2013-Suite

Cherchant des dates de vol à bon prix, nous devons passer 3 jours à l'île de La Réunion: en effet, Corsair proposait, il y a quelques mois, un vol A/R Paris-St Denis à un peu moins de 600 euros, et Air Austral avait une promo à 250 euros A/R pour nous emmener de St-Denis à Tamatave... 3 jours après notre arrivée. On en profitera pour faire du tourisme, en chambre d'hôtes et avec une petite voiture de location, munie de l'air conditionné (ouf!).
Petite frayeur, à Orly quand on nous annonce qu'on ne peut avoir qu'un seul bagage en soute, de 23 kg maximum. Heureusement qu'on est 3 et qu'on peut répartir dans les valises... Un seul bagage à main aussi ! A notre arrivée le mardi 29 février, on nous prévient, au comptoir d'Air Austral, qu'un méchant cyclone est annoncé et qu'il est peu probable que nous puissions embarquer le vendredi. Jouant de chance, nous pourrons quand même faire quelques visites le mardi (cascade Maniquet à 800 m d'altitude, où il fait donc bien plus "frais" qu'à la côte) et le mercredi au fil de la côte ouest "sous le vent". La houle est déjà forte, les vagues passent au-dessus de la digue de la voie express et s'écrasent sur le pare-brise: nous apprendrons par la radio qu'elle sera fermée peu après notre passage, ne laissant disponible que la route dite "de la montagne"!

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A St-Gilles-les-Bains (commune de St-Paul), visite agréable du cimetière marin, ses frangipaniers et la tombe du poète Leconte de Lisle. Arrêt tout aussi agréable à la belle plage de l'Hermitage, ombragée par de grands filaos, tandis que les indigènes se précipitent vers les magasins pour faire provision d'eau capsulée et de bougies, en prévision du cyclone annoncé! Au Jardin d'Eden, qui se trouve tout près, l'initiation à la botanique locale est fabuleuse: très bien entretenu, il est riche de plantes tropicales et Laurence a même l'occasion de voir son premier caméléon. Ces bons moments, encore ensoleillés, précèdent tout juste des pluies diluviennes qui ne cesseront guère pour le reste de notre séjour dans l'île Bourbon, où on n'est dépaysé que par la nature, car les routes et l'habitat font très "France": la circulation est dense, les routes sont excellentes et... le coût de la vie impressionnant (50% de plus qu'en métropole, comme on dit ici). En empruntant la N3 qui va de St-Pierre à St-Benoît et traverse toute l'île, nous arrivons au gîte "Le Rosier", à Pont d'Yves. Nos hôtes sont charmants, la chambre triple est immense et impeccable; Elisemay et Jean-Marie font aussi table d'hôte pour le repas du soir. Ici, la température est bien plus fraîche qu'au niveau de la mer. Il pleut toute la nuit et la TV annonce que l'aéroport de Tamatave est fermé. Aïe!

En fait, le cyclone passera entre La Réunion et Madagascar et nous pourrons, en profitant de courtes accalmies de la pluie battante, faire tout le tour de l'île: le Sud Sauvage est le plus beau, du côté des roches basaltiques de Manapany-les-Bains, du Cap Méchant, et des coulées de lave de la côte est. On profite de la moindre accalmie pour vite descendre de voiture, par exemple près de la "Vierge au parasol" où on peut voir les premiers recolonisateurs de la lave refroidie, en l'occurrence des lichens, donc... des champignons ! Retour par St-Benoît et la plaine des Palmistes puis celle des Cafres au milieu de trombes d'eau qui ont provoqué un éboulement sur la chaussée: il faut que les gentils patrons du gîte viennent nous chercher avec leur 4x4 pour nous permettre de rentrer à bon port...

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Heureusement, le vendredi matin, la liaison aérienne vers Tamatave est rétablie et nous y arrivons à l'heure prévue avec Air Austral, attendus par Andréa, la sympathique policière de l'aéroport avec laquelle j'avais fait connaissance en novembre dernier. Elle nous a trouvé un taxi-brousse qui nous dépose, 3 heures après quand même, vu l'état catastrophique de la route N5 entre Tamatave et Foulpointe, à OLATRA de Mahambo: il est 20h, et il fait noir quand nous sommes accueillis, avec un souper langoustes (!) par Fara et Faly, mais aussi par Paul le gardien et toute sa famille.

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La nuit du vendredi au samedi fut si chaude qu'on n'a pas le courage de se lever très tôt. Pendant que Christiane s'active au rangement des bagages, je pars avec Laurence, en taxi-brousse, chercher le scooter laissé début décembre chez l'ami Emile de Foulpointe. Achat de colliers sur la plage, puis on est pressés de rentrer à Mahambo pour la première baignade aux Orchidées. Fred et Mavo ont quitté les lieux et il n'y a plus de gérant, mais on peut accéder à la plage avec l'accord du gardien de la propriétaire qui habite en France. Premières courses au village, apéro THB à Ylang Ylang, souper à la maison avec des côtes de porc du marché. Les journées ont vite leur rituel, notamment le petit déjeuner sur la terrasse après le bain matinal.

Le dimanche, c'est un peu différent: j'aime m'associer, ne fût-ce que quelques minutes (il fait si chaud sous les tôles des toits que c'est trop dur pour moi) à la population locale qui passe une bonne partie de la matinée (quand ce n'est pas de toute la journée pour les sectes!) dans les églises catholique et protestante. Je vais volontiers rendre visite aux familles amies et leur porter huile et sucre comme petit cadeau dominical. Nous dînons au Vanilla Café, qui propose une cuisine de qualité à prix très abordable, puis partons visiter le campus MITSINJO avec Fara et Faly.

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Bonne surprise: le terrain acheté fin 2012 a déjà été défriché et de nombreuses plantations ont été initiées par Fara et Faly et leur équipe; du riz a même été planté dans la zone humide qui borde le chemin municipal, des rangées de manioc dépassent de sortes de taupinières, des arbres fruitiers (litchis, orangers, avocats, etc.) et ornementaux (flamboyants), mais aussi des plantes et fleurs (Allamanda, cannelle, ananas,...) cotoient les eucalyptus, les goyaves rouges laissés en place et le bel anacardier qui donnera des noix de cajou et surtout de l'ombre... Il ne reste qu'à semer des graines potagères pour essayer de faire pousser des légumes (tomates, carottes, courgettes,...) qui profiteront aux futurs élèves-internes. C'est enthousiasmant, puisque Faly me dit qu'il est prêt à commander les matériaux nécessaires à la construction des premières maisonnettes ! Il ne manque que l'argent... que j'ai bien sûr apporté, avec l'aide d'amis-vazaha-sponsors, dont le nom ornera le fronton des maisons.

En attendant, mon principal objectif est évidemment de rendre le plus agréable possible le séjour de Christiane et surtout de Laurence, qui a tout à découvrir. L'apprivoisement des lieux, du scooter - dont Laurence est vite devenue accro - et surtout des gens qui constituent ma grande "famille malgache" se fait au fil des jours. Ainsi, un jour elles découvriront avec moi Fénérive et son pittoresque marché local; un autre jour, elles s'élanceront, avec le scooter, vers Antsikafoka puis sur la route vers Vavatenina, qui réserve de beaux points de vue et longe par endroits la rivière torrentueuse à cause des rochers qu'elle érode.

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Elles iront aussi, en compagnie de Fara, cette fois en taxi-brousse, à Tamatave, notamment au Bazar bé, qui est tout de même une curiosité qui vaut le détour ! 

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Un des meilleurs moments de chaque journée est, je le redis, le petit déjeuner sur la terrasse, à trois ou en compagnie de l'un(e) ou l'autre qui est passé dire bonjour... Parfois, c'est à midi que notre table accueille, avec une surprise au dessert, du chocolat pour les Malgaches, ou en entrée comme ici, surprise cette fois pour nous, avec des larves de guêpes achetées par Fara à des enfants "dénicheurs" (ils le font aussi, c'est bien triste, pour les petits des oiseaux appelés martins !) et qu'elle extirpe de leurs logettes sous les yeux tout ronds de Laurence: frits à la poêle, ces espèces de gros asticots - très recherchés à La Réunion: on m'a parlé de 130 euros le kilo pour ce "mets de luxe" - ont à peu près le même goût que des chips... Qui a dit que les insectes étaient l'avenir alimentaire de la planète ?

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Déjà présente fin 2012, la "rano tsara" (eau potable), disponible derrière la mairie, est une véritable bénédiction: 2.500 Fmg pour 20 litres, c'est bien moins cher qu'un seul litre d'Eau Vive, et celle-ci a même meilleur goût. Nous la buvons sans aucun problème pour nos fragiles intestins de vazaha.

