2018

AES 

29ème voyage à Madagascar (du 10 janvier au 9 février 2018)

Grande première: je pars cette fois de Roissy Charles de Gaulle avec Air Austral, compagnie basée à La Réunion et qui me promet d’être à Mahambo en pratiquement  24h, tous trajets compris. Pari tenu, puisque, parti de Neufchâteau en voiture à 13h, je suis le lendemain à Olatra dès 14h30. Quelle économie de temps par rapport à Corsair qui me déposait à Tana, et de fatigue puisque j'évite le pire: les 9h de minibus pendant la nuit pour gagner Tamatave ... où il me restait encore 3h de taxi-brousse jusque Mahambo! Le secret? On évite l'agglomération parisienne à traverser pour gagner Orly, la même compagnie aérienne propose un billet combiné (pas tellement plus cher que Orly-Tana) avec un vol pour Tamatave aussitôt après l'atterrissage à St Denis; évidemment, j'ai aussi la chance d'être récupéré en fin de matinée par mon ami Gérard ...

Après un voyage sans histoire, je découvre que l'état de la RN5 Tamatave-Mahambo a encore empiré. Les dégâts provoqués par un récent cyclone sont encore très visibles aux alentours de Foulpointe: arbres cassés, poteaux électriques abattus, avec les fils au sol, et ce sont évidemment les petites maisons des pauvres qui ont le plus souffert ... Le ciel est gris et il n'y a pas eu beaucoup de soleil les jours précédents: les panneaux photovoltaïques ont été peu efficaces, et le congélateur ne peut fonctionner qu'une demi-heure. Vite, les premières courses, surtout de l'eau potable à la mairie: occasion de me rendre compte que tout a augmenté, surtout les légumes, y compris l'essence pour mon scooter. L'accès à ma plage préférée est difficile, tant l'eau a envahi tous les creux de la piste vers chez Véro. La mer est d'ailleurs mouvementée (trop pour pouvoir nager) et la configuration de la plage est un peu modifiée.

Mon arrivée-surprise est commentée par mes amis Malgaches, car ils ne s'attendaient pas à me revoir si tôt. Je leur explique que le temps de l'horrible mois de décembre 2017 m'a incité à revenir à Madagascar pour y passer le mois de janvier qui, depuis plusieurs années, se révèle défavorable à ma santé pulmonaire ... Le ciel est tout à fait bouché et il pleut sans cesse: je ne peux toujours pas mettre en route mon frigo. Les jeunes du campus passent dire bonjour et montrer leur bulletin de Noël, du moins ceux qui en ont un satisfaisant. Chaque jour quand elle rentre de l'école, la petite Arliny vient me montrer son cahier et on fait ensemble les petits travaux demandés par l'école. Pas de baignade vespérale, mais du jus avec les grenadelles (fruits de la passion), dont c'est la saison.

fruit de la passion En fête pour l'école

A Sahamalany, dans la famille de Juliette et Raymond, Thonia a eu un bébé, un petit Kendjo ... Je pars là-bas avec Vavrina, sa copine, et quantité de vêtements pour bébé car l'heureux événement était prévu dès novembre.

le bébé de Thonia Kendjo

Heureusement, 3 jours après mon arrivée, le soleil se remet à briller généreusement. A la plage, la mer est bonne et je peux enfin nager. Le réseau téléphonique, très perturbé depuis jeudi, fonctionne à nouveau et je peux donner des nouvelles par SMS à Christiane. Au marché, les légumes (tomates, carottes, pommes de terre) sont presque au même prix que la viande: sans doute une conséquence du récent cyclone, et de la route qui ést si mauvaise que les taxis-brousse demandent des suppléments. Le soleil après la pluie, c'est la garantie d'une végétation luxuriante. Dans mon jardin, j'observe pour la première fois un hibiscus blanc; chez Véro, des combava (de la famille des Citrus; ce sont les zestes de sa peau rugueuse qu'on utilise en cuisine créole, car son parfum est extraordinaire); chez Raoul, le jasmin de nuit, très odorant en début de soirée, et Costus speciosus , de la grande famille botanique des gingembres.

Hibiscus blanc combava

Costus speciosus Jasmin de nuit

Plusieurs élèves du campus sont malades, et ... moi aussi: sans doute les fortes chaleurs qui ont succédé à la pluie provoquent-elles une humidité maximale (95%) de l'air: mes problèmes d'asthme et de toux réapparaissent. Pour aller au campus par le chemin le plus court, il faut passer par le champ de riz de Doris et j'ai de l'eau presque jusqu'à la taille, puisque je dois même enlever mon short et traverser en slip (non, vous ne verrez pas de photo!). Je rappelle aux élèves qu'ils doivent impérativement avoir une moyenne de 10/20 à leur bulletin de Pâques, et être classés dans la première moitié de leur classe. Dès que le terrain ne sera plus spongieux, j'engagerai un jardinier pour quelques jours. Il devra bien entendu préserver mon carré d'ananas, qui s'épanouissent peu à peu.

Le jardinier Paul ananas futurs

A quelque chose, malheur est bon : avec le bois des arbres tombés lors du cyclone printanier de 2017, Faly me fait confectionner 4 nouveaux tabourets par un menuisier du village. Quand on n'est pas bien physiquement, les petits soucis matériels et les contrariétés sont montés en épingle par le "psychologique": ainsi mes ennuis avec le scooter (qui ne démarre que quand il veut bien, ne "tire" pas et s'arrête plutôt que de garder le ralenti), ou encore quand je me rends compte que les jeunes du campus ne comprennent pas grand chose lors des projections de cinéma le soir: par exemple, ils ne repèrent par les bons et les méchants dans un simple dessin animé de Tintin ... On est plus vite découragé quand la santé n'est pas au top. Cependant,  les contrariétés matérielles ont souvent une solution assez rapide dans ce pays : Gaston, un réparateur local, découvre que tous les fils des commandes du scooter ont été rongés par une souris : il faut une matinée pour les réparer un à un.

Les nouveaux tabourets Gaston répare le scooter

Comme chaque séjour, je profite d'invitations bien sympathiques chez des vazaha: la galette des rois avec du champagne chez Bénédicte et Eric, qui ont un gros élevage de poules pondeuses près de Foulpointe; chez Dominique, pour fêter nos deux anniversaires, etc. Et j'ai toujours plaisir à recevoir aussi sur la terrasse de ma maison: toute la famille de Sahamalany avec Fara et Faly, Emile et ses deux employées, etc. Quant aux autres visites, qui se succèdent an fil de jours, ce sont des enfants qui espèrent une tartine de choc, des personnes âgées qui viennent voir si je n'ai pas pour elles une paire de lunettes de lecture. Mila, qui n'a jamais parlé, et sa petite ... Mila qui commence à gazouiller - quand on sait que ce verbe en grec ancien veut dire parler ! - ou encore des jeunes de Mitsinjo qui viennent lire et dessiner sur la terrasse.

Chez Dominique Bos La famille de Sahamalany

Emile à Olatra les deux mila

Quant à Raoul et Santa, je les rencontre quasi quotidiennement, car c'est chez eux que je repasse après la baignade: c'est un moment de détente toujours apprécié, et où je peux parler en toute liberté et observer des plantes magnifiques.

Acalypha hispida Billbergia pyramidalis

C'est aussi Raoul qui a accueilli pour quelques jours, sur son grand terrain, un groupe de 72 élèves d'une école privée d'expression française de Tamatave: "La Petite Bulle", avec la directrice Mme Emmanuelle. Tous les cours et activités (variées, depuis les initiations artistiques, à divers sports, jusqu'aux sorties et voyages compris hors de Mada) ont lieu en français. Les élèves sont de familles aisées (quelle différence de frais d'inscription !) et soucieuses de l'avenir scolaire des enfants. Seul le lycée français de Tamatave est plus chic. Les élèves montent eux-mêmes de grandes tentes et assurent leur intendance.

Emmanuelle et Raoul montage de la tente

Nous avons organisé pour eux  une visite de Mitsinjo, pour que les jeunes puissent se rencontrer, à l'intérieur même de petites maisonnettes. Initiative fructueuse, je pense, pour qu'ils  puissent se rendre compte de leurs ressemblances et différences. Par exemple, lors de la projection des "Vacances du Petit Nicolas" sur un grand mur blanc près de chez Raoul, ce sont surtout les élèves qui venus de Tamatave qui riaient aux scènes comiques, car ils maîtrisent parfaitement le français, alors les jeunes de Mahambo ne le possèdent pas suffisamment et ... ont pu s'en rendre compte! Ils comprennent sans doute mieux pourquoi j'insiste tant sur la connaissance d'une langue qui n'est pas le malgache, et qui est indispensable pour s'élever dans l'échelle sociale.

Le sentier vers le campus Rencontre des jeunes sur le campus

Le groupe des jeunes ensemble

Evidemment, je continue mes découvertes botaniques et suis loin d'être au bout de mes émerveillements.

Girofle Tambourissa leptophylla

Plus sérieusement, qu'est-ce qui a changé à Mahambo depuis 10 ans que j'y ai acquis ma maison? Pas grand chose, si ce n'est le téléphone portable, qui a tendance à se généraliser ... et à rafler les petites économies des Malgaches, ce qui me rend bien triste; il y a maintenant quelques vélos-pousse, et Vavrina peut, grâce à la petite aubette construite en bord de route, vendre des beignets faits maison, des petites assiettes de pâtes, et des boissons fraîches avec l'aide de mon petit congélateur; mais globalement, la situation des indigènes n'est pas meilleure, voire pire. Le CEG, le dispensaire, les routes, la sécurité (2 cambriolages pendant mon séjour)? N'en parlons pas ...

Vélo-Pousse L'aubette de Vavrina

J'aimerais, avant de refermer cette page, féliciter encore et remercier l'équipe des adultes qui "tiennent le pot droit" au campus Mitsinjo: Fara en tout premier lieu, qui se dévoue sans ménager son temps au profit des 22 jeunes; Amélie, la gardienne, qui veille à ce que chacun soit où il doit, et assure la distribution du riz le lundi matin; Norosoa, enfin, qui ajoute la touche familiale (avec ses deux petits Fandresina et Antonio) et contribue à la propreté et même au caractère fleuri et coquet des lieux. Pour ma maison, j'ai la grande chance de pouvoir compter sur Vavrina, qui garde la maison en mon absence, pour les tâches ménagères (nettoyage, lessive) et surtout la cuisine: je me félicite de ses passages antérieurs dans les restaurants du coin , car (chut! ne le dites pas ...) le meilleur restaurant de Mahambo, à présent, c'est chez Olatra. Je m'en voudrais d'oublier Faly, qui accourt dès que j'ai besoin de lui: ses talents de bricoleur-dépanneur font toujours merveille.

Les responsables du campus Olatra le matin

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30ème séjour à Madagascar (du 16 mai au 8 juin 2018)

Alors que j'avais été totalement satisfait d'Air Austral en janvier-février, une mauvaise surprise m'attendait à l'aéroport Charles de Gaulle: on m'annonce que l'avion de St Denis à Tamatave est supprimé et remplacé par deux vols avec Air Madagascar (vers Tana d'abord, puis de Tana à Tamatave). Pas d'autre explication, sinon qu'une convention est passée depuis peu entre les deux compagnies aériennes. Ma crainte est double: que ma deuxième valise, achetée avec les points de carte de fidélité "Capricorne", ne soit pas acceptée par Air Mad - surnommée par ailleurs "air peut-être" par les vazaha. Vite, prévenir Gérard que j'arriverai 4 à 5 heures plus tard, c'est-à-dire en fin d'après-midi; or, Gérard, qui vient me chercher, déteste rouler le soir, et on comprend vu l'état de la route ... A Tana, le visa est passé à 35 € ou 115.000 ar. (au lieu de 80.000 ar. en janvier), mais il n'y aura pas de douane à Tamatave, puisqu'il s'agit d'un vol intérieur. Il fait nuit quand nous arrivons à Mahambo, où Fara, Faly et Vavrina ont  préparé un souper. Comme il y a eu peu de soleil, les batteries faiblissent bien vite. Je suis quand même très heureux d'avoir retrouvé mon petit paradis.

La première baignade, le lendemain matin, est bonne, après le " tonga soa""(bienvenue) de 4 élèves du campus Mitsinjo, qui sont déjà là pour dire bonjour. La première journée, ce sont essentiellement les courses quil' occupent: depuis le sucre jusqu'aux spaghettis, en passant par l'huile, la farine , les oeufs, les légumes, les fruits, les boissons, le riz et le charbon de bois, du sel,du poivre, etc. Le scooter, rangé en dessous de la maison, démarre du premier coup. Ouf ! Faire le tour de mon domaine aussi, où je constate que les canaux ont été curés, grâce aux hommes de Faly, et que Dominique B. a planté des arbustes le long de la façade nord. Les ananas, plantés il y a un an, ont bien poussé aussi. Un papayer s'élance près du dépotoir du fond de mon jardin (il n'y a pas de ramassage des ordures ici): il est prometteur en fruits!

L'arrière de la maison Les canaux curés

Les ananas plantés Papayer

Ma "boule chinoise",  à leds s'allllumant automatiquement au crépuscule, est installée suspendue à une tige de bougainvillier qui orne l'entrée de Olatra. Premier poisson aussi, acheté à une femme de pêcheur qui passe d'habitude chez moi: les sabres - longs poissons plats, tout à fait comme des ceintures - sont abondants pour le moment. 

Boule chinoise poissons au marché

Comme la mairie ne vend plus d'eau potable, il faut la faire venir par taxi-brousse de Fénérive, en bidons de 20 L. Cela me donne l'occasion de signaler  que les taxis-brousse fonctionnent bien et sont très efficaces: on peut s'arranger avec eux pour à peu près tout. Même choisi au niveau local, avec les vélos-pousse. On trouve maintenant des petits panneaux solaires (30 x 25 cm) + batterie, à prix démocratique, qui conviennent bien pour deux ampoules dans les petites maisons locales: j'en équipe celles de Vavrina et de Zoe. Cela permet aux enfants de faire leurs devoirs quand le soleil est couché, ce qui arrive tôt ici, particulièrement en cette saison où il fait pratiquement noir vers 17h30'.

Vélo-Pousse panneau solaire pour Vavrina

Première leçon de français au campus, où je retrouve les élèves, très gentils et accueillants, malgré leurs mauvais bulletins à Pâques. Je leur partage mon découragement provisoire et les encourage à redresser la barre d'ici la fin de l'année scolaire. Tout en les  félicitant pour leur esprit positif: devenir des garçons et des filles sympas et polis, c'est très important aussi! Aujourd'hui, pas de cours au CEG pour cause de réunion des professeurs; les 3 jours suivants, ce sera le long week-end de la Pentecôte ... Premières visites: Josiane, fille de Marcelline et soeur du petit Jean-Claude, avec son fils Toltra; Varisoa, la grande mère du petit asthmatique Agostino; Zoé accompagnée de Rivela et Mirinda: le train train déjà, quoi.

Josiane et Toltra Agostino et sa mamy

Dans la maison de Vavrina logent provisoirement un cousin et son épouse qui vient de donner naissance à un bébé de 5 jours. J'ai apporté des tenues pour tout-petits qui font merveille! Au début de mon séjour, le ciel est souvent voilé et les averses fréquentes, mais à la plage, l'eau est merveilleuse et je nage de plus en plus loin. C'est par Raoul, chez qui je repasse toujours volontiers, que j'ai des nouvelles du coin, notamment des vazaha. Il fait malheureusement noir très tôt, entre 17h30 'et 18h. Pour la première fois, je supporte un fin pull en fsoirée (oui, il fait un peu frisquet!) et je me mets dans lit plutôt que simplement dessus ... tandis que la "musique" du bal poussière au centre du village, pourtant distant de plus d'un km, c'est lancinante ... comme tous les week-ends ! C'est la saison des mandarines, des corossols et des grenadelles, pour des jus royaux au petit déjeuner, mon meilleur repas de la journée, avec un oeuf au bacon, du jambon et du fromage amenés, de la confiture (maison ou d'ici) et deux tasses de café, alors que mes visiteurs préfèrent du thé et du "beurre" (Jadida, la margarine locale) ou, les enfants surtout, du choco Nutella. C'est souvent alors qu'arrivent Norosoa et ses deux petits, Fandresina et Antonio, avec des besoins divers, par exemple une couverture (je peux comprendre!) Ou des kappas (tongs). Une expérience nouvelle: je suis invité à un grand déjeuner en pleine nature, à Sahamalany, où Faly et ses hommes aident Raymond à défricher un terrain. Il y a là aussi Thonia et son petit Kenjho, Juliette, Héry, Cynthia, Manjato, Badoda et Katita accompagnant Fara et Faly. Quel dommage d'avoir oublié mon appareil photo! Après un somptueux pique-nique sur une grande bâche, les enfants vont jouer dans un raidillon qui donne sur la rivière: pas de panique, alors chez nous les parents seraient certainement affolés!

Les vazaha s'invitent l'un l'autre, notamment pour pouvoir échanger sur divers sujets de conversation: Dominique B. (qui apporte toujours des fruits de la passion = grenadelles, en abondance) et sa compagne Hortence avaient demandé des pizzas: défi relevé par Vavrina qui, avec de simples poêles a relevé le défi et les a réussies aussi bien qu'avec un four; chez Eric, Gérard et moi découvrons une cuisine personnelle et originale; avec Santa et Raoul aussi, et bien sûr avec Fara et Faly. Emile me reçoit à Foulpointe, chez lui pour l'apéro puis à "La Cigale", le meilleur resto du coin.

Dominique et Hortence Chez Eric

Des élèves viennent lire ou dessiner sur la terrasse, des parents passent dire bonjour, parfois chargés de cadeaux (un poulet, un ananas, du riz malgache, des patates douces, des noix de coco, un corossol, etc.); Le soir, le cinéma divertira les jeunes: Ratatouille, James Bond, Danse avec les loups, en partie seulement : vous allez savoir pourquoi ...

Jeunes sur la terrasse Des fruits comme cadeaux

Dans la pelouse de Véro, que je traverse chaque jour pour aller nager, il y a des champignons, vu les averses fréquentes.

Gyroporus sp Gyroporus en coupe

On parle de grève à l'école et tout est désorganisé. Dans la nuit du 30 au 31 mai, entre 19h, moment où j'ai rangé dans ma chambre le petit videoprojecteur - juste avant l'arrivée de Raoul et Santa que je reçois pour le souper - , et 8h du matin, j'ai la surprise désagréable de voir que mes appareils électroniques ont disparu: smartphone belge, casque, tablette, videoprojecteur, disque dur externe (avec tous les documents et photos concernant Mada), et deux trousses, l'une contenant des lunettes de lecture à donner, l'autre mes accessoires (batterie de rechange, cartes micro SD, câbles divers et clés de réserve de ma maison!). Seule hypothèse plausible: le voleur, de corpulence très mince, a dû se glisser entre les barreaux de la fenêtre de chambre. D'abord découragé, je me resaisis, mais dépose tout de même à la gendarmerie locale la liste de ce qui m'a été dérobé. Peu d'espoir, bien sûr, de retrouver ce qu'on m'a volé. De plus, l'école est fermée et je ne reverrai plus tous les jeunes du campus, car il y a grève des enseignants. Celle-ci durait encore un mois et demi après mon retour. Autant dire que l'année scolaire est fortement handicapée; il semblerait même que les épreuves du BEPC (le brevet de fin de cycle secondaire inférieur) n'auront pas lieu au collège ... même si le journal La Tribune du 20 juillet  écrivait que "cette année scolaire 2017-2018 a accusé un retard de plus d'un trimestre pour les établissements publics, avec l'arrêt des cours durant l'épidémie de peste au mois de novembre, et la longue grève des enseignants. Certains enseignants tentent toutefois de rassurer que le programme scolaire serait achevé à temps pour permettre aux élèves de passer les examens officiels". Quelle misère !

Boutique au centre de Mahambo Friperie

Un mot de la situation économique: outre l'état déplorable de la RN5, rien n'a changé en ce qui concerne les écoles et le dispensaire: les locaux se dégradent sans cesse ... quand ils existent: le nouveau lycée de Mahambo, qui accueille maintenant des élèves en seconde et première, est (mal) logé près de l'école primaire publique (EPP) et voudrait construire. Où mettront-ils les élèves de terminale? Il n'y a pas d'argent et le Directeur, M. Pierrot Rafanomezantsoa, ​​cherche des "partenariats" tous azimuts ... Pendant ce séjour, le temps a été superbe, le climat plus tempéré que d'habitude et la pluie du début s'est envolée. J'ai donc bien profité de la plage, d'une mer souvent très calme, de ma terrasse accueillante, avec le fauteuil prêté par Gérard et les deux tables carrées où je reçois les visiteurs, les enfants et les jeunes du campus Mitsinjo, qui viennent volontiers profiter des livres à lire et à colorier, presque tous les jours, Arliny, la fille de ma gardienne-cuisinière Vavrina, vient demander un petit coup de main pour ses devoirs.

Plage de paul arbre de la plage

Le fauteuil de Gérard Elèves sur terrasse

Arliny et Vavrina Vavrina au dispensaire

J'aime toujours autant ma maison, avec le jardin arboré et riche en plantes et animaux, mais aussi l'ambiance au petit marché local et les habitants très gentils.

Françoise au marché Jean Connelle

Patate douce Balance au marché

Pharmacie informatique Rakotu Ratisse

Je découvre à chaque fois de nouveaux mystères végétaux, de nouvelles nourritures: les angivy sont des sortes de petites aubergines jaune verdâtre, de la famille des solanacées, qui accompagnent souvent le plat national, le romazava, mais je trouve personnellement ce légume trop amer ; encore des sortes de salades, notamment les brèdes mafane, avec leurs fleurs jaunes comme des capitules de matricaire, et dont les Malgaches sont friands; il y a aussi, essentiellement dans la pelouse de Véro, des champignons encore jamais observés auparavant.

Une grosse collybie Hygrophores

Arbre inconnu fruit inconnu

Phelsuma Pistia et sonj

Bref, un séjour qui n'a été obscurci que par le cambriolage dont j'ai été victime, car tout le reste fut parfait! C'est en novembre que je remettrai le cap sur Mahambo, en compagnie de Christiane et Armelle, une amie parisienne.

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31ème séjour à Madagascar (du 7 novembre au 13 décembre 2018)

Note: les photos prises par Armelle sont notées (A) après leur légende.

Après avoir retrouvé notre amie Armelle à l'aéroport Charles de Gaulle, nous avons la mauvaise surprise d'apprendre que notre avion Air Austral de St-Denis (Réunion) à Tamatave est supprimé : même cas qu'en mai ! On va perdre une journée parce qu'il faut attendre à St-Denis, où nous sommes arrivés à 9h, jusque 17h30 'pour prendre un vol d'Air Madagascar jusque Tana: là, les contrôles sont vite expédiés, mais nous n'arrivons à Tamatave qu'à 20h: trop tard pour Gérard, qui a heureusement été prévenu et nous prendra le lendemain matin à l'hôtel Java. Air Austral nous a en effet (ouf!) prévu un repas et un logement au Bld Joffre.

un repas à la maison le campus Mitsinjo

La RN5 est encore plus défoncée qu'en mai. Nous sommes accueillis par Vavrina, avec un repas et des boissons que Far a mises au frigo. Dès l'après-midi, nous sommes au campus Mitsinjo, où nous accueillons une dizaine de  membres de l'association de La Bastide de Virac. Il y a parmi eux une doctoresse belge, qui  a soigné de nombreux patients dans les hameaux de brousse des alentours. En plus des deux couples qui ont donné leur nom à deux maisonnettes ( Monique et Lucien / Geneviève et Michel), Corinne et Hervé proposent de prendre en charge deux jeunes de Mitsinjo! Nous les accompagnons ensuite près du marché local, où a lieu l'inauguration officielle d'un lavoir, offert par un donateur et construit par Faly. Le maire est là pour couper le ruban.

Inauguration du lavoir Inauguration du nouveau lavoir

Pour sa première baignade, Armelle découvre la plage paradisiaque à côté d'Hibiscus et à laquelle nous accédons, comme d'habitude, grâce à l'amabilité de Véro, la propriétaire. La mer est aujourd'hui un peu sauvage, sns doute à cause du "cyclone" annoncé au nord-est. Raoul et Santa nous accueillent, chaleureusement comme toujours, au retour de la plage.

une maisonnette au campus au campus Mitsinjo

Pour 10 euros, j'achète un téléphone portable de base pour Christiane, avec une carte Sim Airtel: nous pourrons, en cas de pépin, rester en contact ou appelez nos amis malgaches. On le donnera à Vavrina, à qui on a volé le sien, quand Christiane quittera Mahambo. Dès le samedi, ma gardienne-cuisinière nous entraîne, croit-elle, au karaoké. En fait, nous découvrons la discothèque à la mode: la "Paillotte", une salle au sol bétonné, est surtout fréquentée par des garçons qui boivent des bières tièdes au son d'une musique disco tonitruante; les filles sont rares, et il est bien difficile de parler avec l'un ou l'autre jeune qui manie suffisamment la langue de Voltaire et ne soit pas trop éméché. On se taille rapidement ... Le lendemain, c'est dimanche, et les visiteurs sont nombreux, qui viennent "dire bonjour" : les familles aidées passent voir si nous avons apporté des vêtements, ou demander d'inscrire leurs enfants à l'école primaire ou maternelle, ou simplement par curiosité pour mes deux compagnes de séjour. Heureusement, nous avons apporté des bonbons pour accompagner le thé bien sucré que les Malgaches apprécient beaucoup. Il fait chaud aujourd'hui, et Armelle désire voir les "Fiangonana" (église en malgache) du coin : Rhema est peu fréquentée, mais la Nouvelle Jérusalem, où les femmes sont en blanc, lui semble accueillante, avec une population assez mélangée. 

Norosoa et Vavrina Josiane et famille

Les deux jours suivants, qui précèdent notre départ en voyage touristique, sont vécus dans le calme, avec baignades matinale et vespérale, bons repas concoctés par Vavrina. Kamisy monte au cocotier nous décrocher de belles grosses noix. Je vais inscrire Arliny, la fille de Vavrina, et Mirinda, une fille de Zoé, à l'école Espérance; Toultra, le plus jeune de Josiane, ira à l'EPP; le mardi, c'est jour de marché, et Armelle et Christiane peuvent faire plaisir à nos amis malgaches, avec un vêtement ou un ustensile de ménage. Alors que je me réjouissais d'être présent pour aider Fara dans la sélection des candidats au campus, je suis confronté à la difficulté de devoir, en présence de leurs parents, refuser quelques élèves dont les résultats sont trop faibles : ils ne permettent pas d'espérer qu'ils tireront profit de leur séjour à Mitsinjo.

