche midi, c'est la fête, avec les poulets et du zébu, après la distribution habituelle du sucre et de l'huile aux 6 familles-amies. j'ai même l'occasion de montrer "Mobilhome", le premier long métrage de notre fils François. Visite de Mitsinjo, avec Thonia, l'aînée de Juliette et Raymond, qui s'installera à la rentrée dans la maison... "Raymond", évidemment.

Arrivent en fin d'après-midi Clémence, Clara, Jodickaël et Joicka... avec leurs bagages. Miracle: la cuisine a été construite pendant cette journée de dimanche ! On va vite acheter un trépied en fer, support pour la marmite à riz...

Aujourd'hui lundi, la toute petite Rivela est malade, mais est reçue de suite par Dr Marthe: comme deux des 4 médicaments prescrits ne se trouvent pas au dépôt de Mahambo, elle les ramènera demain de la pharmacie mieux achalandée de Fénérive.

Décalek, un hameau loin de tout Christel et sa famille

A la maison, Hortense m'attend avec Christel, une jeune fille de 15 ans qui habite encore plus loin que Clara. elle aimerait s'installer dans la maison "Christiane", avec sa copine Chantal. Visite de Mitsinjo, où se trouvent Mr Charles et quelques professeurs du CEG. Puis on part vers Décalek, un petit hameau "in the middle of nowhere", où j'ai l'occasion de faire connaissance avec la famille de Christel. On revient avec ses affaires, car elle compte s'installer de suite.

Christel à Décalek, avant son départ Christel et Chantal devant Christiane

Gérard B., qui habite à quelques kilomètres de Mahambo et a sponsorisé la maison "Marie B." en hommage à sa grand mère qu'il admirait beaucoup, a laissé sur la table de ma terrasse un livre de nouvelles malgaches, "Madagascar". J'ai beaucoup de plaisir à lire la première, Ambilobe, de Raharimanana, qui raconte un départ sans cesse différé d’un taxi-brousse pour Diego Suarez ; l’auteur y fait allusion à "Rade Terminus" de Nicolas Fargues, estimant qu’il s’agit surtout d’une satire « qui dit tout haut ce que nous [les Malgaches] pensons tout bas de cette faune de Blancs français échoués sur cette île nôtre à la dérive… ». Comme quoi, on peut faire diverses lectures du même roman ! Voir l'encadré en vert, ci-dessous, avec des extraits commentés.
Chez Gérard, avec Raoul et Santa, on boit ce soir un bon vin blanc chilien et ... une bouteille de Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1998: incroyable, mais vrai ! On sortira de chez lui, après un whisky Oban, "kely mamou" (un peu soûls). L'heure de rentrée n'a rien à voir avec l'heure habituelle (vers 20h) du dodo !

Vu les arrivées au campus, il est grand temps de faire au village des achats pour équiper les trois premières maisonnettes occupées: réchauds, paillassons, matelas, draps de lit, seaux, bols à eau de riz, un grand bassin pour la lessive, etc., et même des miroirs, dont les demoiselles auront évidemment besoin: le soin des cheveux est ici essentiel et on voit le long des chemins des femmes passer des heures à se faire mutuellement des tresses et autres "aménagements capillaires"... Et puis, c'est aujourd'hui jour de visite d'Emile, que j'ai toujours grand plaisir à recevoir.

Quel plaisir de recevoir en pleine matinée l’habituel coup de fil de mon meilleur ami, Marcel ! Mais quand je retourne chez Etienne pour faire la photo des grandes lépiotes vues ce matin en cercle, avec l’intention d’en ramener pour lui un chapeau (pour une observation au microscope), elles ont déjà disparu et un des fils du gardien de Vero m’annonce qu’elles sont déjà toutes mangées… Il en reste une seule, non ouverte, mais sera-t-elle assez mûre ? Heureusement, quelques-unes auront repoussé le lendemain, pour des photos correctes et un exsiccatum utilisable. Quand je pense qu'il s'agit sans aucun doute de Chlorophyllum molybdites, une espèce tropicale à lames verdissantes et considérée comme toxique...

Chlorophyllum molybdites Fota be sur la plage

Parti à Fénérive l'après-midi avec Raoul, je ramène des produits protecteurs pour le bois et du ciment pour le sol de la douche en construction à Mitsinjo. Les petites soles achetées au marché seront délicieuses ce soir pour mon souper.
Faly me propose un nouveau système d'éclairage, qu'il peut faire venir par taxi-brousse de la capitale, avec l'aide de son beau-frère: pour l'équivalent de septante-cinq euros, j'aurai 4 (grosses) lampes à LED qui tiendront des heures. Je n'hésite pas longtemps, car ma batterie de voiture, vu le faible ensoleillement en cette saison, me lâche régulièrement le soir...

Chemin vers le CEG Visite officielle à Mitsinjo

Discours de l'Adjoint au Maire e Dirceteur du CEG

Au campus, il y a foule, avec une délégation menée par le Directeur, Mr Charles. Le surveillant général, l'Adjoint au Maire, le Directeur de l'EPP et le chef du Fokontany accompagnent de nombreux parents d'élèves. Fara est là pour traduire les nombreux discours dont les Malgaches sont friands. Deux professeurs me seront présentés incessamment: ils habiteront la maison à construire, de la taille de celle de Thierry, le gardien du site. Visite des maisonnettes et du jardin. Tous ont l'air satisfaits quand ils repartent... après avoir demandé qu'une seconde douche soit construire pour que filles et garçons soient séparés...
Hortensia et Agapè, qui vivent en couple, seront les deux professeurs habitant sur le site de Mitsinjo.
Plaisir, ce soir, de recevoir Santa, Raoul et leurs deux enfants, Lysaine et Santini, très sages - comme le sont d'habitude les enfants malgaches chez moi; je me fais souvent la réflexion: les enfants de chez nous sont bien plus "difficiles", exigeants, remuants, et bruyants... Pour les honorer, j'ai trouvé de l'anguille (amalona) et acheté un beau gros canard, qui se révèlera immangeable tant il est coriace ! Heureusement, les bananes flambées s'accordent parfaitement avec le chocolat...

Est-il possible d'attraper un rhume à Mahambo ? Oui, et la mer peut être froide, comme ce matin, avant de repartir à Fénérive acheter deux matelas pour remplacer les deux miens des lits simples du haut, qui ont migré vers Mitsinjo.
Quand j'arrive à midi à Ylang Ylang pour honorer l'invitation de Fara et Faly, une langouste m'attend, grillée spécialement pour moi. On fait ensemble le relevé des travaux qui restent à faire à Mitsinjo: 3 petites cuisines, la 2ème douche, la prolongation du kiosque, une grande table pour celui-ci, la maison des 2 professeurs et son équipement; puis on passe, comme à chaque séjour, aux comptes de ma cagnotte pour les familles-amies.
Hortensia et Agapè viennent se présenter et visitent avec moi le campus où ils habiteront... tout de suite, puisqu'ils sont volontaires pour occuper la maison "Annie" en attendant que leur maison soit construite du côté du jardin, en vis à vis de la maison du gardien Thierry. Une convention sera faite avec eux, avalisée par l'école. C'est de nouveau grâce à Raoul que je peux l'imprimer sans devoir aller jusqu'à Fénérive...