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Le samedi précédant le retour au pays de Christiane et Laurence, Fara a décidé d'organiser une grande fête à midi, dans la pelouse d'Ylang Ylang, avec toutes les familles-amies. On est donc plus de 20 pour les plats de crudités, de légumes sautés, et les... 8 poulets qui ont été sacrifiés pour le festin bien arrosé. On reçoit des cadeaux : chapeau pour Paul, colliers et lambas pour les femmes, le tout dans une très bonne ambiance.

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Le dimanche, c'est la visite, maintenant traditionnelle, d'Emile de Foulpointe: c'est chez lui que mon nouveau scooter se repose quand je suis en Belgique; si l'apéritif et le café se prennent à la maison, le repas proprement dit a lieu au Vanilla Café, accueillant pour nous quatre, et c'est très bon, pour un prix modéré.

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Le lundi 11 février, il est déjà temps pour "mes" deux femmes de reprendre le taxi-brousse vers Tamatave, d'où elles s'envoleront pour La Réunion, puis Paris et la Belgique, avec la voiture laissée chez notre ami René.

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Comme MITSINJO est en fait l'objectif majeur de mon séjour cette fois, c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de rester ici une semaine de plus que Christiane et Laurence. Ces quelques jours seront bien occupés par les démarches et formalités nécessaires ; ainsi, il est temps de faire découvrir le campus à Mr Charles, le directeur du CEG, et au surveillant général. Comme il a beaucoup plu, ils doivent enlever chaussures et chaussettes pour traverser le gué et arriver sur le terrain où s'activent les ouvriers embauchés par Faly: on peut dire que, comme Christiane avant eux, ils "se mouillent" aussi pour le projet ! Ils sont ravis du lieu, si proche de l'école, et de l'état d'avancement des travaux.

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La lettre à adresser aux autorités municipales est rédigée et approuvée par Mr Charles. La voici:

L'autorisation de bâtir est officiellement accordée deux jours plus tard, le jour où est projeté le soir le superbe dessin animé "Madagascar", qui fait la joie des jeunes Malgaches ! Je devrais aussi mentionner les bons moments passés en compagnie de Raoul, sa compagne Santa et sa soeur Fify; avec Gérard B. qui, après avoir roulé sa bosse dans divers pays exotiques, a décidé de se fixer ici: la fascination qu'exerce Madagascar sur les vazaha n'est pas un vain mot ! Après avoir visité le campus, il décidera de sponsoriser une maisonnette supplémentaire, qui recevra le nom de sa grand mère. Les matériaux arrivent régulièrement, en transit par la maison d'abord (pour éviter toute disparition, comme pour les outils, en l'absence d'un gardien), avant d'être portés à dos d'homme jusque Mitsinjo, au fur et à mesure des besoins de l'avancement du chantier: c'est un ballet incessant, qu'un peu de rhum en vrac stimule à l'occasion... C'est la fête annuelle de l'école au CEG voisin... et de nombreux enfants, voyant que je suis maintenant seul, sont à jouer (j'ai apporté des petites voitures du type dinky toys) et à colorier sur la terrasse: avant, ils pensaient qu'ils auraient dérangé ! 

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La pluie s'est remise à tomber, parfois pendant toute la nuit, et la chaleur du jour n'en est que plus difficile à supporter vu l'humidité qui s'élève du sol détrempé. De plus, les pistes sont devenues plus difficilement praticables, au point qu'il faille mettre pied à terre pour passer certains creux remplis d'eau, mais comment faire passer le scooter sans noyer le moteur ? C'est ainsi que je me suis méchamment blessé au pied en le poussant contre l'accotement, moteur allumé, pendant que je pataugeais dans l'eau: un mauvais geste et le petit véhicule bondit... et il ne s'agit pas de le lâcher ! Il me faudra longtemps, après mon retour, pour me débarrasser des plaies infectées de mes orteils...

Mon amie Nancia (voir 2012), à présent mariée, n'a pas supporté de rester en France... où elle avait froid ! Avec Rémi son mari, ils sont revenus à Mahambo, où ils ont acheté un terrain pour construire. Nous visitons nos chantiers respectifs : c'est sur le chemin de sa maison que je rencontre un cousin à elle, tout récemment arrivé de Tamatave et... cherchant travail et logement: Anderssen et sa jeune épouse Angelina ont une petite fille de 14 mois. Ils acceptent d'être embauchés à l'essai en tant que gardiens de Mitsinjo, où il faudra leur construire une maison plus spacieuse que les maisonnettes destinées à accueillir les étudiants du CEG. En attendant, ils pourront être logés chez "Raymond", la première maisonnette terminée, et Andersen pourra aussi travailler avec Faly à la construction des autres... puisqu'il y en a une dizaine (au moins) de prévues.

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Le lundi 18 février, dès 6h je suis à Mitsinjo pour prendre les dernières photos avant mon départ, dans le 4x4 de Raoul, à 7h30', en direction de Tamatave. On prend également le scooter, qui est arrimé solidement à l'arrière du pickup et sera déchargé à Foulpointe chez Emile. Mes amis Fara et Faly sont là, de même que la famille de Françoise, et même l'un ou l'autre voisin : le moment du départ m'émeut chaque fois davantage, car je n'échappe pas à cette pensée sous forme de question: pourrai-je revenir, et quand ?

Le retour sera long, mais les trois jours (pour attendre le vol Corsair du 21 février) passés sur l'Ile de la Réunion, chez Anna et Jean Hurpin rencontrés en 2008 à la Pirogue, seront très agréables, pimentés d'excursions en leur compagnie dans les plus beaux endroits de l'île: cette fois, plus de cyclone comme à l'aller, et les paysages de ce qu'on appelait l'Ile Bourbon sont merveilleux: on se croirait sur la lune près du Pas de Bellecombe, un site en contraste total avec ceux du fabuleux cirque de Mafate, près du Maïdo. Et pique-niquer en montagne, sous les Tropiques, est une expérience très chouette.

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Comme Anna est passionnée de botanique et collectionne les graines des végétaux, c'est un régal pour moi de partager avec elle mes questions sur une végétation qui me laisse la plupart du temps perplexe. Et on trouve même quelques champignons ! Grâce à Anna, je peux aussi trouver dans les librairies de St-Denis des livres de référence qui me permettront de progresser dans le domaine.

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Le départ de St-Denis vers Paris est à temps et heure, mais ce voyage de retour ne sera pas facile... à cause du froid : air conditionné dans l'avion, bus, métros aux couloirs comme des frigos, quais de gare éventés à Paris puis Bruxelles; le mauvais temps qui sévit sur la France et la Belgique - et durera cette année jusque fin mars - sera fatal à mon organisme bousculé par le passage brutal de + 35° à - 5°: il m'a fallu des semaines pour enrayer une méchante sinusite qui aurait eu besoin d'un peu de soleil pour mieux évoluer... Mais ai-je le droit de me plaindre, après un si beau voyage ?

*** 

Mon 19ème séjour (du 17 juin au 10 juillet) est presqu'entièrement consacré à Mitsinjo.

Comme d'habitude, j'ai repris Corsair, la compagnie aérienne qui m'a toujours satisfait et dont les prix, du moment qu'on s'y prend bien à l'avance, sont démocratiques (cette fois encore, j'ai trouvé un billet à 800 euros). Il faut cependant souligner que les conditions ont assez fortement changé en ce qui concerne les bagages: un seul bagage de 23 kg maximum est autorisé en soute, et le bagage à main ne peut dépasser 10 kg. Les conditions à bord sont excellentes: repas tout à fait correct, petite télévision personnelle avec de nombreux films récents, boissons soft et snack disponibles tout au long du voyage...