3 femmes en cuisine Kamisy en haut du cocotier

Le mercredi 14 novembre, nous partons donc pour une longue excursion en 4 étapes: Andasibe, La RN7 vers le sud, la capitale Antananarivo, le canal des Pangalanes près de Tamatave. Il faut d'abord rejoindre Tamatave, encore grâce à Gérard, puis prendre un minibus jusque Andasibe: nous arrivons au Feon'ny Ala - ce nom signifie "cris de la forêt", à cause du cri des Indris : voir notre premier voyage en 2004 - en fin d'après-midi, juste à temps pour observer, chose rare, une famille de lémuriens fauves au pied de notre bungalow: ils sont amateurs de litchis que nous avons achetés en route. La vue sur la forêt toute proche est superbe depuis la petite terrasse où Christiane profite du crépuscule. Dès le lendemain matin, Christin nous retrouve au local de l'association locale Mitsinjo pour nous servir de guide dans la réserve Analamazaotra. Quantité de photos de cet endroit de rêve pour les amateurs de la nature sont visibles dans le "Journal de bord", témoin de nombreux précédents passages et séjours: seul pour travailler à la réalisation de la brochure " Olatra, champignons d'Andasibe", avec Christiane et des amis (Brigitte et Raymond, en 2011 ), avec mes deux fils Nicolas et François (en mai 2015 , déjà avec le chauffeur Nina).

lémurs fulvus à Andasibe Christiane à Andasibe

Le soir, Christin nous emmène à nouveau pour une balade nocturne où nous avons l'occasion d'observer certains animaux qui ne sont visibles qu'à la nuit tombée, dont un tout petit lémurien du genre Microcebus , un caméléon et une grenouille vivement colorée . Le vendredi, nous nous repartons en promenade, toujours avec notre guide, qui affine ses connaissances en  champignons rencontrés le long du sentier. Cette fois, nous avons de nouveau de la chance, puisque nous pouvons observer à loisir une famille d'Indris, dont un petit qui est accroché à sa mère et s'exerce à sauter d'une branche à l'autre.

Christin et Paul Indris à Andasibe

Mitsinjo à Andasibe escargot à Andasibe

L'après-midi, nous prenons la route vers Tana, où nous avons réservé à l'hôtel Shangaî. Dès le lendemain matin, Nina arrive avec une Peugeot 406 vert pomme. Le prix a été convenu par mail depuis la Belgique: ce sera 35 € / jour, avec le chauffeur (sans se soucier de son logement et de sa nourriture) + le carburant du véhicule. Notre objectif: le parc de l'Isalo, puis retour par le même RN7, en faisant quelques étapes (Ambalavao, Fianarantsoa, ​​Ambositra, Antsirabe). Dès la sortie de la capitale, nous avons l'occasion d'acheter des fraises en abondance, et de constater que la piété populaire n'ést pas un vain mot dans ce pays.

Fraises le long de la route Le long de la RN7

Nous arrivons à Fianarantsoa dès le premier soir. L'hôtel "La petite bouffe" nous est conseillé par notre chauffeur, une très bonne adresse et beaucoup moins chère que le Tsara Guest House voisin. Le lendemain, nous repartons tôt, car le chemin est long pour atteindre le massif de l'Isalo. Quelques arrêts en route, cependant, nous permettent de prendre des photos : de rizières, où les différentes teintes de vert forment un superbe patchwork ; d'enfants qui sont accourus dès qu'ils ont vu que notre Peugeot se rangeait sur le bas-côté ; pour acheter un chapeau demandé par un de nos petits-enfants ; pour une brève visite, à Ambalavao, à un atelier du travail de la soie, depuis les cocons du ver jusqu'à de belles écharpes multicolores ; au (petit) parc Anja, non loin de là, où nous avons la chance de voir un Lemur catta.

rizières le long de la RN7 fillette sur la route du sud

achat d'un chapeau pour Antoine Le menu d'une gargote

Four à briques près de Fiana soie à Ambalavao

au parc Anja lémur catta

On reprend la route vers le sud : dîner à la sortie de Ihosy, puis on met le cap sur Ranohira, au pied du massif de l'Isalo, un site d'une beauté exceptionnelle, qui nous avait marqués en 2004 . La route est longue et plate, un peu monotone, et la végétation plus rare. C'est à l'hôtel "Orchidées" que nous rencontrons Ferdinand, qui sera notre guide le lendemain. Surprise: c'était déjà lui en 2004 ! Il faut prévoir la piqué-nique du lendemain, mais surtout beaucoup d'eau, icar le soleil va darder toute la journée. Au bureau du tourisme, on peut acheter les tickets et s'acquitter du salaire du guide pour toute la journée. A cause d'un gué non franchissable par notre 406, nous devons d'abord faire une longue marche jusqu'à l'entrée du parc, avant de commencer le parcours dans les rochers jusqu'à une "piscine naturelle", bienvenue pour se rafraîchir. Il faut ensuite, pour rejoindre le point suivant (aire de camping) marcher 4 km sous un soleil de plomb, sans la moindre ombre. Malgré l'eau maintenant tiède, je commence à me sentir mal et je demande un arrêt à l'ombre maigrichonne d'un petit arbre rare : repos indispensable et aspirine pour éviter le coup de chaleur, mais aussi diète pendant que les trois autres pique-niquent. Le site est impressionnant, et on atteint enfin le camping après un "escalier" très long et particulièrement pénible à descendre. Ici encore, il y a moyen de se baigner dans un coin de la rivière où l'eau est un peu plus profond. Ouf!

Notre guide Ferdinand départ en voyage dans l'Isalo

Christiane à l'Isalo tombeau dans l'Isalo

Un pachypodium baignade dans l'Isalo

En fin d'après-midi, Nina nous amène jusqu'à une attraction du lieu, près d'un hôtel chic : la "fenêtre" de l'Isalo. C'est un endroit très fréquenté par les touristes qui viennent se faire photographier, comme Armelle et Christiane, dans cette ouverture dans la roche ; on peut aussi y voir le "nez de Jacques Chirac" et surtout se laisser fasciner par les rochers multicolores, dans le soleil couchant.

La fenêtre de l'Isalo couleurs de l'Isalo

Dès le lendemain de cette mémorable promenade, nous repartons vers le nord pour pouvoir faire des étapes dans les villes que nous n'avons jamais fait traverser à l'aller. A Ambalavao, on n'a pu voir que la boutique où est vendu le papier "antaimoro", réalisé avec l'écorce de l'arbre Avola et où sont incrustées des fleurs. Comme c'est déjà fermé, c'est Nina qui nous expliquera comment cela est réalisé. Vous en aurez une bonne idée dans le compte rendu de notre premier voyage, en 2004. La ville est célèbre pour le travail de la soie, mais aussi pour ses vins. Cependant, à part le blanc moelleux de Maroparasy, les viticulteurs locaux ont encore pas mal de progrès à faire, surtout pour le rouge. Un flamboyant nous a séduits, mais aussi, en bordure de route, un petit révolutionnaire, qui arbore, autant sur sa figure que sur son sweat, sa détermination à ne pas se laisser rouler dans la farine par les politiciens de demain !

Un beau flamboyant Un futur révolutionnaire

A Fianarantsoa, ​​nous allons d'abord voir le point de vue qui surplombe toute la ville. On y rencontre un petit groupe de jeunes bien sympathiques ; Jean-Claude, élève dans un CEG de ville, parle très bien le français et mérite une aide matérielle en cette période de rentrée scolaire (retardée à cause de grèves en juin-juillet). D'autres jeunes, avides de "cahiers", nous escortent littéralement pour la viite du quartier du vieux Fiana, derrière la cathédrale. L'ambiance y est sympa et quelques belles maisons, souvent converties en boutiques d'artisanat, ont été restaurées avec des aides étrangères.

Au belvédère de Fiana Dans le vieux Fiana

Nous avons projeté d'aller loger à Ranomafana : la sortie de la ville se fait dans les trombes d'eau, dues à un violent orage avec des éclairs dantesques ; comme souvent, cela s'arrête brutalement et nous pouvons prendre une route asphaltée de bonne qualité (ce n'était pas du tout le cas en 2004 !), qui nous permet d'y arriver à la tombée du jour. Les tarifs de l'hôtel Manja conseillé par Nina sont très abordables et la nourriture est de bonne qualité et roborative. Le lendemain, plutôt que de refaire encore un parc qui ressemble à celui d'Andasibe, nous allons visiter l'arboretum, célèbre pour sa collection de palmiers. Bien documenté et bien entretenu, c'est un site enchanteur, reposant (il n'y a pratiquement que nous), et on y observe même des champignons.

Un beau palmier Une cascade à Ranomafana

C'est à l'hôtel Mania que nous faisons halte en plein centre de l'animée Ambositra (prononcez Ambouchtr). On trouve un petit réparateur de PC pour mon notebook qui "déconne", comme on dit. Dès le lendemain matin à 8h30', le petit ordinateur est réparé. Il ne tiendra que quelques jours, mais je veux souligner l'ingéniosité du jeune homme qui a accompli cela pour moins de 15 euros, et si vite ! Cette ville est surtout réputée pour le travail du bois, et particulièrement la marqueterie : c'est ici que sont réalisées les boîtes Tintin, avec les couvertures des albums bien connus ici. J'y ai aussi déniché un planisphère avec les pays du monde en différentes couleurs naturelles : un coup de foudre. On peut voir un artisan au travail, à l'arrière d'une boutique où les guides amènent leurs clients.

Une boutique informatique Travail du bois

Planisphère en marqueterie Lapins à vendre

A Antsirabe, Nina nous propose des visites chez d'autres artisans : un de pierres et minéraux (chers !), un de corne (de zébus ? Nous sommes sceptiques quant à la provenance de tous ces objets... de grande taille ! La Chine n'est pas loin...), de miniatures (on achète un petit vélo), de bonbons (chez le confiseur Marcel, le plus réputé de la grande île, bof). C'est de bonne guerre et ce type de visites fait partie du pack de tant de voyages organisés, en Egypte, Turquie, ou même en Europe ! Une dernière halte, pour souper, avant l'arrivée à Tana : les dames n'ont pas très faim (peut-être à cause des bonbons ?), et se contentent d'une soupe chinoise, mais je craque pour un tournedos Rossini, car l'enseigne du restaurant est tentante: "Au coin du foie gras".

Une fabrique de bonbons Steak Rossini

On arrive tard à Tana et on dit au revoir à notre chauffeur au Shangaï. Les deux journées dans la capitale sont confiées à l'organisation d'Armelle, qui travaille dans le monde de l'édition à Paris. Elle souhaite rencontrer des libraires, et nous allons ainsi faire la connaissance de quelques personnalités attachantes, notamment d'Annick de Comarmond, dont j'ai déjà évoqué le beau livre "Loin sous les ravenales" (à la fin du compte rendu de l'année 2016). J'ai aussi l'occasion de faire quelques achats, notamment de la vanille sous vide, à un prix curieusement bien moindre qu'à Tamatave. A côté de la librairie de la charmante Sylvie, dans le "Water front", un nouveau zoning commercial, nous avons la surprise de rencontrer Pierrot Men, le plus célèbre des photographes de Mada, dont l'atelier principal est à Fianarantsoa. La boutique d'ici est surtout une salle d'exposition de ses oeuvres. Christiane y a acheté quelques cartes postales, dont celle-ci qui illustre bien la joie de vivre malgache. Un dernier rendez-vous nous permettra, à l'hôtel Sakamanga, où nous avions passé notre première nuit à Tana en 2004, de rencontrer une directrice d'édition du Ministère de la Culture malgache : Lalao me donne quelques exemplaires de deux livres pour enfants et jeunes, au bénéfice des jeunes du campus à Mahambo.

Christiane et Armelle à Tana photo de Pierrot Men

Malgré les embouteillages (il faut une heure et demie pour y arriver!), nous sommes un peu avant midi à Ambodivona, la principale gare routière de Tana, pour le minibus de Cotisse, réservé et payé à l'avance (20.000 ar.). Il part à 12 h précises et arrive, ô merveille, à Tamatave un peu avant 20h. Notre chambre, réservée à l'hôtel Anjara, est vaste et presque luxueuse ; par contre, il n'y a rien au restaurant de l'établissement, sauf un steak de zébu au poivre vert, immangeable tant il est coriace. Par contre, l'addition est légère. Bonne nuit avec un air conditionné performant : heureusement, car il fait bien plus chaud ici qu'à Tana. Une excursion en barque sur canal des Pangalanes clôturera notre trip loin de Mahambo.

Une responsable de l'agence Elidolys est dans le hall de l'hôtel (où nous pouvons laisser nos bagages) à l'heure dite. La balade de quelques heures coûte, tout compris, 25 €/pers. C'est en tuc-tuc que nous rejoignons le port fluvial, accompagnés de notre guide Jacquot. On embarque dans une sorte de grande pirogue, pilotée par un skipper. A un endroit ombragé, tout proche de l'océan, notre guide nous installe pour le pique-nique qu'il a préparé : crudités en entrée, riz aux petits légumes et boulettes de viande hachée, mangue, avec une grande bouteille d'Eau Vive. Nous ne croisons que des Malgaches, en balade comme nous sur ce canal où circulent , sur radeaux de bambous, toutes sortes de marchandises. Retour en taxi-brousse jusque Mahambo : 3 heures de calvaire à cause de l'état de la RN5. La fidèle Vavrina est là pour nous accueillir, puis c'est Faly qui rentre de Fénérive avec ses enfants Manjato, Badoda et Katita : on partage ce qui reste dans le frigo...

Le port fluvial de Tamatave Canal des pangalanes

Un enfant le long du canal L'océan proche du canal

Les quatre journées que Christiane et Armelle devaient encore passer à Olatra seront réduites à trois, à cause d'un coup de fil d'Air Austral qui annonce que le départ, prévu le jeudi 29 novembre à midi, est avancé à 9h45' : les gilets jaunes ont frappé l'île de la Réunion ! Impossible d'être à l'heure en partant de Mahambo le jour même... Mes deux compagnes profitent au maximum des heures qui leur restent dans ma maison pour s'imprégner de la vie locale, tout en faisant la connaissance de Claudine et Noëlson : ces Orléannais sont de passage ici, où ils connaissent bien Fara et Faly. Ils m'ont plusieurs fois envoyé des médicaments à leur transmettre. On les reçoit à Olatra pour un souper très convivial, avec langoustes autochtones et "gâteries" occidentales... De mon côté, je dois procéder à la sélection des anciens et nouveaux pensionnaires du campus Mitsinjo ; c'est une tache difficile, surtout quand les parents sont présents pour présenter leurs enfants candidats. Une dernière promenade vers Fénérive, avec la jeep de Faly, en passant par Sahamalany pour voir nos amis Juliette et Raymond. Il nous faut aussi de l'eau potable en bidons de 20 L, et elle n'est plus disponible à Mahambo près de la mairie (problème technique, paraît-il, mais ici, cela peut durer longtemps).

Claudine et Noëlson Bidons d'eau potable

Les plaisirs de la plage alternent avec les émerveillements botaniques, les visites au campus, les repas avec des amis. Christiane apprécie vraiment ma maison et sa gardienne, Vavrina. Elle commandite à Faly l'amélioration de l'aubette le long de la route, où Vavrina peut faire un petit commerce de nourriture et de boissons (fraîches, vu le frigo !).

Arbre sur la plage Crinum asiaticum

Christiane à Olatra L'aubette de Vavrina

Eric et Gérard Fleurs d'hibiscus

Je vous imagine curieux de ce qu'il y avait sur la table de ma terrasse le mercredi 28 novembre, avec nos amis Eric et Gérard, pour marquer le coup avant le départ de Christiane et Armelle. Sachant que j'avais encore pas mal de "douceurs" amenées de Belgique, voici quel était le menu du jour : apéro vin blanc doux de Maroparasy / noix du Brésil, pommes séchées et pipe gaumaise / camarons flambés au pastis / poulet de chair au poivre vert et haricots verts + frites magnifiquement réussies / fromage (comté, morbier et gorgonzola avec sirop de Liège) / ananas flambé au rhum / café et chocolat. Vavrina s’est encore surpassée. Mes deux compagnes sont sur le départ, grâce à l'amabilité de Claudine et Noëlson qui rentrent à Tamatave et les y déposeront dès le mercredi 28 novembre. Elles logeront à l'hôtel La Véranda, très bien selon elles, pour être à temps à l'aéroport le lendemain matin. Des élèves du campus, avec la gardienne Amélie, se sont joints à Fara et Faly, et à nos hôtes du midi, pour leur dire au revoir. Leur voyage de retour sera sans problème.

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Resté seul, je vais m'occuper davantage des jeunes du campus Mitsinjo, notamment en allant (presque) chaque jour les rencontrer, pour mieux les connaître et leur faire un petit cours de français. J'ai renoncé pour l'instant à l'anglais, de crainte qu'ils ne mélangent tout. Les jours s'écoulent paisiblement, bien remplis par des visites diverses et des démarches au CEG, ou pour les familles et leurs enfants, sans oublier des moments de repos (lecture dans le fauteuil de Gérard, la série "The Knick" le soir sur mon notebook), de natation aussi, évidemment ; courses au village ; visites aux amis (Raoul et sa famille, Jack, Gérard, Fara et Faly à Ylang Ylang où je rencontre plusieurs de leurs clients). Grâce à la direction du CEG, quatre nouvelles inscriptions pour le campus : Brinda, Ermine et Blandine (deux soeurs) et Mirella (leur nièce !). Cependant, cette dernière ne restera pas, comme me l'a annoncé Fara dans un message reçu après mon retour, mais j'ignore pourquoi. Ce qui m'émeut toujours, ce sont les enfants, leur courage malgré la vie dure, leur fraîcheur dans leurs habits d'écoliers. Ainsi, j'ai eu l'occasion d'assister en partie à l'inauguration de l'école maternelle, avec tous les enfants en tenue de fête, les parents et les "autorités locales". Le maire, requis pour cette cérémonie, est arrivé avec près de deux heures de retard : tout le monde, sauf moi qui ai perdu patience, a attendu stoïquement, sans récriminer. La résignation du peuple malgache semble sans bornes : j'espère que le nouveau président du pays n'en abusera pas...

Arliny et la lessive Fanantenana

Debout, de gauche à droite : Mahéfa Jean, Roméo, Sergine, Rody, Brinda, Nicolas, Mirella, Blandine, Ermine, Chryno, Mandelah ; assis, de gauche à droite : Séverine, Serienne, Eminah, Serianne, Vola, Anathalicia, Joséphat.

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A Madagascar, mais aussi chez nous, le PERE PEDRO, rencontré en 2004 et 2005, est bien connu : depuis des dizaines d'années, il se bat contre la grande pauvreté, essentiellement à Akamasoa, la "cité de l'espérance", non loin de la capitale Antananarivo. Il s'adresse aux futurs "citoyens du monde entier", comme nous appelait déjà le philosophe romain Sénèque. Son parcours de vie, ce qui l'a amené à consacrer toute sa vie à Madagascar, vous l'entendrez sur le site de la Radio Chrétienne de France (RCF). C'est vraiment très instructif et vous fera comprendre, par la même occasion, le sens de mon action à Mahambo. Voici le lien : vous accéderez à ce document d'archive en copiant les 2 lignes suivantes dans votre navigateur.

https://rcf.fr/spiritualite/temoins-de-la-foi/avec-le-pere-pedro-une-nouvelle-annee-sous-le-signe-de-l-esperance?unkp=1d2c9384d8fd9bf72a8b9b26dc650b19#.XFRt2I1TsHA.email

Le Père Pedro ne pratique pas comme certaines ONG, qui viennent parachuter leur aide - pour rappel, fruit de l'argent des donateurs, sollicités par une publicité parfois harcelante ! Il vit avec les Malgaches et les associe à son projet, dont les résultats, vous l'avez entendu, sont spectaculaires. C'est le secret : il faut vivre avec les gens et le plus possible comme eux, s'adapter à eux, à leur mentalité. Sans le couple-ami Fara et Faly, que pourrais-je faire pour les enfants et les jeunes de Mitsinjo ? Financer les écolages, les frais scolaires, les frais médicaux, en partie la nourriture, c'est à la portée de ceux qui vivent dans l'aisance matérielle et peuvent partager fraternellement (que ce soit au nom de l'Evangile ou de valeurs humaines). Donner de son temps et faire ce qu'on peut pour les comprendre et les aimer, voilà qui est mieux. Et donne la vraie joie. Père Pedro nous rappelle l'importance de la formation, à l'école : discipline et travail sont les deux piliers d'une éducation réussie. Alors, le pays pourra compter sur des jeunes Malgaches qui construiront des routes et des hôpitaux...

Et je termine volontiers cette année 2018 par la définition d'un "beau geste", dans la bouche de Salvatore Curaba, un entrepreneur de 55 ans: "C'est donner sans espérer quoi que ce soit en retour, aider juste pour le plaisir de faire quelque chose pour autrui ! Finalement, le beau geste est un acte presque égoïste, on le pose car il nous procure autant de bonheur qu'à celui qui en bénéficie."

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32ème voyage à Madagascar (du 24 avril au 24 mai 2019)

 

Note: j'ai placé ici le compte rendu illustré de mon séjour en mai 2019, étant donné l'impossibilité de créer un nouvel onglet "2019" dans le Journal de Bord. Indev, mon hébergeur, a proposé de transposer tout le contenu du site dans un autre logiciel. Déjà MERCI à lui, et à vous pour votre patience...

 

La chose mérite d'être signalée: mon récent voyage avec Air Austral s'est passé comme prévu, y compris les horaires, aussi bien à l'aller qu'au retour. Grâce à ma carte Capricorne, j'avais un bon pour 8 kg supplémentaires, ce qui m'a permis de porter beaucoup de vêtements. Ce bon n'est valable que pour un des trajets, dans mon cas l'aller, puisque, au retour, je mets ma petite valise dans la grande: je ne rapporte que quelques cadeaux. Le visa touristique de 30 jours est toujours à 35 euros. A noter que le tarif pour 60 jours n'est qu'à 40 euros.

C'est encore une fois Gérard qui est venu m'accueillir à l'aéroport de Tamatave. La RN5 est plus mauvaise que jamais: on ne peut s'imaginer ici son état, mais les 90 km nécessitent 3h de route, du moins en taxi-brousse. Cela doit expliquer, en partie du moins, qu'il n'y ait que bien peu de touristes sur la côte Est.

A cette période de l'année, il fait très vite nuit, dès avant 18h, et les Malgaches... ont froid ! C'est "l'hiver austral", dont je ne me plains pas, car je peux abandonner, après deux jours (il me faut ce délai pour m'habituer à la température d'ici), l'essuie qui me sert à m'éponger régulièrement le visage envahi de sueur. Evidemment, dans ces conditions, on est vite au lit !

Le petit déjeuner est pour moi le meilleur repas de la journée, avec du bon pain que Gérard m'a acheté à Tamatave, du beurre du Score, et... ce que j'ai amené de Belgique (charcuterie, fromage, confiture). Pour ce qui est du midi et du soir, je profite abondamment des poissons frais: camarons parfois, crevettes, sabres (grands poissons en forme de ceinture) et petits poissons comme des sardines, achetés au marché le plus souvent. C'est souvent trop pour moi seul : Vavrina et Arliny en profitent volontiers !

Il faut, à chaque début de séjour, que je fasse mettre le scooter en ordre. J'y suis résigné, quoique... Cette fois encore, c'est le carburateur qui est bouché. Facile de trouver un réparateur bon marché, quand il n'y a que de la main d'oeuvre en jeu. Pour les pièces de rechange, une bougie par exemple, ce sont les prix de chez nous. L'essence, en bouteilles en plastique au dépôt local est à 4.600 ar. le litre (1,15 €), au lieu de 4.200 aux stations service de Fénérive.

Le début de mon séjour sera plutôt pluvieux, et je me suis plus d'une fois découragé de partir à la plage; pourtant, ici le ciel se dégage aussi vite qu'il ne se couvre, laissant quand même les pistes encombrées de grosses flaques, parfois impossibles à contourner. Evidemment, l'alternance chaleur / humidité convient bien aux champignons et c'est dans la pelouse de Vero, qui donne sur la plage, que j'en observe le plus: des amanites, des hygrophores visqueux, des gastéromycètes, de petits Crinipellis et des panéoles, etc. J'ai pu de nouveau photographier - ils ne sont pas rares ici - de magnifiques Phallus (= Dictyophora) indusiatus, apportés par Marguerite, à voilette jaune spectaculaire et volve gris foncé.

Dictyophora indusiataPanéole dans la pelouse de Véro

Parfois, le ciel reste couvert presque toute la journée: alors, le rendement des panneaux solaires est quasi nul, insuffisant pour que je puisse mettre en route mon congélateur-frigo; mais quand le soleil est généreux, le système fonctionne bien. Trois fois au cours de mon séjour, Gérard est passé m'apporter des bouteilles congelées qui m'ont permis de garder au frais mes provisions et les boissons.

Cette fois, Vero et son mari Paul S. sont dans leur résidence secondaire (ils habitent en temps ordinaire au Kenya): je bénéficie de leur autorisation de traverser leur propriété pour aller à la plage à mon endroit habituel. C'est l'occasion de tailler une petite "bavette", de donner et recevoir des nouvelles locales, de prendre un premier café. Ou de répondre, alors pendant le temps de midi, à leur invitation pour un repas typiquement malgache, en compagnie de Gérard et Raoul et Santa, et parfois du lémurien qui gîte à Hibiscus.

Parmi les quelques bouteilles de vin qu'on peut trouver au village, un "vin gris - Côte de Fianar" est le plus correct; on dirait un rosé, et il est d'un prix très abordable (3,5 €). Et puis, il y a les trésors que Gérard déniche à Tamatave. Un verre de vin donne évidemment du peps aux repas conviviaux, vous en conviendrez !

repas chez Véro repas malgache chez Véro

repas chez Véro suite Côtes de Fianar

Lémurien chez VéroLémurien d'Hibiscus

A la maison, c'est un défilé permanent d'enfants et de jeunes, pour des médicaments ou des soins médicaux au dispensaire, ou une visite chez le dentiste de Fénérive. Les vedettes s'appellent Paracétamol, Amoxicilline, Medrol et Ibuprofen. On en trouve aussi, bien sûr, à la pharmacie locale. Pour tous mes visiteurs, il y a une tartine (c'est le Nutella amené de Belgique qu'ils préfèrent), du thé ou du coca ("bien glacé"), des bonbons et des vêtements.

C'est la saison des avocats, dont je raffole, et des "litchis poilus", que je trouve beaucoup moins intéressants, parce que le noyau se détache difficilement de la chair, et que celle-ci est moins acidulée: il s'agit du ramboutan (Nephelium lappaceum), mais c'est un mot qu'ici on ne connaît pas ! Outre les bananes (toute l'année), on trouve à cette saison au marché: essentiellement des agrumes (mandarines, oranges et pamplemousses), des corossols - très mûrs, ils donnent un jus naturel excellent -, des zévis (sortes de pommes à chair jaune et ferme), quelques grenadelles (fruits de la passion, ici appelés "garanes") et papayes (chères!), et de rares ananas, gros et très savoureux. Quant au "fruit à pain", c'est plutôt un légume pour moi, même s'il pousse sur de gros arbres: avec sa chair, Vavrina fait de la purée ou de délicieux beignets.