La fin de mon séjour approche et les événements vont se précipiter: Christelle arrive de Décalek avec Odon, un jeune garçon de 15 ans qui boîte fortement, mais est si sympathique que j'ai plaisir à le voir choisir la maison "Marcel", mon meilleur ami.

Odon devant chez Marcel Douche à Mitsinjo

Entretemps, les lampes à LED sont arrivées par un taxi-brousse de Tana et le système (le panneau solaire, accroché au toit, n'est pas plus grand qu'une feuille A4) est branché avec les lampes qui éclaireront le living et la cuisine.

Batterie solaire pour Olatra Lampe à leds

Bota, le gendre de Marcelline se présente pour mettre la lasure sur les meubles déjà terminés. Didy, la soeur de Nancia, arrive avec le petit Camélah, qui a "remplacé" Stéphanie partie à Tana... Eric le pêcheur vient me vendre de la vanille. Au campus, la structure de la première douche est terminée. Une dame âgée, rencontrée lors de la visite de Mitsinjo avant-hier, repart fièrement avec des lunettes correctives: elles semble avoir trouvé ce qui lui convient dans le lot de celles que j'ai apportées grâce à un collègue mycologue et pharmacien français...
Gérard B. arrive pour partager mon repas de midi: son Gaston est impressionnant mais doux comme un agneau. Il me reste un petit "trésor" à partager avec lui: du vrai jambon d'Ardenne qui a tenu dans son emballage sous vide. Vavrina et Paul ont fait tellement à manger que toute leur famille pourra en profiter avec moi le soir ! :-)
Quand une maman se présente avec ses deux enfants, je me rends compte qu'ils sont encore à l'école primaire et ne pourront  donc pas résider à Mitsinjo comme elle le souhaiterait; caramels et T-shirts les consoleront. En tout cas, le bouche à oreille fonctionne déjà et on ne devra pas beaucoup chercher pour occuper les places disponibles !

Gérard et Gaston à Olatra Hèlène et 3 garçons

Ce dimanche 7 juillet, dès mon départ pour la plage, Hortense est là avec Hélène, une mère de famille  d’un hameau du côté de la route vers Foulpointe, avec 3 garçons : Antoine, 13 ans, son fils ; Ramedison, 15 ans, un fils de son frère décédé de même que la maman ; Thierry, 14 ans, fils de sa sœur et bon élève en 6ème EPP et qui va donc entrer en 6ème du CEG. Petit déjeuner ensemble puis visite du campus, où ils seront hébergés dans la maison "Jacques".

Pour mon dernier jour, ce lundi, il fait vraiment mauvais temps: froid, vent, fine pluie, mais cela ne m'empêche pas d'aller me baigner à 6h45'; au retour, mon fin pull est bienvenu ! Les visiteurs continuent à se succéder: Dr Marthe et son mari, Amélie et sa petite Vola, Mr Charles à qui je remets les 5 exemplaires de la convention à signer.
Comme j'ai l'occasion d'acheter des camarons (crevettes de la taille des scampis) à une dame qui passe les proposer, je les flambe au pastis Prado disponible à l'épicerie Dimla (10.000 Ar.): avec une salade de tomates et oignons vinaigrette et une bière Gold, c'est Byzance !
Mon retour se prépare dans de bonnes conditions: Raoul m'emmènera jusque Tamatave, où Andréa prendra le relais (elle me réserve dès maintenant une place dans un car Vatsi), et Nary sera à l'arrivée à Tana, d'où je prendrai la navette de l'aéroport pour rejoindre Ivato. Sans oublier René qui sera à Orly à 23h30'. Que désirer de plus ?
Comme les magasins où on vend des planches sont restés fermés toute la journée (mystère...), c'est Faly qui achètera lui-même les 30 planches indispensables à la confection par Thierry des 11 étagères nécessaires. Il faudra au moins 2L supplémentaires de lasure, faire l'inventaire de l'équipement des maisonnettes, etc. Je laisse à mes amis bien du travail au moment de partir... La dernière séance de cinéma à "Olatra" montre les exploits de Léonidas et de ses 300 Spartiates aux Thermopyles: comment les jeunes d'ici peuvent-ils vivre cela ? Ils apprécient en tout cas...

Le retour au pays, en plus de 48h, se passera bien; je peux même acheter un peu d'artisanat au bazar de Tamatave, grâce à Andréa qui me pilote avec sa voiture et me dépose à la gare routière pour le car de nuit. Raoul a bien voulu garder mon scooter, qui sera en sécurité dans son garage.
C'est toujours pour moi un moment d'émotion intense quand je quitte Paul, Vavrina, Amélie et Vola, et même Hortensia venue me dire gentiment au revoir.
 La route du retour est longue, mais les cahots du chemin font résonner dans ma tête tous les agréables souvenirs engrangés pendant les 17 jours passés dans ce qui est maintenant ma seconde patrie.

 