Une vignette à Ivato Ticket navette aéroport

Dès mon arrivée à Tana le 19 juin, je constate que le visa est encore gratuit, mais que je devrai payer, comme tous les voyageurs quittant Ivato, une taxe "pour l'amélioration de la sécurité de l'aéroport": de 37.200 Ar. à mon arrivée, elle sera passée à 38.100 Ar. (13 euros) à mon retour. Le taux de change est bon pour le vazaha : 2.900 Ar. pour un euro.
Il est tout de même énervant de devoir acheter, même si ce n'est pas cher, une nouvelle puce Airtel pour mon petit téléphone portable, un ZTE bas de gamme et vieux, mais qui me permet de rester en contact avec Christiane : c'est toujours elle qui m'appelle, très régulièrement, en utilisant "Skype out" à partir de l'ordinateur de la maison. Je reçois donc, chaque fois que je suis resté plus de 3 mois absent, un nouveau numéro... qu'il faut faire parvenir en Belgique.
Pour ne pas arriver trop tôt à la station des cars Vatsi, où mon ami Nary m'a réservé une place (16.000 Ar.) pour le départ de 17h30' vers Tamatave, je profite de la cafetaria dans le hall des vols nationaux, pour le repas de midi. Il s'y trouve une prise de courant, rare ailleurs! La navette de l'aéroport (passée de 10.000 à 14.000 Ar.) ne peut, en raison du marché qui se tient chaque mercredi dans le quartier d'Ambodivona où se trouve la gare routière, me conduire jusqu'à ma destination, et je dois prendre un petit taxi (5.000 Ar.) pour la fin du trajet. A cause des embouteillages terribles, Nary ne pourra m'y rejoindre à temps... Je comprends pourquoi quand je constate que le car met plus d'une heure à quitter le centre embouteillé. Il pleut tout au long du parcours et on n'arrive à Tamatave qu'à 4 h du matin.

Avec un taxi brousse matinal, j'arriverai à Mahambo - il faut quand même pratiquement 3 heures, tant l'état de la route entre Tamatave et Foulpointe reste plus que déplorable - avant 10 h : quel  bonheur de retrouver ma maison et d'y être attendu, avec un petit déjeuner, par Fara, Paul mon gardien, et la famille de Françoise!

Malheureusement, les averses qui se succèdent m'empêchent d'aller dès ce jour chercher mon petit scooter bleu en dépôt chez Emile à Foulpointe...
Il me faut toujours un petit temps d'adaptation pour déballer mes bagages et retrouver mes marques. Première visite de Mitsinjo, avec Faly, où je suis très agréablement surpris par l'état d'avancement des travaux: les 10 maisonnettes sont terminées et la maison du gardien Thierry également. La pompe donne une eau de belle qualité et la toilette "sèche" est opérationnelle dans un coin du terrain. Impossible cependant d'aller me baigner à cause du temps gris et pluvieux et... il fait déjà tout noir à 17h30': ici, c'est l'hiver malgache et j'aurai l'occasion de découvrir que ce n'est pas un vain mot !

La pompe de Mitsinjo Le WC de Mitsinjo

Le lendemain d'une nuit en pyjama, sous une couverture, et avec les volets fermés (difficile à croire, mais vrai), je pars en taxi-brousse pour récupèrer mon scooter en parfait état, batterie rechargée par Emile. C'est le moment des premières courses au village, car il faut se réapprovisionner en tout: du sel à l'huile, en passant par les légumes, fruits et boissons. Pas beaucoup de fruits en cette saison, sauf les bananes, mais les corossols sont parfaits pour faire du "jus naturel" avec l'eau potable (rano tsara) disponible près de la mairie.
Mes premiers visiteurs arrivent: Zoë et Mirindra sont accompagnées de la petite nouvelle: Rivela, née fin mars, va avoir 3 mois, et elle est adorable! Christiane a préparé un colis de vêtements pour elle...

La petite Rivela La famille de Rivela

Ma première baignade est toujours un grand moment de plaisir, à mon endroit habituel, grâce à la bienveillance d'Etienne le vieux gardien qui me laisse passer par la propriété de Vero et Paul, puisque je suis "persona non grata" pour le nouveau gérant des Orchidées.

Etienne, le gardien de Vero Mon arbre à la plage

L'établissement, non encore ouvert, a changé de nom, mais son accès ne fait pas vraiment penser au fameux "Welcome": la barrière sera toujours fermée ou entrouverte sur... une chaîne avec un sens interdit: décidément, l'armée et l'hôtellerie sont deux métiers différents.

L'entrée d'Hibiscus Panneau le long d'Hibiscus

Dès le samedi, la terrasse est pleine de visiteurs pour m'accompagner pour le petit déjeuner: thé et tartines de confiture de myrtilles de Belgique défilent pour les nombreux enfants venus dire bonjour... C'est un rituel de chaque jour, et je me suis rendu compte que, de tout mon séjour, je n'avais pris un petit déjeuner en solitaire... qu'une seule fois !

Des enfants sur la terrasse Les enfants dessinent sur la terrasse

Avec Fara et Faly à Ylang Ylang, on met au point la stratégie des prochains jours pour ce qui reste à faire pour le campus-internat MITSINJO. Chez Raoul, j'apprends qu'il est d'accord de prêter son matériel de sciage et rabotage pour confectionner tables, lits, et tabourets: c'est la valse des planches et bois carrés nécessaires: Thierry, le gardien du site, est lui-même menuisier et assistera celui de Raoul, avec Paul, le gardien d'Olatra qui pourra ainsi apprendre un peu le métier.

La maison du gardien à Mitsinjo Thierry devant la maison du gardien

A propos d'Olatra, il y en a dans les pelouses - pas étonnant, vu les averses intermittentes - des collybies, des lycoperdons, des petites lépiotes, et même un entolome tout bleu, évoquant l'espèce européenne E. euchroum, mais avec le chapeau velouté  et pointu d'un Nolanea plutôt que celui, ombiliqué, d'un Leptonia de la section des Lampropodes: les amateurs me comprendront ! J'ajoute, à leur intention, que l'arête des lames en dents de scie très érodées et irrégulières, est un peu noirâtre par endroits, et que ce champignon, sans odeur, verdit à manipulation, surtout le pied.

Collybies proches de distorta Entoloma cf. euchroum

Chaque soir, vu le temps et l'obscurité rapide, le cinéma à domicile ravit les enfants: aujourd'hui, c'est Madagascar 2 qui les enchante!

Le dimanche, je l'ai déjà signalé, j'aime participer à un bout d'office avec les habitants de Mahambo, à l'église catholique (il y a un prêtre cette fois-ci) ou chez les protestants (F.J.K.M.) dont l'église est bien rénovée et fraîchement peinte. Je suis maintenant vacciné des petites "sectes" (Flamme de Dieu, Jesosy Mamonjy, etc.) dont les prédicateurs intarissables sont tonitruants, pour ne pas dire terrifiants, et n'ont qu'un mot à la bouche: vola (argent). Mais je ne sais pas comment, en malgache, on dit "enfer"... Je préfère faire la tournée des familles-amies, à qui j'apporte le cadeau du dimanche: 1kg de sucre et 1L d'huile, produits de première nécessité et... chers pour eux ! Ma journée à moi est illuminée par l'amitié de Fara et Faly, qui m'invitent à faire la fête avec eux, à Ylang Ylang dont ils ont repris la partie resto. Il y a même ce jour du vin rouge des "Côtes de Fianar", qui me paraît d'autant meilleur qu'il est rare ici, et me fait donc vraiment honneur !

Thierry, menuisier au travail Thierry confectionne les lits

Grâce à la vieille Peugeot 404 "pick up" de Faly, à présent restaurée, on transporte les matériaux, bois et 40 m de tapis de sol de chez Dérice à chez Raoul, puis sur le site de Mitsinjo, où Thierry s'attaque à la fabrication des tables, lits et tabourets. Pour que les "hommes" aient de quoi manger à midi, nous préparons à la maison, Vavrina et moi, le repas de midi pour leur porter: l'inévitable casserole de riz, bien entendu, mais aussi des légumes, avec la vaisselle et la boisson; les Malgaches adorent le Bonbon anglais, une limonade très sucrée. C'est alors que Raoul m'annonce qu'il met à ma disposition gratuitement son ouvrier et sa machine (y compris le gasoil pour le groupe électrogène) ; il veut ainsi participer aussi à ce projet d'internat pour les jeunes du CEG : quel cadeau ! Je lui en suis particulièrement reconnaissant, ainsi que de son amitié et celle de sa compagne Santa.