Pour la première fois, j'ai eu l'occasion d'acheter - ce ne fut pas simple, je vous épargne les péripéties qui m'ont forcé d'aller en scooter jusque Fénérive - un forfait pour internet; cela m'a permis de rester en contact, y compris visuel, avec Christiane restée en Belgique, grâce à Messenger, mais aussi à consulter ma boîte de mails, et pouvoir surfer, notamment télécharger mon journal belge pour avoir des nouvelles du pays. L'application "Messenger" est téléchargeable gratuitement sur le PlayStore - le faire avant de partir, avec le Wifi - indépendamment de Facebook: c'est bon à savoir, pour quelqu'un qui comme moi suis allergique aux réseaux sociaux et à leur "dictature". Il faut évidemment acheter une carte SIM malgache (prix très bas: 1.500 ar. = 20 cts d'euro); je conseille le forfait ORANGE "Be connect" = 7 jours pour 1 Go au prix de 12.500 ar., c'est-à-dire environ 3 euros. Le bonus de 2 Go offerts doit être utilisé entre 23h et 6h du matin: les insomniaques pourront en profiter !

Chaque jour, je vois arriver le Condor, bateau qui fait la navette Ste-Marie-Mahambo, essentiellement avec des passagers qui viennent en minibus de Tamatave. Le prix est nettement plus élevé pour les touristes (vazahas) que pour les indigènes. Le bateau est à l'ancre entre 8h et 10h du matin près du "Gîte" (Mahambo Beach), non loin de l'hôtel La Pirogue.

Pratiquement chaque jour pendant le temps de midi, je rencontre les élèves du campus Mitsinjo, pour une petite leçon de français. Cette année, je me suis servi des films projetés chez moi le soir: ils ont aimé "Ernest et Célestine", "Madagascar 1", "Raid Dingue", "La Reine des Neiges", "Harry Potter à l'école des sorciers", "Kung Fu Panda", "Les Rebelles de la Forêt", et même "Les trois petits cochons", vieux film de Walt Disney.

lessive au campus Gérard sous le kiosque

Nicolas trie son riz fataper sur le feu

Autres activités avec les jeunes: un peu de natation le dimanche après-midi et la visite du CLEF (Centre Local d'Etudes Francophones), dans une pièce du bâtiment de la mairie. Il s'agit d'une petite bibliothèque d'ouvrages variés en langue française (de la BD aux livres scientifiques, en passant par des atlas, dictionnaires, albums et romans): j'ai pu inscrire, auprès de la responsable, 8 élèves du campus: la cotisation est dérisoire, mais rares sont les jeunes qui en profitent; j'y ai quand même rencontré 4 élèves du lycée de Mahambo, particulièrement causants et délurés : voilà le bénéfice des livres !

groupe pour la leçon tableau au campus

bulletin d'Anathalicia bulletin de Mirinda

J'ai eu l'occasion d'assister de nouveau à la distribution du riz, que je finance une semaine sur deux. Le gros sac de 50 kg est amené par Faly en moto puis... sur son dos, et distribué par Fara: 10 kapoks (mesure à partir d'une de boîte de lait concentré sucré, bien houppée) pour chacun dans son panier.

Faly et le riz distribution du riz

Faly suggère de remplacer la pompe par un puits. C'est OK, car ses arguments ont appuyés par le témoignage des élèves: il y a du sable dans l'eau, les tuyaux rouillent, le joint en caoutchouc doit être remplacé très souvent - normal, avec une vingtaine d'utilisateurs, les 17 jeunes + les familles de la gardienne et de Norosoa.

construction du puits le nouveau puits

nouveaux bancs au CEG classe du CEG

C'est aussi à Faly que le CEG voisin doit une dizaine de nouveaux bancs pour une des classes, bancs financés par le groupe des Ardéchois qui lui ont fait installer des latrines un peu partout dans le village, ainsi qu'un lavoir inauguré près du marché (voir photos en 2018)

Depuis l'avènement du nouveau président Andry Rajoelina, il y a moins de contrôles sur la RN5 - ils servaient surtout à obtenir un petit billet "pour arrondir les fins de mois" des pandores locaux - et les habitants sont confiants dans les réformes à venir et les promesses... de réparer la route ! Espérons qu'ils ne seront pas déçus. Chaque jour, les discours des hommes et femmes (y compris la soeur de Rajoelina) politiques qui se présentent aux législatives du 27 mai, scandent le passage de voitures-radio, dont les hauts parleurs déversent de la musique et des slogans qui ont l'air de moins intéresser la population locale que la distribution de T-shirts ou le partage d'un verre de rhum ou d'un zébu ! De toute façon, pas besoin pour moi de mettre de la musique: celle de la gargote de Suzy, de l'autre côté de la route, me sert de toile de fond quand je suis sur la terrasse…

Mandelah et Anathalicia Clotilde et Manuela

Le toit de la maison de Vavrina laissait passer l'eau à plusieurs endroits. On va le refaire: pendant 4 nuits (les hommes embauchés sont assez fantasques, car j'ai eu tort de leur donner une bonne avance), Arliny dormira dans la chambre d'amis de ma maison, mais Vavrina refuse de quitter son logis, craignant, dit-elle, les voleurs... pour ses assiettes et ses casseroles !

toit de Vavrina Vavrina inquiète pour son toit

Arliny, la fille de Vavrina, passe souvent avec ses devoirs pour de l'aide. Ce n'est pas si facile pour elle, ni pour moi d'ailleurs (!), des divisions du type 789:27... sans la calculatrice à laquelle nous sommes maintenant tous habitués grâce aux téléphones portables ! Il y a parfois aussi, surtout le week-end s'ils ne sont pas retournés dans leur famille, l'un ou l'autre élève du campus qui viennent "travailler" (lire ou colorier) sur une table de ma terrasse… La végétation de mon jardin, avec la pluie des deux premières semaines, est luxuriante à souhait.

jardin d'Olatra fleur blanche du jardin

ma boule chinoise fleur du jardin

Seul petit souci de santé : un furoncle mal placé, que je soignerai, suivant en cela le conseil de la doctoresse du dispensaire, avec un antibiotique spécifique qui le fera, dit-elle, "fondre" progressivement. il faudra quand même une 2ème boîte, mais elle avait raison... Surprise! Un matin, quand je rentre de la plage: Juliette est là, venue de Sahamalany à pieds nus (8 km quand même! Elle a quitté son hameau à 4h ce matin) pour me dire bonjour, en apportant quelques grenadelles: elle sait que j'en suis très friand. Manjato, le cadet de Fara et Faly, est là aussi, "juste pour dire bonjour", donc pas pour quémander quelque chose, comme cela arrive si souvent : ce sont des moments qui font chaud au coeur.

Juliette et Manjato Juliette et vavrina

Rencontrer des Malgaches est un de mes plaisirs favoris à Mahambo: en compagnie de Vavrina, je suis allé à la rencontre de ses "cousins", qui avaient habité chez elle en mai de l'année dernière, parce que la maman venait de mettre au monde une petite fille. C'est Vavrina qui avait amené la petite au dispensaire pour ses premiers vaccins (voir la photo en 2018). Pour un Malgache, la famille, c'est tout !

famille de Vavrina Yella

Quelques clins d'oeil encore avant de refermer ce compte rendu. Qu'apporter à Mahambo la prochaine fois ? Des lunettes de lecture pour des vieilles dames: à peine avais-je donné deux des 8 paires amenées que les clientes se précipitaient; j'ai dû ramer pour en garder une paire pour Marcelline, à qui j'avais promis... Que diriez-vous d'un four solaire dans votre jardin ? Bien pratique pour chauffer une casserole d'eau installée en son centre concave (pour la vaisselle par exemple), comme je l'ai vu fonctionner dans la pelouse de Paul et Vero. Il ne faut cependant pas oublier de le tourner au fil du déplacement du soleil; et puis, il faut du soleil ! A chaque séjour, je decouvre une fleur ou un fruit, nouveaux pour moi. Cette fois, c'est dans la haie contre la RN5 que j'ai découvert ce gros fruit, de la taille d'un citron vert allongé, avec à l'intérieur des sortes de noisettes irrégulières: les Malgaches luii donnent le nom de "pistache", mais cela ne ressemble guère à ce que nous aimons ici à l'apéritif ! Si vous tombez malade ou êtes blessé à Mahambo, et que la doctoresse est absente du dispensaire, Simonette, la sage-femme bien connue de tous, sera compétente pour vous soigner. Ici avec ma gardienne, elle m'a surpris quand elle s'est levée pour me donner quelques mandarines "pour le vazaha": agréable surprise, non ? A mon arrivée au campus, le tableau noir portait une inscription de bienvenue, avec sur une feuille de papier, le dessin de ma maison... où les élèves espéraient sans doute avoir le cinéma le soir ! Quand Gérard apporte une bonne bouteille de Bordeaux rouge, Paul, le mari anglais de Véro n'est pas le dernier à lever son verre; il continuera sans doute après le Brexit, et c'est très bien comme cela...

lunettes pour Marcelline Four solaire chez Véro

pistache malgache Simonette et vavrina

tableau au campus Gérard et son vin

J'aurais voulu vous montrer en photo, pour illustrer l’anecdote, le "personnage" capturé en fin de séjour, mais... il s'est échappé! Alors que nous visionnions justement "Ratatouille", j'ai enfin eu l'occasion, grâce à une cage en fer prêtée par Faly, d'attraper un rat - sans nul doute venu par le toit puis la fenêtre qui reste grande ouverte pendant la nuit, à cause de la chaleur - qui m'éveillait chaque nuit, en farfouillant dans les sachets en plastique qui sont sur la commode de ma chambre. Je l'avais exilé, en pleine nuit, dans mon living car il se débattait comme un beau diable dans sa prison et ne m'aurait pas permis de me rendormir. Le matin, il avait pris la poudre d'escampette, après avoir rongé le fil de fer rouillé et donc vieilli du coin de la petite cage. Il ne s'est plus manifesté la nuit suivante: sage décision, car je l'aurais sans doute de nouveau coincé ! Reviendra-t-il hanter mes nuits en novembre ?

Quand j'ai écrit cette dernière phrase, j'ignorais que, quelques jours plus tard, on allait découvrir une grave maladie à mon épouse Christiane. Il m'est donc, pour le moment, impossible de faire des pronostics en ce qui concerne l'avenir, y compris pour ce qui est de mon retour à Mahambo

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2017

Pour ce 27ème séjour (du 22 avril au 15 mai), je suis parti… en catastrophe, puisque je n’ai décidé d’utiliser mon billet d’avion que la veille du départ, sur avis positif du pneumologue. Quand je suis arrivé à Mahambo, après un voyage harassant dans sa deuxième partie (de Tana à Mahambo), mes amis là-bas ont pu constater en quel mauvais état de santé j’étais, en raison d’une conjonction entre une hernie hiatale et des crises d’asthme. J’ai d’emblée annoncé que ce serait un séjour de repos et que je ne bougerais guère, y compris pour aller au campus donner les habituels cours de français/anglais pendant le temps de midi. Gérard m’a prêté un fauteuil avec repose-pieds qui a fait merveille sur la terrasse à l’ombre. De longues nuits et une grande sieste l’après-midi m’ont fait beaucoup de bien ; couplé avec la nage matinale et vespérale, chaque jour plus performante, ce « régime » a permis à mon état d’évoluer positivement au fil des jours. Sans oublier une pollution quasi nulle, une alimentation très naturelle et d’excellents repas préparés par Vavrina… et, élément très important, un climat de bonne ambiance : les jeunes passent dire un petit bonjour, par petits groupes (ils savent qu’ils recevront leur photo, prise en novembre, un bic et un chokotoff), et viennent montrer leur bulletin de Pâques : globalement, les résultats sont en progrès par rapport à ceux du 1er trimestre et c’est donc encourageant  ; les gens sont bienveillants et souriants ; pas de stress. Par exemple, je reçois presque chaque jour l’un ou l’autre petit cadeau, notamment des parents des élèves de Mitsinjo : cela va du poulet (vivant, bien sûr) à des avocats, des grenadelles, des citrons, un pot de confiture, des goyaves rouges, ou… plus de 100 plants d’ananas que les jeunes viennent installer dans mon jardin à l’arrière de la maison !

poulet reçu en cadeau plantation d'ananas dans le jardin

Nombreuses invitations aussi, chez Gérard, Dominique, Raoul, à Ylang Ylang ou chez moi : ce sont des moments de convivialité qui valent leur pesant d’or. Les habitué(e)s viennent dire bonjour, et il y a parfois des surprises: Thonia surgit un matin; elle s'appelait Neny au moment où j'ai fait la connaissance de sa famille à Sahamalany: c'est elle qui était en couverture verso de la brochure "OLATRA" réalisée en 2006; elle est devenue l'amie de Vavrina. Il y a longtemps que je ne l'avais pas revue, depuis qu'elle avait quitté le campus Mitsinjo; elle habite à présent à Fénérive.

 

Alphonsine et le petit Maeronna Thonia en visite

La vie ici et au village est paisible, mais l’insécurité est, paraît-il, grandissante, et Faly m’oblige à embaucher un gardien de nuit : Tida sera là chaque soir à 18h jusqu’au lever du jour.

Mon scooter, qui refusait obstinément de démarrer après plus de 5 mois d’inutilisation, est pris en main par Faly puis Gaston, le « spécialiste » du village, qui fait des miracles. Comme je suis arrivé avec  une capacité respiratoire limitée, ce petit véhicule m’est vraiment nécessaire pour faire des courses au village, aller chercher des bidons d’eau potable à la mairie, rejoindre la plage et rendre visite à mes amis. Et cela même si des pousse-pousse en vélo ont fait leur apparition à Mahambo, à tarifs très raisonnables.

Le temps est beau et le climat très supportable : on est au début de la saison « froide », mais le soleil est là chaque jour : je ne connaîtrai que quelques heures de pluie, et celle-ci a souvent la bonne idée de tomber pendant la nuit ! Les pistes sont en tout cas praticables. Fait remarquable à signaler: au bout d’une dizaine de jours, j’avais déjà fait quatre visites mortuaires : une sœur (38 ans et 6 enfants) de la maman du petit Jean-Claude, le frère (36 ans) de Thierry, mari d’Amélie la gardienne de Mitsinjo et papa de la petite Vola, mais aussi deux adolescents : une fillette de 13 ans chez Martha ma voisine, et le frère (18 ans) d’un des jeunes du campus (Mahéfa Jean), à Sahamalany, apparenté à la famille de Juliette et Raymond. Comme chaque fois, pour manifester ma solidarité, je fais une visite à la mortuaire, avec une enveloppe pour aider concrètement la famille en ce moment difficile.

C’est la saison des agrumes : au marché, les mandarines sont à un prix défiant toute concurrence ; elles donnent un jus pur de goût délicieux, tout comme le corossol et les grenadelles (fruits de la passion). C’est Evariste, le tout jeune frère de Vavrina, qui monte au grand coco qui salue les visiteurs à l’entrée du jardin (photo) : le lait de coco se marie très bien avec le rhum blanc ou même un filet de pastis… C’est aussi la saison des avocats ; plus ronds et plus gros que ceux qu’on peut acheter chez nous, ils sont délicieux au naturel, sans même de vinaigrette. On trouve aussi des ramboutans, que les Malgaches appellent improprement le « lychee chinois » ou « lychee poilu ». Je découvre également les vertus de mon congélateur-frigo : le filet de zébu, curieusement au même prix que le haché ou de grasses carbonades, devient tendre au bout de 2 à 3 jours. La viande reposée, c’est le secret… Les petits poissons du marché sont certes moins prestigieux que les gros qui sont vendus « au pont » par les femmes des pêcheurs, mais ils ne coûtent pas grand-chose, puisqu’on peut en avoir une friture pour 0,50 €. Parfois, des femmes passent avec un bassin de crevettes ou même une anguille… de mer : c’est une découverte, tant la différence avec celle de rivière (au menu des petites gargottes où s’arrêtent les taxis-brousse sur le trajet Tana-Tamatave) est patente ! Non loin de chez moi, un couple de Réunionnais s’est installé : Serge et Marie ont développé un élevage de volailles : on peut leur acheter des poulets de chair… tout plumés, des œufs de caille et une terrine de volaille au poivre rose : un délice que j’appelle le « foie gras » de Mahambo !

Evariste dans le cocotier Vendeuse de vêtements dans le jardin

Les grandes nouveautés de ce séjour sur le plan matériel sont un nouveau matelas bien plus confortable que les « mousses » habituels ; la distribution d’eau est maintenant disponible et Faly a raccordé la maison… avec un compteur qui mesure, comme chez nous, les m3 utilisés. Je n’ose pas la boire comme les Malgaches, mais elle est parfaite pour la douche : finie l’eau brune peu engageante ! Quant aux petits problèmes matériels qui se déclarent fatalement de temps en temps, ils sont vite résolus par Faly, mon ange gardien : c’est pratique ! Evidemment, j’ai découvert les dégâts causés dans mon jardin par le cyclone de mars : 3 hauts eucalyptus se sont abattus, heureusement sans tomber sur la maison : je leur sais gré de cette délicate attention ! Dans le jardin, les bougainvillées et les cordylines sont en fleurs.

Visite de parents d'élèves Cordyline en fleurs

A l’école REAMA d’Antsikafoka, Charlin a mis en route la reconstruction de deux locaux de classe qui se sont effondrés à cause du cyclone : quand j’arrive à l’improviste, deux parents sont en train de travailler à la toiture : il est bon de voir que, si les vazaha (Gérard et moi) financent les matériaux, les parents des élèves sont aussi partie prenante en donnant de leur temps pour la main d’œuvre.

A l'école Reama: reconstruction Visite à l'école Reama

Au bout d’une semaine, j’étais en bien meilleure forme et j’ai pu reprendre les petits cours au campus Mitsinjo, ainsi que les projections de films le soir à la maison… pour les 25 jeunes, dont plusieurs n’ont ni chaise ni tabouret. « Les vacances du petit Nicolas » ont eu beaucoup de succès ! Voici ce que j’ai écrit alors dans mon « Journal de bord » tenu chaque jour sur mon petit notebook:

« Quand je suis arrivé, il y a juste une semaine, j’étais vraiment en mauvaise santé (asthme + reflux avec toux + diabète), mais animé par l’espoir d’une amélioration suite à une prochaine opération de la hernie hiatale. Au fil des jours, grâce à la cortisone sans doute, mais aussi et surtout à cause de ma qualité de vie ici (air pur, liberté, exercices de natation, qualité de l’environnement humain, alimentation saine), mon état s’est amélioré de jour en jour. Mais il y a plus : je me rends compte que ce qui m’équilibre ici, c’est le sentiment qu’on a besoin de moi… et que je peux avoir une efficacité – grâce à de l’argent bien sûr – auprès des gens et surtout des enfants : leur offrir des vêtements, leur acheter des kappa (tongs), faire des tartines le matin est un plaisir ; sans oublier mes amis vazaha (Gérard, Raoul, D. Bos, Eric,…) et malgaches (F. et F., Vavrina, Raymond et Juliette, Joue, etc.), dans une ambiance détendue, sans aucune méfiance ni agressivité. Le sentiment de liberté est vraiment grand, et je me rends compte à quel point j’en ai besoin, et que mes deux séjours annuels me dilatent le cœur… »

En relisant cela, que je vous confie en toute simplicité, je me rends compte que, décidément, là est le secret le bonheur ; dire que « tout ce qui n’est pas donné est perdu » semble un fameux paradoxe, mas c’est pourtant une réalité à expérimenter. Par exemple, avec des personnes âgées, qui passent demander un médicament ou une paire de lunettes de lecture, un pansement ou un vêtement : leur satisfaction est tellement visible que j’en éprouve encore plus de plaisir qu’eux.

La pluie provoque l’apparition de champignons, surtout dans la pelouse que je traverse pour atteindre la plage. Il y a des amanites blanches, des agarics, de minuscules marasmes, des gastéromycètes aussi, mais cela n’a rien d’étonnant car ce sont des espèces qui aiment le sable.

Une dernière chose : Corsair semble avoir repris l’habitude de transiter, à l’aller comme au retour, par St Denis de La Réunion. Cela allonge de plusieurs heures le temps du voyage Antananarivo-Orly, et il faut savoir que les contrôles à l’entrée de La Réunion (c’est-à-dire en France !) sont extrêmement tatillons. Attention : n’achetez rien aux boutiques « hors taxe » de l’aéroport de Tana, car tout liquide, même emballé d’un plastique scellé, est confisqué parce que dans le bagage à main !

Amanite blanche chez VeroMamymarinette et Vavrina

Je dois signaler un livre, découvert grâce à Gérard, et commandé facilement chez Amazon : « Comprendre les Malgaches », essai et récits interculturels, est l’œuvre de Loïc Hervouet. C’est un livre qui vaut vraiment la peine, truffé de mots et d’expressions en langue locale, aussi bien pour le touriste qui se prépare à découvrir Madagascar que pour le vazaha habitué de la Grande Ile. On y apprend des tas de choses sur la mentalité d’un peuple accueillant, mais qui a aussi envie de respect et de considération pour ses traditions. En voici quelques extraits :

* Le prologue présente « Madame à Madagascar », triste histoire vraie du comportement à ne pas avoir là-bas. Ce texte fort se termine par : « Madame n’est pas faite pour les mondes des pauvres. Madame devrait veiller à ne toujours voyager que chez ses semblables et à ne toujours découvrir que ce qu’elle connaît déjà. Madame n’aurait pas dû venir à Madagascar. Voyage. Ratage. Naufrage. Dommage. »  

* Les chapitres expliquent l’importance des morts et le culte qui leur est rendu, la croyance forte dans le monde des esprits, des fady (interdits divers), l’importance du fihavanana (bonnes relations, art de vivre), la conception du temps (et le mora mora), très différente de celle des Occidentaux, de nombre d’éléments culturels spécifiques (dont la passion pour les discours), etc.

* Deux chapitres m’ont beaucoup intéressé : le premier y explique comment les Malgaches voient les vazahas, ce qu’ils ressentent à leur contact ; le deuxième s’intitule : « Vazaha, tiens-toi bien ! » et donne aux blancs une bonne quinzaine de conseils de savoir-vivre pour avoir un comportement approprié au milieu de gens qui… nous accueillent et sont chez eux !

Les parents des 4 soeursVavrina et son neveu Antonio

Quand est-on "digne" aux yeux des Malgaches ? Quand on a mangé du ravintoto (feuilles de manioc pillées) et bu du ranon’ampango (sorte de thé de riz brûlé) ; quand on ne peut pas s’empêcher de marchander ; quand on sait qu’on peut acheter (en vrac évidemment) un demi-quart d’huile ou de sucre ; quand on sait qu’un Bonbon anglais n’est pas un bonbon mais une limonade endémique, quand ont sait que la THB est une des meilleures bières du monde ; quand on sait prononcer d’une seule traite le nom entier de l’actuel président (Rajaonarimampianina) ; quand on sait que Madagascar est un pays avant d’être un dessin animé, qu’il y a des gens qui ne sont pas des lémuriens, qu’il n’y a ni lions, ni girafes, etc. ; quand on n’est pas choqué qu’un troupeau de zébus occupe toute la largeur d’une route nationale ; quand on a déjà mangé de la viande emballée dans du papier journal (j’ajoute : ou une feuille de bananier), etc. (pp. 110-113).

Le livre se termine par « Récits et histoires vraies » qui croquent diverses situations et anecdotes qui éclairent l’un ou l’autre élément de la mentalité des gens de ce pays, chers aux yeux de l’auteur. Si chers qu’il a peu évoqué des aspects moins positifs de la vie malgache, comme le dieu « vola » (argent) ou la jalousie qui parfois déchire des familles pourtant très liées. La «sagesse des proverbes » malgaches est le dernier chapitre et il vaut le détour ! Une riche bibliographie couronne cet ouvrage fascinant., que je vous recommande chaudement.

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28ème voyage à Madagascar (du 6 novembre au 4 décembre)

Les contrôles à l’aéroport sont de plus en plus tatillons, et il est bon d’arriver bien à l’heure, c’est-à-dire environ 3  heures à l’avance, ce qui fut mon cas malgré une manifestation de forains qui bloquaient l’autoroute : bref, la région parisienne est un sérieux problème pour l’accès à Orly. Corsair est bien à l’heure et le visa pris à Ivato toujours à 25 euros (ou 80.000 Ar.) pour un maximum de 30 jours. A chaque arrivée à Tana, je vais vérifier aux comptoirs de Airtel et d’Orange si mon téléphone est encore en ordre avec la petite somme laissée sur chaque carte SIM à mon départ du pays, puis je passe chez Socimad pour changer de l’argent (cette fois, l’euro vaut 3.550 Ar.). Je file chez Cotisse à la gare routière d’Ambodivona pour acheter mon billet pour le dernier minibus, celui de 20h30’, et arriver à Tamatave le plus tard possible : les conditions d’attente y sont assez glauques, car les bureaux de la compagnie sont fermés et je suis bloqué sur le trottoir avec mes valises en attendant dans la nuit de pouvoir bénéficier d’un taxi-brousse en direction de Fénérive (N5). J’en profite pour acheter dans la foulée mon billet retour de Tamatave à Tana, cette fois pour le premier départ de la soirée parce que Michel, le jeune pharmacien rencontré en ... viendra me chercher dans la nuit pour me conduire chez ses futurs beaux-parents et me permettre de me reposer dans un lit avant l’avion Tana-Orly.

Quid de la peste, agitée comme un épouvantail par mes amis pour me dissuader d’aller à Mada pour le moment ? Comment renoncer à mon billet bon marché, qui à cause de cela ne permet pas de modification ? Sans oublier ma forte motivation pour rencontrer les élèves du campus au seuil d’une nouvelle année scolaire. J’ai obtenu de mon médecin traitant des masques médicaux et une prescription pour un antibiotique spécifique... avec lequels je suis rentré, car là-bas rien n’indique qu’il y ait épidémie, à part la fermeture des écoles pendant 3 semaines et un contrôle à la hauteur de Foulpointe : tout le monde descend du taxi-brousse et passe au test de la température, puis on remonte et… c’est tout. Au retour à Ivato, contrôle dans l’aéroport (parce qu’on quitte le pays ?) : certains prétendent que l’Etat malgache a besoin d’argent, et que l’OMS et diverses ONG vont ainsi financer… la prochaine campagne électorale présidentielle ! Si c’est avéré, c’est une honte, car les hôteliers de la côte Est ont témoigné d’annulations de réservation. Ce sont donc, comme toujours, les habitants qui trinquent.

Après un voyage long et éprouvant, tant la N2 est mauvaise (il faut maintenant 8h30' pour faire les 365 km qui séparent Tamatave de Tana), je trouve facilement un taxi-brousse qui me dépose à Mahambo après 3h de route (pour moins de 90 km !) : jamais je n’ai vu la RN5 en si mauvais état : je doute qu’une voiture normale puisse encore s’y risquer, surtout s’il a plu et qu’on ne peut savoir la profondeur des innombrables trous entre lesquels, quand c’est possible, les 4x4 slaloment.