  
"Rade Terminus" (Folio, 4310) est un roman fort dû à la plume de Nicolas Fargues. L'auteur vit et travaille à Madagascar, en tant que dirigeant de l'Alliance Française de Diego Suarez, la ville de la pointe nord de la Grande Ile. S'inspirant évidemment de son expérience d'expatrié là-bas, le livre regorge de passages "plus vrais que vrais", selon le mot de Raoul de Mahambo, qui, comme moi, en a eu communication par Gérard B.
Philippe, en situation de crise de couple, est envoyé là-bas par son ONG "Ecoute et Partage", en compagnie du jeune cadre dynamique Amaury. Maurice, un veuf de 69 ans, a épousé une Malgache, et vient aménager une maison achetée à Mada, pour s'y installer avec sa jeune épouse. Mathilde est là en touriste, pour découvrir "un des derniers paradis méconnus sur terre" (p. 47), dont elle rêve.
Bien sûr, les ONG en prennent pour leur grade, même si Philippe est idéaliste: "l'argent ne fait pas tout. Moi, en tout cas, je veux croire que, dans la plupart des cas, la dignité ou le côté humain passent avant." (p. 68). Jusqu'ici, tout va bien. Bientôt, arrivés sur place, tous vont déchanter. Mathilde, dans son Journal, note, dès son arrivée: "Dehors, c'est pauvre. L'odeur, la poussière, les bidonvilles, les gens qui marchent pieds nus au bord de la route. En ville, les trottoirs pas faits, des façades sales et décrépites, de la rouille partout, rien d'intact." (p. 77). A peine débarqué, Philippe est mis au parfum des us et coutumes locaux par un résident depuis 8 ans à Diégo: " Quand il s'agit de politique, le Malgache, il ne rigole pas. Enfin, quand je dis politique je suis gentil: je devrais plutôt dire magouilles, corruption, clientélisme, grand tralala et tchatche à gogo!" (p. 82). Maurice se retrouve aux prises avec toute une "famille". Amaury est obsédé par le danger perpétuel d'attraper la malaria ou d'avoir bu de l'eau du robinet!
Au coeur du roman, la rencontre entre Philippe et Hervé, ancien de "Ecoute et Partage": celui-ci, en vieux briscard, le coache sur les filles malgaches: "Je te le dis: je connais presque pas de couples de Français qui aient pas pété à un moment ou à un autre, ici, et toujours pour la même raison... Tu sais, ici, toutes les filles vont voir le sorcier pour se marier avec un vazaha... N'importe quel vazaha a toutes ses chances ici, parce qu'il n'est pas jugé sur son physique. A ce propos, un jour, il y a un mec qui m'a dit un truc marrant: "Quand t'arrives ici, t'es Paul Newman, et quand tu rentres, t'es Paul Préboist!" (p. 114, 116, 119).
Les propos d'Hervé sur la sexualité des autochtones ébranlent Philippe, qui pense à ses difficultés avec sa légitime restée en France.
D'autres personnages - Renan, le fils d'Hervé, Français étudiant à Antsiranana (nom malgache de Diégo Suarez); Grégorien, le jeune Malgache qui va étudier en France; un Malgache chicos et blasé, qui travaille en partenariat avec l'ONU, très critique vis à vis de ses compatriotes qu'il trouve fondamentalement paresseux, etc. - complètent les portraits brossés avec talent et vérisme.
Amaury est tombé dans les filets de la "bombe" Nirina et va vivre de divers trafics. Maurice va "péter les plombs" quand il se rendra compte qu'il est exploité et roulé par sa "belle-famille". Mathilde va rencontrer Philippe dans un petit village de la côte, mais sera déçue: "A vous entendre, conclut-elle, on se demande vraiment qui était Mère Teresa, par exemple. Vous croyez qu'elle aussi cherchait à fuir quelque chose ? Que tous les gens qui s'engagent pour une cause cherchent toujours à régler d'abord un problème personnel ? Que toutes les relations sont des malentendus ? Que personne n'écoute personne ? Que la vraie compassion et la vraie générosité n'existent pas ? C'est vrai ? C'est gai." (p. 215).
La fin tragique et plutôt pessimiste, reflète des faits divers bien réels, dont la presse locale s'est fait l'écho en 2003, et le "carnet" de Philippe, qui ponctue les dernières pages, vaut de l'or... A découvrir par vous-mêmes !

 

 
Ce lundi 7 octobre c'était la rentrée scolaire au CEG de Mahambo.
L'inauguration du "Centre d'hébergement et appui scolaire MITSINJO - Mahambo" (dénomination officielle) eut lieu dès le lendemain, avec les 17 premiers élèves inscrits et en présence des "autorités": Fara et Faly avaient bien travaillé les jours précédents pour préparer cette fête, un aspect de la vie sociale dont les Malgaches sont friands, comme je l'ai constaté à maintes reprises.

description description

Ils ont dû s'occuper, pendant plusieurs jours, des autorisations diverses, administratives et judiciaires (constitution d'une association pour la protection des enfants, réglement intérieur, actes de naissance et fiche de renseignement pour chacun(e), autorisations parentales, etc.) nécessaires dans un pays très sensible à l'importance des "papiers officiels". Il a fallu payer les droits d'inscription au C.E.G.:35.000 Ar. ou 40.000 Ar. pour les nouveaux élèves, soit 13  ou 15 euros/élève.
L'équipe de Fara et Faly avait également préparé une réception-collation sur le campus même, avec des invités vazaha de surcroît, dont Gérard Bonizec, grâce à qui j'ai reçu rapidement une vingtaine de photos de la cérémonie. Il fait partie de la douzaine de sponsors d'une des 12 maisons, 10 pour les élèves et les deux plus grandes pour la famille du gardien et les deux professeurs-relais, Hortensia et Agapet (en photo plus haut, début juillet).
Fara et Faly ont procédé à la distribution des uniformes et des fournitures scolaires: on aperçoit sur la photo les paquets destinés aux jeunes, les lampes solaires Ikea sur une table, des matelas.

description description

En présence des responsables de la municipalité (mairie et fokontany), des directeurs d'école, du docteur et du pasteur du village, et des parents bien sûr, il y eut, paraît-il, plusieurs discours, dont celui de Faly qui a de nouveau expliqué les buts et enjeux du projet. Par souci de moralité, les garçons seront hébergés d'un côté, les filles de l'autre.

description description

La convivialité était au rendez-vous, avec une généreuse collation offerte aux participants à cette fête.

 

description description

Vous vous doutez bien que j’étais triste de n'être pas là, mais que j'étais en pensée avec eux à Mitsinjo, et que je porte déjà dans mon cœur tous ces jeunes Malgaches dont je ferai la connaissance le 20 novembre...

 

 

***

Mon 20ème séjour à Mahambo (du 21 novembre au 10 décembre) a vraiment répondu à mes attentes. Outre le fait de revoir mes amis malgaches, en particulier la famille de Fara et Faly, celle de Raoul, et les familles des enfants pris en charge pour les frais scolaires et médicaux (Jean-Claude, Vola, Mirindra et Rivela, les enfants de Juliette et Raymond et ceux de Françoise), j'étais impatient de voir comment fonctionnait le campus MITSINJO, mis en chantier tout au long de cette année 2013 ; les premiers élèves accueillis début juillet étaient des "précurseurs"; c'est à la rentrée de début octobre que les choses se sont mises en place, grâce au travail inlassable de Fara surtout.

Aucun problème pour le voyage, toujours avec Corsair, qui m'a attribué la carte GOLD en tant que client fidèle: ce n'est pas rien, car j'ai droit à un 2ème bagage en soute: 23 kg supplémentaires ! A Ivato, le visa est toujours gratuit, pour les séjours de moins de 30 jours, et la taxe d'embarquement (voir mon voyage en juillet) a été supprimée. Grâce à mon ami Nary, j'aurai une place dans un car Vatsy, après avoir flané à la cafétéria des vols nationaux... qui malheureusement ferme à 14h. Le tarif de la navette est repassé (pourquoi ?) à 10.000 Ar., mais il me faut ajouter 5.000 Ar. pour les deux derniers km afin de rejoindre la gare routière, à cause des encombrements dus au marché du mercredi. Nous quittons la capitale sous une pluie battante, normale en cette saison. La sortie de la ville est particulièrement pénible, comme tout le voyage d'ailleurs vu l'état de cette route aux mille virages, et la sono tonitruante: impossible de fermer l'oeil.

A Tamatave, Andréa mon ange gardien me permet de prendre une douche et un petit déjeuner. A peine revenu à la gare routière, un taxi-brousse part, sous un soleil qui darde déjà. La route est en réparation, mais il reste un fameux tronçon à achever avant Foulpointe. L'accueil à Olatra est toujours aussi chaleureux, avec Paul mon gardien et sa famille, puis Fara et Faly arrivés avec de quoi manger et de la THB fraîche. On part rapidement à Mitsinjo, pour constater des lieux bien propres, y compris le bureau d'accueil nécessaire, me dit-on, pour les visiteurs, installé dans la maison "Jacques".

description description

Je suis invité à un repas d'accueil le lendemain midi: Fara s'occupera de tout. Après récupération de mon scooter chez Raoul, qui me l'a gentiment gardé, premières emplettes chez Dimla, car tout manque à la maison, et au marché. Comme c'est la saison des litchis, j'en reçois déjà en cadeau de Suzy, ma charmante voisine. Baignade dans une mer un peu agitée, mais chaude, puis souper sommaire et... pas de cinéma ce soir, car je suis trop fatigué.