Raoul et Santa, toujours accueillants Fara est tout sourire devant sa petite boutique d'Ylang Ylang

La rencontre avec Mr Charles, le Directeur du CEG, et son bras droit Mr Henry l'adjoint au Maire, me met au courant des réticences que nous risquons de rencontrer de la part des familles de jeunes élèves: ils craignent, me disent-ils, "l'isolement - pourtant le campus est à peine à 3m de marche du CEG ! - et... le trafic d'enfants": j'en reste interdit, mais je dois, une fois encore, me persuader que la mentalité malgache est bien différente de la nôtre et qu'il me faut absolument en tenir compte. Les craintes vis à vis des vazaha n'ont pas encore vraiment disparu, même si la décolonisation a plus de 50 ans. Pourtant, cette rencontre est positive et me permet de repréciser le projet et ses objectifs. En pratique, on va faire un pont sur le passage inondable, il y aura 5 petits coins cuisine, au moins une famille (par ex. une grand-mère et ses petits enfants) comme garante morale des mineur(e)s; le Directeur va s’occuper de mettre au courant les « autorités hiérarchiques », point qui semble très sensible ici ; il souhaite également que je construise une maison supplémentaire pour un professeur de l’école qui y habitera avec sa famille et servira aussi de garant moral et d’intermédiaire pour les questions de pédagogie et de matériel pour aider les élèves : il ne sera pas rémunéré mais sera logé gratuitement. J’accepte et ils semblent rassurés. Raoul me conseille de rédiger une convention écrite à ce sujet. Ce sera fait et signé juste avant mon départ. (scan de la convention)

La convention signée avec les professeurs du CEG Un pont pour aller du CEG à Mitsinjo, à pied sec

En allant annoncer ces bonnes nouvelles à Fara, j'apprends que Faly a passé sa journée avec des ouvriers à construire le pont sur une digue de terre sablonneuse : il est pratiquement terminé ! On le baptise au rhum, qui ne sert pas qu’à ça ...
C'est le premier séjour où je n'ai pas encore transpiré ! Le matin, comme il fait souvent gris et frisquet, un KW prêté par Faly me vient bien à point, et le soir il est bon d'avoir un fin pull (eh oui!) à portée de main... Disons qu'il y a de temps en temps une petite éclaircie, mais je dois changer de chemise 4 fois pendant la matinée. Comme c'est demain la fête nationale (26 juin), l'école est déjà fermée ce mardi  et le restera jusqu'au lundi suivant : on dirait que tout est bon pour que les jeunes n'aillent que peu à l'école. Les grandes vacances durent trois mois, et chaque fête est une occasion d'école buissonnière organisée. Evidemment, ma terrasse est bien occupée par des enfants qui aiment colorier !
Le mardi, c'est jour de marché au centre de Mahambo, et j'y passe une bonne partie de la matinée à faire des courses pour les familles de Zoë et Françoise. La nouvelle Doctoresse, très sympathique, s'appelle Marthe: c'est l'occasion d'une visite au dispensaire pour me présenter et lui recommander mes familles-amies.
Ce soir, Fara et Faly ont le projet d'emmener toute la troupe des enfants à Fénérive pour voir le feu d'artifice. Après ma baignade vespérale, je passe chercher Mirindra, qui est déjà fin prête, sur son 31. On sera 22 dans le pick up, et encore... on a raté les enfants de Sahamalany, qui, lassés d'attendre au carrefour d'Antsikafoky, sont repartis vers leur hameau dans le soir déjà tombé. Il y a un monde fou dans la ville de Fénérive, en bord de mer près de la mairie, et je suis étonné de constater que ce feu d'artifice n'a rien à envier à ceux de chez nous: il dure même près de deux fois plus longtemps !

Même quand le ciel est gris et plombé à 6h30', je décide d'aller nager et très souvent bien m'en prend, car la mer est calme et de bonne température, du moins pour le nordique que je suis, car je suis seul à la plage. Les filles qui vont défiler avec le T-shirt de l'école se préparent dans la cour du CEG, sous la houlette de Mr Charles qui sera dans la tribune des autorités devant la mairie. Il me fait visiter un nouveau bloc pour des classes et me confirme la situation de l'école : ils sont 22 membres du personnel, dont 5 de staff administratif (avec le gardien) et 17 profs, qui ont 600.000 Fmg de salaire mensuel, dont la moitié est prise en charge par les parents : les élèves paient un forfait de 36.000 Ar. en début d’année, pour leur écolage global. Face à la mairie, les différentes associations de Mahambo dansent pour le Maire qui y va, bien sûr, de son discours de circonstance.

Groupe dansant pour la fête nationale Fête nationale devant la mairie

A midi, puisque c'est jour de fête (nationale), je reçois toute la famille de Françoise, avec un gros morceau de viande de zébu achetée au marché hier; pour une fois, elle est tendre, sans doute parce qu'elle a reposé un jour... On est 9 à table et tout est englouti ! Leur plaisir me donne chaud au coeur. Ce soir, je me risque à goûter les collybies orangées récoltées chez Raoul: elles sont de fait comestibles, mais j'aurais dû les récolter plus soigneusement, car le sable qui s'est glissé dans les lames fait crisser les dents. Après le cinéma domestique (Madagascar 3), les grand(e)s partent au bal poussière au centre de Mahambo, mais avec les volets fermés pour cause de froid, cette fois je n'entends rien... et je préfère ma petite tablette avec Dexter ou un roman.

Qu'il est agréable de récolter un régime de bananes de son jardin ! Elles mûriront doucement pendues à la mezzanine, et je pourrai en "arracher" quelques-unes au fil des besoins, notamment pour les poêler et flamber au rhum Dzama.

Récolte de bananes au jardin Paul au sommet du cocotier

Bananes du jardin Bananes après quelques jours

Aujourd'hui, le soleil brille enfin et il fait un temps splendide. Comme chaque jour, je recharge les appareils qui en ont besoin, notamment le picoprojecteur pour les séances vespérales, le téléphone et ma tablette, mais aussi les lampes solaires IKEA. Je peux même travailler sur le notebook dont la batterie est out. En raison de la fête, il y a pénurie, même de bananes, et l'essence pour mon scooter est introuvable... sauf à un prix prohibitif (plus de 2 euros le litre), mais je n'ai pas le choix. Un couple de clients de Fara et Faly passe pour visiter ma maison: je suis chaque fois très fier d'en montrer les commodités, en rappelant que mes 4 principaux besoins sont satisfaits: une pompe pour avoir de l'eau sanitaire (WC, douchette, évier de la cuisine), un réchaud à gaz avec une bonbonne (pour préparer rapidement un oeuf sur le plat, du thé ou du café soluble), le panneau solaire, mon petit scooter pour me déplacer. En fait, il s'agit chaque fois d'énergie !
A Antsikafoky, c'est la fête, et la famille de Sahamalany n'est pas au logis, mais perdue dans la foule qui encombre tout le carrefour et la rue principale du bourg. Je les retrouve quand même pour les inviter à la maison dimanche prochain, en compagnie de la famille de Fara et Faly. J'ai acheté deux poulets (vivants) qui profitent (encore un peu) du jardin...

Des tabourets pour Mitsinjo Mitsinjo aile gauche

A Mitsinjo, Thierry est vaillamment à la tache, confectionnant les tabourets, car il en faudra un par élève hébergé. Les pancartes bleues qui ornent le fronton de chaque maisonnette rappellent le nom du copain qui m'a aidé pour les construire. Avec Hortense, qui travaille à Ylang Ylang, je pars en scooter, par la route de l’EPP et du Fokontany, vers le petit hameau de Ambinany Maresaka. Un pont impressionnant donne le vertige ! Mme veuve Philomène est avec toute sa famille dans 4 mètres carrés, tandis que de l’autre côté de la rue, on bat le riz avec une machine : seraient intéressés un garçon de 17 ans (Héry) et une fille de 15 ans (Clara). Je reçois deux cocos en cadeau de Philomène qui viendra visiter le campus demain.

Philomène et Hortense Philomène avec Fara à Mitsinjo

Avec Fara, Hortense et Thierry, Philomène visite Mitsinjo le samedi 29 juin. Il y aura dans la maison « Bruno » la grand-mère Célimène avec ses petits-enfants  : Jodickaël qui est en secondaire mais encore à l’EPP (la 6ème et 5ème sont sur le même site que l'école primaire publique), et Joicka, qui est à l'école primaire chez les Sœurs catholiques. Deux filles du CEG (Clara + une copine du même hameau) seront dans la maison « Francine », en face. Je donne ce qu'il faut à Faly pour l’achat des matériaux nécessaires à la construction d’une petite cuisine près de « Bruno », très vite, afin que les premiers occupants puissent s’installer dès lundi. R.V. est pris pour demain dimanche après-midi pour accueillir la grand-mère et les enfants. Au retour à « Olatra », le jus naturel de corossol  coule à flot, pour fêter ce bon début.

Petite cuisine à Mitsinjo Clémence à Mitsinjo

Clara devant la maison Francine Thonia sera chez Raymond

Le dimanche midi, c'est la fête, avec les poulets et du zébu, après la distribution habituelle du sucre et de l'huile aux 6 familles-amies. j'ai même l'occasion de montrer "Mobilhome", le premier long métrage de notre fils François. Visite de Mitsinjo, avec Thonia, l'aînée de Juliette et Raymond, qui s'installera à la rentrée dans la maison... "Raymond", évidemment.