 

Ma maison est accueillanteLe gros palmier en fruits

Quand j'arrive enfin à Olatra, Il est 8h et ma fidèle gardienne Vavrina est là, bientôt rejointe par Fara et Faly, Amélie et Gérard, Norosoa et ses deux petits. Après un réconfortant petit déjeuner (avec ce que j’ai apporté !), il faut faire les premières courses - il faut se réapprovisionner en tout, même en sel et sucre - puis affronter… ce qui ne va pas dans la maison sur le plan « technique ». Ainsi, cette fois, c’est la canalisation d’adduction d’eau qui est bouchée, mais rapidement réparée par le fontainier de la mairie, qui préfère le whisky à l’eau : heureusement, je garde toujours de petites réserves dans les deux coffres des chambres ! Après une longue première nuit réparatrice, le vie s’organise entre baignade à la mer, Raoul qui me met au courant des nouvelles du coin, Ylang Ylang, le campus, et ma maison où les visiteurs sont toujours aussi nombreux, notamment des femmes avec jeunes enfants : elles savent qu’une de mes deux valises est consacrée à des vêtements !

Dès les premiers jours, j’inscris 3 enfants dans les écoles de Mahambo. Vavrina souhaite pour sa petite Arliny (8 ans), l’école privée de « Flamme de Dieu » : il s’agit d’une secte religieuse dont le pasteur est en même temps directeur de l’établissement. L’ambiance du lieu et les propos de Mr Haja me rassurent ; je décide de payer tout ce qu’il faut pour l’année scolaire entière, pas tellement plus chère, du moins à mes yeux, que les frais dans l’enseignement public. Il y aura aussi Kamisy, fils de Françoise, qui avait arrêté l’école sous l’influence de son frère Evariste ; celui-ci, malgré de bons résultats, n’en veut plus. Kamisy seul est réinscrit à l’EPP (école primaire publique). La 3ème inscription sera celle de Fandresina, fille de Norosoa et Fano (le jeune couple qui habite au campus la maison « Marité et Marcel »), à l’école maternelle, bien gérée et dont les frais sont comparables à ceux des écoles primaires. De plus, les enfants y reçoivent à manger le midi. Ce qui est le plus coûteux, ce sont les équipements de type vestimentaire. Outre l’indispensable petit tablier de couleur (ici, le jaune poussin), il faut une tenue de fête (jupe grenat et chemise blanche) et même une tenue pour le rassemblement du lundi (T-shirt blanc et jupe jaune poussin) ! 

 

enfants Norosoa Arliny pompe

Zoe me montre avec fierté sa « nouvelle maison » : en avril, j’avais pu constater avec Faly qu’elle était prête à s’écrouler, et j’avais décidé de remédier à cela, étant donné que la famille de Zoe (Celandry, Mirinda et Rivela + la grand’mère Todisoa) est une des cinq que je parraine depuis de nombreuses années. L’extérieur est fleuri, notamment de superbes cannas, et l’intérieur est frais et accueillant. Cela ne ressemble plus aux conditions d’hygiène déplorables d’antan, quand j’avais demandé que l’on recule la clôture pour les zébus dont les déjections souillaient le mur arrière…

maison Zoe Zoe devant sa maison

sur le sentier vers le campus Plantation de manioc

Dans la mesure du possible, je vais chaque midi au campus Mitsinjo, à pied ou, plus rarement, en scooter : le chemin est plus long car il faut passer par le terrain de football. A pied, je grimpe pès de la petite épicerie de Doris et le long d’un champ planté de manioc, puis, à la hauteur d’un anacardier en fruits (c’est la première fois que je vois la noix de cajou dans cet état), je redescends en longeant une pompe abandonnée – don « luxueux » d’une association française : a-t-elle jamais été utilisée ? -, et traversant enfin un champ à la riche terre noirâtre plantée de riz : quand il pleut, l’eau y stagne volontiers, ce qui est excellent pour la croissance du riz. Petite leçon de français et d’anglais, sans oublier un peu de calcul, à l’aide du tableau. Les 22 élèves de cette année ont reçu chacun un petit cahier où ils en notent le contenu. Les tables de multiplication et les pourcentages ne sont pas encore bien intégrés, alors que certains jeunes sont déjà en 4ème année du secondaire. Le soir, ils profiteront du « cinéma à domicile », avec des dessins animés ou des films de fiction. J’ai dû racheter 4 chaises pour que la plupart puissent être assis. J’ai repris aussi la tradition d’aller baigner avec les volontaires le dimanche à 17h, quand ils rentrent à Mitsinjo pour être à pied d’œuvre le lundi matin pour l’école au CEG voisin.

anacardier en fruits Pompe obsolète

Groupe d'élèves au campus Les familles du campus

La communication avec Christiane semble plus difficile que lors des autres séjours : les SMS ne passent qu’une fois sur deux, ce qui renforce mon impression que la situation du pays patine sur le plan matériel, et il ne s’agit pas que des routes…

Ici, je me sens en bonne santé, même si certains jours, il fait si chaud que toute activité physique est difficile : c’est alors l’occasion de profiter de ma terrasse bien ombragée et du fauteuil que me prête Gérard, pour de la lecture ; pour la nourriture, pas de problème. Il y a toujours du poisson, sinon au pont, du moins au marché, quand ce n’est pas d’une femme de pêcheur qui, me sachant intéressé, passe presque chaque jour avec son bassin sur la tête ; au marché, il y a maintenant du porc chaque jour et au moins un des deux bouchers pour le zébu. Les légumes sont abondants et suffisamment variés. A l’épicerie, je peux acheter des spaghetti, des œufs, de la farine (pour des crêpes), du lait concentré sucré, et toutes sortes de boissons, dont des bières variées.

Parmi les visites, des femmes âgées qui demandent des lunettes de lecture, ont besoin d’un pansement ou d’un médicament, de désinfectant type iso-bétadine ou encore d’une pommade pour soigner les brûlures. Un des élèves de Mitsinjo avait suffisamment de fièvre (plus de 38°) pour que l’infirmière de Simonette, la sage femme du village, présume une attaque de paludisme ; il a fallu faire des piqûres avec diverses petites fioles achetées à la pharmacie locale, sans oublier seringues et aiguilles ! J’ai même dû apporter le désinfectant nécessaire pour les injections ; et le traitement a eu lieu dans un local que vous ne pouvez imaginer… Une autre fois, c’est une grand’mère qui passe avec le petit Agostino ; au dispensaire, la doctoresse diagnostique de l’asthme bronchique : je me sens tout d’un coup solidaire de ce petit garçon et, comme j’ai avec moi les médicaments qui conviennent, je les confie à Fara qui les gérera (encore cela en plus, la pauvre !) par la suite, quand ce sera nécessaire. 

Parfois, un orage terrible, surtout pendant la nuit, laisse des flaques d’eau sur la piste. Curieusement, le lendemain matin vers 6h30’, la mer peut être très calme et le plaisir de la natation est total, tant la température est délicieuse. Quand le soleil est au zénith et donne à plein régime, je sens mes panneaux solaires se trémousser et les batteries supportent sans peine que le congélateur (vertical, c’est nécessaire) soit en marche pendant environ 5 heures par jour, suffisamment pour avoir toujours du frais à l’intérieur. C’est surtout pour les boissons que c’est grandement appréciable, mais aussi pour la viande qui, maintenant reposée, est bien plus tendre, sans oublier le poisson excédentaire et mes petits apports européens.

Le kapok de riz (mesuré avec une boîte de lait concentré) coûte à présent 500 Ar. Une semaine sur deux, j’assume 10 kapoks pour chacun des 22 élèves qui ont ainsi leur nourriture de base du lundi au vendredi ; le week-end, ils rentrent en famille et sont assumés par leurs parents. Le midi, au retour de l’école, ils préparent chacun leur nourriture, après avoir récolté et fendu du bois, allumé le feu (oui, Johnny), épluché les quelques légumes qu’ils ont ramenés de chez eux ; puis ils font leur vaisselle, en nettoyant l’extérieur de leur casserole avec leur pied nu et du sable : cela fonctionne très bien !  Ils profitent aussi d’un ballon donné par Nicolas et regonflé par Faly : Chryno admire particulièrement le N° 10 de l’équipe d’Argentine : vous connaissez sûrement Messi.

kapok de riz Tri du riz

cuisine à Mitsinjo Quenio prépare son repas

Le litre d’essence coûte, au village, 4.000 Ar. le litre, un peu plus cher (200 Ar.) qu’à la station service de Fénérive, mais Jean Connelle s’est pris d’affection pour son client vazaha, et c’est un plaisir d’aller acheter régulièrement 3L d’essence. Pour la majorité des Malgaches, c’est trop cher d’entretenir même un petit scooter comme le mien. 

scooter au campus Visite de parents

Je reçois de temps en temps des parents des élèves du campus, avec qui je partage du thé et qui m’apportent un petit cadeau : 3 citrons, un ananas, des litchis,… J’invite aussi, le midi ou le soir, mes amis Fara et Faly, Raoul, Gérard, la famille de Sahamalany (dont la fille Thonia, celle qui est sur la couverture de la brochure OLATRA (2006) attend un bébé pour très bientôt), et j’ai l’occasion, en allant partager un repas avec d’autres vazaha, d’apporter chez Dominique Bos un plat de champignons : ces gros bolets noirs, récoltés près de chez le gardien de Véro où je vais me baigner chaque jour, sont proches de notre cèpe appelé « tête de nègre » ; après les avoir testés en petite quantité (avec Raoul et Faly), ils sont décrétés comestibles, car Vavrina les a même trouvés délicieux. Elle m’affirme qu’ici personne ne les connaît ni ne les mange, ce que semble corroborer le fait que Rakotu, le gardien de Vero, ne les récote pas. C’est tout un plat qui est partagé ici, un samedi midi, cuits dans l’huile à la poêle, au naturel. A Foulpointe, mon ami Emile me reçoit à « La Cigale », un nouveau restaurant chic de Foulpointe.

gros têtes de nègre repas chez D. Bos

cuisson des bolets Fataper à Mitsinjo

La saison des litchis commence : ils sont en retard cette année, et il y en a moins, un seul pour tout dire dans l’arbre du jardin, planté en 2010, mais défavorisé dans sa croissance par le jacquier trop proche qui était déjà là quand j’ai acheté la maison en 2008. J’en recevrai cependant suffisamment pour faire de la confiture et du rhum arrangé. Les litchis sont un fruit très sucré et acide à la fois, donc savoureux ; leur seul inconvénient, c’est que la circulation sur la route est décuplée : c’est un incessant charroi de camions et camionnettes, y compris la nuit. 

coleus au jardin Grosses fleurs blanches

Alors que je surprends la petite Arliny faisant le geste, machinal pour les enfants malgaches, de casser les fleurs d’un beau « vieux garçon » (sorte d’ortie rouge du genre Coleus), je dois me dépêcher de photographier une autre fleur, comme un gros lys blanc qui risque de subir le même sort ; les Allamanda de la haie poussent plus en hauteur et sont moins exposés au vandalisme. Quant à vavrina, je découvre son amour pour les fleurs quand elle me fait la surprise d’avoir garni deux pots qui ornent les escaliers extérieurs. L’excellent livre de Jacques Segalen, « Plantes et fruits tropicaux des îles de la Réunion et de Maurice », me permet de progresser dans la connaissance de la végétation locale à chaque nouveau séjour. 

Allamanda cathartica Sur les escaliers

Vavrina dans le jardin régime de bananes

Il m’a fallu aller deux fois en ville, à Fénérive, pour renouveler l’assurance de mon scooter et acheter des épices « chez Jim ». A l’aller comme au retour, le taxi-brousse est tombé en  panne : comme on n’était pas loin du centre, j’ai pu achever la route aller avec un pousse-pousse, et au retour (1h pour 15 km, à cause de l’état de la route et du véhicule, sans compter les fréquents arrêts), ce fut… à pied. Un « détail » d’importance à préciser : j’avais entre les jambes le bidon servant de réservoir d’essence, relié par un mince tuyau au moteur sous le capot. On se sent vivre ! 

Ardéchois au campus 4 soeurs pour une maison

Container des Ardéchois Container des Ardéchois (distribution)

Les Ardéchois de Labastide-de-Virac, qui sont venus installer des latrines dans le village, sont arrivés et mangent à Ylang Ylang. Je les rencontre et les invite au campus et à la maison, comme l’an dernier. Surprise : ils m’annoncent avoir envoyé tout un container avec des livres, des vêtements, etc. destinés aux gens de Mahambo et notamment aux jeunes du campus et aux familles que je parraine. C’est après mon départ qu’ils ont pu récupérer le contenu du container à Tamatave, avec le maire du village et la précieuse Fara, qui a dû, tâche délicate, procéder à la distribution : Gérard m’a envoyé des photos.

Fara au gros bolet Pycnoporus sanguineus

Mon scooter a vaillamment tenu jusqu’à la fin de mon séjour ; il me lâche 3  jours avant mon départ, mais l’ingéniosité des petits réparateurs malgaches est prodigieuse : il s’agit du carburateur, qui se bouche ; je suis reçu en urgence en fin d’après-midi – le mécanicien avait déjà fini sa journée -  en une demi-heure et pour 3 €, c’est démonté et nettoyé, puis remonté et… je peux repartir tranquille. A la fin de chaque séjour, on fait les comptes Fara et moi. Elle est très méticuleuse pour tenir son cahier de dépenses à jour, et me garde toutes les factures (achats, réparations, médicaments,…). Je prends une nouvelle fois conscience de tout le travail qu’elle assume quand je suis absent et de ma dépendance d’elle pour tout ce qui concerne ma maison, les salaires (ma gardienne, la gardienne du campus), l’achat et la distribution du riz au campus, les problèmes médicaux, les papiers administratifs nécessaires, etc.) ; quant à Faly, c’est l’homme précieux pour l’entretien de ma maison, du matériel indispensable pour mes séjours (gaz, panneaux solaires, congélateur, scooter, etc.) : efficace et compétent. Merci, mes amis de Mahambo !

nid de guêpes-remorque Orchidée près de la terrasse

Enfants avec Alphonsine Veny et 3 enfants

Me voilà déjà à la fin de ce 28ème séjour, reparti vers Tamatave avec la voiture de Gérard, qui y fera ses courses à l’occasion. On a remonté le scooter dans le living et je partage le reste des vivres périssables entre Faly, Vavrina, Norosoa et ses enfants. En prévision de la froide Europe, Il faut réenfiler un long pantalon, des chaussettes dans des souliers, et fermer les deux coffres où je laisse certains objets personnels, car ma maison sera louée à une famille malgache pour les fêtes de Noël. « Partir, c’est mourir un peu » se vérifie chaque fois que, ému, je quitte mon petit paradis que, peut-être, je ne reverrai plus. Quelques courses au « bazar be » de Tamatave, avant le minibus Cotisse de 19h ; il sera 3h45’ du matin quand Michel, le jeune pharmacien de Tana, viendra me chercher à la gare routière. Je peux dès lors me reposer chez ses futurs beaux-parents en attendant de gagner l’aéroport en début d’après-midi. Vol Corsair vers La Réunion, puis Paris Orly. Après 48h, je suis à la maison.

Les deux amies: Zoe et Vavrina La famille Ravalison

 

 

Je vous livre ici ce que j'ai écrit dans mon journal de bord du 22 novembre:

Malgré un léger mal de dos (que je soigne deux fois par jour dans l’eau de mer), je suis très heureux ici, parce qu’en bonne santé (pollution quasi nulle et nourriture bio) et avec le sentiment d’être chez moi et… utile. J’ai déjà inscrit, après 10 jours, 3 enfants à l’école (Arliny, Kamisy et Fandresina) ; ma pharmacie est sollicitée quasi chaque jour. Sans oublier les bons moments passés avec nombre de vazaha et Malgaches : Gérard, Fara et Faly, Raoul et Santa, Eric et Bénédicte, Emile et son Adeline, Vavrina (qui, quand elle ne chantonne pas, rit volontiers quand je blague), Zoe, Alphonsine et la chaleureuse Vény, même Josiane la brûlée à qui j’ai pardonné son « incartade » avec le dentiste. Sans oublier Rakotu, le nouveau gardien de Véro, Jojo l’enthousiaste de Chartres ; même le revendeur d’essence, Jean Connelle est sympa. Je vois passer sur la route les gens qui se précipitent dans les églises et les sectes : l’esprit critique ne règne pas ici, c’est vrai, mais c’est un peuple pacifique, comme les neo-chrétiens décrits par Douglas Kennedy dans « Au pays de Dieu ». C’est quand même autrement mieux que les « fous d’Allah », qui s’en prennent de façon indifférenciée à des innocents ! Ce 22 novembre, j’ai vraiment pris conscience, comme rarement, de la chance que j’ai de passer ici quelques jours de bonheur intense. Même si c’est un sentiment subjectif plutôt qu’une réalité mesurable, je me sens très heureux, en vivant intensément chacun de mes gestes matinaux (même boutonner ma chemise), en entendant chanter les oiseaux et le bruit de la mer sur la plage, en profitant de tout ce que je vois (le parterre de pervenches de Madagascar, près de chez Rakotu), entends, sens (les bouses des zébus, les odeurs de feu), touche (un vieil Astraeus hygrometricus les pattes en l’air) gratuitement, ayant la jouissance des choses sans en avoir les contraintes si j’en étais propriétaire ; je me ressens comme Job : aurais-je son courage de dire « Dieu soit loué », si tout cela venait à disparaître ? Je nage bien, maintenant, ménageant mes efforts. Il fait bon et je ne transpire pratiquement plus. Mon scooter démarre au quart de tour, je me réjouis des Asystasia gangetica qui parsèment la pelouse de Véro au milieu des « atafa » des Terminalia catappa, des litchis sont là sous me yeux ou donnent leur parfum acidulé à mes papilles, les mangues au marché sont délicieuses, Vavrina est une cuisinière hors pair, les enfants sont beaux, je lis un roman agréable, les Ravenala de mon jardin sont d’une orgueilleuse santé, les palmiers bruissent dans le vent et le soleil réapparaît sans cesse… Je n’en reviens pas de toute la beauté qui m’entoure.

2012-Suite

C'est toujours émouvant pour moi quand quelques amis m'attendent à l'arrivée du taxi-brousse. Pourtant, il faut agir dès la montée des escaliers: Antoine s'est coupé au bras avec sa borzina (machette) et il faut déjà faire appel à la doctoresse Toky. Le soir, cinéma pour les volontaires, sur le mur du living. Comme il a plu toute la nuit, le bain matinal est impossible, et c'est plutôt frustrant. Néanmoins, c'est bien agréable de voir Marguerite et Leodevine arriver avec leur cadeau de "bonne année", une persienne pour la terrasse, et de constater que Françoise et ses enfants ont mis en route des plantations dans le jardin: ananas, maïs, manioc, taro, brèdes, et même du riz dans les parties humides du terrain; il y aura bientôt à nouveau des bananes.

Paul Rabesolo, le fils aîné de Françoise, a accepté d'être le nouveau gardien et de loger dans la maison prévue pour lui, sur un nouveau matelas acheté au village. Quant à Nancia, dont le mariage avec Rémy est prévu en mars, elle accepte d'être embauchée pour m'aider au ménage, notamment à la cuisine.

Le nouveau gardien et sa famille Nancia en cuisine

Divers petits travaux - il y en a toujours dans une maison - sont accomplis prestement par Faly, pendant que Zoe passe dire bonjour avec sa petite Mirindra: elles apportent des mangues, des bananes et... du riz ! C'est très touchant pour un vazaha de recevoir du riz de la part de Malgaches dont c'est le "pain quotidien".

En fin d'après-midi, la baignade est possible et c'est à nouveau du plaisir à l'état pur, aux Orchidées comme d'habitude bien sûr. A La Pirogue, je ne trouve malheureusement pas Jeanne, qui a perdu son emploi et donc le logement qu'elle occupait sur le terrain de l'établissement. Elle a trouvé refuge chez sa fille Lydia, à côté de qui elle a commencé la construction d'une petite maison, pour elle et Stéphanie. Repas du soir à Ylang Ylang chez et avec mes amis Fara et Faly. C'est le moment de l'échange des nouvelles du village depuis mon précédent séjour.

La nouvelle maison de Jeanne en construction Nouvelle sous-terrasse

Comme Faly a profité des travaux de restauration de l'habillage du sous-sol de la maison (on a remplacé le falafa détérioré par du bambou plus solide) pour prévoir une porte d'accès et de protection, je peux à présent y rentrer le scooter: c'est bien plus aisé que de le hisser dans le living par les escaliers !

Le cyclone, qui a surtout fait des ravages entre Brickaville et Moramanga, a définitivement mis les voiles, et la mer est belle très tôt le matin; le poisson est au rendez-vous, y compris des camarons. Les amis passent dire bonjour et je ne cesse de préparer du thé pour tout ce monde: ce que les Malgaches aiment par dessus tout, c'est... le pot de sucre fin à leur disposition sur la table de la terrasse; c'est, avec l'huile, un produit cher ici, bien plus que le rhum ! Il ne fait "que" 30° dans la maison, mais la chaleur est supportable. Pas de réseau à cause des dégâts du cyclone : impossible d'être contacté par Christiane, ni de contacter qui que ce soit...

Le cyclone a tout désorganisé et l'essence n'est pas facile à trouver, mais on a le moral : les visites se succèdent, les enfants colorient sur la terrasse, je rédige mon journal de bord sur le notebook (le panneau solaire donne à fond la caisse), bref tout est "normal"... et il y a de superbes noix de coco sur le cocotier qui accueille les visiteurs. Comme c'est la pleine période des mangues (on peut en acheter une vingtaine pour l'équivalent d'un euro), c'est l'occasion de faire un gros pot de confiture: il y aura des amateurs pour des tartines !

Thé sur la terrasse Magazines et coloriages

Je me répète: un événement assez fréquent me permet de manifester ma solidarité avec les habitants de Mahambo: un décès est toujours vécu collectivement, d'autant plus que les "familles" sont à prendre au sens large; on donne traditionnellement un peu d'argent pour les frais des funérailles. Comme le défunt repose à Antsikafoka, c'est l'occasion de pousser jusque chez Raymond et Juliette, dont le café est devenu une tradition pour moi. J'en repars avec un sobika (panier) de grenadelles, de beaux fruits de la passion dont la plupart feront une excellente confiture. Je suis incapable de rester longtemps car il fait très chaud à Sahamalany et je me rends compte à quel point il fait plus frais dans ma maison de béton ! Le soir même, j'ai plaisir à rencontrer à Ylang Ylang un groupe de professeurs d'un lycée protestant privé de Tamatave; le prof de maths est en même temps pasteur de l'église FJKM, occasion de parler de champignons, mais aussi de la mentalité malgache et de divers aspects de la foi chrétienne. Des rencontres de ce type ont lieu ici sans difficulté et sont enrichissantes, aussi bien avec des autochtones que des vazaha.

Le dimanche matin, La Pirogue fait buffet pour le petit déjeuner à volonté: pour 15.000 Ar., c'est royal. Le dimanche aussi, j'ai pris l'habitude de participer à une partie d'un office religieux, auxquel la plupart des Malgaches sont très fidèles; à l'église catholique, c'est un service sans prêtre (il y a pénurie même là-bas!); à l'église protestante (FJKM), la chaleur sous les tôles est dissuasive et je n'ai pas le courage d'attendre la fin pour participer à la vente aux enchères de produits de bouche : les fidèles donnent à la communauté des fruits, des légumes, et même un poulet pour aider aux frais de l'église. Le dimanche, c'est aussi le jour d'un petit cadeau (sucre, huile, viande) pour les familles-amies, et de la visite d'Emile de Foulpointe, qui vient régulièrement manger ce jour-là au Vanilla Café.

Ma voisine Marguerite m'a proposé de faire une petite excursion aux alentours de Fénérive, où elle a de la famille, et nous partons en scooter jusque chez une cousine qui nous pilotera sur le site qu'on ne peut atteindre qu'à pied. Il s'agit d'une ancienne demeure du roi, dont il ne reste aujourd'hui qu'un terrain rond sur la hauteur, entièrement envahi par la végétation et deux paisibles zébus. Le paysage est beau, car on surplombe Fénérive, puis on en profite pour aller saluer les habitants d'un petit hameau voisin, des gens souriants et des enfants intrigués par le passage inhabituel d'un Blanc...

En balade près de Fénérive Vue sur Fénérive

Ce séjour m'a aussi donné l'occasion de participer à une fête d'école du cours privé Kanty à Fénérive, à laquelle son directeur, mari de la doctoresse de Mahambo, m'a invité. Il va falloir, alors qu'il fait très chaud, mettre un pantalon et des souliers... La fête a commencé bien avant l'arrivée (en retard, comme toutes les "autorités") du Chef de Région et du Directeur de cabinet. Les élèves se livrent à des démonstrations de danse en les attendant, puis on amène devant la table des personnalités la tête sanguinolente du zébu qu'on vient de sacrifier à l'instant pour le repas qui suivra l'inauguration de nouveaux locaux de classe. il se met à pleuvoir des cordes et il m'est impossible d'attraper le dernier taxi-brousse pour Mahambo. Logé par l'école dans un petit établissement du coin, je ne rentre à la maison que le lendemain, mais assez tôt pour être dans la mer dès 7h ! C'est ce jour-là que je découvrirai qu'il y a des moules à Mahambo...

Le zébu sacrifié pour la fête scolaireLa fête au cours Kanty


Parmi les surprises de fin février, la visite de Christin venu d'Andasibe pour découvrir mon petit paradis: un bon moment d'amitié partagée, de la plage des Orchidées à ma table frugale. Quant au traditionnel dîner dominical, avec les familles de Fara et Faly et de Juliette et Raymond de Sahamalany, c'est toujours un grand moment : tout est englouti, des plats de crudités avec pain à deux plaques de chocolat (gardées pour la circonstance!) après poissons, poulets et un kg de zébu; idem pour les boissons, y compris whisky, rhum et café dont les Malgaches sont friands. En bonne "maîtresse de maison", je suis flatté de constater le succès de ce repas pour mes amis.

Une activité maintenant fréquente lors de mes séjours: l'achat de matériaux (bambous, planches, tôles, etc.) pour des réparations aux maisons des familles-amies. des matériaux seulement, car la main d'oeuvre leur incombe. Cela me fait autant plaisir qu'à elles, depuis que je me suis rendu compte qu'il ne suffit pas d'aider des enfants pour leur scolarité, mais qu'il faut aussi soutenir leurs familles pour qu'elles les y envoient de bon coeur.

A chaque séjour, j'ai beaucoup de plaisir à honorer l'invitation de mon ami Emile de Foulpointe, pour partager un repas, puis acheter sur la plage de Foulpointe, à Estelle et ses amies, des colliers qui seront ramenés en Belgique, en même temps que de la vanille et un peu d'artisanat du marché de Tamatave.

Emile devant sa maison à Foulpointe Lépiotes blanches dans un parterre à Mahambo

Mon séjour touche déjà à sa fin, le 2 mars, et quelques champignons ont profité des fortes pluies pour apparaître: des coprins, des agrocybes, et même des lépiotes blanches, réputées comestibles ici - mais je n'aimerais pas m'y risquer... Les amis sont là pour mon départ, comme à l'arrivée, et c'est grâce à Raoul que je rejoins Tamatave dans son puissant véhicule. Reste un long voyage de nuit en car, puis en avion de jour, puis le lendemain en voiture, restée chez le fidèle René non loin d'Orly. A bientôt, Mahambo, en novembre au plus tard !