Avec Gérard B., j'ai l'occasion d'aller dès le lendemain à Fénérive-Est en 4x4, afin de ramener quelques courses volumineuses: un matelas pour remplacer le mien installé dans la maison "Marité et Marcel" pour les deux professeurs, une nouvelle batterie à coupler avec mon panneau solaire, de grandes bouteilles de boissons sucrées pour les jeunes ce midi; je prends aussi le temps de photocopier au cyber-café tout le "dossier Mitsinjo" de Fara (75 pages!), prenant ainsi conscience du gros travail accompli par elle et son équipe pour satisfaire aux obligations administratives du projet: on y reviendra.

description description

Le temps de midi, avec les tables dressées sous le kiosque qui a été doublé en longueur, est un pur bonheur, en compagnie des 18 garçons et filles souriants et le regard pétillant... Sans oublier Amélie et Vola, qui habitent en famille avec Thierry, le gardien du site.

description description

Il est nécessaire, semble-t-il, de clôturer le terrain de Mitsinjo, et le travail est bien avancé, après avoir racheté 800 gaulettes, sous la houlette de Thierry et de Gérard, le papa de Catherine, une des élèves hébergées. Ce ne sera cependant pas terminé à mon départ, car... il manque encore des gaulettes!

description description

Il n'a pas plu ici depuis longtemps et tout est à sec, y compris la mare dans le fond de mon jardin. Quant au soleil, il est terriblement présent ! Heureusement, ma terrasse a été bien conçue pour que la chaleur soit supportable à l'intérieur du bâtiment. Les bidons de 20L de "rano tsara" (eau potable, à mon sens tout aussi bonne que l'Eau Vive et d'un coût 20 fois moindre) ne font que passer, vu la quantité qu'il faut boire chaque jour et les besoins culinaires. Il faut bien arroser le petit giroflier que Faly m'a offert pour compléter la végétation du jardin de ma maison, mais les orchidées, elles, aiment la chaleur et le soleil. Le chemin qui va de ma maison à Mitsinjo est complètement à sec aussi, et je peux y accéder en scooter: rien à voir avec la situation de janvier, quand on a pris la décision de construire un pont entre le CEG et le campus. A noter que ma voisine Vavrina a édifié une petite aubette qui lui permet de "faire gargote" certains jours, pour les centaines d'élèves qui passent devant, en route vers le CEG.

description description

Grâce à Vero et Paul, voisins de l'ancien établissement des "Orchidées" d'avant le nouveau gérant peu accueillant, et à leur charmant gardien Etienne, j'ai accès chaque matin très tôt, et chaque soir au coucher du soleil, à "ma" plage habituelle.

description description

Presque chaque jour, un problème médical se présente, tantôt pour Kamisy qui a "tabasec" (mot malgache pour désigner une attaque du champignon parasite Candida albicans, dans ce cas-ci au niveau des cheveux), tantôt pour Vavrina (abcès dentaire) ou la toute petite Rivela de Zoë (fièvre pendant la nuit), tantôt pour un élève du campus: le cas de Charles est significatif: ce grand garçon de 18 ans est souffrant et je l'emmène sur mon scooter chez la doctoresse Marthe, au dispensaire du village; elle diagnostique... une malnutrition que nous allons soigner avec... du porc bien gras, des haricots verts et du sucre!

description description

Comme c'est la saison des litchis, j'en fais de la confiture très parfumée; chaque jour, je reçois de mes amis malgaches tantôt une main de bananes, tantôt un ananas, des mangues (celles de l'arbre de mon jardin sont encore vertes), un bouquet de litchis, un corossol, ou même quelques grenadelles (fruits de la passion), les premières de la saison ; Marguerite m'a même partagé des langoustes! Au niveau culinaire, je maîtrise à présent la cuisson des frites "à la belge", sans friteuse mais à la poêle dans l'huile en vrac locale. J'ai par ailleurs découvert que le boucher Mora-Hena du marché prépare avec soin la viande hachée de zébu, et que c'est parfait pour les spaghettis bolognaise !

description description

Dans les premiers jours après mon arrivée, je suis un peu accaparé par les tâches matérielles: déballage et rangement des bagages, y compris du coffre vert où j'ai quelques réserves" et matériel à remettre en service, distribution des vêtements apportés, problèmes techniques (nouvelle batterie pour le panneau solaire, nettoyage répété des pinces rouillées, cadenas pour remplacer la serrure cassée de la porte vers le dessous de ma maison où je range mon scooter pour la nuit). Presque chaque soir, il y a cinéma: au cours de ce séjour, ce sont essentiellement Paul et les enfants de la famille de Françoise qui forment le groupe des spectateurs. Les dessins animés ont la part belle : "Les Schtroumpfs et le cavalier sans tête", "Kung Fu Panda", "L'âge de glace".

description description

Parmi les moments excellents d'un séjour-type, outre les rencontres multiples avec les Malgaches, les baignades chaque matin et soir, le moment de grâce du petit déjeuner et les moments calmes où, seul sur ma terrasse, je peux rédiger mes comptes rendus quotidiens, je dois signaler les invitations reçues et lancées avec quelques amis qui me sont plus proches parce que les échanges avec eux, en français, sont plus faciles: outre Fara et Faly, vus pratiquement chaque jour, il y a Raoul et sa compagne Santa, Gérard et son fidèle Gaston - cet énorme chien lui permet de laisser sa voiture ouverte en pleine ville, même à Tamatave: aucun Malgache n'oserait s'en approcher, tant Gaston est impressionnant de taille ! - et Emile de Foulpointe.

description description

Je dois avouer qu'à cause de la langue, mes contacts avec les Malgaches du coin, qui viennent volontiers "faire visite", la plupart du temps accompagnés d'enfants, sont quand même assez limités, alors qu'avec quelques amis, j'ai des conversations souvent très enrichissantes sur le plan humain et culturel...Parfois se présentent des occasions de courtes rencontres avec des vazaha en voyage touristique: là encore, ce sont des moments d'échanges fructueux.

description description

Au campus Mitsinjo, lors de mes nombreuses visites, très tôt le matin, pendant le temps de midi, ou encore en repassant de la baignade vespérale, j'ai eu la possibilité de faire connaissance avec chacun et chacune et de donner quelques "cours" rudimentaires de français et d'anglais. Ainsi, nous transcrivons, avec l'aide du tableau blanc aménagé par Faly, le "Notre Père" en malgache, en français et en anglais. Un mot d'explication s'impose: dans le "règlement intérieur" rédigé par Fara, le point n°1 encourage les jeunes à "prier chaque jour". Saisissant l'occasion de leur expliquer que Jésus n'a enseigné à ses disciples qu'une seule prière, il m'est apparu très important de la prendre comme objet d'exercice trilingue, y compris pour moi, je dois vous l'avouer !