Arrivent en fin d'après-midi Clémence, Clara, Jodickaël et Joicka... avec leurs bagages. Miracle: la cuisine a été construite pendant cette journée de dimanche ! On va vite acheter un trépied en fer, support pour la marmite à riz...

Aujourd'hui lundi, la toute petite Rivela est malade, mais est reçue de suite par Dr Marthe: comme deux des 4 médicaments prescrits ne se trouvent pas au dépôt de Mahambo, elle les ramènera demain de la pharmacie mieux achalandée de Fénérive.

Décalek, un hameau loin de tout Christel et sa famille

A la maison, Hortense m'attend avec Christel, une jeune fille de 15 ans qui habite encore plus loin que Clara. elle aimerait s'installer dans la maison "Christiane", avec sa copine Chantal. Visite de Mitsinjo, où se trouvent Mr Charles et quelques professeurs du CEG. Puis on part vers Décalek, un petit hameau "in the middle of nowhere", où j'ai l'occasion de faire connaissance avec la famille de Christel. On revient avec ses affaires, car elle compte s'installer de suite.

Christel à Décalek, avant son départ Christel et Chantal devant Christiane

Gérard B., qui habite à quelques kilomètres de Mahambo et a sponsorisé la maison "Marie B." en hommage à sa grand mère qu'il admirait beaucoup, a laissé sur la table de ma terrasse un livre de nouvelles malgaches, "Madagascar". J'ai beaucoup de plaisir à lire la première, Ambilobe, de Raharimanana, qui raconte un départ sans cesse différé d’un taxi-brousse pour Diego Suarez ; l’auteur y fait allusion à "Rade Terminus" de Nicolas Fargues, estimant qu’il s’agit surtout d’une satire « qui dit tout haut ce que nous [les Malgaches] pensons tout bas de cette faune de Blancs français échoués sur cette île nôtre à la dérive… ». Comme quoi, on peut faire diverses lectures du même roman ! Voir l'encadré en vert, ci-dessous, avec des extraits commentés.
Chez Gérard, avec Raoul et Santa, on boit ce soir un bon vin blanc chilien et ... une bouteille de Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1998: incroyable, mais vrai ! On sortira de chez lui, après un whisky Oban, "kely mamou" (un peu soûls). L'heure de rentrée n'a rien à voir avec l'heure habituelle (vers 20h) du dodo !

Vu les arrivées au campus, il est grand temps de faire au village des achats pour équiper les trois premières maisonnettes occupées: réchauds, paillassons, matelas, draps de lit, seaux, bols à eau de riz, un grand bassin pour la lessive, etc., et même des miroirs, dont les demoiselles auront évidemment besoin: le soin des cheveux est ici essentiel et on voit le long des chemins des femmes passer des heures à se faire mutuellement des tresses et autres "aménagements capillaires"... Et puis, c'est aujourd'hui jour de visite d'Emile, que j'ai toujours grand plaisir à recevoir.

Quel plaisir de recevoir en pleine matinée l’habituel coup de fil de mon meilleur ami, Marcel ! Mais quand je retourne chez Etienne pour faire la photo des grandes lépiotes vues ce matin en cercle, avec l’intention d’en ramener pour lui un chapeau (pour une observation au microscope), elles ont déjà disparu et un des fils du gardien de Vero m’annonce qu’elles sont déjà toutes mangées… Il en reste une seule, non ouverte, mais sera-t-elle assez mûre ? Heureusement, quelques-unes auront repoussé le lendemain, pour des photos correctes et un exsiccatum utilisable. Quand je pense qu'il s'agit sans aucun doute de Chlorophyllum molybdites, une espèce tropicale à lames verdissantes et considérée comme toxique...

Chlorophyllum molybdites Fota be sur la plage

Parti à Fénérive l'après-midi avec Raoul, je ramène des produits protecteurs pour le bois et du ciment pour le sol de la douche en construction à Mitsinjo. Les petites soles achetées au marché seront délicieuses ce soir pour mon souper.
Faly me propose un nouveau système d'éclairage, qu'il peut faire venir par taxi-brousse de la capitale, avec l'aide de son beau-frère: pour l'équivalent de septante-cinq euros, j'aurai 4 (grosses) lampes à LED qui tiendront des heures. Je n'hésite pas longtemps, car ma batterie de voiture, vu le faible ensoleillement en cette saison, me lâche régulièrement le soir...

Chemin vers le CEG Visite officielle à Mitsinjo

Discours de l'Adjoint au Maire e Dirceteur du CEG

Au campus, il y a foule, avec une délégation menée par le Directeur, Mr Charles. Le surveillant général, l'Adjoint au Maire, le Directeur de l'EPP et le chef du Fokontany accompagnent de nombreux parents d'élèves. Fara est là pour traduire les nombreux discours dont les Malgaches sont friands. Deux professeurs me seront présentés incessamment: ils habiteront la maison à construire, de la taille de celle de Thierry, le gardien du site. Visite des maisonnettes et du jardin. Tous ont l'air satisfaits quand ils repartent... après avoir demandé qu'une seconde douche soit construire pour que filles et garçons soient séparés...
Hortensia et Agapè, qui vivent en couple, seront les deux professeurs habitant sur le site de Mitsinjo.
Plaisir, ce soir, de recevoir Santa, Raoul et leurs deux enfants, Lysaine et Santini, très sages - comme le sont d'habitude les enfants malgaches chez moi; je me fais souvent la réflexion: les enfants de chez nous sont bien plus "difficiles", exigeants, remuants, et bruyants... Pour les honorer, j'ai trouvé de l'anguille (amalona) et acheté un beau gros canard, qui se révèlera immangeable tant il est coriace ! Heureusement, les bananes flambées s'accordent parfaitement avec le chocolat...

Est-il possible d'attraper un rhume à Mahambo ? Oui, et la mer peut être froide, comme ce matin, avant de repartir à Fénérive acheter deux matelas pour remplacer les deux miens des lits simples du haut, qui ont migré vers Mitsinjo.
Quand j'arrive à midi à Ylang Ylang pour honorer l'invitation de Fara et Faly, une langouste m'attend, grillée spécialement pour moi. On fait ensemble le relevé des travaux qui restent à faire à Mitsinjo: 3 petites cuisines, la 2ème douche, la prolongation du kiosque, une grande table pour celui-ci, la maison des 2 professeurs et son équipement; puis on passe, comme à chaque séjour, aux comptes de ma cagnotte pour les familles-amies.
Hortensia et Agapè viennent se présenter et visitent avec moi le campus où ils habiteront... tout de suite, puisqu'ils sont volontaires pour occuper la maison "Annie" en attendant que leur maison soit construite du côté du jardin, en vis à vis de la maison du gardien Thierry. Une convention sera faite avec eux, avalisée par l'école. C'est de nouveau grâce à Raoul que je peux l'imprimer sans devoir aller jusqu'à Fénérive...

La fin de mon séjour approche et les événements vont se précipiter: Christelle arrive de Décalek avec Odon, un jeune garçon de 15 ans qui boîte fortement, mais est si sympathique que j'ai plaisir à le voir choisir la maison "Marcel", mon meilleur ami.

Odon devant chez Marcel Douche à Mitsinjo

Entretemps, les lampes à LED sont arrivées par un taxi-brousse de Tana et le système (le panneau solaire, accroché au toit, n'est pas plus grand qu'une feuille A4) est branché avec les lampes qui éclaireront le living et la cuisine.

Batterie solaire pour Olatra Lampe à leds

Bota, le gendre de Marcelline se présente pour mettre la lasure sur les meubles déjà terminés. Didy, la soeur de Nancia, arrive avec le petit Camélah, qui a "remplacé" Stéphanie partie à Tana... Eric le pêcheur vient me vendre de la vanille. Au campus, la structure de la première douche est terminée. Une dame âgée, rencontrée lors de la visite de Mitsinjo avant-hier, repart fièrement avec des lunettes correctives: elles semble avoir trouvé ce qui lui convient dans le lot de celles que j'ai apportées grâce à un collègue mycologue et pharmacien français...
Gérard B. arrive pour partager mon repas de midi: son Gaston est impressionnant mais doux comme un agneau. Il me reste un petit "trésor" à partager avec lui: du vrai jambon d'Ardenne qui a tenu dans son emballage sous vide. Vavrina et Paul ont fait tellement à manger que toute leur famille pourra en profiter avec moi le soir ! :-)
Quand une maman se présente avec ses deux enfants, je me rends compte qu'ils sont encore à l'école primaire et ne pourront  donc pas résider à Mitsinjo comme elle le souhaiterait; caramels et T-shirts les consoleront. En tout cas, le bouche à oreille fonctionne déjà et on ne devra pas beaucoup chercher pour occuper les places disponibles !