 

 

Qu’il est difficile de faire quoi que ce soit, même penser, par une chaleur de 30° !
Je suis entouré par une nature qui semble se complaire à être écrasée de soleil, comme ces Alamanda jaune vif qui explosent dans les haies. La solitude, en ce début d’après-midi de dimanche : les passants et les voitures se font rares sur le « goudron », à part quelques énormes Mitsubishi 4x4 de touristes vazaha inconscients… Remonte en moi la question qui me poursuit : « L’amitié authentique est-elle possible entre un Blanc, donc le vazaha que je suis, et un(e) Malgache ? ». Même si j’essaie d’avoir avec eux/elles une relation humainement riche, où en suis-je de ma réponse à cette question ?
« Donne-moi l’argent » (vola) semble être la première (et parfois la seule) expression apprise par les petits Malgaches dès le sein de leur mère !
Quand Daniel Balavoine chantait « Sauver l’amour : qui pourra remplacer le besoin par l’envie ?», je ne comprenais pas vraiment. Ici, face à la difficulté de vivre la véritable amitié, il m’apparaît évident que c’en est le secret, et pourquoi l’argent en est le poison.
Bien sûr, nous avons tous le besoin fondamental d’être quelqu’un aux yeux des autres, et d’être en (bonne) relation avec nos proches. Pourtant, à côté de ces relations nécessaires mais non suffisantes, nous cherchons à vivre quelque chose de plus pur, plus désintéressé, appelons cela l’amitié… ou l’amour vrai. Ne vaut-il pas mieux un ami authentique que 9 « amis » de type Facebook à qui nous ne voulons apparaître que sous notre aspect le plus flatteur ? Surtout ne pas déplaire, dire oui aux demandes (souvent d’ordre pécuniaire), être cool et branché, … Or, notre rêve est d’être, au-delà des apparences, « une amie à qui l’on tient, juste quelqu’un de bien » (Enzo Enzo). Et surtout être accepté tel qu’on est.
A un certain âge, on éprouve le désir de pouvoir se montrer tel qu’on est et dire ce qu’on pense et que ceux qui seront déçus parce qu’ils ne peuvent dépasser une réaction instinctive de rejet… dégagent, et bon débarras !
Sur la plage, Frédéric le gérant des Orchidées me met en garde, de façon générale, contre ma franchise et ma trop grande « gentillesse » avec les Malgaches. A-t-il entendu parler de quelque chose ? Je serais dans ce cas prêt à m’excuser et à m’amender. Non, me répond-il.
Cela me fait tout de même réfléchir… Faut-il dissimuler encore, à mon âge ? De nouveau, ce sujet repose la question de la différence de mentalité entre les Blancs et les Malgaches, à moins que je m’illusionne et que ce soit pareil pour toutes relations humaines… Dans la série télévisée Dexter III, 6, son père lui apparaît et lui dit qu’on ne connaît des autres que le regard (subjectif) qu’on a sur eux ou ce qu’ils acceptent de nous révéler d’eux-mêmes : « On ne voit que deux choses chez les gens : ce qu’on veut y voir et ce qu’ils veulent bien nous montrer ; tu ne connais pas plus Miguel (l'ami de Dexter) qu’il ne te connaît ». C’est cruel à entendre, et c’est ce qu’on espère contredire par une amitié « vraie ». Sans doute celle-ci est-elle (très) rare et ne faut-il se fier à personne d’autre ? Le fameux « on est toujours tout seul, on finit toujours avec sa gueule » serait donc vrai ? Reste une possibilité : me montrer, moi, le plus possible tel que je suis… avec le risque de le « payer » à un moment ou l’autre.
J’ai envie, non besoin, d’un ami qui m’aime moi, avec mes faiblesses et mes défauts, même quand je dis non, et pas seulement pour mon argent, ma beauté, mon intelligence, mon statut social ou le "pouvoir" que j’ai sur lui.
Quelques jours plus tard, une Malgache m’avoue, comme d’autres Malgaches lucides l’avaient déjà fait avant elle, que la plupart de ses concitoyens n’ont qu’une obsession : la recherche de l’argent (vola). Plusieurs Blancs rencontrés là-bas pensent aussi que c’est une illusion, un mirage, que de croire qu’une authentique amitié est possible entre un et surtout une Malgache et un vazaha… Ça m’a chaque fois « coupé les pattes » et je continue à me forcer à croire qu’ils ont tort…

 

"L'oeil du léopard", Seuil, 2012, pour la traduction française de ce roman d'Henning Mankell paru à Stockholm en 1990.
L'auteur raconte l’épopée d’un jeune Suédois parti pour un simple voyage-pèlerinage en Zambie, en vue de réaliser de façon posthume le rêve de son amie Janine. Il y passera l’essentiel de sa vie adulte, tout en restant jusqu’au bout ignorant du mode de fonctionnement mental des Noirs. « A Mada, l’Europe, tu oublies » me disait judicieusement Bernard L. à Mahambo. La rencontre d'un Congolais pessimiste quant à l'avenir immédiat du continent noir m'incite à oser vous reproduire quelques extraits du roman qui vont dans ce sens et m'ont donné à réfléchir :

(dans une crise de paludisme, Hans pense) « C’est Luka qui a tout manigancé. Il a comploté avec les bandits et c’est lui qui a coupé les fils électriques. Maintenant que je l’ai démasqué, il n’a plus de pouvoir. Je vais le mettre à la porte. Je vais le chasser de la ferme. Ils ne m’auront pas. Je suis plus fort qu’eux ». (p. 11).

« Je me suis habitué à l’Afrique. Je sais que je n’aurai plus jamais l’esprit tranquille en pensant à ce continent meurtri et blessé… Moi, Hans Olofson, je me suis fait à l’idée que je n’arriverai jamais à comprendre plus qu’une infime partie de ce continent. Mais malgré ce handicap, j’ai persévéré. Je suis resté (…) J’ai appris à supporter l’étrange condition d’être à la fois aimé et haï. » (p. 13).

D’autres blancs, Werner et Ruth Masterton, qu’il rencontre dans le train qui va à Kitwe, sont très pessimistes et confient à Hans, dès son arrivée : « Dans quelques années, il n’y aura plus de trains ici. Depuis l’indépendance, le pays se dégrade. En l’espace de cinq ans, tout a été rasé et volé. Si ce train s’arrête de façon imprévue, ce qui ne saurait tarder, ça signifiera que le machiniste est en train de vendre le combustible depuis la locomotive aux gens qui accourent avec des bidons. Les feux verts de signalisation ont disparu parce que les enfants les démontent et essaient de les faire passer pour des émeraudes auprès des touristes. Mais bientôt il n’y aura plus de touristes non plus. Les animaux sauvages sont exterminés. Ça fait deux ans que personne n’a vu de léopard. (…) L’indépendance est une catastrophe, déclare Werner Masterton en proposant du whisky à Hans Olofson. Pour les Africains, la liberté signifie qu’ils n’ont pas besoin de travailler. Il n’y a plus personne pour donner des ordres et ils estiment qu’ils n’ont pas à faire ce que personne n’exige d’eux. (…) Les Africains n’ont rien compris, rien appris.» (pp. 49-50).

« (Werner parle) (Les Noirs) nous détestent pour notre sens de l’organisation et parce que nous gagnons de l’argent. Nous avons une meilleure santé qu’eux et une espérance de vie plus longue. La jalousie est une part de l’héritage africain. Mais la raison pour laquelle il nous détestent le plus c’est que la sorcellerie n’a pas d’effet sur nous. (…) Ce n’est pas parce que tu es en Afrique que tu en sauras davantage. Plus tu crois comprendre, plus ta connaissance diminue. » (p. 67).

« Quel est le pays africain qui reçoit la plus grande aide européenne ? demande Fischer. C’est une devinette. Personne ne m’a encore donné la bonne réponse. – La Tanzanie, propose Hans. – Faux. C’est la Suisse. Des fonds destinés au développement des pays africains viennent approvisionner des comptes anomymes en Suisse, l’argent ne fait que transiter par l’Afrique… (p. 87).

(Un missionnaire) « Nous plantons nos paroles chrétiennes dans les champs de maïs. C’est ça, notre enseignement. Faire passer le message de l’Evangile est impossible si on ne lui trouve pas une place dans la vie quotidienne. La conversion religieuse est une question de pain et de santé.
– Mais le message religieux est tout de même essentiel, n’est-ce pas ? Et la conversion au christianisme implique un abandon. Qu’est-ce qu’ils abandonnent ici ?
– La superstition, la pauvreté, la sorcellerie.
– Pour la superstition, je comprends. Mais comment abandonner la pauvreté ?
– Le message inspire la confiance. La connaissance donne le courage de vivre. » (p. 98).

Un passé de colonisation prolongée a libéré les Africains de toute illusion. Ils connaissent l’inconstance des Blancs, leur tendance à remplacer une idée par une autre, en exigeant en plus que l’homme noir se montre enthousiaste. Un Blanc ne cherche jamais à connaître les traditions, encore moins à être à l’écoute des ancêtres. L’homme blanc travaille beaucoup et vite alors que l’homme noir associe l’urgence et l’impatience à un manque d’intelligence. Pour l’homme noir, la sagesse c’est de réfléchir longuement et minutieusement… (p. 206).

(Hans Olofson) Ce que je peux faire, c’est continuer à gérer la ferme comme aujourd’hui mais en évitant d’introduire de nouvelles idées qui, de toute façon, ne compteraient pas aux yeux des Africains. C’est à eux de concevoir leur avenir. Moi, je participe en produisant de la nourriture. J’ignore ce que les Africains pensent de moi. (…) Je me demande ce que Joyce Lufuma et ses filles pensent de moi. (p. 207) (…) Joyce et ses enfants acceptent mon aide et ma protection, se dit-il, elles en dépendent et ont donc toutes les raisons de me haïr. J’oublie ça trop facilement. J’oublie les vérités et les antagonismes les plus simples. (p. 211).

(Peter Motombwane, l'ami noir de Hans Olofson) « Ton cerveau blanc t’induit en erreur. Pour comprendre, il faudrait que tu aies des réflexions noires. Et je ne pense pas que tu puisses en avoir. De la même manière que je ne peux pas formuler des idées blanches » (p. 241)...

 

Quand Hans quitte la Zambie, on en conclurait volontiers qu’il n’a rien compris aux habitants de ce pays et qu’il a perdu 18 ans de sa vie. Pourtant, on le devine mûri par cette expérience rude (dormir avec un revolver en mains n’est pas banal, tout comme tuer son seul ami noir !) et c’est sans doute au milieu de ce monde tout différent de la Suède qu’il a pu faire le deuil de la perte de ses deux amis, Sture et Janine, et de la mort de son père. Un livre qui poursuit son lecteur pendant longtemps...

 

Pratiquement chaque jour, mes pensées s’envolent vers Andasive et plus encore vers Mahambo. Je ne peux m'empêcher de me faire du souci pour les familles qui me sont chères là-bas, et spécialement les enfants. Quand un ami mycologue de la région parisienne, Michel Javayon, m'a annoncé en mars qu'il partait en voyage de groupe fin avril, et que lui et son épouse Maryvonne passeraient un jour de leur voyage à La Pirogue, j'ai osé lui proposer d'aller saluer mes amis et jeter un coup d'oeil à ma maison. Il a fait bien mieux en m'écrivant, juste avant son départ:

Des visiteurs français à Olatra Paul Rabesolo et Evariste sur la terrasse

"Nous partons avec des pansements, produits pour bobos, vêtements et livres pour enfants, ballons de foot, savons, etc. Nous achèterons le reste sur place car nous atteignons déjà les 30 Kg autorisés. Je ne manquerai pas de rendre visite à tes amis et/ou « protégés » de Mahambo, d’offrir huile, sucre, d’aller voir et de photographier ta maison, de prendre nos repas chez Bernard, Ylang Ylang, Orchidées, et de faire nos achats chez Dimla, etc."

Michel et son épouse devant Ylang Ylang Jeanne devant sa nouvelle maison

J'étais donc impatient d'avoir son compte rendu, reçu à son retour, un mois plus tard, accompagné de quelques dizaines de photos, qu'il m'a permis d'utiliser comme bon me semble, et que je peux donc vous partager ici. "Ce voyage, écrit-il d'emblée, restera pour Maryvonne et moi le plus beau, le plus étonnant, le plus, le plus, le plus.....etc. que ayons jamais fait." Le ton est donné et ne m'étonne pas: la "fascination malgache" n'est pas un vain mot. Il continue: "A Mada, nous avons tout aimé, la gentillesse, l’accueil dès que nous étions dans le sud (de Fort Dauphin à Lavanano) et avons été ébahis de découvrir des habitants aussi mal logés, nourris de peu mais travaillant sans relâche dans les champs alors que les dames s’affairaient aux travaux de lessive et autres taches. Les enfants travaillant comme des grands. Etonnant de voir des couples et leurs enfants marcher sur 5, 10, 15 km pour vendre 2 ou 3 poulets ou quelques légumes/fruits et revenir avec un sac de riz posé sur le tête."

Enfants de Mahambo Jeune fille à l'hibiscus

Michel continue: "Les parcs sont magnifiques, les guides sont compétents (lémuriens, reptiles, végétation, amphibiens) mais seul ton ami Christin savait ce qu’était un champignon. (...) Au niveau de nos actions sociales, nous avons bien sûr remis huile et sucre à tes amis de Mahambo. (...) Je pourrais encore écrire des pages et des pages sur ce magnifique séjour à Mada, il restera à jamais dans nos petites têtes; Maryvonne, mes amis et moi espérons bien y retourner un jour prochain."

Merci mes amis Français !

Michel et Christin à Andasibe Mimétisme en forêt

 

Cet été, j'ai encore eu l'occasion de lire un autre roman d'Henning Mankell, « Le Chinois», Seuil Policiers, Stockholm 2008, Paris 2011 pour la traduction française.

A côté de l’aspect « roman policier », une réflexion sur l’histoire contemporaine est proposée, essentiellement sur les débats qui ont sans doute lieu en Chine aujourd’hui au sein même du Parti communiste. L’essor économique prodigieux de cet immense pays, qui a réussi à se développer à l’intérieur d’une structure politique non démocratique, pose problème car « La Chine est un pays pauvre. Le développement économique dont tout le monde parle ne profite qu’à une petite frange de la population. Si on continue dans cette direction, en laissant se creuser un tel fossé, la Chine court à la catastrophe. Ce sera un retour au chaos. Ou alors des structures fascistes se mettront en place. Nous défendons les millions de paysans qui, par leur travail, sont à la source de tout ce développement dont ils ne reçoivent que des miettes » (Ho, une Chinoise, page 544).
Face à ce constat, l’auteur imagine que « la Chine a le projet de déplacer dans plusieurs pays d’Afrique des millions de ses paysans pauvres. On est actuellement en train de bâtir des structures économiques et politiques qui rendent ces pays pauvres dépendants de la Chine » (la même Ho, p. 543), pour résumer la réunion au sommet qui est décrite dans le roman…
En effet, on voit le très puissant Ya Ru et sa sœur Hong Qiu assister à une importante réunion des responsables du régime chinois, classée top secret. Un haut fonctionnaire a été chargé par le Président de proposer un plan pour l’avenir de la Chine, dont le passé encore récent n’était que misère et souffrance pour le peuple. Mao, le Guide Suprême et le Grand Timonier, mort depuis 30 ans, avait vu juste en cherchant à « permettre au paysan le plus modeste de pouvoir rêver d’un avenir meilleur sans risquer de se faire décapiter par un infâme propriétaire terrien. » (p. 393). Certes, le Grand Bond en avant et la Révolution Culturelle avaient été deux graves erreurs. Mao pressentait cependant la venue de nouvelles luttes et des défis et menaces qui guettaient la Chine d’aujourd’hui : « le fossé grandissant entre les villes et la campagne menaçait à présent le développement » (p. 395). Comment empêcher la révolte qui risquait de tout déséquilibrer ? A part la répression aveugle, il existe une autre voie… à chercher du côté de l’Afrique !
"En Occident, on se refuse à admettre que les Africains préfèrent travailler avec nous. La Chine ne les a jamais opprimés, jamais colonisés. Au contraire, nous les avons aidés à se libérer dans les années 1950. C’est pour cette raison que nos progrès en Afrique rencontrent la constante hostilité des pays occidentaux. Nos amis africains se tournent vers nous quand le FMI ou la Banque mondiale refusent de leur prêter de l’argent. Nous n’hésitons pas à les aider. Nous le faisons la conscience tranquille, car nous sommes nous aussi un pays pauvre. Nous faisons toujours partie de ce qu’on appelle le tiers-monde » (p. 399). Cette analyse des relations entre l’Afrique et la Chine ne pêche sans doute que par l’excès de modestie de la dernière phrase…
La solution aux problèmes que vont rencontrer les Chinois avec leurs paysans pauvres ? « Ce que nous proposons aux Africains n’est pas une deuxième vague de colonisation. Nous ne venons pas en envahisseurs, mais en amis. Nous n’avons pas l’intention de reproduire les abus du colonialisme. Nous savons ce que signifie l’oppression : beaucoup de nos ancêtres ont vécu comme des esclaves aux Etats-Unis au dix-neuvième siècle. Nous avons-nous-mêmes été victimes de la barbarie du colonialisme européen. Si des ressemblances de surface peuvent prêter à confusion, cela ne signifie pas pour autant que nous soumettions le continent africain à une agression coloniale. Nous voulons juste trouver la solution à un problème, tout en assistant ces gens. Dans les plaines dépeuplées, dans les vallées fécondes le long des grands fleuves africains, nous voulons développer l’agriculture en y envoyant des millions de nos paysans pauvres, qui commenceront aussitôt à cultiver ces terres en jachère. Nous ne chassons pas des populations, nous comblons un vide, et tout le monde y trouvera son compte. Dans certains pays d’Afrique, surtout au sud et au sud-est du continent, d’immenses surfaces pourraient être peuplées par nos pauvres. Nous mettrions ainsi en valeur l’Afrique, tout en éliminant chez nous une menace » (p. 400). C’est moi qui souligne en gras les deux dernières phrases qui résument la thèse présentée par l’orateur. Celle-ci est-elle imaginable ? Les pauvres paysans chinois accepteraient-ils d’immigrer ? Les Africains les accepteraient-ils dans leur pays ?
On sait que la terre malgache ne peut appartenir qu’à des Malgaches - on a vu que l’ancien président, Marc Ravalomanana, a été destitué parce que, entre autres, il avait envisagé de « vendre » à des Coréens un vaste territoire destiné à la culture de palmiers à huile - mais ceux-ci peuvent être d’origine chinoise : c’est le cas de nombre de descendants de ceux qui furent exploités, comme esclaves, pour la construction du canal des Pangalanes, par exemple. Ils sont nés à Madagascar et peuvent dès lors, en tant que citoyens malgaches, acheter non seulement des terres mais aussi des commerces, des établissements d’hôtellerie et de restauration, etc. Et ils ne s’en privent pas. On pourrait dès lors imaginer que, avec l’aide financière de la Chine, ils achètent de vastes étendues de terre, sur lesquelles leurs « frères » de Chine seraient invités à s’installer, les enfants de ceux-ci devenant à leur tour Malgaches de plein droit. Serait-il possible que les Malgaches acceptent d’être « phagocytés » par des Asiatiques réputés plus travailleurs qu’eux, ce qui explique que des pans entiers de leur économie soient déjà aux mains de Karanes ou d’asiatiques de 2ème ou 3ème génération ? Je ne sais s’ils auraient conscience de ce risque, tant l’envie d’une condition matérielle meilleure est lancinante chez beaucoup. Ce qui peut expliquer que tant de jeunes veulent faire des études à l’étranger (pour ne plus revenir au pays après ?) et que le rêve secret ou explicite de tant de femmes soit d’épouser un vazaha, pour assurer à leurs enfants (y compris ceux qui sont nés de Malgaches qui les ont quittées) un avenir meilleur : des écoles, des soins médicaux, un confort à l’occidentale… qui pourraient peut-être se développer dans leur propre pays, grâce aux Chinois !

 

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Pour la première fois, j'ai choisi Air Madagascar pour ce 17ème trip vers Mada (du 7 novembre au 3 décembre). Parce que le prix était cette fois équivalent à celui de Corsair, parce que j'escomptais bénéficier d'une réduction sur le vol intérieur Tana-Tamatave (pour les porteurs d'un billet de vol international avec la compagnie du pays), mais aussi pour faire plaisir à mon ami Nary... ne lui en déplaise, je n'ai eu que des ennuis avec Air Mad, comme on le lira par la suite... Comme la compagnie aérienne malgache part de l'aéroport Charles de Gaulle à Roissy, alors que Corsair est basée à Orly donc près de chez mon ami René, je l'ai rejoint par le train: voiture jusqu'à Sedan, train ter jusqu'à Reims, train de liaison (en quelques minutes) jusqu'à la gare du TGV "Champagne-Ardenne" et seulement 29 min. pour arriver à destination. Occasion, de nouveau, de faire d'intéressantes rencontres, avec d'autres partants au loin (Tahiti, le Taj Mahal en Inde). Idem dans l'avion, cette fois avec un homme d'affaires nantais qui dirige un petit atelier de fabrication textile à Tana.

Alors que l'airbus est bien à l'heure et que Nary est à l'accueil pour la réception du gros colis de l'ISM de Neufchâteau destiné au CEG Abdon d'Arivonimamo (voir Ecoles), il est très difficile d'acheter mon billet pour Tamatave. A 198 euros pour l'aller-retour (qu'on m'a fourgué d'office alors que je comptais revenir en taxi-brousse pour m'arrêter à Andasibe), je n'ai pas l'impression d'avoir bénéficié d'une réduction quelconque... Vol sans histoires, via Ste-Marie, mais nous sommes deux à nous rendre compte, à l'arrivée à Tamatave, que notre valise n'a pas suivi: elle n'a pas été chargée dans l'avion à Tana et, alors qu'il est 8h, elle n'arrivera qu'avec l'avion de 13h25'. Une demi journée de perdue ? C'est sans compter sur le caractère liant des Malgaches: alors que je déguste une bière fraîche au snack de l'étage, une policière de l'aéroport s'avance vers moi pour faire connaissance. Andrea et ses deux collègues sont ravies que je leur offre un verre ! "Comme si tout, y compris les imprévus, était facile ici", ainsi que je l'ai noté textuellement dans mon premier compte rendu. L'aventure est déjà au rendez-vous...

Difficile de trouver un taxi-brousse non complet, et je résiste pourtant aux sollicitations des chauffeurs de taxi qui veulent me reconduire au centre ville, à la gare routière. Il faut savoir que l'aéroport en est distant de 6 à 7 km et qu'il se trouve, à la sortie de Tamatave, sur la N5 qui va vers Fénérive et donc Mahambo, où m'attendent Fara et Faly, avec le nouveau scooter qu'ils m'ont acheté, d'un bleu très chic (Faly m'a racheté le rouge à la fin de mon précédent séjour). Grâce à Andrea qui me réserve une place dans un véhicule à la gare routière, je peux enfin arriver, mais le soir tombe déjà, dans mon petit paradis... après plus de 3 heures de route, tant le tronçon Tamatave-Foulpointe est dans un état déplorable ! Mes amis, mais aussi toute la famille de Françoise, sont là avec un repas tout prêt. On échange les premières nouvelles, parfois bien tristes: Stéphanie est partie à Tana avec un copain, la vazaha Y. a mis fin à ses jours, etc. Fatigué par cette journée éprouvante, je suis bien vite au lit... sans eau potable: la nuit sera dure.

Le gardien Paul avec le nouveau scooter La famille de Françoise

De fait, la journée du lendemain, je la passerai essentiellement au lit, avec un dérangement intestinal typique, à part quelques courses d'urgence: les vivres de base, du charbon de bois et de l'essence pour mon nouveau coursier. La première baignade aux Orchidées à 17h30', juste avant le crépuscule, me permet de retrouver Frédéric, Mavo et leur petite Annie: ils m'annoncent qu'ils vont quitter les lieux, abandonnant la gérance de l'établissement.

Fred, Mavo et Annie Pour la baignade deux fois par jour

La grande nouveauté au village est la possibilité d'acheter pour presque rien des bidons d'eau potable derrière la mairie où a été installée une station de pompage en grande profondeur et de filtrage de l'eau captée. D'abord sceptique (j'ai vivement acheté ce matin 6 bouteilles d'Eau Vive), je me rendrai compte que je peux la boire telle quelle et qu'elle a même meilleur goût que l'eau en bouteilles capsulées. Quelle économie (1.000 Ar. pour 20 L contre 2.000 pour 1L1/2) et quel progrès pour les gens de Mahambo qui, je le rappelle, n'ont pas l'eau courante !
Ma nouvelle garde-robe en bambous a fière allure dans le living, même si je remarque bien vite qu'elle est attaquée par des insectes xylophages : aïe!

La nouvelle armoire en bambou Suzy a mis sa belle robe

Dès le vendredi, et cela sera le cas pendant tout ce séjour, je me sens en excellente forme physique. Il est vrai que la mer est superbe car il n'y a pas eu de cyclone cette année. Skype out me permet de rester en contact avec Christiane sur mon petit téléphone portable, vieillot mais efficace. Il fait un temps splendide et les fruits du coin (bananes, mangues, ananas, pastèques) me poussent à faire ma première confiture, pendant que Faly, bricoleur né, remplace le joint de la pompe du jardin. Je reçois de ma voisine Suzy les premiers litchis de la saison. Les familles amies viennent dire bonjour et reçoivent les colis de vêtements que Christiane a préparés à leur intention: c'est le moment des retrouvailles, toujours chaleureuses, chez moi ou chez eux: le nouveau scooter démarre au quart de tour et c'est un plaisir sans cesse renouvelé de parcourir les pistes et de capter l'ambiance du village... Le soir, après ma baignade vespérale, j'ai pris l'habitude de "faire cinéma" pour les voisins: ils sont entre 12 et 15 chaque jour pour vibrer avec le Kevin Costner de Robin Des Bois, rire des grimaces de Louis de Funès dans la Grande Vadrouille, s'attendrir au film d'animation Rio, frémir avec Jurassic Park ou Tom Cruise dans Mission Impossible III, ou encore s'émerveiller des cascades invraisemblables du Retour du Cobra (une cornichonnerie qui ne présente que cet intérêt, mais bon...). En général, un long métrage fait l'objet de trois épisodes, avec un picoprojecteur qui permet une bonne image, de la taille d'un énorme téléviseur plat, sur le mur de la cuisine.

La petite boutique de Suzy, en face de chez moi L'ami Emile bien entouré

Un vieux monsieur passe me vendre des poulets, toujours vivants, bien sûr - quelques jours plus tard, je lui achèterai encore un coq, mais il rendra l'âme le surlendemain: je me doutais bien qu'il était malade, mais bon, il vaut mieux que cela m'arrive qu'à ce vieux monsieur, et je me consolerai en pensant qu'il était vraiment très bruyant dès avant 5h du matin !... Un couple de canards sera plus florissant - : les poulets feront merveille, avec une sauce au gingembre préparée par Jeanne, pour recevoir Emile de Foulpointe ce dimanche, après un saut aux églises principales du village et la distribution du cadeau dominical devenu traditionnel (sucre et huile - les PPN les plus chers) aux familles amies. Emile à OLATRA, c'est la garantie d'un apéro bien frais (bière et pastis), car il amène des glaçons dans sa boîte frigo: le pied ! On organise déjà mon retour du 2 décembre...