 
La prière de Jésus(Mat, VI, 9-13)

Rainay Izay any an-danitra, hohamasinina anie ny anaranao. Ho tonga anie ny fanjakanao. Hatao anie ny sitraponao etỳ an-tany tahaka ny any an-danitra. Omeo anay anio izay hanina sahaza ho anay. Ary mamelà ny helokay tahaka ny namelanay izay meloka taminay. Ary aza mitondra anay ho amin'ny fakam-panahy, fa manafaha anay amin'ny ratsy.

Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal.

Our Father in heaven, hallowed be your name, your kingdom come, your will be done, on earth as it is in heaven. Forgive us our debts, as we also have forgiven our debtors. And lead us not into temptation, but deliver us from the evil one.

 

 

description description

description description

Toujours à propos du campus, j'ai dû faire visite auprès de l'Inspecteur Principal de Police à Fénérive, pour expliquer cette initiative inhabituelle pour un particulier; d'habitude, ce sont les ONG qui prennent en charge ce type de projet. C'est lui qui nous a conseillé, à Fara et moi, de rencontrer au tribunal de Tamatave Mme la Juge des Enfants. Tous deux nous ont accueillis très positivement, en considérant les certificats (de bonne conduite, vie et moeurs) et l'attestation de l'école secondaire belge où j'ai passé toute ma carrière d'enseignant. Nos deux couples (Fara et Faly, mon épouse Christiane et moi) sommes considérées non comme association - heureusement, car les contraintes administratives ne sont pas minces - mais comme "familles d'accueil", étant entendu, nous a-t-il été bien précisé, que nous sommes responsables de ces jeunes mineurs du lundi au vendredi: fameuse responsabilité, que nous acceptons d'assumer en faisant confiance aux jeunes eux-mêmes, aux professeurs qui logent sur le site et... à l'avenir. Nous avons pour cela signé une procuration réciproque pour la gestion de Mitsinjo, que ces autorités ont promis de venir visiter prochainement.

description description

description description

De nombreux achats sont encore faits à Fénérive, notamment des brasero, des supports-trépieds, des casseroles et des assiettes en inox, des brosses pour pieds, des miroirs, des éponges en fer,... sans oublier un ballon de foot. A noter particulièrement: un couple malgache-Vazaha, Cathy et Michel L., habitant à Tana, venus à Ylang Ylang chez leurs amis Fara et Faly, sont venus visiter Mitsinjo et ont proposé d'acheter un filet de volley et le ballon ad hoc; Fara et Faly, partis là-bas quelques jours pour participer à un mariage, l'ont ramené en taxi-brousse et on a pu l'installer sur le terrain avant mon départ.

description description

description description

En vrac, quelques autres événements saillants pendant ce 20ème séjour. Vous savez que je ne peux résister au plaisir de vous montrer l'un ou l'autre champignon de Mada: ce bolet est, vu le temps très sec, un des rares que j'aie aperçus. Il était rose au-dessus du pied, de chair douce et donc sans doute comestible, mais je n'ai pas le goût du risque inutile. Il a fallu remplacer la couverture en feuilles de ravinala (on appelle cela du ravpounj) du toit de la maison de mon gardien. C'est beau à voir la manière dont les Malgaches travaillent, courageusement, et avec dextérité, assis sur d'improbables échafaudages en bambous; vous verrez que leur brouette semble sortie d'un lointain passé... Au marché bi-hebdomadaire (mardi et jeudi), j'ai emmené les 17 jeunes de Mitsinjo pour leur acheter un vêtement au choix ou des chaussures, d'une valeur semblable pour chacun(e): aucune récrimination ni exigence ! La gentillesse des jeunes m'a fortement impressionné. Observez aussi la variété du chargement d'un taxi-brousse: vous comprendrez pourquoi les chauffeurs réservent un petit billet aux policiers qui vont sûrement contrôler s'il n'y a pas surcharge !

description description

description description

Au CEG, le Directeur a changé: Mr Charles a été remplacé par Mr Solo. Invité à la maison, j'ai pu faire sa connaissance pour initier de bonnes relations. Il est plein de bonne volonté, mais se sent novice dans une fonction qu'il n'exerce que depuis deux semaines. Comme la pompe du CEG est en panne (à cause du joint, comme précédemment), je lui promets que Faly va s'en occuper rapidement. Suite à une visite en solo, à l'école vide de ses élèves pendant un jour de congé - ce qui arrive, selon moi, bien trop souvent ! - je prends des photos qui montrent l'état de délabrement de l'établissement, que ce soit dans les classes (bancs cassés, tableaux illisibles) ou autour (dépotoir à ciel ouvert, de papiers et de petits plastiques provenant des glaces-yaourt sucées par les élèves).

description description

Avant mon départ, j'ai pu persuader Mr Solo de mobiliser tous les élèves pendant quelques minutes, après le salut au drapeau et les communications de la Direction, pour nettoyer les abords des bâtiments scolaires. Je dois avouer ma déception, quand j'ai constaté que beaucoup d'élèves s'esquivaient pour cette petite tâche "ingrate" à leurs yeux. Comment dès lors se sentir concerné par l'état de leur école, si eux-mêmes ne sont pas capables d'un petit geste qui ne coûte rien et ne prend que quelques minutes ?

Lors de chaque séjour, j'ai pris l'habitude d'inviter, le dimanche qui précède mon retour en Belgique, les familles dont j'aide les enfants depuis maintenant plusieurs années. Fara accepte encore cette fois qu'on fasse la fête à Ylang Ylang : le personnel de l'établissement prépare les nourritures que j'apporte et dresse la longue table sous les grands arbres à l'ombre protectrice.

description description

Les enfants sont si nombreux que les plus petits mangent à même le sol, sur une natte; mais leur appétit n'en est pas affecté, et fait plaisir à voir !

description description

Il me reste à dire au revoir aux jeunes de Mitsinjo: c'est chose faite le mardi de mon départ, très tôt le matin, avant qu'ils ne partent à l'école. Photos, bien sûr, et petit mot pour leur souhaiter bon travail: à cet effet, j'ai pris le risque de confier aux deux professeur une petite tablette avec divers documents pédagogiques (en français et en anglais) mais aussi quelques "récréations" en forme de chansons, de bandes dessinées et de films d'animation.

description description

Ce ne sera pas une confidence surprenante si je vous dis que j'ai laissé de mon cœur à Mahambo et, plus particulièrement cette fois-ci, à Mitsinjo. En remerciant tous ceux qui m'ont soutenu et aidé financièrement à mettre sur pied, en partenariat avec Fara et Faly, ce beau projet, je n'ai plus qu'à espérer être suffisamment en forme pour aller embrasser tout mon "petit monde" malgache au mois de mai prochain...

2014

Du 14 mai au 10 juin, Christiane m'accompagne dans mon 21ème voyage.