Gérard et Gaston à Olatra Hèlène et 3 garçons

Ce dimanche 7 juillet, dès mon départ pour la plage, Hortense est là avec Hélène, une mère de famille  d’un hameau du côté de la route vers Foulpointe, avec 3 garçons : Antoine, 13 ans, son fils ; Ramedison, 15 ans, un fils de son frère décédé de même que la maman ; Thierry, 14 ans, fils de sa sœur et bon élève en 6ème EPP et qui va donc entrer en 6ème du CEG. Petit déjeuner ensemble puis visite du campus, où ils seront hébergés dans la maison "Jacques".

Pour mon dernier jour, ce lundi, il fait vraiment mauvais temps: froid, vent, fine pluie, mais cela ne m'empêche pas d'aller me baigner à 6h45'; au retour, mon fin pull est bienvenu ! Les visiteurs continuent à se succéder: Dr Marthe et son mari, Amélie et sa petite Vola, Mr Charles à qui je remets les 5 exemplaires de la convention à signer.
Comme j'ai l'occasion d'acheter des camarons (crevettes de la taille des scampis) à une dame qui passe les proposer, je les flambe au pastis Prado disponible à l'épicerie Dimla (10.000 Ar.): avec une salade de tomates et oignons vinaigrette et une bière Gold, c'est Byzance !
Mon retour se prépare dans de bonnes conditions: Raoul m'emmènera jusque Tamatave, où Andréa prendra le relais (elle me réserve dès maintenant une place dans un car Vatsi), et Nary sera à l'arrivée à Tana, d'où je prendrai la navette de l'aéroport pour rejoindre Ivato. Sans oublier René qui sera à Orly à 23h30'. Que désirer de plus ?
Comme les magasins où on vend des planches sont restés fermés toute la journée (mystère...), c'est Faly qui achètera lui-même les 30 planches indispensables à la confection par Thierry des 11 étagères nécessaires. Il faudra au moins 2L supplémentaires de lasure, faire l'inventaire de l'équipement des maisonnettes, etc. Je laisse à mes amis bien du travail au moment de partir... La dernière séance de cinéma à "Olatra" montre les exploits de Léonidas et de ses 300 Spartiates aux Thermopyles: comment les jeunes d'ici peuvent-ils vivre cela ? Ils apprécient en tout cas...

Le retour au pays, en plus de 48h, se passera bien; je peux même acheter un peu d'artisanat au bazar de Tamatave, grâce à Andréa qui me pilote avec sa voiture et me dépose à la gare routière pour le car de nuit. Raoul a bien voulu garder mon scooter, qui sera en sécurité dans son garage.
C'est toujours pour moi un moment d'émotion intense quand je quitte Paul, Vavrina, Amélie et Vola, et même Hortensia venue me dire gentiment au revoir.
 La route du retour est longue, mais les cahots du chemin font résonner dans ma tête tous les agréables souvenirs engrangés pendant les 17 jours passés dans ce qui est maintenant ma seconde patrie.

 

  
"Rade Terminus" (Folio, 4310) est un roman fort dû à la plume de Nicolas Fargues. L'auteur vit et travaille à Madagascar, en tant que dirigeant de l'Alliance Française de Diego Suarez, la ville de la pointe nord de la Grande Ile. S'inspirant évidemment de son expérience d'expatrié là-bas, le livre regorge de passages "plus vrais que vrais", selon le mot de Raoul de Mahambo, qui, comme moi, en a eu communication par Gérard B.
Philippe, en situation de crise de couple, est envoyé là-bas par son ONG "Ecoute et Partage", en compagnie du jeune cadre dynamique Amaury. Maurice, un veuf de 69 ans, a épousé une Malgache, et vient aménager une maison achetée à Mada, pour s'y installer avec sa jeune épouse. Mathilde est là en touriste, pour découvrir "un des derniers paradis méconnus sur terre" (p. 47), dont elle rêve.
Bien sûr, les ONG en prennent pour leur grade, même si Philippe est idéaliste: "l'argent ne fait pas tout. Moi, en tout cas, je veux croire que, dans la plupart des cas, la dignité ou le côté humain passent avant." (p. 68). Jusqu'ici, tout va bien. Bientôt, arrivés sur place, tous vont déchanter. Mathilde, dans son Journal, note, dès son arrivée: "Dehors, c'est pauvre. L'odeur, la poussière, les bidonvilles, les gens qui marchent pieds nus au bord de la route. En ville, les trottoirs pas faits, des façades sales et décrépites, de la rouille partout, rien d'intact." (p. 77). A peine débarqué, Philippe est mis au parfum des us et coutumes locaux par un résident depuis 8 ans à Diégo: " Quand il s'agit de politique, le Malgache, il ne rigole pas. Enfin, quand je dis politique je suis gentil: je devrais plutôt dire magouilles, corruption, clientélisme, grand tralala et tchatche à gogo!" (p. 82). Maurice se retrouve aux prises avec toute une "famille". Amaury est obsédé par le danger perpétuel d'attraper la malaria ou d'avoir bu de l'eau du robinet!
Au coeur du roman, la rencontre entre Philippe et Hervé, ancien de "Ecoute et Partage": celui-ci, en vieux briscard, le coache sur les filles malgaches: "Je te le dis: je connais presque pas de couples de Français qui aient pas pété à un moment ou à un autre, ici, et toujours pour la même raison... Tu sais, ici, toutes les filles vont voir le sorcier pour se marier avec un vazaha... N'importe quel vazaha a toutes ses chances ici, parce qu'il n'est pas jugé sur son physique. A ce propos, un jour, il y a un mec qui m'a dit un truc marrant: "Quand t'arrives ici, t'es Paul Newman, et quand tu rentres, t'es Paul Préboist!" (p. 114, 116, 119).
Les propos d'Hervé sur la sexualité des autochtones ébranlent Philippe, qui pense à ses difficultés avec sa légitime restée en France.
D'autres personnages - Renan, le fils d'Hervé, Français étudiant à Antsiranana (nom malgache de Diégo Suarez); Grégorien, le jeune Malgache qui va étudier en France; un Malgache chicos et blasé, qui travaille en partenariat avec l'ONU, très critique vis à vis de ses compatriotes qu'il trouve fondamentalement paresseux, etc. - complètent les portraits brossés avec talent et vérisme.
Amaury est tombé dans les filets de la "bombe" Nirina et va vivre de divers trafics. Maurice va "péter les plombs" quand il se rendra compte qu'il est exploité et roulé par sa "belle-famille". Mathilde va rencontrer Philippe dans un petit village de la côte, mais sera déçue: "A vous entendre, conclut-elle, on se demande vraiment qui était Mère Teresa, par exemple. Vous croyez qu'elle aussi cherchait à fuir quelque chose ? Que tous les gens qui s'engagent pour une cause cherchent toujours à régler d'abord un problème personnel ? Que toutes les relations sont des malentendus ? Que personne n'écoute personne ? Que la vraie compassion et la vraie générosité n'existent pas ? C'est vrai ? C'est gai." (p. 215).
La fin tragique et plutôt pessimiste, reflète des faits divers bien réels, dont la presse locale s'est fait l'écho en 2003, et le "carnet" de Philippe, qui ponctue les dernières pages, vaut de l'or... A découvrir par vous-mêmes !

 

 
Ce lundi 7 octobre c'était la rentrée scolaire au CEG de Mahambo.
L'inauguration du "Centre d'hébergement et appui scolaire MITSINJO - Mahambo" (dénomination officielle) eut lieu dès le lendemain, avec les 17 premiers élèves inscrits et en présence des "autorités": Fara et Faly avaient bien travaillé les jours précédents pour préparer cette fête, un aspect de la vie sociale dont les Malgaches sont friands, comme je l'ai constaté à maintes reprises.

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Ils ont dû s'occuper, pendant plusieurs jours, des autorisations diverses, administratives et judiciaires (constitution d'une association pour la protection des enfants, réglement intérieur, actes de naissance et fiche de renseignement pour chacun(e), autorisations parentales, etc.) nécessaires dans un pays très sensible à l'importance des "papiers officiels". Il a fallu payer les droits d'inscription au C.E.G.:35.000 Ar. ou 40.000 Ar. pour les nouveaux élèves, soit 13  ou 15 euros/élève.
L'équipe de Fara et Faly avait également préparé une réception-collation sur le campus même, avec des invités vazaha de surcroît, dont Gérard Bonizec, grâce à qui j'ai reçu rapidement une vingtaine de photos de la cérémonie. Il fait partie de la douzaine de sponsors d'une des 12 maisons, 10 pour les élèves et les deux plus grandes pour la famille du gardien et les deux professeurs-relais, Hortensia et Agapet (en photo plus haut, début juillet).
Fara et Faly ont procédé à la distribution des uniformes et des fournitures scolaires: on aperçoit sur la photo les paquets destinés aux jeunes, les lampes solaires Ikea sur une table, des matelas.