Avec Annette et sa petite Zakiana Didy, soeur de Nancia et maman de Camélah

Le mardi est jour de marché: Annette, qui travaillait à La Pirogue où elle m'a connu, arrive avec sa petite Zakiana, qui n'a que quelques mois: je ne me souviens pas lui avoir promis, quand elle était enceinte, un vêtement pour son futur bébé, mais bon... Arrive aussi Didy, la soeur de Nancia (partie en France avec son mari vazaha); elle habite chez Nancia, elle est accompagnée de Camélah, son petit garçon de 6 ans... qu'elle ne peut mettre à l'école pour raison financière. Comme Stéphanie a mis les voiles vers la capitale, ce petit bonhomme la remplacera au sein des enfants dont je prends en charge la scolarité avec l'aide d'amis mycologues. Nous allons, selon le désir de la maman, l'inscrire à l'école primaire catholique, chez la Soeur Charlotte. Il faut régler un an de scolarité, l'achat du tablier réglementaire, du livret scolaire, d'un cahier de dessin, d'un plumier garni et s'un cartable. Pour une quarantaine d'euros, quel bonheur de pouvoir mettre un enfant à l'école !
Malgré la pluie, il est temps d'aller voir mes amis de Sahamalany, puisque mon nouveau scooter pète des flammes. Le café de Juliette est toujours un grand moment, et Thonia a un sourire étincelant, avec les nouvelles dents que lui a installées le dentiste D.F. de Fénérive.

La famille de Raymond à Sahamalany Le petit Jean-Claude et sa famille

Le petit Jean-Claude passe avec sa famille, les parents Marcelline et Antoine, et Claire la grand-mère. Le matériel pour les enfants est remis en route sur la table de la terrasse: crayons de couleur, cahiers à colorier, picotage, puzzle, etc.
Le 14 novembre, scooter dès 5h30' (il fait déjà bien clair, car c'est l'été ici) jusque Foulpointe d'où je pars dans la Suzuki d'Emile vers Tamatave. C'est là qu'il est possible de faire des achats particuliers : huile essentielle et baume pour les piqûres d'insectes à Homéopharma, mayonnaise et rasoirs à main au Score, objets divers d'artisanat à ramener en Belgique. A signaler: le restaurant "La Terrasse", entre Shoprite et Score, propose un délicieux menu du jour à 60.000 Fmg, avec tartelette croustillante aux crevettes en sauce blanche et épinards, langue de bœuf sauce aux petits pois et purée, vermicelle au lait. Un très bon rapport Q/P, à 5 euros avec une grande bière fraîche.
A Fénérive, en scooter avec Paul, d'autres achats pour les familles: un vélo pour mon gardien, un matelas pour la famille de Raymond à Sahamalany. Heureusement qu'il y a Aloe vera pour soigner mes coups de soleil sur les avant-bras... Alors que je  me contente souvent d'un souper léger (tartines, soupe chinoise, restes de midi), j'ai plaisir à me préparer des repas de midi de qualité en cuisinant de bonnes choses - crevettes d'Antsikafoka et crudités variées en vinaigrette, poisson frais accompagné de frites dans l'huile d'une poêle, ma foi pas mal réussies, et accompagnées de mayonnaise -  surtout qu'à Fénérive on trouve yaourt et pâtisseries...

Paul, fier de sa nouvelle bicyclette Raoul et Santa

Retrouvailles aussi avec Raoul et sa compagne Santa, chez eux, où je rencontre un Français sympa qui a acquis tout près un grand terrain de quelques hectares, avec accès direct à la mer, pour en faire, m'explique-t-i, un "paradis d'essences forestières": original ! Raoul et Santa sont très accueillants et j'ai, plusieurs fois durant mon séjour, l'occasion de partager un petit déjeuner ou un dîner nocturne en leur agréable compagnie: c'est chez eux que je découvre certains mets du coin, ainsi des escargots récoltés dans l'herbe du parc où Raoul a construit une dizaine de magnifiques maisons pour des clients vazaha, essentiellement Français ou habitants à La Réunion.

Je suis rarement seul à la maison, car il y a souvent des enfants qui viennent dessiner et colorier sur la terrasse. Il me vient alors une idée: acheter un terrain près du CEG pour y construire des petites maisons qui serviraient d'internat à des jeunes de familles pauvres, habitant loin, motivés par l'école... Mon imagination vagabonde... mais le petit terrain près de Doris a été vendu, et celui qui jouxte ma maison est beaucoup trop cher. C'est Fara et Faly qui m'apporteront l'opportunité d'initier ce grand projet. Le terrain sera mis au nom de Faly; c'est lui qui fera les démarches pour le "titrer-borner" auprès des Domaines à Fénérive, mais c'est moi qui aurai la jouissance des lieux pour les aménager et y construire des maisonnettes: on échafaude ce projet au Soafaniry, la petite gargotte où on sert de la "sakafo gasy" à quelques centaines de mètres de ma maison sur la route de Fénérive...

Confiture de litchis avec Vavrina Légumes au marché couvert

C'est la pleine saison des litchis: il faut résister à la tentation et rester raisonnable, car c'est un fruit franchement laxatif. En confiture, il est excellent et, vu sa teneur en sucre naturel, il n'en faut que peu ajouter. Tant qu'on en est à évoquer la nourriture, je dois signaler avoir conservé pratiquement 3 semaines en bon état, sans frigo, des tranches de jambon cru et de fromage belge, mis sous vide plastique: ils sont à garder, comme un bloc de parmesan par exemple, dans un sachet isotherme capitonné. On peut acheter au village, pour les en-cas: oeufs frais, spaghetti, fromage "vache qui rit", soupes chinoises, sardines. Le poisson (parfois, les femmes des pêcheurs proposent des camarons, qu'on appellerait chez nous scampis, aussi bons à mon point de vue que la langouste devenue rare et plus chère) ne manque pas, "au pont" à la sortie du village en direction de Fénérive; presque chaque jour, il y a du zébu au marché : il est meilleur haché qu'en tranches, trop coriaces parce que la viande n'est pas reposée; on trouve même du porc les jours de marché, mais je n'ose m'y risquer jusqu'à présent. La plupart des légumes sont disponibles chaque jour au marché couvert, même le dimanche matin. Pas de problème pour les boissons (bières, coca, limonades dont Fanta, Sprite et Bonbon Anglais); il y a même du pastis et du whisky; quant au rhum en vrac, il est abondamment servi au verre dans les épiceries, tout comme sont vendues les cigarettes à la pièce ou par deux... Je n'ai donc pas crainte d'inviter les familles amies à manger avec moi à la maison, car, avec l'aide de mon gardien Paul, je peux m'éclater en cuisine, mon plat de prédilection étant les légumes variés, bouillis puis sautés à l'huile (photos). Pour les fruits, pratiquement chaque jour je reçois un petit cadeau (ananas, corrosol, mangues, litchis,...), au point de pouvoir faire du "jus naturel" (fruit pressé + eau). Aller au resto ? Cela m'est arrivé seulement 4 fois sur tout mon séjour: au Vanilla café près d'Ylang Ylang (bon mais compter 5 euros avec la boisson) et au Soafaniry (correct et très bon marché).

Du zébu disponible au marché, presque tous les jours La famille de Sahamalany, avec Jeanne et Paul

Surprise: ce dimanche 18 après-midi, qui vois-je monter les escaliers? Christin, mon ami d'Andasibe. Sans s'annoncer, il vient passer un jour à Mahambo, ce qui me dispensera d'y aller expressément - où, dit-il, il n'y a de toute façon que peu de champignons en ce moment, ce qui me console - pour lui remettre un accessoire qu'il m'a commandé pour l'orgue électronique avec lequel il anime les offices à l'église FJKM. Nous profiterons bien sûr de la plage des Orchidées, des litchis qui ne poussent pas sur les Hauts Plateaux, et des rhums arrangés que je prépare "maison" (litchis et jacque). Fara en a toute une gamme, où excellent le gingembre, la cannelle, la vanille.

Christin dans le jardin de Olatra Alamanda et Hibiscus aux Orchidées

La plupart du temps, je fréquente des Malgaches au milieu desquels je me sens très à l'aise. Par exemple, je suis rarement seul pour le petit déjeuner au retour de la baignade matinale: il y a souvent déjà l'un ou l'autre sur la terrasse, venu dire bonjour. Cette fois, il m'est arrivé à plusieurs reprises de faire connaissance avec des vazaha: Jean le naturaliste, Gérard le Robinson intarissable et cultivé, Patrick le malchanceux, Marcel l'ancien militaire crack en informatique, Paul le gentil anglophone. C'est chaque fois enrichissant, tant les personnalités sont diverses, mais jamais banales, de tous ces Blancs qui comme moi sont un jour tombés sous le charme de ce pays qui exerce une véritable fascination, souvent inexplicable rationnellement. A Foulpointe, agglomération distante de 32 km, mon ami Emile me reçoit toujours festivement, et je peux aller acheter à Estelle les colliers que je ramènerai en Belgique.

Un gros bolet semblable à notre Boletus aereus Des volvaires au pied d'un bananier du jardin

Et les champignons ? Il y en avait peu, mais j'ai pu revoir, outre les inévitables Pycnoporus sanguineus, le plus fréquent des lignicoles là-bas, des agrocybes, des panéoles, un très gros bolet noir qui fait aussitôt penser à notre cèpe bronzé (on n'ose plus dire "tête de nègre"!) et, à même mon jardin, au pied d'un bananier, une volvaire comestible, jadis observée sur déchets de girofliers ou à même le sable de la plage de La Pirogue. J'ai eu la chance d'observer plusieurs fois un très bel oiseau endémique, un pigeon de couleur verte magnifique, Treron australis, dans les arbres des Orchidées. Il faut cependant dire que l'oiseau le plus fréquent est Acrodotheres tristis, le Merle des Molluques, ici appelé Martin.

Mr Charles est, depuis un an, le Directeur du CEG voisin. Il faudra déboucher un des deux WC construits, penser à d'éventuels panneaux de basket à fixer à des poteaux de béton armé (l'école a reçu en cadeau des sacs de ciment):  l'un ou l'autre devis serait évidemment bienvenu !

Il y a parfois des pluies torrentielles, mais elles ne durent pas longtemps et le soleil revient vite, sinon le jour même (j'ai connu un jour fort gris, où la température ne dépassa pas 24°, oufti!), du moins dès le lendemain. Ce vendredi 23, il pleut à seaux pendant la nuit et le matin. Impossible de partir à la plage avant 7h15'; quand j'y arrive, il pleut de nouveau "comme vache qui pisse". Qu'importe, je me baigne quand même: c'est une étrange sensation nouvelle, car la pluie crépite sur la mer assez calme, les gouttes rebondissant avec fracas tout autour de moi qui suis évidemment le seul baigneur (mais c'est déjà le cas habituellement!).

Une partie assez conséquente de mes journées se passe à faire des achats pour les familles aidées. Cette fois, j'achète un vélo à Paul, mon gardien dont je suis satisfait. Ce cadeau sera cependant pour lui, à côté d'une joie non feinte, source de tracas tant le matériel chinois - on ne peut trouver que cela - est fragile: très vite, il faut remplacer un pneu ou encore les pédales... quand on en trouve qui conviennent, chez l'artisan du village ! Le sac de riz de 50 kg coûte 22 euros: le sucre cristallisé frôle l'euro pour un kg, alors que l'huile, bien nécessaire en cuisine (il n'y a pas de beurre ici et la margarine coûte trop cher pour les Malgaches), vaut 1,5 euro.

Chez le marchand de pneus, déjà! L'heureux papy Faly, à Ylang Ylang

C'est quelque jours avant mon retour que j'ai l'occasion d'acheter un grand terrain de 80 ares, bien situé entre le dispensaire, le terrain de football et... le collège: l'affaire est conclue avec le sympathique proprio, qui trouve que mon projet est chouette. Il sera mis au nom de Faly, puisque seul un Malgache peut être pleinement propriétaire dans ce pays, mais c'est moi qui en aurai la libre utilisation, pour y construire des maisonnettes pour les élèves les moins favorisés du CEG voisin, distant de 3 min. à pied. Dès le lendemain de l'accord oral, nous nous retrouvons à la mairie et au Fokontany (chez le "chef du village") pour les formalités administratives en ce qui concerne l'acte de vente, l'acte de prêt, le paiement des taxes locales et du droit de mutation. Tout est mené assez rondement, par rapport à la tendance au mora mora des Malgaches ! On appellera ce campus scolaire... MITSINJO, du nom de l'association d'Andasibe pour laquelle j'ai réalisé le travail sur les champignons (OLATRA). Je rappelle que ce mot malgache signifie "regardons vers l'avenir" : tout un programme !

Un terrain pour le futur MITSINJO Fara et Faly près du terrain acheté

Un gros arbre au milieu du terrain De futures pensionnaires à Mitsinjo ?

Il neige sur Neufchâteau quand je me mets en route pour un voyage de retour qui n'aura rien d'une sinécure. Emile est venu me retrouver à la maison puis au Vanilla café: c'est dans sa voiture que mes bagages voyageront jusque Foulpointe, que je rejoindrai, après mes "au revoir", avec le scooter que je laisserai dans son garage jusqu'à mon prochain séjour. Le lundi 3 décembre, Emile me dépose à l'aéroport de Tamatave où il va faire ses courses diverses. Personne et tout semble clos, mais comme il n'est que 8h je ne m'en étonne pas d'abord... D'autres vazaha arrivent, perplexes comme moi. On apprendra bien vite que l'avion vers Tana, prévu à 10h20'... est reporté à 15h50': la compagnie a envoyé un mail pour prévenir, mais je ne le trouverai, sur mon PC, qu'en rentrant à la maison ! Par contre, j'ai la joie de revoir Nancia, qui, de retour au pays, vient d'arriver dans sa famille à Tamatave. Quand Andrea vient prendre son service, nous avons tout juste le temps d'aller manger ensemble non loin de l'aéroport. Dans le petit avion à hélices où tous les sièges sont occupés, je fais la connaissance de Jean-Claude R., de Clermont-Ferrand. Il me sera d'un grand secours et réconfort pour la fin du voyage, qui se révèlera encore plus chaotique...
A Ivato, Nary est là - on devait se voir à midi à la gare de Tana, mais c'était impossible - avec le gros colis (mon sac de sports n'y suffit pas!) de lettres et cadeaux des élèves du CEG d'Arivonimamo pour leurs correspondants belges.
L'avion partira avec 45 min. de retard: elles ne seront jamais rattrapées et je rate le TGV de 7h30' pour Reims. Il faut acheter un nouveau billet (malgré une attestation d' Air Madagascar, l'autre ne sera pas remboursé par Europe Assistance, auprès de qui j'avais acheté une assurance annulation, qui n'intervient que quand l'avion a eu "une panne ou un accident", c'est-à-dire quand on est mort!) pour le TGV suivant qui quitte Charles de Gaulle à 12h48'!
Heureusement, je peux prévenir Christiane de mon arrivée à Sedan à 15h17'... ce qui ne sera pas le cas en raison d'une grève à la SNCF: avec l'aide du chef de gare de Charleville, on pourra la prévenir de continuer sa route pour venir me rechercher là, et nous ne rentrerons à Neufchâteau qu'à la nuit tombée...



 

2014-Suite

Plus d’un mois après mon retour, cette mise à jour pour le récit de mon 22ème voyage à Madagascar, du 26 novembre au 18 décembre 2014.

Evidemment, il y eut les fêtes de fin d’année, mais je dois aussi avouer que je préférais que se décantent les événements qui m’ont fortement marqué. En effet, mon journal de bord quotidien relate quantité de faits qui, avec le recul, ne méritent pas de figurer ici. Pourtant, je ne peux faire l’économie de ce qui s’est passé, bouleversant ce séjour. Peut-être aurais-je dû avoir la puce à l’oreille dès Orly, où les petits ennuis se sont succédé : problème de lunettes tombées et cassées, disparition de ma montre et d’une paire de rechange au contrôle de sécurité (qui, cette fois, porte bien mal son nom !), retard de 3 heures (il a fallu changer d’avion pour un problème technique) qui ne s’est jamais résorbé, entraînant la modification de mes plans de voyage : alors que j’étais bien décidé à passer une nuit de repos à Tana avant l’éprouvante 2ème partie du trajet vers Mahambo, j’ai enfilé les deux parties du long voyage, de plus en plus pénible à cause de l’âge… Une bonne raison : la surprise de trouver Fara à la gare routière d’Ambodivona, où elle a réservé une place dans un petit taxi-brousse qui va jusque Fénérive. C’est un avantage de ne pas changer de véhicule à Tamatave, mais quel inconfort ! Heureusement, j’ai de suite des nouvelles de Mahambo et du campus Mitsinjo, et elles sont bonnes : Felana, la fille de Fara et Faly donne aux élèves de cours bénévoles, imitée par l’un ou l’autre touriste de passage, qui font parfois un don spontané.

Felana aide les jeunes, bénévolement Judith et Christian, clients à Ylang Ylang

 

Les 11 heures de route sont un véritable calvaire : pas de place pour les jambes et une musique tonitruante toute la nuit (le chauffeur veut « rester éveillé » !). Il fait déjà clair à 5h15’ quand on arrive devant ma maison, accueillis par Faly, Paul, Kamisy et Vavrina. Au campus, je retrouve les « anciens » (Thonia, Catherine, Julien, Franky, Robert, Odon, Charles, Judicaël) et fais connaissance avec les nouveaux hébergés : Richard, Prisca, Sylvestre, Désiré, Anita, Jocelyn, Natacha et Juliot. La plupart sont cette fois volontaires pour une baignade dans l’océan, avant de repartir, nous sommes vendredi après-midi, en famille pour le week-end. J’avais heureusement gardé les maillots non utilisés.

Il fait une chaleur terrible, le thermomètre ne décolle pas de 32°, mais c’est normal en cette saison. Au repas du soir à Ylang Ylang, j’apprends qu’Amélie est de nouveau seule, son mari Thierry – gardien officiel du campus Mitsinjo – ayant de nouveau fait faux bond. C’est elle qui a repris le flambeau : décidément, ce sont les femmes qui tiennent la société en place ! Pendant le repas avec mes amis arrivent trois garçons de Mitsinjo (Charles, Richard et Odon), pour faire des exercices de lecture en français avec Felana et Chantal (qui ont réussi, à Fénérive, respectivement BAC et BEPC). Ils sont encore attablés quand je prends congé pour me mettre au lit tôt, dès 21h…

Mon journal multiplie les annotations en ce qui concerne une chaleur que même les Malgaches trouvent exceptionnelle. J’apprends avec tristesse que Mamymarinette a voulu quitter l’école et travaille à présent pour l’épicerie de Doris, tout en continuant à loger avec sa grande sœur Vavrina dans la «maison du jardin». Dès le premier dimanche, la famille de Sahamalany est là, avant 7h… pour le petit déjeuner : je reçois deux avocats et des litchis, car c’est la pleine saison. Puis c’est Gérard B. qui vient me chercher pour aller manger à midi chez son voisin et ami Philippe, à Ambatomalama : il y a du vin, ce qui est bien agréable ici ! J’aime aussi partager conceptions, convictions, expériences malgaches et… culturelles, cinématographiques et musicales : Gérard a plaisir à me faire écouter ses trouvailles en la matière.

Gérard et son cuisinier Christophe, sur la terrasse de Olatra Un bon repas à Ambatomalama, avec Philippe et Gérard

La fin d’après-midi est plus difficile, quand on m’annonce qu’Arliny, la petite de Vavrina est « à l’hôpital » : pour les gens de Mahambo, il s’agit du dispensaire du village ; la jeune doctoresse de garde n’est pas alarmiste et la fillette, reliée à un baxter, pourra rentrer dans quelques heures… en croupe avec sa maman sur le scooter ! J’irai payer demain l’intervention et les médicaments.

Le lundi, c’est aussi le jour du riz pour les élèves du campus : 180 kapoks (un peu plus de 50 kilos) coûtent un peu plus de 20 euros. Il faut les conduire au campus, avec le scooter, en deux fois vu le poids… C’est Amélie qui procède à la distribution. Je commence également des petits cours de français et d’anglais, expressions usuelles seulement, tant les connaissances de base sont limitées ! Fara m’explique le soir, à Ylang Ylang, les difficultés qu’elle rencontre pour la gestion du campus : beaucoup de papiers administratifs à remplir, des dossiers avec photos des jeunes hébergés, des responsables qui passent et font sentir qu’ils attendent un « petit cadeau » pour « fermer les yeux » : je suis assez en colère face à ces pratiques, malheureusement trop répandues dans ce pays…

Alors qu’il a abondamment plu en fin de nuit, la chaleur, ce mardi 2 décembre dont je me souviendrai toujours, est de nouveau insupportable… Dès 7h, Evariste est là avec une énorme infection sous le pied : une « épine » a pénétré profondément et infecté sur la largeur d’une pièce de 5 cents. Je perce et je tente, en vain, de lui enlever le corps étranger avec une aiguille stérile de seringue… Il faut aller au dispensaire, où la doctoresse et son assistante vont l’anesthésier pour lui enlever l’infection au bistouri. Les billets vont valser, ce mardi : 10 € pour cette « intervention chirurgicale » ; je m’occupe des médicaments (ce sont toujours les mêmes qui sont prescrits: Amoxycilline et Ibuprofen). Au marché, achats de sandales pour les enfants, de vêtements pour Paul et Vavrina, d’une radio chinoise avec prise AUX IN pour sonoriser le cinéma du soir, mon petit haut-parleur ayant lâché; mais qu’est-ce que cela en comparaison de ce qui m’attend ?

Euphorbia milii, l'épine du Christ Orchidée du jardin de Olatra

Il est 14h et je vais passer à table, après avoir fait quelques photos des beautés de mon jardin et de mon gardien Paul avec ses deux petits frères :

Le gardien Paul avec Evariste et Kamisy Pour mon dernier repas

il m’a apporté une « surprise » , deux volvaires qui poussaient près le maison de Vavrina et qu’il a cuisinées pour moi ; il est en train de faire un exercice de français sur ma terrasse quand, tout à coup, je l’entends hurler : il montre du doigt un filet de fumée qui sort du toit de sa maison ; pendant qu’il part en courant et en criant pour appeler les voisins à l’aide, je vois sa maisonnette s’embraser très vite, sans rien pouvoir faire ; une flammèche passe soudain jusqu’au coin côté cuisine de ma maison, qui s’embrase à son tour, alors que je suis totalement impuissant : vite, arracher la bonbonne de gaz, sauver les choses importantes dans ma chambre (papiers, argent, ordinateur, appareil photo,…) car en quelques minutes tout le toit est la proie des flammes ! Des voisins arrivent et penseront à sauver davantage : matelas, habits, trousse de toilette avec médicaments, tables, 4 chaises, 2 tabourets et le coffre vert. Cristo, le voisin d’en face et compagnon de Suzy, fera preuve d’une remarquable efficacité. Mais il faut vite sortir de la maison où la charpente va s’effondrer, d’ailleurs la chaleur est intolérable...

Sans commentaires Quelques minutes plus tard

Suzy aussi panique au moment où de la fumée s’échappe du gros palmier… de l’autre côté de la route : la cabane proche est jetée par terre par les hommes présents. Impossible de faire quoi que ce soit d’autre. Faly arrive presque en même temps que Raoul, mais c’est trop tard…

Je suis hébergé au bungalow B4 de Ylang Ylang – où sont entreposés ce qui a pu être sauvé – et je décide de suite, après un moment de repos, de rebondir. Je vais reconstruire, sans me laisser abattre ! D’ailleurs, au téléphone, Christiane m’encourage à prendre la chose du bon côté…

Dès le lendemain, je pars à Fénérive avec Gérard, pour acheter un nouveau réchaud à gaz deux becs et un pot de Nescafé, pour moi indispensable. Les familles amies viennent me dire leur sympathie réconfortante. Surprise : Tô (voir notre premier voyage en 2004) s’arrête devant Ylang Ylang, avec un client médecin cardiologue et une nouvelle Peugeot. A Olatra, avec Faly et Raoul, on évalue la situation.

Le lendemain matin projets de reconstruction

De suite sont commandées les pierres pour les nouveaux piliers, en dur cette fois, de la future nouvelle terrasse, car les travaux vont commencer déjà après-demain !

Dame Nature a le pouvoir de mettre un baume sur les blessures du cœur. Il y a des champignons suite à l’alternance de la pluie et du soleil : de gros bolets poussent dans la pelouse d’Ylang Ylang : le nom de l’établissement vient bien entendu de l’arbuste qui pousse à quelques mètres de mon bungalow et dont les fleurs dégagent leur parfum typique vers 17h chaque après-midi.

Cananga odorata Boletus aereus, le cèpe tête-de-nègre

Il y en a aussi une belle troupe près de chez Etienne, le gardien de Vero. Ces gros cèpes évoquent au plus près le nôtre appelé « tête-de-nègre », avec sa couleur sombre et sa bonne odeur ; de légères différences (notamment une chair plus jaune) ne m’empêchent pas de faire un test gustatif, alors que les autochtones m’assurent ne l’avoir jamais essayé. L’ayant parfaitement supporté, tout en trouvant sa chair plus acidulée que celle de notre Boletus aereus, Faly et Raoul le mangent à leur tour, sans aucun problème : c’est donc une espèce comestible ! Puisqu’on en est au rayon des champignons, chaque jour en allant nager comme d’habitude près de chez Vero, je croise sur leur pelouse, très près de la mer, une troupe de petits gastéromycètes qui me font de suite penser à Astraeus hygrometricus : il s’agit d’un petit champignon curieux, en boule entourée d’une collerette constituée de lanières hygroscopiques, c’est-à-dire ouvertes par temps humide et qui se recourbent vers l’intérieur par temps sec, comme pour protéger la partie fertile ; c’est une espèce qui aime les endroits chauds, secs et sablonneux, ce qui est le cas ici. Une vérification microscopique à mon retour confirmera cette détermination.

Un gasteromycète étrange L'amanite phalloïde, une tueuse

J’aurai encore l’occasion de goûter un autre champignon, un agaric proche de notre rosé des prés et qui poussait à la fois chez Nancia et près du terrain de football. Je les ai trouvés délicieux. Enfin, toujours dans la pelouse de Vero, de superbes amanites phalloïdes blanches ; c’est leur odeur, autant que l’anneau et la volve, qui m’a fait penser à ce redoutable toxique : là aussi, l’étude de la spore au microscope, à mon retour, lèvera tout doute : il s’agit bien d’elle… entourée par des arbres de là-bas (cocotier, flamboyant, Tambourissa), sans le moindre chêne, en compagnie duquel elle se plaît chez nous !

Avec les litchis qui abondent, je fais de la confiture et du rhum arrangé : les fruits dénoyautés macèrent dans du rhum avec peu de sucre, car ce fruit déjà très sucré. C’est une boisson très fréquemment consommée ici, et qui se décline de multiples façons, avec les fruits de saison, mais aussi du gingembre, de la vanille, de la cannelle, des fleurs de Ylang Ylang… Pendant que je « cuisine », les enfants ont repris la tradition des livres à colorier (quelques-uns ont échappé au sinistre) et sont sur la terrasse du bungalow : Vola, les deux adorables jumeaux Badoda et Katita, recueillis par Fara et Faly, et leur jeune fils Manjato.