 

Comme Christiane souhaite faire un peu de tourisme, on se renseigne d'abord pour un possible trip le long de la côte Est, vers le Nord, en direction de Mananara puis, éventuellement de Maroantsetra, le paradis de la vanille (cf. le magnifique reportage "Voyages à Madagascar" de l'émission Thalassa sur FR3, le 9 mai 2014). Outre le prix demandé (100.000 Ar./pers.) pour prendre place à bord d'un gros 4x4, nous sommes dissuadés par les conseils de Malgaches qui nous affirment que ce sera trop aventureux et extrêmement fatigant - sans compter le temps nécessaire: plusieurs jours pour les 250 km du trajet, notamment à cause des bacs à prendre pour traverser de nombreux cours d'eau. Le plus rédhibitoire: le voyage a surtout lieu de nuit et on ne verra donc pas grand chose des magnifiques paysages annoncés par le guide de Bruno de Bay, "Madagascar - Guide des pistes Nord", L'Harmattan, Paris, 2006, pp.46-49. Autre possibilité: la région de Diego Suarez (Antsiranana), mais il faudrait prendre l'avion car c'est vraiment loin, tout au nord de l'île... Nous optons pour une solution "moyenne": Mahajanga, sur la côte Ouest, considérée par beaucoup de touristes comme une ville agréable.

Accueillis par Héry et Nary à notre arrivée à Tana, nous découvrons leur nouvelle maison, où nous pourrons laisser l'essentiel de nos bagages; après une bonne nuit, nous sommes d'attaque pour un voyage de 12h en taxi-brousse, car il y a 600 km à parcourir, de jour pour profiter des paysages. Le voyage sera long et pimenté d'aventures: à l'arrêt de midi dans une gargote, j'oublie ma veste sur le dossier de ma chaise... avec dedans notre téléphone portable. Qu'à cela ne tienne, le chauffeur donne un coup de fil et je récupèrerai le tout le lendemain matin à la gare routière de notre destination; après 400 km, arrêt pipi? Si on veut, mais il s'agit surtout de changer le pneu arrière droit dont l'armature en fils gicle à l'extérieur. Le chauffeur avouera que c'était déjà un peu comme cela au départ de Tana, mais qu'il a "gagné" quelques centaines de km ! Il n'y a pas de petit profit...

description description

A Mahajanga, on a réservé "Chez Tranquillle" (il n'y a pas de faute d'orthographe!), une excellente adresse à 300 m du gros baobab, emblème de la cité : la chambre est propre, à prix démocratique (13 euros), la nourriture de qualité, le Wifi gratuit, etc... il y a même une piscine, très agréable dans une ville réputée pour être la plus chaude de Mada. Un seul point noir: les moustiques, bien plus harcelants qu'à Mahambo. En ville, une "nouveauté": de nombreux tuk-tuk jaunes, comme en Thaïlande, concurrencent les pousse-pousse en vélo et les taxis. En allant rechercher ma veste à la gare, nous faisons connaissance avec Pamphiline, qui attend chez sa coiffeuse: elle se propose pour recoudre un bouton de ma chemise. Voilà comment, à Mada, on se fait des copains! Car nous rencontrerons toute la famille: sa maman, mais aussi sa fille Paméla, son gendre Jean-Christophe et leur adorables petites jumelles.

description description

C'est ensemble que nous allons visiter le Cirque Rouge, un site recommandé par les guides de voyage, avant de partager "Chez Carlsson", en bord de mer, un délicieux gros poisson.

description description

C'est la saison des avocats, qui sont vendus à même les trottoirs de la ville et, comme on dit, c'est une "tuerie"! L'aspect le plus séduisant de Mahajanga est sa "promenade des Anglais", sur "le bord", comme disent les gens de là-bas. On y déguste, à la tombée du jour, de petites brochettes de zébu, des sambos avec des achards, des crêpes, des bananes grillées, et même des glaces.

description description

On note à Mahajanga la présence d'une importante communauté musulmane, paisible. L'accès à une mosquée se fait sans problème. On aurait voulu se rendre de l'autre côté du fleuve, à Katsepy, voir le célèbre phare, mais cela s'avère trop compliqué. On se contentera de balades en ville et de ses marchés, et on repartira vers la "petite plage" où on se laisse tenter par un repas de midi préparé par une imposante mamma qui nous cuisine un gros poisson tout frais. On profite aussi au maximum de la piscine de l'hôtel, où Pamphiline vient nous faire un coucou la veille de notre départ.
Le retour sera plus agréable que l'aller, dans un Mercedès Sprinter où on a bien plus de place pour les jambes. On arrive cependant trop tard pour retrouver Nary et Héry, et c'est à l'hôtel Anjara, tout près de la gare routière d'Ambonivona qu'on passe la nuit.

 

Le lendemain, dès 7h, nos amis sont là avec nos bagages restés chez eux. La route vers Tamatave est longue et tortueuse, et la musique tonitruante nous tape sur le système. A 16h, arrivée à Tamatave: on a de la chance, car un taxi-brousse part très vite et nous arrivons à Mahambo alors que le soleil vient tout juste de se coucher. La brièveté des jours nous change des longues soirées de chez nous en cette saison... Mon gardien Paul et sa soeur Vavrina nous attendent avec un "bol renversé" et beaucoup de gentillesse. Malheureusement, la batterie (achetée neuve en novembre dernier !) reliée au panneau solaire ne fournit plus d'énergie après un quart d'heure. Fara et Faly s'annoncent pour le lendemain matin. Ce qui nous frappe dès l'arrivée c'est que le temps est... frisquet. On supporte le pyjama et même un drap, voire certains jours, pour Christiane, une petite couverture: du jamais connu ici.

Le lendemain, Fara et Faly sont assez dépités de devoir nous annoncer divers "désastres": défectuosité de la batterie de la maison - il est trop tard pour faire jouer une quelconque garantie et il faut en racheter une nouvelle - destruction de mon système à 4 lampes à leds, prêté au campus - la batterie est chez Faly, les lampes laissées dans leur boîte en carton ont été attaquées par les rats, le panneau solaire est... où ? - défection de quelques pensionnaires au campus Mitsinjo (pourquoi ?), dont plusieurs lampes solaires Ikea sont cassées ou ont disparu. Bref, un moment de découragement, cela arrive. Heureusement, le scooter laissé aux bons soins de Raoul démarre au quart de tour, Gérard B. et Emile O., qui viennent dire bonjour, sont toujours aussi sympas...

Quoiqu'ayant tenu chaque jour mon journal de bord comme à chaque séjour à Mahambo, une énumération chronologique de nos faits et gestes serait fastidieuse. Vous lirez donc plutôt les événements saillants qui justifient commentaires et réflexions.