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En présence des responsables de la municipalité (mairie et fokontany), des directeurs d'école, du docteur et du pasteur du village, et des parents bien sûr, il y eut, paraît-il, plusieurs discours, dont celui de Faly qui a de nouveau expliqué les buts et enjeux du projet. Par souci de moralité, les garçons seront hébergés d'un côté, les filles de l'autre.

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La convivialité était au rendez-vous, avec une généreuse collation offerte aux participants à cette fête.

 

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Vous vous doutez bien que j’étais triste de n'être pas là, mais que j'étais en pensée avec eux à Mitsinjo, et que je porte déjà dans mon cœur tous ces jeunes Malgaches dont je ferai la connaissance le 20 novembre...

 

 

***

Mon 20ème séjour à Mahambo (du 21 novembre au 10 décembre) a vraiment répondu à mes attentes. Outre le fait de revoir mes amis malgaches, en particulier la famille de Fara et Faly, celle de Raoul, et les familles des enfants pris en charge pour les frais scolaires et médicaux (Jean-Claude, Vola, Mirindra et Rivela, les enfants de Juliette et Raymond et ceux de Françoise), j'étais impatient de voir comment fonctionnait le campus MITSINJO, mis en chantier tout au long de cette année 2013 ; les premiers élèves accueillis début juillet étaient des "précurseurs"; c'est à la rentrée de début octobre que les choses se sont mises en place, grâce au travail inlassable de Fara surtout.

Aucun problème pour le voyage, toujours avec Corsair, qui m'a attribué la carte GOLD en tant que client fidèle: ce n'est pas rien, car j'ai droit à un 2ème bagage en soute: 23 kg supplémentaires ! A Ivato, le visa est toujours gratuit, pour les séjours de moins de 30 jours, et la taxe d'embarquement (voir mon voyage en juillet) a été supprimée. Grâce à mon ami Nary, j'aurai une place dans un car Vatsy, après avoir flané à la cafétéria des vols nationaux... qui malheureusement ferme à 14h. Le tarif de la navette est repassé (pourquoi ?) à 10.000 Ar., mais il me faut ajouter 5.000 Ar. pour les deux derniers km afin de rejoindre la gare routière, à cause des encombrements dus au marché du mercredi. Nous quittons la capitale sous une pluie battante, normale en cette saison. La sortie de la ville est particulièrement pénible, comme tout le voyage d'ailleurs vu l'état de cette route aux mille virages, et la sono tonitruante: impossible de fermer l'oeil.

A Tamatave, Andréa mon ange gardien me permet de prendre une douche et un petit déjeuner. A peine revenu à la gare routière, un taxi-brousse part, sous un soleil qui darde déjà. La route est en réparation, mais il reste un fameux tronçon à achever avant Foulpointe. L'accueil à Olatra est toujours aussi chaleureux, avec Paul mon gardien et sa famille, puis Fara et Faly arrivés avec de quoi manger et de la THB fraîche. On part rapidement à Mitsinjo, pour constater des lieux bien propres, y compris le bureau d'accueil nécessaire, me dit-on, pour les visiteurs, installé dans la maison "Jacques".

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Je suis invité à un repas d'accueil le lendemain midi: Fara s'occupera de tout. Après récupération de mon scooter chez Raoul, qui me l'a gentiment gardé, premières emplettes chez Dimla, car tout manque à la maison, et au marché. Comme c'est la saison des litchis, j'en reçois déjà en cadeau de Suzy, ma charmante voisine. Baignade dans une mer un peu agitée, mais chaude, puis souper sommaire et... pas de cinéma ce soir, car je suis trop fatigué.

Avec Gérard B., j'ai l'occasion d'aller dès le lendemain à Fénérive-Est en 4x4, afin de ramener quelques courses volumineuses: un matelas pour remplacer le mien installé dans la maison "Marité et Marcel" pour les deux professeurs, une nouvelle batterie à coupler avec mon panneau solaire, de grandes bouteilles de boissons sucrées pour les jeunes ce midi; je prends aussi le temps de photocopier au cyber-café tout le "dossier Mitsinjo" de Fara (75 pages!), prenant ainsi conscience du gros travail accompli par elle et son équipe pour satisfaire aux obligations administratives du projet: on y reviendra.

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Le temps de midi, avec les tables dressées sous le kiosque qui a été doublé en longueur, est un pur bonheur, en compagnie des 18 garçons et filles souriants et le regard pétillant... Sans oublier Amélie et Vola, qui habitent en famille avec Thierry, le gardien du site.

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Il est nécessaire, semble-t-il, de clôturer le terrain de Mitsinjo, et le travail est bien avancé, après avoir racheté 800 gaulettes, sous la houlette de Thierry et de Gérard, le papa de Catherine, une des élèves hébergées. Ce ne sera cependant pas terminé à mon départ, car... il manque encore des gaulettes!

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Il n'a pas plu ici depuis longtemps et tout est à sec, y compris la mare dans le fond de mon jardin. Quant au soleil, il est terriblement présent ! Heureusement, ma terrasse a été bien conçue pour que la chaleur soit supportable à l'intérieur du bâtiment. Les bidons de 20L de "rano tsara" (eau potable, à mon sens tout aussi bonne que l'Eau Vive et d'un coût 20 fois moindre) ne font que passer, vu la quantité qu'il faut boire chaque jour et les besoins culinaires. Il faut bien arroser le petit giroflier que Faly m'a offert pour compléter la végétation du jardin de ma maison, mais les orchidées, elles, aiment la chaleur et le soleil. Le chemin qui va de ma maison à Mitsinjo est complètement à sec aussi, et je peux y accéder en scooter: rien à voir avec la situation de janvier, quand on a pris la décision de construire un pont entre le CEG et le campus. A noter que ma voisine Vavrina a édifié une petite aubette qui lui permet de "faire gargote" certains jours, pour les centaines d'élèves qui passent devant, en route vers le CEG.

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Grâce à Vero et Paul, voisins de l'ancien établissement des "Orchidées" d'avant le nouveau gérant peu accueillant, et à leur charmant gardien Etienne, j'ai accès chaque matin très tôt, et chaque soir au coucher du soleil, à "ma" plage habituelle.

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Presque chaque jour, un problème médical se présente, tantôt pour Kamisy qui a "tabasec" (mot malgache pour désigner une attaque du champignon parasite Candida albicans, dans ce cas-ci au niveau des cheveux), tantôt pour Vavrina (abcès dentaire) ou la toute petite Rivela de Zoë (fièvre pendant la nuit), tantôt pour un élève du campus: le cas de Charles est significatif: ce grand garçon de 18 ans est souffrant et je l'emmène sur mon scooter chez la doctoresse Marthe, au dispensaire du village; elle diagnostique... une malnutrition que nous allons soigner avec... du porc bien gras, des haricots verts et du sucre!

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Comme c'est la saison des litchis, j'en fais de la confiture très parfumée; chaque jour, je reçois de mes amis malgaches tantôt une main de bananes, tantôt un ananas, des mangues (celles de l'arbre de mon jardin sont encore vertes), un bouquet de litchis, un corossol, ou même quelques grenadelles (fruits de la passion), les premières de la saison ; Marguerite m'a même partagé des langoustes! Au niveau culinaire, je maîtrise à présent la cuisson des frites "à la belge", sans friteuse mais à la poêle dans l'huile en vrac locale. J'ai par ailleurs découvert que le boucher Mora-Hena du marché prépare avec soin la viande hachée de zébu, et que c'est parfait pour les spaghettis bolognaise !

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Dans les premiers jours après mon arrivée, je suis un peu accaparé par les tâches matérielles: déballage et rangement des bagages, y compris du coffre vert où j'ai quelques réserves" et matériel à remettre en service, distribution des vêtements apportés, problèmes techniques (nouvelle batterie pour le panneau solaire, nettoyage répété des pinces rouillées, cadenas pour remplacer la serrure cassée de la porte vers le dessous de ma maison où je range mon scooter pour la nuit). Presque chaque soir, il y a cinéma: au cours de ce séjour, ce sont essentiellement Paul et les enfants de la famille de Françoise qui forment le groupe des spectateurs. Les dessins animés ont la part belle : "Les Schtroumpfs et le cavalier sans tête", "Kung Fu Panda", "L'âge de glace".