A Olatra, les travaux ont démarré et les trous sont déjà prêts pour recevoir les piliers de la terrasse, pendant que les parpaings fabriqués sur place s’entassent sous ce qui reste de la maison.

Les ouvriers sont heureusement à l'ombre ...entre les pilotis de béton, sous la maison

Régulièrement, j'ai des nouvelles de Belgique, par Christiane avec Skype out: mon petit téléphone portable, tout à fait obsolète même aux yeux des Malgaches les plus pauvres, fonctionne toujours parfaitement. Ici, les journées s'écoulent assez paisiblement : je choisis la sédentarité et les contacts avec les familles et les jeunes de Mitsinjo.

Câline passe ses journées à guetter mon seau poubelle Un petit crabe en visite au bungalow 4

Sous le kiosque Frère et soeur

Chaque jour, place au rite de la baignade, de grand matin et au crépuscule, en passant parfois par Mitsinjo où les élèves se préparent pour l'école. A l'aller comme au retour , c'est chaque fois un petit parcours "nouveau": des ciels changeants, une rencontre, des jeunes qui s'entraînent sur le terrain de foot, un champignon, une aire de faulde (où se fabrique le charbon de bois), une chute de scooter - comme il fait sec, la piste n'est pas commode à cause du sable - au moment où tombe d'un arbre... une grenouille sur ma cuisse: le mouvement fait pour la chasser m'a déséquilibré: ouf, j'en serai quitte pour un beau "bleu" à la fesse... et la pommade à l'arnica est souveraine en pareil cas !

L'ambiance au campus Mitsinjo scooter bleu chez Véro

 piste et terrain de foot cocotier géant

habits sur arbre Fabrication du charbon de bois

D'autres rites : le cinéma pour les jeunes le soir, quand c'est possible ; nombreux passages à Mitsinjo pour réinstaller le filet de volley, apporter de nouvelles serrures ou lampes solaires - j'ai parfois le blues à cause du matériel cassé ou disparu - ou donner, comme cette fois, le ballon de foot acheté grâce à la générosité de Christian et Judith, présentés plus haut ; confiture avec les grenadelles reçues de Raymond ; comptes rendus sur mon notebook et photos pour illustrer ce récit ; botanique pour essayer d'identifier un maximum de plantes et fleurs ; rencontres avec des clients vazaha de passage à Ylang Ylang ; visite chez une famille amie ; la traditionnelle visite d'Emile de Foulpointe ; les courses au marché du village pour participer aux repas pris en commun avec Fara et Faly,...

Un ballon de foot La famille de Zoe

Chaque jour aussi, évidemment, je passe au chantier pour assister aux progrès quotidiens de la reconstruction de ma maison. Paul, mon gardien, y passe la nuit pour garder les deux "trésors" qui ont beaucoup de valeur marchande, donc pourraient être volés : les sacs de ciment et les fers à béton destinés aux nouveaux piliers de la terrasse et à la dalle réalisée au-dessus de la cuisine qui, avec son plafond en bois, est la pièce qui a le plus souffert des flammes : je n'ai pratiquement rien pu récupérer de ma vaisselle !

Le gardien Paul logera dans la maison... échafaudage dans la cuisine

Des événements plus préoccupants ont également beaucoup mangé mon temps, en relation avec Mitsinjo. Il serait trop compliqué d'expliquer ici pourquoi il a fallu renvoyer deux élèves et se séparer d'un autre ainsi que des deux professeurs qui auraient dû assurer davantage la liaison entre Fara et Amélie, la gardienne du site, et le CEG. C'est avec beaucoup de tristesse, mais aussi de fermeté indispensable, que ces "sanctions" ont dû être prises pendant mon séjour. En effet, quand je suis absent, Fara et Faly se trouvent confrontés à des problèmes qu'ils peinent à assumer seuls, ce que je comprends parfaitement ; comme nous sommes coresponsables des jeunes (qui sont mineurs!), ils ont raison de profiter de ma présence pour prendre certaines décisions difficiles, comme d'ailleurs pour remplir des formalités administratives, notamment à la municipalité, où interviennent les parents dont j'ai pu faire la connaissance, car les temps d'attente pour rencontrer les autorités communales sont parfois longs... Autre aspect désolant: la visite à une mortuaire, bien éprouvante. A moins de 100 mètres de chez moi, deux frères se sont disputés à propos d'un téléphone portable et l'un des deux a porté à l'autre un coup qui se révélera mortel : la victime n'a que 20 ans !

C'est bientôt la fête de Noël, très importante pour les Malgaches, et Felana répète inlassablement chaque soir, avec quelques copines qui l'accompagneront pour animer par leurs chants la cérémonie au Temple. Je pourrais encore raconter tant de choses, parmi lesquels il faut choisir : un soir, je suis intrigué par l'arrivée sur la plage d'une barque de pêcheurs avec moteur ; ils en déchargent 3 requins de belle taille, dont une femelle qui a dans le ventre 6 petits prêts à naître, déjà de la taille de gros brochets. Les pêcheurs vendront la chair des requins, mais ils sont surtout préoccupés de récupérer les ailerons, qui valent pratiquement plus que tout le reste: les chinois sont friands de cet "aphrodisiaque", presqu'aussi réputé que la corne de rhinocéros !

Avant mon départ, je peux déjà voir les piliers de la future terrasse, et le début des pignons en parpaings: j'ai donc le bon espoir de trouver une "nouvelle" maison à mon prochain retour à Mahambo... que je quitte toujours avec un serrement de cœur, notamment en disant au revoir à mes amis et aux jeunes du campus.

Vola Filles de Zoe

C'est Gérard qui nous (Fara profite de l'occasion) conduit à Tamatave, qu'on atteint maintenant en moins d'une heure et demie, depuis que la route a été (enfin!) correctement réparée. Le marché de la ville (bazar be) a été entièrement refait et est devenu très agréable... pour y acheter artisanat et vanille de belle qualité, même si celle-ci a beaucoup augmenté de prix. En attendant le départ à 18h du taxi-brousse de la (nouvelle) compagnie Cotisse, j'ai l'occasion, c'est une chance, de me reposer chez Lydia, une nièce de Fara que je n'avais plus revue depuis quelques années. Elle est absente, mais l'hospitalité de son papa Nicolas est remarquable. C'est en tuk-tuk jaune que je rejoins le centre ville: ils se sont multipliés en quelques mois seulement, puisque c'est à Mahajanga, en mai, que j'avais vu les premiers, en compagnie de Christiane. Retour sans gros problème, même si les contrôles de sécurité sont particulièrement zélés et qu'une escale "technique" fut nécessaire au Kenya : on est arrivé à Orly juste avant la fermeture de l'aéroport.

 

 

 

 

Vous les retrouverez, ainsi que la suite de mes aventures malgaches, en juin 2015: je repars là-bas en mai avec mes deux fils, Nicolas et François. Pour vous faire patienter, cliquez déjà sur 2015, pour voir, grâce à mon ami Gérard, les photos de l'avancement des travaux à Olatra...

2011-Suite

Le matin de notre arrivée, c'est dans de bonnes conditions, en minibus rapide, que nous rejoignons Andasibe dès midi pour le repas au Feon'ny Ala; Jean de Dieu, Clément, Patrice et Arsène sont toujours là: cette stabilité du personnel de l'hôtel ne trompe pas, c'est que tout le monde y trouve son compte. Nous réservons un chalet 4 places pour l'étape du retour, dix jours plus tard. Sans traîner, nous reprenons la route de Tamatave où Suzanne et Rudolf nous accueillent dans leur grande maison.

Chez Susanne et Rudolf à TamataveUn taxi-brousse de Tamatave à Mahambo

Souper dans un resto sur la plage et nuit reposante: il fait très chaud, mais plus frais sur le matin. Avec le taxi-brousse, nous rejoignons Mahambo après avoir acheté une puce pour le téléphone de Raymond, ce qui nous permettra le contact en cas de besoin. Petite note à ce sujet: si les régions rurales sont sous-équipées en routes, distribution d'eau, électricité, écoles, etc., le téléphone portable est répandu partout et permet de rester joignable en pratiquement toute circonstance : quand je suis seul là-bas, Christiane peut me joindrer facilement et économiquement (2 min. env. pour 1 €) sur mon téléphone portable avec Skype out, depuis l'ordinateur de la maison; dans l'autre sens, ce serait ruineux... Faly a loué pour nous un 2ème scooter pour nos amis. La première baignade à la plage des Orchidées est délicieuse, et le souper d'accueil de nos amis Fara et Faly itou.

La baignade aux Orchidées, un must

Pour sa première nuit à Olatra, Raymond n'a pas bien dormi, à cause de la chaleur, et pourtant il a plu pas mal. On s'organise alors, pour l'intendance et les repas: premières courses au marché, petits travaux de maison comme à chaque fois que j'arrive; rencontres, surtout, avec les gens du coin: la doctoresse du dispensaire est ravie de recevoir le guide Vidal français (notices de tous les médicaments) - on a pu amener ce gros volume de 4 kg vu le poids autorisé des bagages pour 4 personnes. Nous avons même pu apporter un panneau solaire portable, grand comme le fond d'une valise. Eric le pêcheur est déjà là pour proposer de l'artisanat local et de la vanille; nos amis (et Christiane pour une partie) ont évidemment l'occasion de rencontrer les 6 familles aidées: Françoise et ses 4 enfants, Jeanne et Stéphanie, Amélie et Vola, Zoe et Mirindra, Antoine et son petit Jean-Claude, ici avec notre amie Fara.

Accueil des familles sur la terrasseAccueil des familles des enfants scolarisés

A Sahamalany, Juliette, Raymond et leurs 4 enfants nous reçoivent chaleureusement et nous donnent des fruits qui seront rapidement transformés en confiture.

 

Les reconnaissez-vous ?

Le hameau de Sahamalany

A la Pirogue, Bernard le patron nous accueille dans le grand salon à ciel ouvert de son établissement de prestige. Nous rencontrons aussi des vazaha, clients de Raoul, qui construit des maisons pour eux. Pour fêter les anniversaires de Brigitte et Paul, des langoustes grillées et en sauce sont idéales pour faire la fête avec nos amis des Orchidées !

Langoustes pour deux anniversaires 

Comme il y a de grosses averses chaque nuit, les champignons apparaissent, notamment un gros bolet semblable à notre cèpe bronzé (Boletus aereus), découvert près de la plage des Orchidées.

Un gros bolet sans doute comestibleShopping à Fénérive

Balades aussi dans les environs, avec les 2 scooters: à Fénérive pour faire quelques achats plus importants, des ustensiles ménagers entre autres, et, pendant que les femmes vont voir le coin friperie, Raymond et moi faisons connaissance avec un groupe d'enfants près de la salle des fêtes circulaire.

Route vers Vavatenina

Grande promenade sur la route vers Vavatenina, dans une nature très vallonnée: la route croise une rivière torrentielle et passe par des petits hameaux typiques de la côte est; c'est un régal au niveau botanique et... et il y a même des champignons ! C'est aussi le cas non loin de la maison, sur souches pourrissantes de gros pins: c'est Jacques Aimé, un ancien "chef du Fokontany" (communauté villageoise) qui vient me le signaler : il est énorme et spongieux, faisant penser à notre Meripilus giganteus.

Le long de la route vers VavateninaGros polypore à Mahambo

Aujourd'hui, Christiane raconte à sa façon comment nous avons festoyé le dimanche midi, avec nos amis des Orchidées (qui gèrent aussi Ylang Ylang) et de Sahamalany.

 

 

Ce midi, on mange du poulet.

 

Depuis plusieurs jours, deux poulets-bicyclettes (très légèrement entravés) courent dans le jardin, dans l’attente du festin de ce dimanche. Paul les a achetés un peu trop cher au marché… et l’un deux est vraiment maigre : manifestement il s’est fait avoir. On les surveille du coin de l’œil, en se réjouissant de les voir picorer avidement en vue d’un hypothétique engraissement.

Dimanche matin. Brigitte et moi, aux fourneaux dès le matin, attendons l’immolation des bestioles par Donald, grand maître en la matière. Mais l’insouciant Dodo n’est pas pressé, et, alors que pour la 4ème fois on lui demande de passer à l’acte, il se rend compte avec horreur que les deux volatiles ont pris la poudre d’escampette !

Léger malaise chez la vazaha qui se dit que, décidément, ce gardien est cool, beaucoup trop cool. Donald disparaît dans le jardin voisin à la recherche de notre dîner… quand soudainement deux poulets réapparaissent chez nous ! Sont-ce les nôtres ? Il n’y a plus trace d’entrave, mais vu l’heure et l’urgence on s’en f… !

Commence une course héroïque pour attraper les bêtes qui, sentant leur fin prochaine, courent en tous sens, passent les clôtures, s’envolent, piaillent de tous leurs poumons. On court, on encercle, on saute dessus, jusqu’à ce que le valeureux Donald les attrape enfin et les décapite.

Plumer, découper, cuire, le tout entrecoupé d’un bout de messe malgache et d’une réparation de scooter…

Midi. Les invités arrivent, chevauchant les motos de Paul et Raymond, ou à vélo pour le plus courageux. Enfin, à table toute la famille ! Un fumet délicieux s’échappe de la marmite et c’est à peine si on a une pensée émue pour les deux victimes du jour...

 

Ce repas festif, traditionnel maintenant, un des dimanches de mes séjours, est un grand moment d'amitié belgo-malgache. Les enfants sont évidemment à la fête, avec les boissons sucrées dont ils raffolent, du chocolat de chez nous et, sur l'ordinateur, un film passionnant comme "Magic baskets".

Repas de fête le dimanche Pendant le film pour les jeunes

Une visite au CEG voisin donne à nos amis l'occasion de comprendre la situation difficile de l'enseignement ici: il y a 540 élèves en 4ème et 3ème année, pour 5 profs payés par l'Etat malgache et 9 par les parents, qui doivent donc payer pour mettre leurs enfants à l'école. Les classes comptent chacune environ 60 élèves. On a l'occasion d'examiner les programmes de cours, aussi exigeants qu'en Europe mais sans doute difficilement assimilés vu les conditions de travail. A côté du CEG, l'Unicef a financé la construction d'un internat pour une vingtaine de filles: il nous paraît bien trop petit. Il faut ajouter qu'il n'était pas encore occupé début 2012, tant les choses sont lentes au pays du mora mora.

L'école pour les filles: une priorité à MadaUn internat pour des filles du CEG

La décision n'a pas traîné, suite à la visite de la maison délabrée, pour ne pas dire pourrie, de Françoise près de la piste principale menant à la plage: il lui fallait travailler 5 jours par mois pour en payer le loyer ! Nous allons donc lui construire quelque chose de neuf et de plus décent dans le fond du jardin de Olatra, ce qui lui permettra de ne plus payer de loyer.

Après 8 jours à Mahambo, il est déjà temps pour Christiane, Brigitte et Raymond de regagner la capitale pour reprendre l'avion deux semaines après leur arrivée. Il y aura étape au bazar be de Tamatave, pour les achats habituels d'artisanat malgache, en compagnie de Fara qui nous a accompagnés et offre, avec émotion, un joli sobika aux deux dames. Voyage sans histoire en taxi-brousse - ce qui n'est pas le cas pour 3 camions, dont un aperçu au fond d'un ravin, car la route Tamatave-Tana n'est pas de tout repos. Il pleut à verse quand nous arrivons au Feon'ny Ala.

Les bungalows face à la forêt luxuriante

Christin nous guide dans la réserve Analamazaotra et nous donne l'occasion de faire connaissance avec une famille de lémuriens, les fameux Indri indri qui aujourd'hui sont peu farouches, puisqu'un jeune vient manger, jusque dans sa main, les jeunes pousses rougeâtres de Cryptocaria que lui tend Raymond. Pour atteindre Moramanga, d'où partent des taxis-brousse vers Tana, il nous faut attendre bien longtemps au carrefour avec la RN2, jusqu'à ce que s'arrête... une fourgonnette de type Renault Express: entassés à l'arrière (tôlé!) avec tous les bagages, nous devons acquitter le bakchich aux policiers à l'entrée de la ville, car les pandores veulent retirer son permis de conduire et sa carte grise au chauffeur qui n'est évidemment pas en règle pour ce transport peu commun ! Pour quitter Moramanga au plus vite, un seul truc: acheter 8 places au lieu de 4, ce qui se pratique couramment de la part des étrangers pressés...

Avec Christin, en attendant un taxi-brousse...

Pour terminer leur séjour à Mada, nos amis auront l'occasion de nous accompagner à Arivonimamo, au CEG Abdon, avec Héry, l'épouse de Nary, et Julien, membre de l'association VOARA. Accueil chalereux par la coordinatrice et la Directrice, mais surtout tous les élèves dans leur tablier bleu. Les élèves correspondant avec ceux de l'ISM de Neufchâteau (Belgique) ont été rassemblés avec leurs professeurs dans une classe où a lieu la rencontre. Le matériel offert par les jeunes Belges (ordinateur portable, vidéoprojecteur, etc.) est en place et fonctionne. Discours de bienvenue et questions-réponses à propos de la Belgique et de Madagascar, du partenariat instauré depuis 2008 et des modalités de la communication et des échanges interscolaires initiés.

L'accueil au CEG Abon Rencontre belgo-malgache en classe

Avant de reprendre l'avion, nos amis auront l'occasion de découvrir Tana à pied puis de rencontrer la famille de Nary pour un souper amical qui couronne ce bref séjour. Il pleut de nouveau à seaux quand nous rentrons à l'hôtel Shangaï.

Soirée amicale chez Nary et Héry

Avant de quitter Tana, j'ai pu acheter dans la librairie principale de la Place de l'indépendance, un petit livre remarquable dû à Patricia Rajeriarison et Sylvain Urfer: MADAGASCAR, coll. Idées reçues, éd. Foi & Justice, Antananarivo-Paris, 2010, 127 pp. Les auteurs commentent de façon critique les poncifs véhiculés à propos de "L'île heureuse", comme on la définissait il n'y a pas si longtemps (p. 9). Ils passent en revue l'histoire et la géographie de Mada, le "pays des lémuriens", l'économie et la politique du "pays de la vanille", la culture du "pays où on retourne les morts, du mora mora et du fihavanana", la société de cette "grande destination pour l'écotourisme" mais "où on brûle les forêts". On apprend beaucoup, et je ne peux que recommander, à tous ceux qui préparent un séjour là-bas, cet ouvrage aussi courageux qu'instructif.

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                                                                                                        *          *

Resté seul pour deux semaines supplémentaires, je commence par travailler quelques heures à Tana avec Mahery, un étudiant malgache rencontré à Andasibe, au mémoire qu'il réalise sur les champignons de là-bas, avant de reprendre un minibus en direction de Mahambo, et la route est longue : il faut compter au moins 8 heures, au lieu de 45 min. en avion, mais le prix du billet varie de 6 euros à un peu plus de 100 euros ; je ne peux m'empêcher de "mettre dans la balance", tant que j'ai la santé, tout ce que je pourrai acheter pour améliorer la vie de mes amis de Mahambo. Heureusement que j'ai la possibilté de faire halte pour une nuit reposante chez Susanne et Rudolf à Tamatave. A Olatra, tout est en place dans mon petit paradis, et la THB entamée il y a 5 jours, bien rebouchée, est encore buvable ! Ah que c'est bon quand il fait bien plus chaud qu'à Andasibe et Tana. Coup de fil de Christiane - j'ai expliqué ailleurs qu'elle peut me joindre facilement sur mon téléphone portable - bien rentrée au pays avec nos amis Brigitte et Raymond.

Implantation de la maison du jardin Tapis de sol pour une maison malgache

Un des objectifs de cette 2ème partie de séjour est d'initier Felana, la fille aînée (14 ans) de Fara et Faly au maniement de l'ordinateur portable de type notebook que je laisserai en partant : elle a accepté d'en être responsable pour le prêter, quand ce sera nécessaire, à la doctoresse du dispensaire et au CEG. Il faut tout un écolage, notamment au traitement de texte Word et à l'exploitation du contenu de la machine (documents pédagogiques, films, etc.), utilisable avec le panneau solaire portable. Invité officiellement au CEG voisin à assister à une réunion pour la "présentation du Contrat Programme de Réussite Scolaire", avec les délégués des professeurs et des parents, j'apprends pas mal de choses sur la vie de cette école, dont les chiffres d'échecs scolaires sont assez affolants; c'est à cette réunion que je décide de financer, anticipant l'aide de quelques amis européens, l'installation d'une pompe à main (il n'y a pas ou plutôt plus de point d'eau pour plus de 500 élèves!) et une latrine supplémentaire.

Quand je suis seul à Mahambo, j'apprécie les nombreuses visites de ceux qui viennent "dire bonjour": je fais du thé, des tartines de confitures pour les enfants (j'achète toujours trop de pain chaque matin, exprès) qui viennent colorier sur la terrasse, avec un tas de crayons de couleur apportés de Belgique, des albums pour garçons et filles : les dessins de princesses de Walt Disney ont autant de succès que les voitures de "Cars"; c'est l'occasion d'échanger, de montrer les cartes, du monde et de l'Europe où j'habite, qui ornent un grand mur du living, juste à côté de toutes les photos de ceux qui me tiennent à coeur. Mes visiteurs ne sont pas quémandeurs, mais ils acceptent tout ce que je leur propose. Il m'arrive aussi d'être invité et... de ne pas cracher dans l'assiette !

A la saison des fortes pluies, comme c'est le cas normalement en janvier-février, des flaques d'eau se forment dans la maison, là où le toit en ravpounj (feuilles de ravinala séchées et entretressées) manifeste une faiblesse après quelques années. Il faut donc intervenir pour des réparations qui ne tiendront cependant pas longtemps : en pareil cas, l'idéal est de procéder - ce qui sera le cas en fin d'année 2011 - à un remplacement complet de la couverture végétale.

Une journée-type est rythmée par un lever matinal, dès que le soleil surgit à l'horizon, une baignade à la plage de Orchidées (en scooter, il ne me faut que 5 min. par la piste qui passe devant le CEG et le long du terrain de foot), l'achat de baguettes au village ou chez Doris, le petit déjeuner avec souvent l'un ou l'autre invité, l'installation au soleil des petits panneaux solaires des lampes Ikea, le travail de compte rendu de la veille à l'ordinateur, les courses au marché pour les repas à préparer, la vaisselle, une sieste-lecture dans la fraîcheur de la chambre, des démarches, visites et un 2ème bain de mer presque au coucher du soleil, avant le repas du soir; un peu de cinéma (pour les enfants, mais ausi leurs parents !) avant d'aller dormir... souvent avant 21h. On ne s'étonnera pas que les moments choisis pour les deux bains quotidiens coïncident avec ceux de la journée où le soleil n'est pas encore ou plus trop agressif pour le crâne du nageur : il n'est pas commode de nager avec la casquette que j'arbore toute la journée !

En promenade vers les récifs de la plage La famille d'Hortense, mes voisins

Une occupation qui m'a pris beaucoup de temps, 3 ans après l'achat de ma maison, fut d'arriver à obtenir enfin les documents administratifs ultimes concernant le terrain acquis par bail emphytéotique. Les démarches aux Domaines à Fénérive furent longues et pénibles - en fait, j'avais eu beaucoup de chance lors de l'achat, pour le notaire et l'enregistrement - surtout pour les papiers attestant du bornage: j'ai vécu, je l'avoue, des sentiments violents de rage contre une administration tâtillonne dès qu'on ne "crache plus au bassinet "; ceux qui renâclent le paient chèrement : "Monsieur n'est pas là... revenez la semaine prochaine...; la photocopieuse est en panne à cause du délestage...; c'est fermé aujourd'hui pour cause d'inventaire; le document est sur ma clé USB mais on ne parvient pas à l'ouvrir, etc.). Il y a des moments où il vaut mieux ne pas être armé d'un objet contondant ! Ne pas oublier aussi qu'il fallait des témoins avec moi, du moins c'est ce qu'on m'a dit, pour cosigner les papiers de ce genre : le chef du village et l'adjoint au maire doivent donc se déplacer et il est bon de leur payer le taxi-brousse, sans oublier le reste... Heureusement, les taxis-brousse qui sillonnent la route Tamatave-Fénérive sont nombreux chaque jour et d'un prix inférieur à ce que coûterait le carburant du scooter.

Acheter à Fénérive un vélo pour l'anniversaire de Nény de Sahamalany ne fut pas une mince affaire. Certes, le prix est pour nous très raisonnable (une bonne cinquantaine d'euros), mais la qualité est vraiment discutable: à peine Raymond, venu avec moi choisir l'engin, était-il monté sur le vélo qu'il fallait changer la chambre à air: j'ai eu en mains celle d'origine, qui se détachait, quand je tirais dessus, comme de la fine pâte à tarte; Faly m'avait bien prévenu: il faut pratiquement racheter d'office des pièces comme les câbles de frein, etc.

Comme à chaque séjour, je fais un saut chez l'ami Emile à Foulpointe et c'est chaque fois l'occasion d'acheter quelques dizaines de colliers à mes vendeurs habituels sur la plage.

Vendeurs de collier sur la plage de Foulpointe

La fin de la construction de l'ossature de la maison de Françoise, dans le fond du jardin, donne lieu comme chez nous à une "fête du bouquet" : on décore le faîte du toit de quelques fleurs et... on boit (le rhum plaît beaucoup aux ouvriers malgaches!); Antoine monte au cocotier près de l'entrée pour en faire tomber sur la pelouse; on fait flamber des bananes; le capuccino et autres douceurs européennes, surtout à base de chocolat, récoltent un franc succès.

Structure de la maison du jardin

Lors du dernier petit déjeuner, avant mon départ, il y  toujours beaucoup de monde pour me dire au revoir et... se partager ce qui reste comme vivres dans la cuisine; le coffre où j'entrepose tout un "brol" sans grande valeur mais bien utile est inventorié et le gardien guette le passage d'un taxi-brousse qu'on arrête, s'il a de la place disponible, en agitant le bras le long de la route juste devant la maison... A Tamatave, j'ai l'occasion, grâce à Susanne, de rencontrer Anne B., une Belge responsable du bureau du "Program Manager Madagascar Fauna Group", et gestionnaire d'une réserve naturelle sur l'Ile aux Prunes près de Tamatave (c'eût été plaisant de pouvoir y jeter un coup d'oeil...); je lui donne la brochure "Olatra - Champignons d'Andasibe" et le scan des deux posters didactiques. Je n'aurai malheureusement pas de nouvelles après cette brève rencontre, et j'ai failli rater le bus de nuit pout Tana en raison des embouteillages à l'heure de pointe. Or, m'y attendait la famille de Fara et Faly qui m'invitaient à un mariage dans leur famille à Tana: nouvelle expérience enrichissante pour connaître plus en profondeur un pays fascinant.