Le petit déjeuner sur la terrasse est toujours un des meilleurs moments de la journée, mais il est souvent interrompu par des visites, ce qui nous donne l'occasion de partager le pain et diverses gâteries apportées de Belgique: confiture de fruits inexistants ici (myrtilles cette fois) mais surtout, ce qui a le plus de succès, du "sirop de Liège" (pommes/poires) dont se régalent les plus jeunes. Les Malgaches préfèrent le thé au café. En l'absence de frigo, on doit faire des courses chaque jour au marché, pour de la viande ou du poisson, des légumes (y compris, cette fois, du chou-fleur), des fruits: c'est le moment des agrumes. Chaque jour aussi, un ou deux bains de mer ponctuent la journée: grâce à la gentillesse de Véro et Paul S., nous pouvons traverser leur propriété pour atteindre notre plage favorite. La mer est toujours délicieuse, propre, calme, sûre et nous sommes la plupart du temps seuls sur la plage !

description description

Pas de problème dans les familles parrainées : tout le monde est en bonne santé, sauf la grand mère de Jean-Claude qui souffre de ses problèmes cardiaques récurrents, pourtant soignés par des médicaments que me procurent Claudine et Noëlson A., le couple du pays d'Orléans qui a logé quelques jours dans la maison et m'a fait de nouveau parvenir ce qui convient pour elle.

Nous rendons visite pratiquement chaque jour aux jeunes hébergés sur le campus MITSINJO. Dès le samedi de notre arrivée, ils organisent avec Fara et Faly un repas pour nous, en compagnie de leurs parents qui ont été invités pour la circonstance. Le site est bien entretenu, ainsi que l'intérieur des maisonnettes. Ce sera "le jour le plus froid", et il faut garder la veste à table sous le kiosque.

description description

 

 
"Aide-toi, le ciel t'aidera". Conformément à cet adage, j'ai décidé que les parents des jeunes accueillis sur le campus devaient donner chaque mois une petite participation financière (2.500 Ar. = 0,80 €), pour qu'ils se sentent responsables de leur adolescent, cette participation étant destinée au salaire du gardien du site, Thierry. Fara me signale bien vite que beaucoup de parents renâclent et se défilent. Que faire ? Après interviews, il s'avère que le premier problème est... la nourriture! La plupart des jeunes n'ont que leur maman, chargée d'enfants, dont les pères, quand ils sont connus, sont partis ou inefficaces (la boisson fait des ravages!). Ou bien les jeunes doivent travailler pour gagner de l'argent afin de nourrir les autres enfants de la famille. Quelques parents ont quand même payé partiellement. Voici ce que j'ai trouvé comme "solution": je paierai à chaque élève présent, une semaine sur deux, les 10 kapoks de riz qui lui sont nécessaires du lundi au vendredi. Comme ils sont pour le moment 14 (4 sont partis, mais le frère de Robert, Franky, rejoint le groupe), cela représente, pour ce mois de juin, 140 kapoks x 2 à 1.650 Fmg le kapok, soit une trentaine d'euros. Le calcul devrait être vite fait par les parents. S'ils veulent que leur enfant reçoive cette nourriture, ils doivent payer leur participation (bien inférieure à la valeur du riz accordé) pour le salaire du gardien. Fara se chargera de la distribution des rations. Pendant les vacances scolaires, le système n'aura pas cours, mais je devrai assumer la totalité du salaire du gardien du site! Bref, seule une certaine discipline permettra de continuer l’œuvre entreprise, sinon le découragement s’installera suite aux déceptions rencontrées, et le projet risquerait de tourner court. De même faut-il que le matériel des maisonnettes (table, tabourets, matelas, lampe, miroir, etc.) y reste attaché: les dons ne peuvent pas être infinis et les objets cassés ne seront pas remplacés. Ce que le règlement du campus doit essentiellement développer, c'est le sens civique et le respect des autres et de l'environnement.

 

 

Presque chaque soir, il y a un moment de cinéma, avec le petit picoprojecteur qui fonctionne aussi bien qu'au premier jour, pour des films d'animation que notre gardien Paul ne raterait pour rien au monde... Après le départ des jeunes spectateurs, nous mangeons paisiblement (à l'intérieur, puisqu'il fait noir dès 17h30'). Une aubaine: j'ai pu faire réparer à Fénérive-Est, la ville la plus proche de Mahambo, le système à 4 lampes à leds, qui est très efficace pour diffuser une luminosité suffisante dans la salle de séjour et la cuisine. Puis nous nous mettons au lit avec, sur une tablette - il a fallu racheter une nouvelle batterie de voiture pour pouvoir recharger, pendant la journée, les petites batteries de ces deux appareils, ainsi que celle du téléphone portable, -, un numéro de la série américaine "Boardwalk Empire", qui se passe à Atlantic City au moment de la prohibition. Ambiance...

 
Le campus MITSINJO et ses objectifs

On s'était mis en tête de faire quelques petits cours aux élèves du campus, en français et en anglais; on doit vite déchanter: leurs bases sont si ténues qu'on en restera à de l'élémentaire, du niveau de l'école primaire. Le rêve doit céder la place au réalisme: nous avions rédigé et imprimé (chez Rakams à Fénérive) de petits textes et exercices en français et en anglais. Il s'est vite avéré que nous placions la barre trop haut, et que les jeunes collégiens ne comprennent qu'un minimum de français et ont des difficultés même pour des calculs de type école primaire. Le niveau du CEG est très faible, et le nouveau directeur, Mr Solo, ne semble pas en être très affecté, comme d'ailleurs de l'état des locaux et des bancs (rares sont ceux qui sont complets et non cassés). Il ne connaît même pas la date de la prochaine rentrée scolaire... Nous devons donc revoir à la baisse nos objectifs pour Mitsinjo. Si les élèves ont envie de progresser en langues et d'aller à l'école le plus longtemps possible (pour pouvoir espérer avoir un bon métier plus tard), c'est déjà une bonne base. Les deux autres conditions pour être admis, formulées explicitement dans la lettre au maire de Mahambo (voir 2013-suite) restent bien entendu d'actualité: être de famille modeste et habiter loin de l'école. Il faut se rendre à l'évidence: nous n'avons pas la possibilité d'agir au niveau de la gestion de l'école... Une satisfaction: il y a maintenant des poubelles (gros bidons jaunes d'huile de palme qu'on a étêtés - suite à notre démarche début décembre 2013 ? - et, quand nous sommes arrivés, la pompe fonctionnait et les deux WC étaient dans un état de propreté correcte, mais Fara avouera être passée par là avant notre arrivée...

description description

Pour compléter l'équipement, j'ai acheté une plaque de contreplaqué que j'ai peint avec de l'ardoisine et que Raoul a très amicalement renforcé avec un cadre. Cela sera plus économique, avec de simples craies, que le tableau blanc avec des marqueurs... qui sèchent ou disparaissent ! J'avais apporté des maillots de bain pour les jeunes, ayant constaté lors de mon précédent séjour qu'ils n'en n'avaient pas. Déception: seuls 5 d'entre eux ont répondu à notre invitation de baignade à la plage distante de moins d'un km. La plupart des maillots restent disponibles pour une prochaine tentative. Les Malgaches ont vite froid, et comme c'est pour eux le début de l'hiver, la mer ne les tente pas, alors que c'est pour les touristes vazaha un attrait essentiel en vacances !

description description

 

 