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Parmi les moments excellents d'un séjour-type, outre les rencontres multiples avec les Malgaches, les baignades chaque matin et soir, le moment de grâce du petit déjeuner et les moments calmes où, seul sur ma terrasse, je peux rédiger mes comptes rendus quotidiens, je dois signaler les invitations reçues et lancées avec quelques amis qui me sont plus proches parce que les échanges avec eux, en français, sont plus faciles: outre Fara et Faly, vus pratiquement chaque jour, il y a Raoul et sa compagne Santa, Gérard et son fidèle Gaston - cet énorme chien lui permet de laisser sa voiture ouverte en pleine ville, même à Tamatave: aucun Malgache n'oserait s'en approcher, tant Gaston est impressionnant de taille ! - et Emile de Foulpointe.

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Je dois avouer qu'à cause de la langue, mes contacts avec les Malgaches du coin, qui viennent volontiers "faire visite", la plupart du temps accompagnés d'enfants, sont quand même assez limités, alors qu'avec quelques amis, j'ai des conversations souvent très enrichissantes sur le plan humain et culturel...Parfois se présentent des occasions de courtes rencontres avec des vazaha en voyage touristique: là encore, ce sont des moments d'échanges fructueux.

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Au campus Mitsinjo, lors de mes nombreuses visites, très tôt le matin, pendant le temps de midi, ou encore en repassant de la baignade vespérale, j'ai eu la possibilité de faire connaissance avec chacun et chacune et de donner quelques "cours" rudimentaires de français et d'anglais. Ainsi, nous transcrivons, avec l'aide du tableau blanc aménagé par Faly, le "Notre Père" en malgache, en français et en anglais. Un mot d'explication s'impose: dans le "règlement intérieur" rédigé par Fara, le point n°1 encourage les jeunes à "prier chaque jour". Saisissant l'occasion de leur expliquer que Jésus n'a enseigné à ses disciples qu'une seule prière, il m'est apparu très important de la prendre comme objet d'exercice trilingue, y compris pour moi, je dois vous l'avouer !

 
La prière de Jésus(Mat, VI, 9-13)

Rainay Izay any an-danitra, hohamasinina anie ny anaranao. Ho tonga anie ny fanjakanao. Hatao anie ny sitraponao etỳ an-tany tahaka ny any an-danitra. Omeo anay anio izay hanina sahaza ho anay. Ary mamelà ny helokay tahaka ny namelanay izay meloka taminay. Ary aza mitondra anay ho amin'ny fakam-panahy, fa manafaha anay amin'ny ratsy.

Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal.

Our Father in heaven, hallowed be your name, your kingdom come, your will be done, on earth as it is in heaven. Forgive us our debts, as we also have forgiven our debtors. And lead us not into temptation, but deliver us from the evil one.

 

 

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Toujours à propos du campus, j'ai dû faire visite auprès de l'Inspecteur Principal de Police à Fénérive, pour expliquer cette initiative inhabituelle pour un particulier; d'habitude, ce sont les ONG qui prennent en charge ce type de projet. C'est lui qui nous a conseillé, à Fara et moi, de rencontrer au tribunal de Tamatave Mme la Juge des Enfants. Tous deux nous ont accueillis très positivement, en considérant les certificats (de bonne conduite, vie et moeurs) et l'attestation de l'école secondaire belge où j'ai passé toute ma carrière d'enseignant. Nos deux couples (Fara et Faly, mon épouse Christiane et moi) sommes considérées non comme association - heureusement, car les contraintes administratives ne sont pas minces - mais comme "familles d'accueil", étant entendu, nous a-t-il été bien précisé, que nous sommes responsables de ces jeunes mineurs du lundi au vendredi: fameuse responsabilité, que nous acceptons d'assumer en faisant confiance aux jeunes eux-mêmes, aux professeurs qui logent sur le site et... à l'avenir. Nous avons pour cela signé une procuration réciproque pour la gestion de Mitsinjo, que ces autorités ont promis de venir visiter prochainement.

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De nombreux achats sont encore faits à Fénérive, notamment des brasero, des supports-trépieds, des casseroles et des assiettes en inox, des brosses pour pieds, des miroirs, des éponges en fer,... sans oublier un ballon de foot. A noter particulièrement: un couple malgache-Vazaha, Cathy et Michel L., habitant à Tana, venus à Ylang Ylang chez leurs amis Fara et Faly, sont venus visiter Mitsinjo et ont proposé d'acheter un filet de volley et le ballon ad hoc; Fara et Faly, partis là-bas quelques jours pour participer à un mariage, l'ont ramené en taxi-brousse et on a pu l'installer sur le terrain avant mon départ.

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En vrac, quelques autres événements saillants pendant ce 20ème séjour. Vous savez que je ne peux résister au plaisir de vous montrer l'un ou l'autre champignon de Mada: ce bolet est, vu le temps très sec, un des rares que j'aie aperçus. Il était rose au-dessus du pied, de chair douce et donc sans doute comestible, mais je n'ai pas le goût du risque inutile. Il a fallu remplacer la couverture en feuilles de ravinala (on appelle cela du ravpounj) du toit de la maison de mon gardien. C'est beau à voir la manière dont les Malgaches travaillent, courageusement, et avec dextérité, assis sur d'improbables échafaudages en bambous; vous verrez que leur brouette semble sortie d'un lointain passé... Au marché bi-hebdomadaire (mardi et jeudi), j'ai emmené les 17 jeunes de Mitsinjo pour leur acheter un vêtement au choix ou des chaussures, d'une valeur semblable pour chacun(e): aucune récrimination ni exigence ! La gentillesse des jeunes m'a fortement impressionné. Observez aussi la variété du chargement d'un taxi-brousse: vous comprendrez pourquoi les chauffeurs réservent un petit billet aux policiers qui vont sûrement contrôler s'il n'y a pas surcharge !

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Au CEG, le Directeur a changé: Mr Charles a été remplacé par Mr Solo. Invité à la maison, j'ai pu faire sa connaissance pour initier de bonnes relations. Il est plein de bonne volonté, mais se sent novice dans une fonction qu'il n'exerce que depuis deux semaines. Comme la pompe du CEG est en panne (à cause du joint, comme précédemment), je lui promets que Faly va s'en occuper rapidement. Suite à une visite en solo, à l'école vide de ses élèves pendant un jour de congé - ce qui arrive, selon moi, bien trop souvent ! - je prends des photos qui montrent l'état de délabrement de l'établissement, que ce soit dans les classes (bancs cassés, tableaux illisibles) ou autour (dépotoir à ciel ouvert, de papiers et de petits plastiques provenant des glaces-yaourt sucées par les élèves).

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Avant mon départ, j'ai pu persuader Mr Solo de mobiliser tous les élèves pendant quelques minutes, après le salut au drapeau et les communications de la Direction, pour nettoyer les abords des bâtiments scolaires. Je dois avouer ma déception, quand j'ai constaté que beaucoup d'élèves s'esquivaient pour cette petite tâche "ingrate" à leurs yeux. Comment dès lors se sentir concerné par l'état de leur école, si eux-mêmes ne sont pas capables d'un petit geste qui ne coûte rien et ne prend que quelques minutes ?

Lors de chaque séjour, j'ai pris l'habitude d'inviter, le dimanche qui précède mon retour en Belgique, les familles dont j'aide les enfants depuis maintenant plusieurs années. Fara accepte encore cette fois qu'on fasse la fête à Ylang Ylang : le personnel de l'établissement prépare les nourritures que j'apporte et dresse la longue table sous les grands arbres à l'ombre protectrice.

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Les enfants sont si nombreux que les plus petits mangent à même le sol, sur une natte; mais leur appétit n'en est pas affecté, et fait plaisir à voir !

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Il me reste à dire au revoir aux jeunes de Mitsinjo: c'est chose faite le mardi de mon départ, très tôt le matin, avant qu'ils ne partent à l'école. Photos, bien sûr, et petit mot pour leur souhaiter bon travail: à cet effet, j'ai pris le risque de confier aux deux professeur une petite tablette avec divers documents pédagogiques (en français et en anglais) mais aussi quelques "récréations" en forme de chansons, de bandes dessinées et de films d'animation.

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Ce ne sera pas une confidence surprenante si je vous dis que j'ai laissé de mon cœur à Mahambo et, plus particulièrement cette fois-ci, à Mitsinjo. En remerciant tous ceux qui m'ont soutenu et aidé financièrement à mettre sur pied, en partenariat avec Fara et Faly, ce beau projet, je n'ai plus qu'à espérer être suffisamment en forme pour aller embrasser tout mon "petit monde" malgache au mois de mai prochain...