Fara et sa fille Felana au mariage à Tana

Une cérémonie de mariage à Mada peut étonner un vazaha: le mariage civil est prévu à 9h, mais on n'entrera dans la mairie qu'à 10h30'; le mariage religieux sera retardé d'autant et durera jusque 14h; plein d'humour, le prêtre m'invite à dire un mot en français, au moment du Notre Père. Les invités à la noce ont l'estomac dans les talons quand on arrive à la salle de réception. Un animateur professionnel, - qui a déjà pris la parole à la mairie et à la fin de la messe - raconte sans fin, tandis que les deux mariés sont sur un podium, isolés du reste de la noce, avec sous leurs yeux le gâteau prévu pour les... 250 convives. Il faut savoir que les Malgaches sont prêts à dépenser des années d'économie pour une fête de mariage ! Il ne me reste plus qu'à récupérer de Nary les lettres et petits cadeaux des élèves du CEG Abdon à Arivonimamo à l'Auberge du Cheval Blanc toute proche de l'aéroport d'Ivato : cette proximité est bien pratique quand il faut être à l'enregistrement des bagages pour 5h30'. J'aurai la chance de faire le voyage de retour vers Paris en compagnie de la belle-soeur d'un membre de l'association VOARA qui rentre en France où elle habite maintenant : elle me confie avoir écrit une cinquantaire de pages à distribuer à sa nombreuse famille malgache afin de leur expliquer les différences entre la mentalité des vazaha et celle des Malgaches.  Grâce à elle, je serai bien à temps à la gare de l'Est pour rentrer dans la nuit par le train, car Christiane a repris la voiture il y a deux semaines, avec nos amis Brigitte et Raymond.

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Mon 14ème séjour à Mada a lieu du 13 mai au 4 juin. Grosse surprise à Orly: le vol de Corsair est postposé de 24 heures et je n'ai pas pu être prévenu à temps avant mon départ de Neufchâteau. Je suis logé et nourri par la compagnie aérienne à l'hôtel Ibis de l'aéroport. A Ivato, la navette de l'aéroport (10.000 Ar.) m'amène à la gare de Tana (rénovée, pleine de boutiques de luxe) où Nary me récupère et me reçoit chez lui pour le lunch. Déposé par ses bons soins à la station des bus Vatsy, j'arrive en pleine nuit chez Susanne et Rudolf qui me permettent une nouvelle fois de me reposer avant d'arriver, en leur compagnie et dans leur camionnette, à Mahambo qui est un village qui leur plaît beaucoup et où ils souhaiteraient avoir un pied à terre. Nous mangeons à midi au Vanilla café, qui sert un excellent menu pour 11.000 Ar. (crudités, poisson à la vanille et salade de fruits frais).

Pour le petit déjeuner, j'apporte chaque fois un pot de confiture de la maison, avec des fruits qu'on ne trouve pas ici (groseilles rouges, framboises, myrtilles) et que je peux faire découvrir à mes amis de Mahambo, mais aussi du fromage en tranches emballées individuellement et qui résisteront à la chaleur, une fois entreposées dans un sac thermo, lui-même dans ma "chambre froide" (c'est ainsi que j'appelle humoristiquement le réduit entre les deux chambres du rez).

Habituées de la maison: Marguerite et Leodivine Les enfants de Françoise dessinent sur la terrasse

La maison du jardin, donnant sur le chemin du CEG, est maintenant terminée et occupée par Françoise et sa nombreuse famille: Paul Rabesolo (15), Norosao (13), Mamymarinette(10), Kamisy (8) et Evariste (6). Sans oublier Arliny (2), dont la grand-mère, comme c'est fréquent ici, a la garde. Il faut les équiper à présent: fourchettes, bassin, poêle, etc. Raoul acceptera d'engager de temps en temps la maman comme journalière pour du jardinage.

A chaque séjour, il faut aussi que j'achète tout de suite pour mon "ménage" tous les ingrédients de première nécessité, car il n'y a plus rien quand j'arrive: sel, poivre, riz, charbon de bois (c'est le gardien Donald qui s'occupe du riz quotidien), huile, etc. Pour qui aime le poisson, on en trouve en abondance, frais du jour - comment le garder sans électricité donc sans frigo ? - ou salé pour la conservation, comme l'utilisent volontiers les Malgaches. Les gros poissons sont plus chers, mais les petits (5.000 Ar. le kg) sont à mon sens plus savoureux, grillés surtout. J'apporte de Belgique de la mayonnaise en tube qui fait merveille en accompagnement et qu'apprécient beaucoup mes invités ! Des oeufs sont toujours disponibles dans les boutiques au centre du village et des vendeurs de volailles (vivantes, évidemment) présents chaque matin aux abords de la halle du marché. On peut chaque jour acheter des légumes frais, sans doute bio et excellents de goût : haricots verts, oignons, pommes de terre, tomates, etc. Pour un amateur de carottes crues, c'est le pied ! Ah, les plaisirs simples...  Connaissez-vous les achards, de papaye par exemple ? il s'agit de légumes crus préparés avec des épices et du vinaigre, délicieux en accompagnement du riz et du poisson. Et pour l'apéritif avant ? J'aime surtout, quand il fait très chaud, une cuiller à soupe de pastis - on en trouve dans les deux principales épiceries de Mahambo - dans un verre d'Eau Vive, ou un jus naturel de fruits pressés allongés d'eau (oranges, mandarines, corrosol, grenadelles, etc.) avec un filet de whisky, diponible ici aussi, comme le rhum en bouteille ou en vrac; ce dernier me sert aussi pour relever le "lait" des cocos du jardin et flamber des bananes qu'on trouve en abondance toute l'année, chez Suzy ma voisine de l'autre côté de la route (100 Ar. pour 3). La bière est bonne (2.000 Ar. pour 66 cl) et les bouteilles sont scrupuleusement consignées, comme les sodas en litres de verre, mais on trouve des grandes bouteilles de coca en plastique: c'est pratiquement le même prix qu'en Europe, donc cher pour les Malgaches qui en sont très friands, les adultes autant que les enfants. Comme dans un resto chez nous, les boissons sont proportionnellement plus chères que la nourriture...

Raoul et Santa sont très accueillants : à chacun de mes séjours, ils m'invitent à un repas où j'ai toujours l'occasion de rencontrer d'autres vazaha, de leur famille ou de leurs clients, car Raoul est en train de construire, tout près des Orchidées, tout un lotissement de belles maisons qui finiront par former une sorte de "village de vacances" dans un environnement arboré et fleuri de qualité. Nous avons toujours des conversations très enrichissantes où nous partageons nos impressions malgaches sur différents aspects de la mentalité de ce pays. Sans oublier le plaisir de déguster un plat créole en caressant un petit lémurien apprivoisé...

Un lémurien apprivoisé chez Raoul

Petite anecdote: un matin, alors que je suis dans l'océan indien à 7h pile, un gros 4x4 ronronne devant le bungalow des Orchidées le plus proche de la plage (c'est-à-dire moins de 10 mètres !). Quand je sors de l'eau, rien n'a changé et je m'avance, avec une ironie un peu effrontée, j'en conviens : "Vous avez de la chance, Monsieur, qu'à Mada le carburant est gratuit, alors que la planète est préoccupée par le problème du CO2 !". On me répond que c'est pour la clim et la glacière ; évidemment, le pastis avec glaçons, c'est mieux... Comment lutter contre l'égoïsme ?

Au centre du village, un attroupement... pour un décès: quand quelqu'un meurt ici, tous les gens du village viennent manifester leur solidarité aux proches, même s'il ne sont pas de la famille. Il est de coutume de laisser un peu d'argent pour aider aux frais des funérailles. Chaque fois que je le peux, je m'associe à ce geste: je ne suis plus un touriste, mais un habitant de Mahambo ! Au CEG, les deux nouvelles latrines construites par Faly sont inutilisables proprement : devançant mon désir, la Commune a pris l'initiative d'installer une petite pompe, mais Mr Edmond le Directeur m'avoue qu'elle ne fonctionne pas car on a creusé trop peu profondément.

L'ancienne pompe... Nouvelle pompe du CEG (avec Félix et Edmond)

Avec l'aide de Fara (qui ira chercher une autre pompe à Tamatave) et Faly (qui embauchera deux de ses hommes, Antoine et Thomas), un puits profond est creusé et une nouvelle pompe installée: j'aurai le plaisir de la voir fonctionner avant mon départ.

Antoine et Thomas creusent... ... le nouveau puits pour le CEG de Mahambo

Je ne peux décemment pas vous montrer la photo de l'état des anciennes latrines qui seront, j'espère, "réhabilitées" grâce à la pompe; avec un seau, pour aller chercher l'eau de rinçage à la pompe située à une trentaine de mètres, et une brosse de WC, les professeurs et les élèves disposeront de toilettes propres, s'ils les entretiennent bien: c'est toute une éducation à l'hygiène et au civisme dont les responsables de l'école devront assurer le suivi.

De nouveaux WC pour le CEG de Mahambo

Souvent, j'ai l'occasion de prendre conscience de la précarité de la vie matérielle ici, par exemple quand l'alimentation-secteur de mon petit ordinateur est grillée (sans doute à cause d'une fausse manoeuvre ou d'une surchauffe due au convertisseur 12V-220V), ou encore quand j'ai des petits problèmes de santé (la tourista, cela arrive ici aussi!); chaque fois aussi, j'ai expérimenté le sens de la solidarité des gens confrontés à des conditions de vie plus aléatoires que dans nos pays "riches", au point de penser que celle-ci compense d'une certaine manière les difficultés de la vie au quotidien. J'idéalise sans doute le tableau, ou alors c'est que j'ai de vrais amis à Mahambo...

L'entrée du cours Kanty à Fenerive-Est La cour de récréation du cours Kanty

A l'invitation du mari de la doctoresse du dispensaire local, je suis allé visiter à Fénérive le cours privé Kanty, dont José est Directeur. Encore une nouvelle expérience de rencontre avec les élèves d'une autre école de la région. Ils ne sont pas logés luxueusement, y compris le principal responsable dans son bureau, et les besoins de l'école existent à tous niveaux; ainsi, une élève tient à me dire qu'elle aimerait que l'école ait une bibliothèque. Je me souviens avoir un jour porté au parc à conteneurs des centaines de manuels scolaires jugés "obsolètes", que nous avions jetés lors d'un aménagement des locaux de l'école où j'ai passé ma vie professionnelle:  quelle tristesse de penser qu'ils auraient sans doute fait le bonheur d'une école ici... si le transport et les "taxes" ne coûtaient pas plus cher que la valeur de ces livres scolaires ! Il faut sans doute plutôt penser à un vidéoprojecteur (il y a ici l'électricité) et à des documents pédagogiques numérisés. Mon ancienne école étant déjà en partenariat avec celle d'Arivonimamo, il faudrait trouver d'autres volontaires pour des échanges et une aide matérielle.

Une classe au cours Kanty à Fénérive-Est Le bureau du Directeur José

A Tamatave, à 90 km au sud de Mahambo, on peut trouver pratiquement tout: c'est le principal port du pays et une grosse ville, sans doute la 2ème plus peuplée de Madagascar. Au grand magasin Score, toutes les tentations alimentaires de l'Europe sont dans les rayons, mais pratiquement aux mêmes prix qu'ici; au fameux Bazar be, on trouve tous les produits malgaches (artisanat, meubles, légumes et fruits frais, épices, etc.) mais aussi des tas de produits manufacturés en Asie sans doute, y compris des contrefaçons "tombées du camion". Ainsi, les faux parfums et eaux de toilette proposés par de multiples petits vendeurs se reconnaissent aisément... à leur prix ridiculement bas.

Une bonne partie du jardin, envahie essentiellement par de hautes fougères - le naturaliste naïf que je suis voulait voir ce que deviendrait toute une zone laissée à l'état sauvage, donc sans entretien - est défrichée par Antoine, en échange de matériaux pour sa maison. Je propose à Françoise et à ses enfants d'y cultiver du riz et des légumes dont ils profiteront au fil des jours.

Fin mai, c'est la "fête sportive" au CEG de Mahambo. Quand les Malgaches font la fête, ils sont increvables: cela dure plusieurs jours... et nuits, dans la tonitruance de discours inlassables, de cérémonies religieuses interminables, de musiques lancinantes (j'ai même dû fermer les volets pendant la nuit). Pourtant, sans doute la température plus fraîche y contribue-t-elle, je me sens ce matin bien reposé, calme et détendu, globalement heureux dans un univers agréable et familier, une solitude "habitée"... par un livre extraordinaire de Frédéric Lenoir: "Le Christ philosophe". Le terrain de foot est noir de monde quand je pars à la mer. A la maison, deux hommes de Faly sont là pour remplacer le ravinala du toit là où il est dégradé: ce sont de véritables acrobates et ils me donnent le vertige ! Les prises de courant de la maison sont squattées par les téléphones portables (mon panneau solaire est une aubaine !). Difficile de se reposer en compagnie de F. Lenoir dans un tel "bordel": la maison est sens dessus dessous à cause de ces travaux de réparation, sans oublier Arsène qui est passé dire bonjour et les 6 enfants qui dessinent sur la terrasse ou jouent dans le sable au pied des escaliers: une pelle et quelques moules en plastique font merveille ici, point n'est besoin de console Wii... Pour les adutes le soir, "Danse-avec-les-loups" est un film remarquable qui exalte l'amitié entre en Blanc et des Indiens. Je crois que mon gardien Donald a fort apprécié.

Zintia joue dans le sable Préparation d'un repas de fête avec Zoe et Nancia

Après de nouvelles fortes pluies nocturnes, je me rends compte que les réparations au toit n'ont pratiquement servi à rien: il faudra remplacer entièrement la couverture en feuilles de ravinala. Avant de partir, je donne, comme chaque fois, les lampes Ikea à panneaux solaires; Antoine, qui a creusé le puits et défriché le fond du jardin, en reçoit une dont toute la famille profitera, y compris le petit Jean-Claude qui est au nombre des enfants que j'aide pour leur scolarité. Leodivine, la petite-fille de Marguerite, très motivée pour l'école, en tirera le meilleur profit aussi.

Nary vient courageusement me chercher à la station des bus Vatsy à 6h30' (le bus est arrivé à 2h du matin, et il fait froid ici) après un trajet Tamatave-Tana sans histoire, où je rencontre une Malgache ingénieure en hydrobiologie: elle parle parfaitement le français et est d'un niveau très cultivé (elle a fait 5 ans d'études au Québec!); elle travaille à Madagascar Oil qui prospecte sur la côte ouest; je ne suis pas étonné qu'elle soit partisane du libéralisme-capitalisme et donc de l'ancien président M. Ravalomana; elle manifeste en tout cas beaucoup d'esprit critique en ce qui concerne la mentalité de ses concitoyens : j'ai l'impression de voir les choses bien plus positivement qu'elle ! Il me reste à utiliser mon crédit de téléphone - qui serait perdu après 3 mois de non-utilisation - pour dire que tout va bien, misaotra et veloma à mes amis de Mahambo...

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C'est le 9 novembre 2011 que j'ai remis le cap sur Mada, pour la 15ème fois. Ce séjour fut le plus difficile en raison d'un problème de santé qui l'a rendu pénible. Tout avait commencé durement: à la suite d'une coupure de l'autoroute avant Paris, j'ai dû décider, pour ne pas rater l'avion, de me garer en catastrophe dans un parking souterrain à Orly. Heureusement, mon ami René a pu récupérer mon véhicule deux jours plus tard... A Tana, après avoir rencontré rapidement Héry et Nary pour leur remettre le colis des élèves belges pour leurs correspondants malgaches, je dois attendre plus de 6 heures, dans l'ambiance torride de la station de taxis-brousse, que celui où mes bagages sont installés sur le toit daigne enfin s'ébranler. Il faut en effet se méfier comme de la peste des promesses des chauffeurs qui vous assurent que leur véhicule "va partir dans moins d'une demi-heure". Il sera trop tard pour m'arrêter, comme je l'avais prévu, à Andasibe, d'autant plus que le véhicule de l'association Mitsinjo, avec lequel Christin devait venir me chercher en début de soirée - pas à 23h30', car le chauffeur s'est arrêté pour manger 50 km après la sortie de Tana - au carrefour de la RN2 près de la gargote Sitraka, est en panne... Je prends donc la décision de rester dans le minibus jusque Tamatave où nous arrivons à 4h du matin. Mes bagages seront tellement violentés dans le taxi-brousse vers Fénérive que je devrai acheter une nouvelle valise à Mahambo: elle ne tiendra que le temps du voyage de retour ! Quand je déballe mes affaires, c'est pour constater que mon pot de confiture du pays a coulé sur les habits...  Arrivé dans ma maison à 7h30', je découvre que 3 ouvriers sont en train de remplacer la couverture du toit. Fara et Faly m'expliquent pourquoi ils ne sont plus aux Orchidées mais maintenant uniquement à Ylang Ylang, pour la partie hôtellerie: c'est là que je récupère mon petit scooter rouge... qui se traîne en chemin. Il n'y a plus de détendeur sur la bouteille de gaz et la batterie couplée au panneau solaire est si faible - j'aurais dû avoir la puce à l'oreille quand Fara m'a donné des bougies, en me confiant que la pompe du CEG est en panne et qu'elle irait le lendemain à Tamatave chercher une pièce pour la réparer - que l'ampoule du soir s'éteindra après quelques minutes... Haut les coeurs !

Une bonne nouvelle: j'obtiens des nouveaux gérants des Orchidées, Frédéric et sa compagne malgache Mavo, l'autorisation de continuer à venir me baigner deux fois par jour à ma plage favorite. Faly a fait remplacer à Fénérive la courroie du scooter, qui a retrouvé une nouvelle jeunesse. Il a aussi racheté une nouvelle batterie qui "pète le feu de Dieu". Comme toujours à Mada, tout s'arrange au bout d'un temps et je peux commencer à donner un petit cours de français aux deux aînés de Françoise, Paul Rabesolo et Mamymarinette - Norosao, qui n'a que 14 ans, a abandonné l'école et est partie rejoindre sa soeur pour travailler avec elle dans un établissement de location de quads. Agréable constat: Françoise et ses enfants ont bien rentabilisé tout la partie du jardin qui jouxte leur maison: il y a du riz, du maïs, des brèdes, des ananas et du taro (sonj en malgache). Au repas du soir, je retrouve avec plaisir Jeanne et Stéphanie, en bonne forme toutes les deux. Avec un mini-vidéoprojecteur, le premier épisode de la 1ère saison de "Dr House", projeté sur le mur du living, les impressionne beaucoup...

Riz, maïs, taro: le jardin est bien rentabiliséRégime de bananes du jardin

Plusieurs jours durant, le sol de la maison et de la terrasse seront envahis des débris du ravinala enlevé pour être remplacé par du nouveau. Les prix ont flambé depuis mon séjour de mai, aussi bien le pain (passé de 300 à 400 Ar.) que le charbon de bois (passé de 3.000 à 4.000 Ar. le sac... et faut aller le chercher en scooter, maintenant à 7 km de chez moi). Il pleut tellement qu'on passe beaucoup de temps à éponger dans la maison... Un plaisir à signaler tout de même : pour le dessert, il suffit de se lever et d'arracher des bananes au régime qui pend dans la salle à manger et qui vient de mon jardin... Nancia, de la famille d'Eric le pêcheur, n'a plus de travail pour le moment et accepte volontiers que je l'embauche pour m'aider à préparer l'habituel repas de fête du dimanche midi. Le soir, "Robin des bois" de Walt Disney a beaucoup de succès, autant chez les grands enfants que chez les plus jeunes.

On remplace tout le ravinala de la toiture...... avec ce que cela implique !

Quelques nouvelles au fil des jours: il y a des travaux à faire à la maison de Zoe et Mirindra, la lampe Ikea de Sahamalany est tombée dans le feu et a fondu, Mr Edmond le directeur du CEG est parti à Fénérive et a été remplacé par Mr Charles, achats divers au marché local pour la famille de Françoise, petite promenade à pied sur la route vers Fénérive, pour saluer Marguerite: aïe, c'est sans doute alors que j'ai attrapé l'insolation-déshydratation que je vais payer cash les jours suivants. Pendant la nuit, une brusque poussée de forte fièvre me fait trembler comme une feuille au vent. Doliprane et Efferalgan sont sans effet et mes amis Malgaches pensent que je fais une crise de malaria. Le test réalisé au dispensaire est pourtant négatif (parce que je prends un comprimé de Malarone chaque matin ?). 5 jours d'antibiotiques, de toute façon. Constatations positives: au jardin, Mamymarinette bêche un carré pour y mettre les graines que Raoul m'a données; Mr Charles passe dire bonjour et me paraît très sympa et collaborant. Je vais passer de longs moments au lit, sans appétit et en buvant des litres d'eau. Il vaut la peine que je recopie telles quelles les notes prises concernant ma journée du 18 novembre, que j'ai intitulée: "la journée où rien ne va". Comme je n'ai guère de photos cette fois, en voici le copier-coller:

 

 

- Bruit perpétuel dans la maison + musique malgache lancinante de Donald… qui ne fait rien, sinon, assis sur la balustrade de la mezzanine ou celle de la terrasse, rigoler (et distraire !) les ouvriers qui achèvent le toit. Je pète un câble et l'empointe : « tu ferais mieux d’apprendre un métier, comme je te l'ai déjà dit tant de fois !» ;

- Nanasse, l’ouvrier de Faly, m’annonce que la pompe au CEG ne peut pas bien fonctionner car le bras n’est pas perpendiculaire au conduit avec le joint ;

- En rentrant du CEG, où on est allés constater le fait ensemble, le kick du scooter me reste dans les mains. Impossible de réparer à la maison…

- De toute façon, incapable de me déplacer seul, je vais faire les courses de ménage avec Faly, dont la vieille Peugeot tombe en passe d’essence 100 mètres après la maison !

Au lit sans souper. Très amicalement, Fara arrive (il est près de 22h !), avec les enfants et du paracétamol ; elle se propose pour passer la nuit dans la chambre d’amis, afin que je ne sois pas tout seul. Je l'assure que cela ira et qu’elle peut rentrer avec sa famille, mais que j’apprécie beaucoup son intention. Ah, la belle chose que l'amitié !

 

 

La terrasse pendant les travaux... ... et après, avec les habitué(e)s

Ce dimanche, j'avais prévu de recevoir mon ami Emile de Foulpointe, et je ne l'ai pas décommandé, pour conjurer le sort. Heureusement, Nancia est là pour prendre en mains la préparation du repas de midi. Tout est excellent et je tiens le coup: il y a tant de choses à raconter ! Petit à petit, je reprends pied et les derniers jours s'écoulent plus paisiblement: plaisir de participer à la robe, pour la fête de Noël, de Leodivine; elle pose ici pour vous la montrer, au retour de chez la couturière du village, et vous apercevez derrière elle le mur du living avec les cartes de géographie et les photos qui le décorent.

La belle robe de Leodivine pour la fête de Noël

Moins agréable sera la piqûre au pied d'un scolopendre dérangé dans la cuisine, le soir: heureusement, cela ne gonfle pas comme Faly s'y attendait - il est allé chercher en vitesse un antidote local, une infusion de scolopendres morts dans un bocal avec un mix d'alcool où ils ont dû cracher leur venin... Grâce à l'ouië fine de Marguerite, j'échappe à un incendie: elle a entendu un grésillement venant d'un soquet sans ampoule, attaché à une poutre de la terrasse: le fil a brûlé...

Zoe, Mirindra et Todisoa devant leur maison...... dont le toit mérite vraiment réparation

On fait le nécessaire pour amener chez Zoe, la maman de Mirindra, les matériaux nécessaires aux réparations vraiment urgentes à sa maison : elle est ici avec sa maman, Todisoa, qui est aussi celle d'Antoine, ici avec son épouse Marcelline, parents du petit Jean-Claude, et Claire la grand-mère. Sur la terrasse chez moi, la petite Vola avec sa maman Amélie.

Claire, Jean-Claude, Marcelline et Antoine devant leur maison Vola et sa maman Amélie sur la terrasse

Bons contacts, encore une fois, avec le nouveau Directeur du CEG, tandis que mes relations avec Donald sont refroidies par son peu de sollicitude quand j'étais malade; en fait, il en prend maintenant tellement à l'aise que je ne me sens plus vraiment chez moi; tout lui semble dû. On me l'avait prédit : j'ai sans doute eu tort de le traiter amicalement, presque comme si c'était mon fils, alors qu'il est gardien-employé, inscrit officiellement dans le registre communal et rémunéré correctement, y compris en mon absence, depuis bientôt 4 ans. Des amis de Faly, rencontrés à Ylang Ylang, m'ont aidé à réfléchir : je dois être plus ferme, car il n'est pas écrit "canard sauvage" sur mon front...

Avant mon départ, j'envisage avec Faly des travaux au sous-bassement de la maison : habillage et aménagement d'une porte pour pouvoir y rentrer le scooter, au lieu de le monter chaque soir dans le living; la balustrade de la terrasse nécessite aussi des réparations, et on pourrait supprimer le petit escalier de côté, car il est pourri (ici, vu le climat humide, la corrosion des matériaux est rapide !). Donald est prévenu: il doit changer d'attitude. Le dernier dimanche de novembre, je ne me sens pas encore capable d'organiser chez moi le repas traditionnel avec la famille de Sahamalany, et c'est à Ylang Ylang qu'on fera la fête, avec l'aide efficace de Marcelline et Nancia.

Dimanche à Ylang Ylang, avec les amis

C'est en taxi-brousse plutôt qu'en scooter que j'irai passer une journée, comme d'habitude, avec Emile à Foulpointe, où je peux de nouveau faire provision de colliers après un bon plat au "Gentil Pêcheur". A mon retour, j'apprendrai qu'une jeune fille de 16 ans est décédée au CEG lors du cours de gymnastique. C'est à l'occasion d'une visite à la famille (manquée, d'ailleurs) qu'un incident grave à mes yeux me fait prendre la décision de donner son congé à mon gardien Donald. Ma dernière nuit me confortera dans cette décision: vers une heure du matin, je suis réveillé par un léger bruit venant de l'extérieur à la hauteur de ma fenêtre restée ouverte (il fait si chaud!): on a placé une échelle contre le mur; je me lève brutalement et la repousse dans le jardin, comme dans les films où on assiste à l'assaut de remparts de villes au moyen âge... après avoir rentré l'objet du délit, pièce à conviction, je ne dors plus que d'un oeil, malgré les volets clos. Très tôt le lendemain matin, deux heures avant de quitter, je change la serrure de la maison et donne à Donald  - 4 cambriolages en 4 ans, c'est trop! -  trois mois de salaire correspondant au préavis légal. Comme il vaut mieux être prudent vu ce qui s'est passé, Faly emporte tout dans son pick-up, matelas et vaisselle compris, pendant mes derniers préparatifs. Mes "admiratrices" étant là pour me réconforter, le moral est quand même OK.

Toky, Jeanne, Françoise, Nancia, Fara et Amélie 

C'est la saison des girofles, et tous les taxis-brousse vers Tamatave sont complets. Il faut aller jusque Fénérive pour en prendre un. J'arriverai juste à temps à l'aéroport de Tamatave pour attraper le vol réservé grâce à Nary: même en faisant escale par l'île de Ste-Marie, je suis à Tana dans l'après-midi. Excellent repas et bonne nuit chez Héry et Nary. Christiane sera ce soir à Orly, avec l'ami René. Allons, cela ne pourra aller que mieux la prochaine fois...