Christiane a voulu prendre en charge l'équipement de la maison de mon gardien, qui y loge avec son jeune frère Kamisy: nouveau lit, nouveau matelas et drap + couverture (les Malgaches ont froid en cette saison d'hiver pour eux!), table, tabourets et étagère, réparation de la petite terrasse. De mon côté, j'ai fait réparer la maison de Zoë, la toiture essentiellement, et je suis fier d'avoir réussi à la persuader de reculer la clôture qui sépare la maison de zébus dont les déjections, préjudiciables à la santé de Mirindra et Rivela, jouxtaient tout un côté.

description description

Question: existe-t-il des valeurs universelles qu'on peut avoir la prétention de promouvoir, quels que soient la culture et les modes de vie traditionnels ? J'ai tendance à répondre franchement OUI quand il s'agit de l'hygiène et du souci de l'environnement, en relation l'une avec la santé (notamment des jeunes enfants), l'autre avec le respect de la nature. Beaucoup de Malgaches n'y sont pas spontanément sensibles, même s'ils sont préoccupés (surtout les femmes) de porter de beaux habits le dimanche pour aller à l'église encore davantage que pour sortir au bal-poussière le samedi soir et faire la fête (ils ne ratent pas une occasion !). Et la gestion des déchets ? Il n'y a pas que le "bio", mais du plastique d'emballage, du fer d'une boîte de conserve, une bouteille non consignée, un briquet à gaz vide, etc. Comme aucun service de collecte n'est organisé, et qu'il n'existe pas de décharge publique, on n'a qu'une solution: brûler ce qui peut l'être et faire un trou dans le fond du jardin pour y enterrer tout le reste...

Nous avons l'opportunité de nous rendre à Tamatave avec la voiture d'Emile de Foulpointe. C'est l'occasion de faire un petit déjeuner royal, "Chez Bruno", dont la patisserie vaut celle des meilleures boulangeries de Belgique. Le bazar bé nous permet d'acheter de la vanille pour les amateurs de chez nous, sans oublier quelques objets d'artisanat. Au Score, un (petit) grand magasin, on trouve des produits d'importation, comme du ketchup et des poulets de chair. A "La terrasse", la nourriture est bonne, même si le service est très lent. Il est vrai que l'établissement, tenu par une chinoise, a beaucoup de succès...

description description

Restons dans le registre alimentaire: à la maison, nous faisons du jus naturel de corrosol (on le passe au "chinois" et on ajoute de l'eau) et de la confiture: de grenadelles (fruits de la passion) et d'oranges sauvages, deux réussites que même les Malgaches apprécient lors des nombreuses visites que nous recevons. Pour ce qui est de la viande de zébu, nous sommes acquis au hachis (fait directement avec le morceau acheté au poids), car le steak est toujours coriace vu que la viande n'a pas eu le temps de reposer au frigo. Les hamburgers ou la sauce bolognaise sont délicieux. C'est la saison des avocats et ils sont excellents, sans même avoir besoin d'une vinaigrette: on peut les manger nature comme s'il s'agissait d'un fruit, et... ils sont gros! Quant aux légumes, ils ont le vrai goût de "dans le temps": croquer une carotte est pour moi un coupe-faim de luxe.

description description

Il était temps de curer les canaux à l'arrière de OLATRA, car une partie du terrain devenait trop fangeuse. Deux jeunes gaillards sont embauchés et ils ne ménagent pas leur peine; naturellement, les grenouilles perturbées nous le feront payer la nuit suivante!

Un décès au village nous donne l'occasion de participer à la cérémonie de soutien à la famille: des dizaines de villageois sont assis dehors pour soutenir moralement la famille éprouvée. Il est de tradition de manifester sa solidarité par une enveloppe avec un billet.

description description

Nous avons décidé une journée d'excursion "en brousse", avec le scooter: quand on va vers Foulpointe, quelques km avant le gros bourg, une piste part vers la droite et l'intérieur des terres, le long de la rivière Onibe, en direction d'Ampasimbe. Curieusement, cette "route" est... à péage! Nous aurons quand même du mal pour les tronçons en pente, où des pierres ont été ajoutées au sol sablonneux: notre petit véhicule tressaute pitoyablement. Mais l'effort est payant, quand nous arrivons au village "bout du monde" où de nombreuses échoppes vendent les casquettes à la mode pour le moment: mon gardien Paul a succombé il y a quelques jours déjà, au marché de Mahambo!

description description

Et puis, il y a une belle cascade (qu'on ne peut atteindre qu'à pied), au milieu de massifs de gros bambous vraiment impressionnants. Cette excursion est aussi l'occasion de faire quelques découvertes botaniques, du tulipier du gabon à un fruit que nous n'avons pas encore pu identifier. Comme c'est la saison des ramboutans (ce que les Malgaches appelent le "litchi chinois", on goûte ce fruit qui évoque le hérisson: la chair ne se détache que très difficilement du noyau et c'est galère pour profiter d'un goût moindre que le litchi traditionnel de novembre (qui est le vrai Litchi sinensis, mais il ne faut pas le dire !).

description description

Les comptes avec Fara prennent chaque fois du temps, car elle les tient avec une rigueur sans faille. Il faut, outre l'ardoise des mois écoulés, prévoir une cagnotte pour les différents postes nécessaires en attendant mon prochain retour fin novembre: le salaire de mon gardien, celui du gardien du campus, les frais d'écolage pour la rentrée en octobre, le riz pour les jeunes pendant 6 semaines, les éventuels frais médicaux pour les familles parrainées, etc.

description description

C'est le dimanche 8 juin que nous prenons un Mercédès Sprinter qui fait la route de Fénérive à Tana: aubaine car cela nous dispense de changer de véhicule à Tamatave.Nous laissons nos "trésors" (scooter et petit vélo pliant - amené dans une valise!) - système de lampes à leds, batterie et convertisseur, bonbonne de gaz, lampes Ikea) à la garde de nos amis Faly et Raoul: c'est ici l'occasion de les remercier car sans eux, nos séjours à Mahambo seraient bien plus difficiles ! Si le voyage de nuit jusque Tana est éprouvant, le petit déjeuner est réconfortant à la cafétéria des vols nationaux de l'aéroport d'Ivato. Le vol jusque Paris se passe dans d'excellentes conditions avec Corsair, et l'ami René est fidèle au poste pour nous accueillir à Orly et nous héberger. Il fait plus chaud à Paris et en Belgique qu'à Madagascar et le principal sujet d'actualité est que des grelons énormes se sont abattus dans plusieurs coins de chez nous. Nous sommes à la maison, avec notre petite Panda, le mardi 10 juin un peu avant 16h. Ce qui fait tout de même 48 heures de voyage...

description description

 

(à suivre)...

2013

Pour ce 18ème séjour, du 28 janvier au 21 février, Christiane et notre fille aînée, Laurence, sont du voyage.

L'année 2013 sera marquée par la mise en route du projet que j'avais échafaudé fin 2012: après avoir acheté un terrain de près de 8.000m2, il fallait à présent l'utiliser en construisant les maisonnettes destinées à des élèves du CEG voisin de ma maison.

A mon départ le 18 février, j'ai pu prendre ces photos... qui méritent un fameux commentaire. Mais il faut commencer par le début de l'expédition... 

 

(à suivre)...

Sous-catégories